II. — Revenus des archevêques dCEmhrun à Guillestre
Les droits énumérés et reconnus ci-dessus sont le fondement des revenus que les archevêques d*Embrun percevaient à Guillestre.
11 n'est pas facile de se faire une idée précise de rimportance de ces revenus.
Suivant un précieux document de 1365, tiré des archives du Vatican et publié par MM. Eugène Martin-Chabot et Georges de Manteyer*), les revenus de la mense archiépiscopale d'Embrun étaient, à celte époque, de 2.242 florins 9 gros et 1/4 de gros. Dans ce total Guillestre figure pour 120 florins 2 gros 1/2; il produit, en outre, à l'archevêque, îJOO setiers de blé et 245 seliers de vin. Or, en adoptant pour la valeur du florin le chiffre de 52 francs 74, et, pour le gros, celui de 2 fr. 35, que M. Louis Blancard donne comme très approximatif pour leXllI* siècle*) — mais qui doit être sensiblement trop fort pour la fin du XIV« siècle — les 120 florins 2 gros 1/2 que l'archevêque percevait à Guillestre s'élevaient au total de 6.334 fr. 72. A cette somme il faut ajouter le prix du blé et du vin, perçu en nature, soit, encore d'après M. Blancard').
*) Le registre des lettres de Pierre Ameil^ archevêque de NapUs (1363-65), puis d'Embrun {1365-79). Rome, Phil. Cuggiaoi, 1905, in 8» ile 2i p. Voy. Annales des Al peu ^ IX, nov.-iléc. 19.'5, p. 143-H6.
2; Essai sur les moîinaies de CharUt !•'. Paris, 1868-79, iii-8", p. 447-8.
3) La valeur relative du sotier de blé, suivant M. Blancard, au XIII» siècle, était de IQ fr, et colle du scliei- de vin, de 12 fr. 50 {Op. cit., p. 422-3).
3.060 fr. pour le blé et 3.062 fr. pour le vin. Total général, 12.457 fr. 22. Mais ce total est certainement exagéré. Quoiqu^il en soit, le document de 1365 fournit une base d'appréciations et permet d'établir d'intéressants rapprochements.
Le dénombrement fourni, le !«'' oct. 1540, au vibailli d'Embrun par le vicaire général, lofficial et le juge des châteaux de TEmbrunais, agissant au nom de l'archevêque Antoine de Lévis (1526-48), nous apprend que les revenus de Tarchevéché d'Embrun, pour le Dauphiné seulement, étaient alors de 423 écus au soleil*), plus 179 charges de blé, 17 d'avoine, 113 de vin et 4 quintaux 1/2 de fromage (p. 351'). La Provence est exclue de ce dénombrement, dans lequel on a soin de dire qu'il n'apparaît d'aucun document que les terres archiépiscopales « soient tenues en flef et homage du Roy-Dauphin », ou encore qu'elles aient « jamais fait homage au Roy-Dauphin » (ib.).
Les guerres d'Italie (14941559) et surtout les guerres civiles, dites de religion (1562-98), furent fatales à Tarchevèque d'Embrun. D'après l'enquête faite, en juin-juillet 1590, par Hugues de Galignon, commissaire nommé à cet effet par Lesdiguières, les revenus de l'archevêché d'Embrun étaient, à ce moment, diminués des 3/4 (p. 317- 318).
Relevons, ci-après, quelques faits précis :
Le 31 oct. 1581, tous les revenus de Tarchevèque à Guillestre et à Risoul étaient affermés 300 écus (p. 218').
Le 10 avril 1582, les droits seigneuriaux seuls de l'archevêque étaient affermés 36 écus, chacun de 60 sous (p. 318).
Le 23 juin 1618, l'archevêque Guillaume d'Hugues conclut un abonnement de tous ses droits à Guillestre et à Risoul, sauf les amendes, moj^ennant 555 écus, chacun de 3 livres, soit 1.665 1. (p. 349').
*J La valeur relative dt; l'écu au soleil, chaque écu compté pour 3 livres ou 60 sous, était do 15 à 18 fv.
Le 29 juin 1649, les droits seigneuriaux de rarchevéque
à Guillestre sont affermés 725 l. (p. 349). I^ 5 déc. 1715, M. de Paulmy d'Argençon (1715-19)
passe un abonnement de tous ses droits seigneuriaux à
Guillestre et à Bramousse moyennant 1.260 1. chaque
année» sa vie durant (p. 353, cf. p. 362').
Le 25 nov. 1724, Pierre Guérin de Tencin (1724-40),
afferme la dime,les droits seigneuriaux, les terres, prés*),
etc., de Guillestre et de Risoul, pendant 9 ans, au prix de