ACTE I, SCÈNE I
mois, si je n’y mets bon ordre, et malheureusement je suis trop honnête femme pour lui sauver la vie.
GU1LLE METTE
Voici le radotage du plus étrange fou qui ait perdu ses peines auprès d’une femme de bien.
ISABEAU ET GUILLEMETTE, ensemble, lisant.
« Je vous aime, et votre cœur...
GU IL LE METTE
Elles commencent de même ! Est-ce qu’il y a un uniforme pour ces billels-là?
Eh ! petite, toutes les lettres d’amour se ressemblent un peu, comme tous les amants.
GUILLEMETTE
Qu’en savez-vous?
ISABE AU.
C’est mon mari qui me l’a dit. (Elle lit.) « Je vous aime, et « votre cœur se fait un jeu de ma peine... »
GUILLEMETTE, lisant.
« Je vous aime, et votre cœur me rend amour pour amour. » C’est ici que les voyageurs se séparent. « N’essayez pas de le nier, « vous avez résolu, ma toute belle, de faire de moi le plus « heureux des hommes : vos yeux l’ont dit aux miens, c’est « une affaire conclue, et il ne s’agit plus que de trouver l'oc- « casion que nous souhaitons aussi ardemment l’un que « l’autre. »
ISABEAU
Ce garçon-là n’est pas manchot de la cervelle.
GUILLEMETTE, lisant.
« Votre jaloux et le bon homme Truphême... »
ISABEAU
Bonhomme!...
GUILLEMETTE, lisant.
« Votre jaloux et le bonhomme Truphême dîneront ce soir « chez maître Fournet, le receveur des gabelles... »
ISABEAU
Mon mari n’y ira pas, je le lui ai défendu. Je n’aime pas les dîners de garçons, et maître Fournet demeure un peu trop près du Pré-Gaillard.
GUILLEMETTE
Moi , je n’ai pas eu besoin de rien défendre à maître Brid’oic. 11 est trop prudent poux me laisser tout un soir au logis. ( usant. ) « Je compte sur vous pour écarter la grosse voisine. »
Qui? la grosse voisine... Nous n'avons pas de grosse voisine. Cette lettre est d’un style médiocre. Écoutez-moi ceci : (Elle lit.) « Je vous aime, et votre cœur se fait un jeu de ma peine. Cruelle Isabeau! » Voilà qui est joliment écrit! (Lisant.) « Cruelle Isabeau! il ne me reste plus qu’à mourir. » Pauvre petit ! « Tout ce que je demande au ciel et à vous , c’est la « consolation d’expirer à vos pieds, dans votre chambre, un « jour que votre mari sera sorti pour ses affaires. Laissez-vous « toucher aux prières d’un mourant, d’un mort... »
GUILLEMETTE
Le mort est vif.
ISABEAU
Pas autant que le vôtre... Me le montrerez-vous un jour?...
GUILLEMETTE
Oui , à charge de revanche.
ISABEAU
Bientôt? ( On entend la voix de Guillery qui fredonne à la cantonade. )
GUILLEMETTE
A l’instant même, car le voici qui vient.
ISABEAU
Jour de Dieu! c’est le mien.
GUILLEMETTE
Votre cousin Guillery?
ISABEAU, riant aux éclats.
Ah! le bon drôle! il avait deux masques.
GUILLEMETTE
Vous êtes témoin que je ne l’aimais pas.
Qu’est-ce que je vous disais tout à l’heure? Je n’aime au monde que mon mari.