‹ Guillery comedie en trois actes, en proseChapitre 3 sur 55 · ISABEAU, GUILLEMETTE · texte numérisé non relu

ISABEAU, GUILLEMETTE

(Elles entrent par le fond en grands atours, leurs livres de messe à la main.)

ISABEAU

Il a bien prêché.

GUILLEMETTE

Pas trop. Comment pouvez-vous dire qu’il a bien prêché?...

ISABEAU

Je dis qu’il a bien prêché , parce qu’il n’a pas parlé longtemps.

GUILLEMETTE

Moi, je trouve qu’il a mal prêché parce qu’il est trop laid.

ISABEAU

11 est bien assez beau pour un prédicateur, et il a dit des choses excellentes. Au lieu de crier, comme tant d’autres, contre la coquetterie des femmes, et les rubans, et la crinol ne et les bijoux, il s’en est pris bravement à messieurs les maris ; il a attaqué le taureau par les cornes, et il a gourmandé ces bourgeois vert-galants qui s’échappent; de leurs ménages tous les dimanches, après vêpres, pour aller au Pré-Gaillard, danser avec des demoiselles et boire avec des écoliers.

GUILLEMETTE

Vous en parlez bien chaudement, dame Isabeau. Craignezvous que le vénérable M. Truphême ne se débauche à son âge?

ISABEAU

Mon mari n’est pas un vénérable, et personne ne lui donne-

CUILLER Y

rait l’àge qu’il a. Mais vous, Guillemette, vous en parlez bien froidement ; vous n’aimez donc pas maître Brid’oie, votre mari?

GUILLEMETTE

Pardonnez : je me dis que c’est un homme, qu’il est à moi, et que je n’en ai pas d’autre. Est-ce de l’amour, cela?...

IRAK EAU, d'un ton comûncu.

Le véritable amour conjugal. Moi, j’adore monsieur Truphême par raison. Voyez-vous cette dentelle?.,,

GUILLEMETTE

Elle est belle.

* ISABEAU

Elle me répète à chaque instant que je dois aimer mon mari. Qui est-ce qui nous donne les dentelles? Nos maris. Les galants ne sont bons qu’à les déchirer.

GUILLEMETTE

Nous sommes de bonnes femmes.

ISABEAU

Nous aimons nos maris.

GUILLEMETTE

Ils sont bien heureux de nous avoir. Votre M. Truphême est gourmand comme le chat d’un évêque, un bon repas est un aimant auquel il n’a jamais su résister, et lorsqu’il a le verre en main, il tiendrait tête à une éponge.

ISABEAU

Où est le mal? La vendange n’est pas mauvaise conseillère, le vin ne fait qq épanouir sa bonne humeur naturelle, et lorsqu’il a bu un coup de trop, il ne me querelle pas, bien au contraire. C’est maître Brid’oie qui se colère sans boire et qui pousse la mélancolie jusqu’à la brutalité. Fi! les jaloux!

GUI LLEMETTE.

Où est le mal, ma chère? on n’est pas jaloux sans amour, et j’aîme mieux être battue que dédaignée,

ISABEAU

Pour ce qui est des coups, c’est une monnaie que je donne et que je ne reçois pas.

GUILLEMETTE

Nous avons de bons maris.

ISABEA U.

Ah! si jamais le mien faisait comme les autres, et si je le prenais sur le chemin du Pré-Gaillard !...

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