CHAPITRE XV
AfTaires militaires. — Forliflcalions de Guilleslre. — « Foules » et souffrances de la population. — Présents et dons intéressés.
— Armées et régiments de passage.
Les questions militaires occupent dans la vie municipale de Guillestre une granda place. La situation géographique de Guillestre explique parfaitement la fréquence de ces préoccupations, car cette localité est au carrefour des grandes voies stratégiques des Alpes, et tous les problèmes agités entre la France et l'Italie, et que les armées sont appelées à résoudre, ont une répercussion dans la région dont Guillestre est le centre.
Les questions militaires relatives à Guillei se grouper sous divers chefs : fortification tre ; logement des troupes de passage ; « foui frances des habitants ; dons et présents à ce
L — Fortifications de Guillestr
Au XIV® siècle, Guillestre était une ville ou gée seulement par le château de Tarclievèq petite ville était-elle exposée aux insultes et dations des bandes armées, allant en Italie ou Peu avant 1343, les troupes delphinales a sionné à Guillestre un incendie dans lequel de importants avaient péri (p. 308). En 1368, les avaient pris, pillé, saccagé Guillestre et les ei
En 1372, sous prétexte que l'archevêque oontre eux les censures ecclésiastiques. Art
«) Annales des Alpes, t. IV (1900-1901), p. 176 et suii
bailli de TEmbriinais et du Gapençais, Pierre Galon, cliâlelain du Queyras et de Ghâteau-Dauphiii, et Pierre Robin, châtelain du palais delpiiinal d'Embrun, à la tète d'une troupe d'hommes armés;. n'ayant pas pu escalader Ghâteauroux, s'emparent de G^illestre et Ibnl captifs de nombreux citoyens, tant cle^rcs que laïques, parmi lesquels noble Jean Ameil*).
Peu après, passent un grand nombre de puissants personnages et de gens de guerre. Vers 1382, les troupes iles par Louis P"* d'Anjou, fils de Jean If, roi de e, que la reine Jeanne avait adopté en 1380, qui été couronné roi de Sicile à Avignon le 30 mai 1382, i allait prendre possession du royaume de Naples 84) ; — vers 1390, Philippe le Hardi, frère du prét, duc de Bourgogne (f 1404)» et Louis I^r, duc ans (1391, f 1407 j, fils de Charles P»", qui se rent près du duc de Milan; — à la même époque (1390), II, dit Le Bon, duc de Bourbon (f 1410), neveu de ipe VI de Valois, qui, à la tète d'une armée de ;ais et d'Anglais, se rendait au secours des Génois, 3 les Maures d'Afrique qui troublaient le commerce République par leurs pirateries^), utons à ces passages continuels, le voisinage des mtais, maitres de la vallée de l'Ubaye depuis 1388, , par le col de Vars, menaçaient continuellement les \ de leurs voisins ; la nouvelle que des bandes de jrs, venant de France, ont traversé le Rhône et
Uoricos plurimos et laycos caplivando, quos adhuc dctiaent capet, iiitcr cotoros, nobilem \irum Johanuem Âmelii, clericali jio inslgnitum » (Inv, des arch. de l'Isère^ B. 3725, p. 155')* us ces personnages cl leur suite avaient été reçus, d*abord, et es à Embrun, ainsi que \& rappelaient, peu après (vers 1402), brunais: « In tiansilu recoiende memorie illustris rcgis Ludovici, •ansiret in Appuliam. civilas et cives Ëbreduni recepcrunt eum mitiva sua... Idem feccrunt iUustiibus domiuis ducibus Burgun- Aureliacensis, dum transiverunt in Ytaliam ad ducem Mediolani; idem fecerunt illustri duci Borbonis, dum transivit in Ytaliam, inc civitatem, eundo Affricam » (de), elc. (Inv. des arch. de , B. 3729, p. 157*}.
envahissent le Dauphiné*), et nous comprendrens les alarmes des habitants de Guilleslre.
Le 11 décembre 1390, ils envoient à l'archevi brun, Michel de Perellos, une députation de q sonnes, afin de lui exposer la (erreur de la ] toute dispersée et sans défense, la nécessité d remparts ou barris soit autour du bourg mèr lestre, soit ailleurs, dans un endroit conveuabl même, l'archevêque se rend à Guillestre e arrivée, dans une assemblée générale, s*occup( fications demandées. Le lendemain (12 déc. 139€ assemblée générale, à laquelle assiste le bailli connais, qui réclame, de son côté, que Guil fortifié, afii que les gens de guerre logés à Ta cette localité ne causent pas de dommages en Mais les habitants, tout en reconnaissant la n< fortifier Guillestre, ne s'entendaient pas sur 1 remplacement. Après bien des discussions, ils ( s'en rapporter à Tarchevêque. Ils s'engagent pj et sous peine de 50 marcs d'argent, à élever k Tendroit qui sera choisi par l'archevêque, que Guillestre même, dans une partie du bourg, au au-dessous du château archiépiscopal, ou parto Ils lui donnent plein pouvoir de fixer cet emi d'ordonner à son gré la construction des for d'en déterminer la forme et l'étendue, de ( maisons qu'il conviendrait d'abattre, etc.
L'archevêque, pour des motifs qui ne sont pi fit attendre sa réponse. Le 5 déc. 1391, tanc trouvait dans son château de Guilleslre, les c nom de toute la population, vont le prier de se enfin : « Les habitants, disent-ils, attendent s le temps presse, car la guerre est imminente c tiers s'approchent. Le besoin de se fortifier est y va de l'intérêt de l'archevêque, de l'église d'
*) a Territus socictatum genUtim armorum qoe nuper a i citra RhodaDum accesserunt 9 (p. 12').
de tout le monde ». Le prélat reconnait le bieu fondé de
la requête, la nécessité des fortifications sollicitées, et
promet de faire connaître sa réponse le 9 janv. 1392, puis
le 31 mai suivant. D'autre part, les habitants s'engagent
par-devant notaire à exécuter les travaux de fortification,
roportion de son avoir (31 mai 1392). Nous ne
pas la décision à laquelle s'arrêta Tarchevê-
m le l*f juin suivant; mais elle fut certaine-
Les Mrris ou remparts de Guillestre, qui
ore en partie, nous disent assez que Michel
dans sa détermination, s'arrétant au parti le
écida que Guillestre ne serait pas déplacé, et
a » ancienne — la Ville -Vieille actuelle, la
e du testament du palrice Abbon de Tan 739 —
irée de fortes murailles, et qu'on lui adjoin-
Ile-Neuve, c'est-à-dire tout le quartier qui
lellement la Place et celui qui porte le nom
mx commencés cette même année (1392), fleine activité en 1397-98, époque où une esponsabililé fut intentée par les consuls de deux habitants de cette ville^ à cause de la tour dite d'Eygliers, qu'ils avaient été chargés
il 140S, Guillestre était entouré de murailles e tours, carrées ou rondes, ou de simples dont plusieurs existent encore. Les habitants, I passage des gens de guerre (propter transii armorum), montent la garde, jour et nuit, mparts (p. 310'-311).
plus de détails, Note sur les fortifications des Hautes- ^* siècle (dans Bull, du Comité des travaux historiq. [• 3 de 1884, et Uré à part, Paris, impr. nat., 1884, ia-8o
ontsdul2déc. 1390, 5 déc. 1391, 31 mai 1392, et du janv. 1398, ont été publiés parmi les pièces justificatives [} ci'-dessus*
IL — Armées de passage a G
Nous ne voulons pas répéter ici ce q dit ailleurs. Qu'il suffise de rappeler qi de Guillestre, depuis leur construction siècle, ont vu passer nombre de bande corps d'armées, et» en particulier, h dauphin Louis (depuis Louis XI) en - Charles VIII (1494-95), de Louis XII François P«- (1515, 1524-25, 1537), de I Lesdiguières (1586-1626), du marquis ( de Louis XIII (1629-30), de Louis XIV ( de Savoie et de ses alliés (1692), de Doi du prince de Conly et du chev de Belh la Révolution (1792-96), du Directoire ( (1800), de l'Empire (1804-15j, et d'autre
Sans doute, après la construction de Vauban (1693), les fortifications de Gi de leur importance. Cependant, « le P à son compte », encore assez longt l'affirme en 1761 (p. 234'). Ainsi, le réparations aux remparts sont faites s Praille, lieutenant du Roi à Mont-Dî 24 sept. 1745, « les bastions du bourg réparés par crainte des Vaudois (p. 22' autres réparations (p. 251). Toutefois, sont peu à peu abandonnés*) et même e es anciens fossés sont comblés et co ou en places publiques^).
Mais Guillestre, comme précédemmi à recevoir et à loger les troupes d comme après l'édification de Mont-Dau]
I) Surtout à la suito dos décisions prises par £
•) Parliculièrement en Tan 9 et en Pan 10 (p. ' ^ En Tan 9, NL Deville achète un jnrdin pou
du f portail de Foutloubc ».
Ki0Rts envoyés dans les Alpes, tant à l'aller qu'au retour, ape à Guillestre, et ils sont pour les habitants irce continuelle de souffrances et de misères, dont ve l'écho dans les délibérations de la communauté s les comptes des consuls de la petite ville. A on de ces passages perpétuels, et suivant une don énergique, les habitants sont fréquemmeni pressurés, d'une manière incroyable*). Non seule- 3 sont tenus de loger les troupes et de les nourrir, s doivent se pourvoir, d'avance, de tout ce qui essaire à Tarmée, infanterie et cavalerie, en un fornir » rétape (p. 437), et cela, afin de n'être posés, à l'arrivée des corps de troupes, à toute le vexations, au pillage de leurs habitations, à sonnement de leurs consuls, et même à la mort, inaire, les vivres demandés pour l'armée dépasi beaucoup les facultés disponibles des habitants, lies de supporter de pareilles charges. De là des es, des sollicitations, des prières, des requêtes puissances », aux gouverneurs, au Parlement, à ux qu'on croit capables d'obtenir ou d'accorder \ soulagement.