ISABEAU, GUILLERY, GUILLEMETTE
I SA B K A l>.
Bonsoir, Guillery.
* GUILLEMETTE
Votre servante , maître Guillery.
ISABEAU
' Guillery mélancolique!
GUILLEMETTE
Guillery passionné !
ISABEAU
Guillery funèbre!
* GUILLEMETTE
Guillery enflammé !
ISABEAU
Connaissez-vous cette écriture ?
Ces pieds de mouche sont-ils de votre connaissance?
ISABEAU
Traître !
GUILLEMETTE
Pendard et demi !
ISABEAU
Voici le cas qilC je fais de VOS lettres, (Elle déchire sa lettre.) GUILLEMETTE, même jeu.
Voilà votre prose traitée suivant ses mérites.
ISABEAU
Et la perfidie retourne sur son auteur, ( Les deux femmes lui
ett ent les morceaux des lettres au xisage. )
GUILLEMETTE
Or çà! laquelle de nous aimez-vous? Est-ce madame votre cousine?...
ISABEAU
Est-ce madame la procureuse?
GUILLEMETTE
Surtout pas de subterfuge !
ISABEAU
Ne vous échappez point par une porte de derrière.
GU1LLERY.
Décidez-vous...
G CILLE METTE.
ISABEAU
Prononcez-vous, et vivement...
Je me mépriserais moi-même, si j’étais capable de faire un choix.
ISABEAU
Plait-il?
Je vous aime toutes deux de front.
GU1LLEMETTE.
11 est fou , ma chère.
Non, mais j'étais fou lorsque j’ai cherché à vous donner le change et à vous cacher une chose aussi simple , aussi naturelle et aussi louable qu’un pareil amour. Mais que voulezvous ! chaque temps a ses préjugés répandus dans l’air , comme ces atômes de poussière qu’on voit courir dans un rayon de soleil. On respire cela malgré soi, et si bien qu’on ferme la bouche , on en gobe toujours quelque chose. Aujourd’hid , c’est la mode de n’aimer qu’une femme à la fois. Tout le monde en est là !... Une femme !... Hors d'une femme , point de salut ! Ce siècle est infesté de monogamie ! On croirait , sur ma parole , que la nature n’a créé qu'une femme parfaite , et que, lorsqu’on a dit à celle-là : Je vous aime, on n’a plus rien à dire aux autres !
GU ILLEMETTE.
Mais c’est monstrueux ce que vous dites-là !
Soyez donc raisonnable, chère Guillemette, et jugez mieux les choses. Vous êtes belle, spirituelle, vive et fringante, n’est-il pas vrai ? Vous en convenez ; mais ma cousine est-elle pour cela laide, sotte ou mal plaisante? Les beaux yeux que vous avez, est-^c à elle qu’on les a pris ? et faut-il qu’elle soit affreuse, parce que vous êtes à croquer?...
ISABEAU
A combien de femmes avez-vous dit cela aujourd’hui ?