ACTE 1, SCÈNE IV
MONOCORDE
Si je m’en souviens! voilà une créature qui t’aimait!
. Avec quelle subtilité tu lui portais mes lettres!...
Mais un jour les apprentis du père me surprirent dans sa chambre... l’un me rasa les sourcils, et l'autre voulut à toute force m’arracher ma meilleure dent.
N’importe ! tu t’es bien conduit , et tu seras récompensé dans ce monde ou dans l’autre... et même... attends! Es-tu amou^ reux, Monocorde?
MONOCORDE
J’ai vingt ans, à la Saint-Matthieu.
GUI LL ER Y
Et de qui es-tu amoureux ?
MONOCORDE
Je ne sais pas ; un peu de tout le monde.
Comme tout le monde... Connais-tu la femme de mon cousin Truphême, qui loge ici ?...
MONOCORDE
Je l’ai vue à la messe.
Tu as de la dévotion, Monocorde, cela te portera bonheur... Et comment la trouves-tu?
MONOCORDE
Belle!
GU ILLERY.
J’en suis ravi. Mais n’as-tu jamais aperçu sa voisine, la femme du procureur Brid’oie?...
MONOCORDE
Oui, à la promenade.
Aristote recommandait la promenade, et les péripatéticiens sont de grands philosophes. Que te semble de madame Brid’oie?...
MONOCORDE, faisant claquer sa langue.
Jolie !
CUILLER Y
Tu as du goût. Ainsi, elles te plaisent toutes deux.
MONOCORDE
Fort.
CUILLERY.
Eh bien! laquelle veux-tu?...
MONOCORDE
Moi?...
Parbleu !
MONOCORDE
Elles sont donc à toi , que tu me les offres?
Elles viennent de me mettre à la porte unanimement.
MONOCORDE
Alors tout est fini?
Mais non, grand enfant, nous sommes au premier acte !
MONOCORDE
Tu crois qu’en s’unissant ensemble on pourrait?...
Je te défends d’en douter.
MONOCORDE
Et, dis-moi, tu ne crains pas que les maris?...
Les maris?... Ils seront ici dans un instant. Tiens, *voici déjà M. Truphême. Où cours-tu? c’est à lui de nous céder la place.
MONOCORDE
Comment?
GUILLERY, méditant.
J’improvise un tour... usé depuis deux cents ans... n’importe!
Que vas-tu faire?...
11 est gourmand , je vais l’envoyer dîner en ville.