‹ Guillery comedie en trois actes, en proseChapitre 4 sur 55 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

GUILLEMETTE, étourdiment.

Moi, j’ai une vengeance toute prête.

Je parie que votre vengeance porte des bottes,

GUILLEMETTE

Oh! Madame!

ISAUEAU.

Tant mieux, mon enfant ! La plus grande ÿigesse pour une femme, c’est d’être sage. Que penseriez-vous d’un propriétaire qui aurait son jardin rempli de fruits mûrs et qui enjamberait la baie du voisin pour voler des pommes vertes? Voilà l’infidélité. Heureusement vous n’avez rien à craindx-e. La jalousie de votre mari vous défend contre les autres et contre vousmême, et il n’y a pas dans Paris un galant assez hardi pour donner l'assaut à une forteresse si bien gardée.

GUILLEMETTE

Et s’il y en avait un ! je ne l’aime pas.

ISABEAU

Et bien vous faites. 11 est laid?

GUILLEMETTE

11 n’est pas de mon goût.

ISABEAU

C’est quelque pauvre diable?...

GUILLEMETTE

Pourquoi?... Est-on faite pour plaire à des sacristains, et n’a-t-on pas dans les yeux de quoi toucher un cœur de distinction? Mais il ne me plaît pas.

ISABEAU

Quelque sot?

Lui, ma chère? 11 est tout esprit. Si vous pouviez seulement l’entendre! Il pétille...

ISABEAU

S’il valait tout ce que vous dites, vous auriez moins de mépris pour son amour. Avouez que c’est un jeune homme à faire peur.

GUILLEMETTE, impatientée.

Oui, madame, à faire peur, car il est presque impossible de lui résister. Certes, il n’est pas beau; il est même laid. Mais il

GU1LLËRY.

a des yeux et des dents qui éclairent sa figure. Du reste, jeune, hardi, délibéré, galant, joyeux, plaisant; le front haut, la parole vive, le geste prorapt, l’esprit éveillé! Je le chasse, il revient; je l’évite, il me trouve; je m’enferme, il m’écrit; je le querelle, il me tient tête ; je lui jure que je ne l’aimerai jamais, il parie que je l’adore et que je ne sais ce que je dis.

ISABEAU

Brrr! ce n’estpas un homme; c’est un écureuil!

GU1LLEMETTE.

Je ne l’aime nullement, croyez-moi bien.

1SAB EAU

Cela se voit aux couleurs dont vous le dépeignez. Peste ! si vous n’en voulez pas pour vous, n’en dégoûtez pas les autres.

GU1LLEMETTE.

Si vous aviez un amoureux , voisine , vous sauriez qu’on a beau haïr ces êtres là, on n’aime pas à entendre du mal.

ISABEAU

Et qui vous dit que je n’en aie point?

GUILLEMETTE

Vous, voisine?

ISABEAU

Suis-je donc si déchirée? Mais il y perdra son latin.

GUILLEMETTE

Il sait du latin?...

ISABEAU

Prodigieusement. C’est un jeune homme doux, sérieux et de bonnes manières; bien timide, bien modeste, bien tremblant, et candidecomme une fille à marier.

GUILLEMETTE

Arrêtez! l’eau m’en vient à la bouche.

ISABEAU

Que serait-cè donc si je vous lisais une lettre que j’ai là?

GUILLEMETTE

Ah! il ose écrire !... C’est à moi qu’on écrit des lettres passionnées. Ah! voisine, amour emporté, hardiesse aveugle : un soldat qui court au feu!...

Voici la lettre d’un garçon qui mourra d’amour avant un

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