‹ Guingamp (volume 2)Chapitre 31 sur 39 · III. — LETTRE DE M. DE COURCY · texte numérisé non relu

III. — LETTRE DE M. DE COURCY

Monsieur,

Je viens vous soumettre quelques doutes sur la date que vous attribuez, après MM. de Fréminville, Kermoalquin et La Villemarqué , à la ballade bretonne du siège de Guingamp, dont votre Pèlerinage renferme la traduction, et qui, suivant moi , aurait été composée en mémoire du siège de 1591 , et non de celui de 1489. Voici, on effet, comment je l'ai entendu chanter:

Ebars ar blavez dek ha pcvar ugent E tenas ar zézic war Gwengamp , Hag er blavcz pévar ugent lia seiz E oa diskeimet ar brézel war Brciz.

War porz Mikel oa ar Zaozon , Ann Allemantel war porz Roazon, War porz ar Ploumenn oa ad Islantret , Hag c lec'h ail ar Flamanlret.

Ar prins Dénoblin a lavaré , War porz Roazon pa zarvézé Porzer : digoret ar persier-man Ar prins Dénoblin a zo a man.

Dans ce prince Dénoblin du poète populaire, je crois reconnaître plutôt le prince de Dombes que le vicomte de Rohan, interpolé par M. de La Villemarqué, qui le change plus tard en prince diwirion, et qui passe en outre sous silence les deux premiers couplets de la ballade.

La qualification de prince ne pouvait d'ailleurs s'appliquer, en 1489, au vicomte de Rohan, à la famille duquel elle ne fut attachée que cent ans plus tard , tandis que Dombes était bien une principauté en 1591. Je pense aussi que la duchesse Anne, que l'on fait intervenir, doit être remplacée par la duchesse de Penthièvre Marie, femme du duc de Mercœur. De plus , le 2e couplet indique les positions prises devant la place par les auxiliaires étrangers, et , en 1489 , les efforts des assiégeants se portèrent sur d'autres points, c'est-à-dire sur le fort Saint-Léonard et les portes de Montbareil et de Tréguier. Le vicomte de Rohan n'avait pas non plus d'étrangers dans son armée , tandis qu'en 1591 le prince de Dombes avait dans la sienne, suivant D. Morice , 800 , et suivant Desfontaines , 1,500 lans-

quenets allemands; plus, 2,500 Anglais débarqués ix Paimpol sous les ordres du général Noms.

Au 12e couplet , le canonnier de la ville tué ou blessé d'un coup d'arquebuse tiré par la fenêtre d'une chambre de la ville, (et non du camp, comme l'imprime M. de La Villemarqué, ce qui change tout à fait le sens), ne pouvait donc être Rolland Gouicquet; et, dans ce même couplet, le nom du cavalier dont le coup mal dirigé atteignit un des siens, a été altéré et doit se lire Goëtgourhant , et non Goasgarant, ainsi qu'on peut l'induire du récit du chanoine Moreau, page 114 : « Il y avait un vieux soldat en la ville , cadet de la maison de Kergoanton , qui fut soupçonné d'être de la trahison de La Gointerie ; mais il s'en purgea fort bien et ne voulut jamais prendre d'autre parti que de l'Union. »

Or, la généalogie de la maison de Loz , dont tous les membres étaient ligueurs , porte que Goëtgourhant appartenait alors à Yvon Loz , époux d'Anne de Quélen , juveigneur de Louis Loz, sr de Kergoanton, capitaine de cent pistoliers, et gouverneur du Portblanc, pour Mercœur, en

D'après toutes ces considérations , que vous pèserez , Monsieur, il me paraît plus que probable que notre ballade se rapporte au siège de 1591, et que l'auteur involontaire du meurtre du canonnier fut Yvon Loz, s1' de Goëtgourhant, cadet de la maison de Kergoanton.

Je serais charmé d'apprendre de vous que mes observations vous ont convaincu. Croyez, dans tous les cas, à tous mes sentiments , etc.

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