partie adverse
(Signé) J. de La Regneraye, passé; T. Haulener.
2e Témoin.
Olivier Le Moal, aigé de trante cinq ans ou environ, convenir je dit tesmoign, jure dire vroy , purgé du conseil et enquis , recorde que durant le siège qui fut mis sur la ville de Guingamp , ou moys de janvier l'an mil micc imxx et huit, il fut en la ville de Guingamp et estoit en la compaignie de Olivier Quoetmen , duquel le dit Boesboessel
estoit lieutenant sur celle compaignie. Et durant celuy siège , Rolland de Kernevenay et ce tesmoign furent ordonnez entre autres pour la garde de l'endroit du chasteau de la dite ville et du boulovart de la porte de Rennes , et que le lundi que fut le dit siège posé , le dit Guillaume Boesboessel , qui estoit chieff et cappitaine sur les gens de guerre cstans à la garde de la dicte ville, dist au dict Kernevenay et à ce tesmoign , estant sur le dit chasteau , que il avoit entendu que la ville de Morlaix estoit rendue à la dicte armée du Roy, et que il leur estoit requis faire quelque composicion pour tant qu'ils n'estoint puissantz pour résister à rencontre des diz François , qui estoint à grant nombre ; et avisèrent ensemble que le dit Boesboessel yroit devers le sieur de Rochan, se portant lieutenant de la dicte armée du Roy, parlementer de composicion pour les gens de guerre estans en la dicte ville ; ne parla pour leure le dit Boesboessel des bourgeois ne autres estans en la dicte ville, fors seulement des gens de guerre, et dist au dit Kernevenay et à ce tesmoign qu'il avoit parlé à d'aucuns de la dicte armée du Roy , quelx ne leur nomma point , louchant parlementer et composicion, et que ilz avoint accordé ensemble ceis et abtinance de guerre , jucques à scavoir s'ilz pourroint faire composicion. Et de là s'en ala le dit Boesboessel par sur les murs de la dicte ville, tirant droit à la poterne de la tour An Quellenic. Et bientost apprès il oyt dire, ne sceit à qui, que le dit Boesboessel estoit issu hors la dicte ville, par la dicte porterne de tour An Quellennic, environ leure de niydi , pour aler devers le sieur de Rochan ; ne sceit si les bourgeois et habitans de la dicte ville avoint baillé charge au dit Boesboessel de parler pour eux de composicion avecques le dit sieur de Rochan ; ne sceit si à ce, les diz bourgois et habitans eurent avisement ne consentement de la maire voix d'iceulx , ne si à celle fin ils firent assemblée ne convocacion ou lieu à ce acous-
iumé ; ne sceit aussi où ils ont acoustume faire leurs assemblées pour terminer de leurs négoces et affaires publiques. Et dit que le dit ceis et abstinance de guerre dura dès le dit lundi à mydi jucques au mercredi ensuivant, sans que cependant eust esté tiré nul traict, ne donné coup d'un costé ne d'autre. Il croit , à ce qu'il veist , que cepandant les bourgois et habitans de la dicte ville peussent bien s'assembler pour délibérer sur la dicte matière, ou lieu où ont accoustumé tretter de leurs négoces en la dicte ville , ne sceit où est le^ lieu où ilz doivent faire leurs dictes assemblées ; dit oultre, que le dit jour de lundi ou le mardi ensuivant , n'est souvenant lequel , ne à quel heure du jour, le dit Boesboessel parla au dit de Kernevenay et à ce tesmoign, estans à leur garde sur le dit chasteau , et leur dist qu'il avoit esté devers le dit sieur de Rochan parlementer de composicion pour les diz gens de guerre estans en la dicte ville , et que le dit sieur de Rochan , et autres cappitaines de la dicte armée , demandoint que les diz gens de guerre se feussent mis en la voulonté du Roy et qu'ilz ne vouloint attendre à autre composicion; ne parla pour leure, le dit Boesboessel, du fait des diz bourgois. Et le dit jour de mardi , il oyt dire , n'est membrant à qui , que les sennechal et procureur du dit lieu de Guingamp avoint esté devers le dit sieur de Rochan et autres cappitaines de la dicte armée, parlementer de composicion pour les bourgois et habitans de la dicte ville et autres y estans , et que le dit sieur de Rochan et autres cappitaines leur demandoint dix mille escuz d'or ou cinquante mille livres monnoie. Et ouyt Jehan Davy, son hoste, dire que il n'estoit aucunement contant que la dicte ville eust composicion pour les d. dix mille escuz. Auxi oyt-il dire à plusieurs de la dicte ville, en grant nombre, que ne sceit nommer, qu'ilz n'avoint agréable la dicte composicion de poier les diz dix mille escuz , si aucune avoint esté faite, et que touz leurs
biens ne les scauroint poier. Oultre, dit que les cleffs de la dicte ville ou dit temps , et de par avant , estoint es mains du dit Boesboessel , qui avoit la charge des dictes portes clorre et ouvrir. Et à ce que ce tesmoign pouvoit entendre, n'avoint les ditz bourgois et habitans aucun auctorité sur la clôture ne ouverture des portes, ançzois le dit Boesboessel, et le sceit ce tesmoign, pour tant que durant celuy temps il a souvant veu ung nommé Alain Arnart, qui avait accoustume en celuy temps fermer les portes de la dicte ville, apporter les dictes cleffs devers le seir à la chambre du dit Boesboessel , et jamais durant celuy temps ne veist les bourgois et habitans de la dicte ville avoir charge des dictes portes clorre et ouvrir. Et ce tesmoign maismes a fait, du commandement du dit Boesboessel, ouverture des portes de la dicte ville , durant le dit temps , o les dictes cleffs bien souvent , et icelles portes fermées , a rendu les cleffs à la dicte chembre du dit Boesboessel , et dit que le mercredi ensuivant l'apposement du dit siège, environ ung heure apprès mydi d'ycelui jour, il veist le sieur de Saint- Pierre, et grand nombre de gens de guerre de la dicte armée du Roy , entrer ou boulovart de la porte de la dicte ville devers Rennes , où il fut environ deux heures : ne sceit à quelle fin le dit sieur de Saint -Pierre fut si longuemant ou dit boulovart avant entrer en la dicte ville; ne veist présenter aucun ostages au dit sieur de Saint-Pierre pour sûreté de poiemant des dîz dix mille escuz, et environ troys heures amprès mydi d'iceluy jour, le dit Boesboessel, ce tesmoign et autres gens de guerre estans en la dicte ville, issirent hors par la dicte porte de Rennes , et s'en alèrent chascun ung bâton à la main ; ne sceit ce tesmoign que firent les diz François en la dicte ville. Bien a il ouy dire depuix que il y avoint prins et détenu des plus riches et puissans des diz bourgois et habitans et autres estans en In dicte ville a ostHgos pour sûreté de poiemant dt^s diz dix
mille escuz. Et de la notorité du cinquième article, dit rien ne savoir, et au regard du xve des diz articles , il recorde que ce qu'il a devant déposé est vroy, notoire et manifeste, en règne y a voix publique et commune renommée au pais, n'a oy les diz acteurs en faire aucune congnoissance. Et c'est son record des premier , segond , tiers et xv° articles où il est séparé, et sur icelx, enquis et interrogé sellon les interrogatoires sur ce produiiz en cause de partie adverse. (Approuvé en interligne ordonnez la dicte et détenu des plus riches et puissans , etc.)
(Signé) De La Regneraye, T. Haulener.
3e Témoin.
Jehan Banlost , aigé de xxn ans ou environ , comme il dit, tesmoign, jure dire vroy, purgé du conseil et enquis, recorde que à ung jour de sabmady , au moys de janvier Tan mil iiuc mi** et huit, il ala à la ville de Guingamp, au marché qui y estoit celuy jour. Et pour ce que il ouyt bruit en la dicte ville que ung ost et armée des François venoit mectre le siège devant celle ville, il demoura pour ayder à la garde de la dicte ville et résister contre les diz François, qui posèrent le siège sur la dicte ville le lundi ensuivant. Et au dit jour de lundi , Olivier Le Moal , Jehan Taillart Grantville et autres de la compaignie de Boesboessel, lors lieutenant des gens de l'ordonnance de la compaignie Olivier de Quoetmen, dirent à ce tesmoign que celuy de Boesboessel aloit devers le sieur de Rochan , lieutenant de la dicte armée du Roy , et autres cappitaines d'icelle armée , parlementer de composicion pour les gens de guerre estans en la garnison de la dicte ville ; ne luy fut dit par les diz
Le Moal et Taillait que celuy Boesboessel aloit pour les habitans de la dicte ville ; et en celuy jour de lundi , ce tesmoign veist le dit Boesboessel venir devers la porte de tour An Quellenic, et disoit l'on qu'il venoit parler o le dit sieur de Rochan et autres cappitaines de la dicte armée , qu'estoint logés en la maison des Cordeliers près la dicte ville, et faisoit lors celuy Boesboessel mauvoise chière, et incontinant que les gens de la compaignie du dit Olivier de Quoetmen le vidrent arriver , ilz alèrent au devant de luy pour savoir quelque nouvelle de leur composicion , et y ala auxi ce tesmoign , et ouyt le dit Boesboessel dire à d'aucuns de ses gens avecques luy assemblez , quielx ne sceit nommer , que le dit sieur de Rochan et autres cappitaines de la dicte armée ne vouloint attendre à composicion avec les diz gens de guerre de la garde de la dicte ville, si ne se vouloint mectre en la voulonté du Roy, ce que les gens de l'ordrenance de la dicte garnison ne voulirent consentir. Et oyt ce tesmoign, le mardi ensuivant, dire que le dit Boesboessel avoit esté de rechieff vers le dit sieur de Rochan et autres cappitaines de la dicte armée, pour trecter la dicte composicion des diz gens de guerre , et que il avoit tel besoigne o les gens de la dicte armée , que ilz auroint leurs vies sauffves et perdroint leur desferre et s'en yront hors , chascun ung bâton en la main ; ne sceit si les bourgois et habitans de la dicte ville et austres estans en icelle , avoint baillé charge au dit Boesboessel ne à autres de parlemanter de composicion avecques les diz sieurs de Rochan et autres cappitaines de la dicte armée ; ne les veist faire congregacion ne assemblée pour délibéracion sur la dicte matière , et dit que dès le dit jour de lundi à mydi , jucques au mercredi ensuivant, y eut ceis et abstinance de guerre entre la dicte armée et les estans en la dicte ville , sans que durant celuy temps eust esté tiré ung troict, ne donné coup ne d'un costé ne d'autre. Et à ce que ce tes-
moign peust congnoistre , ceulx de la dicte ville , pendant le dit temps, povoint estre assemblez pour avoir délibéracion sur la dicte matière , au lieu acoustumé à tretter de leurs négoces. Dit oultre , ce tesmoign , que le dit jour de mercredi , que les François entrèrent en la dicte ville à la foiz , et dès incontinent que fut dit à ceulx de la dicte ville la dicte composicion , si aucune avoit esté à la somme de dix mille escuz , lorsque en fut paroles , elle fut dissantie de la somme par partie des diz bourgois, dès que leur vint à congnoissance , par forme de quelle congnoissance ilz eurent par l'entrée que faisoint les diz François au boulovart de la dicte ville , et le sceit ce tesmoign pour tant que à l'entrée des diz François ou dit boulovart , il veist assemblez ou martroy de la dicte ville , au bout de la cohue , environ doze ou treize des diz habitans , que ce tesmoign ne sceit nommer ; qu'ilz disoint d'une commune voix qu'ilz ne savoint riens de la dicte composicion , ne que les diz François devoint entrer si soudainement en la dicte ville , disantz qu'ils ne poieroint les diz dix mille escuz , et que aucunement ne tendroint la dicte composicion , s'aucune avoit esté , pour ce que touz leurs biens ne la sauroint poier , et donnèrent charge d'une commune voix à Yvon Le Dantec, qui presant estoit, de dire aus diz François que ceulx bourgeoys avoint entendu quelque chose de paroles de composicion avecques quelque ung des habitans de la dicte ville et autres, à debvoir poier les diz dix mille escuz , mais qu'ilz n'en tendroint riens , de quoy le dit Dantec print charge , et print chemin pour devoir aler ce dire à Monsieur de Saint-Pierre et autres François qui avecques luy estoint ou dit boulovart de la dicte porte de Rennes ; ne sceit ce tesmoign si le dit Dantec feist sa dicte charge ou non. Et estoint les cleffs de la dicte ville en celuy temps et de paravant es mains du dit Boesboessel, qui avoit la charge des dictes portes clorre et oupvrir , parce qu'il
estoit chieff et cappitaine sur les gens de guerre y estans , et n'avoint les diz bourgeois et habitans aucune auctorité sur la clôture ne oupverture des dictes portes, et le sceit ce dit tesmoing, pour ce que en celuy temps il fréquentoit la dicte ville et voyet le dit Boesboessel faire clorre et oupvrir les portes ; ne sceit si au dit boulovart furent baillez ostages au dit sr de Saint-Pierre pour seureté de poiemant des diz dix mille escuz, et dit que emprès mydi du dit jour de mercredi , il veist les diz François entrer en la dicte ville , et communément dire en la dicte ville que les diz François, à leur entrée en icelle et tandiz qu'ilz y furent, pillèrent la dicte ville, rompirent coffres, huges, greniers, et qu'ilz avoint prins les biens qu'ilz avoint peu trouver, et que de touz leurs deppans n'avoint poié , tandiz qu'ilz y furent, comme riens. Du contenu es vie, vne, xe et xie articles, dit que rien ne sceit. Et en ce qu'est le ximc article, il recorde avoir ouy dire communément en la dicte ville , que la chappelle de saint Jacques , en l'esglise de Nostre Dame de Guingamp , est le lieu où s'assemblent les bourgois et habitans de la dicte ville, par forme de communité, pour terminer leurs négoces et affaires publiques, à son de campane. Aussi a ouy dire communément en la dicte ville, que si autremant les dictes assemblées estoint fautes , les actes d'icelles congrégations ne seroinl valables ; ne sceit si ce est vroy ou non, car jamais n'a veu débattre la matière. Et dit que ce qu'il a devant déposé est notoire et manifeste ou pays et à la partie, et n'a veu les diz acteurs n'en faire aucune congnoissance. Et est ce que dépose des premier, segond, tiers, quart, vie, vne, ixe, xe, xie, xime et xvc articles, où il est séparé , et sur iceulx interrogé sellon les interrogatoires produitz en cause de partie adverse.
(Signé) J. de La Régnera ye, T. Haulener.
A9 Témoin.
Thebault Trevault , aigé de trante ans ou environ , comme il dit, tesmoign donné d'une et autre part, juré et enquis , recorde par son serment que au temps du siège qui fut possé par ung ost et armée de François devant la d. ville de Guingamp, au moys de janvyer l'an mil imcc mixx et huit, ce tesmoign estoit serviteur et demourant avecques feu Meryen Gheron , bourgois de la d. ville , qui fut l'un des dixiniers d'icelle ville durant le d. siège, qui dura des ung jour de lundi d'iceluy moys jucques au mercredi prouchênement ensuivant , ne sceit autrement declerer le temps ; et pour ce que le d. Cheron , son maistre , estoit à l'eure malade, ce tesmoign servit pour luy en la d. charge de dixenyer durant le d. siège. Et le d. lundi ou mardi ensuivant, n'est souvenant lequel, il veist Guillaume de Boesboessel, qui estoit chieff sur les gens de guerre estans lors en la garde de la d. ville , issir hors celle ville par la potterne de la tour An Quelennic , et avecques luy ung nommé Bastien, son serviteur, et aussi les seneschal et procureur de la justice du d. lieu de Guingamp et Guillaume Le Dyen , qui estoit lors procureur de la d. ville ; n'est souvenant avoir lors veu autres issir avecques le d. Boesboessel. Et paravant l'issue du d. Boesboessel , il luy avoit ouy dire qu'il yroit parlemanter de composicion avecques le sv de Bochan (sic) et autres cappitaines de la d. armée du Boy qui estoint logés en la maison des Cordeliers , près la d. ville , et qu'il avoit eu assurence pour y aler , ne declera de qui ; ne luy dit celuy Boesboessel de par qui il stloit devers les d. cappitaines de la d. armée du Boy parlemanter de composicion , aussi ce tesmoign. ne scavoit qui luy avoit baillé cherge d'aler devers les d. cap-
pitaines. Et dit que le d. jour de lundi à mydi, jucques au mercredi ensuivant, y eut ceis et abstinance de guerre, sans que eust esté tiré ung troict ne donné coup ne d'un costé ne d'autre. Et à ce que ce tesmoign peut congnoistre, ceulx de la d. ville povoint durant le d. temps estre assemblés pour avoir délibéracion ensemble de leurs affaires publiques ou lieu accoustumé à trecter leurs négoces , qui est en l'esglise Nostre Damme en la chappele (sic) Saint Jacques. Ne fut ce tesmoign présent à assemblée quelconque de la communité de la d. ville pour l'envoy du d. Boesboessel ne autres devers les d. cappitaines de la d. armée parlemanter de composicion pour eulx, ne ne sceit s'ilz en firent assemblée à celle fin ou non. Item , dit que le mercredi apprès mydi , ce tesmoign estan sur le Martroy de la d. ville, devant la maison Yvon Le Dantec, veist assemblés Jehan Le^uté, Olivier Bomboni, Pierres Rouault, Fouquet d'Estable, Alain Le Louarn, Henry Potier, Yvon Le Dantec et plus" autres de la d. ville que ne sceit nommer, jucques au numbre de vingt cinq ou trante , lesquielx ce tesmoign oyt dire que les François estoint entrez au boulovart de la porte devers Rennes et que le d. Boesboessel avoit composé pour la d. ville qu'ilz poieroint dix mille escus pour avoir leurs vies et biens sauffves ; quelle chose ce tesmoiug oyt les d. Dantec et autres dissantir , disantz que jamais (sic) ceulx de la d. ville ne luy avoint baillé cherge pour ce faire et qu'ilz ne scauroint poier celle somme, et baillèrent cherge au d. Yvon Le Dantec de ce aler dire ausd. François, de quoi le d. Dantec print cherge, et se transporta droit à la d. porte de Rennes, disant aler à celle fin devers les d. François ; ne sceit ce tesmoign qu'il y fit, bien oyt il dire d'empuis au d. Henry Potier et autres de la d. ville, que le d. Dantec l'avoit ainsi dit au sr de Saint- Pierre, estant oud. boulovart. Aussi ouyt ce tesmoing le d. Meryen Chcron dire qu'il n 'avoit point agréable la d. com-
posicion , outre ouyt ce dire à Tudgual Berthevaulx et à plusrs autres de la d. ville que ne sceit nommer, et dit estre certain que la maire voix des d. bourgois et habitans de la d. ville dissantirent celle composicion, si aucune avoit esté faitte, des que ilz en ouyrent parler. Et estoint les cleffs de la d. ville, en iceluy temps et de paravant, es mains du d. Boesboessel , qui avoit la cherge des d. portes clorre et oupvrir, et n'avoint les d. bourgois et habitans , durant le d. siège, aucune auttorité sur la clôture ne oupverture des d. portes , et le sceit ce tesmoign pour tant que en celuy temps il veist souvant le d. Boesboessel faire, fermer et oupvrir (sic) les portes par Bastien et Alain Rabel, ses serviteurs , et les d. cleffs porter à la chambre du d. Boesboessel devers la nuyt. Item , recorde que à l'entrée que firent les François en la d. ville et tandiz qu'ilz y furent, ilz pillèrent la d. ville, rompirent coffres, huges, greniers, et en prindrent plusrs biens, et des despans qu'ilz y firent ne poierent comme riens. Et le sceit ce tesmoign pour tant que oud. temps il estoit en la d. ville , et les veit rompre ung coffre , une armoise et ung grenier de la maison du d. Cheron, son maistrc, et prandre ce que ilz peurent trouver. Aussi veist en plusrs autres maisons de la d. ville coffres, aromoises {sic) ou « arrmoises » et greniers rompuez (sic), comme es maisons de Mahé Jourden, Jehan Le Bloay, Raoul Le Fauchour, Guillaume Le Guellenec (sic), Jehan Davy, Jehan Leauté, et en autres maisons , disant que les d. François ce avoint fait et qu'ilz avoint pillé et porté les biens qifilz avoint peu trouver esd. coffres , armoises et greniers , et est certain que durant que les d. François furent dans la d. ville, ilz ne poierent de leurs despens comme riens. Ne veist ce tesmoign les d. François prandre pour ostages de la d. composicion aucun de la d. ville ne d'ailleurs ; bien dit-il que le sr de Saint-Pierre feist mettre et détenir en arest , en la maison du d. Cheron, Guillaume
Taillart, Jehan Colin, Jehan Quoitcoureden et Jehan Kergaslay (sic), qui y furent environ ung moys, ne sceit pour quelle occasion ilz furent ainsi detenuz. Oultre recorde que durant la detencion des d. Guillaume Taillart, Jehan Colin, Quoitcoureden et Kergoaslay en la d. maison du d. Cheron, il veist avecques eulx maistre Jehan Kerprigent et Charles Le Blanc , et parloint d'envoyer ceulx Kerprigent et Le Blanc devers le d. sr de Rochan , pour avoir la fourme de la composicion dont les d. François se ventoint. Ne veist ce tesmoign les d. Kerprigent et Le Blanc aler devers le sr de Rochan ; mais environ quinze jours ou trois sepmaines apprès, ceulx Kerprigent et Le Blanc luy didrent (sic) qu'ilz avoint esté devers le d. sr de Rochan quérir lettres d'icelle telle quelle composicion ; ne luy didrent de par qui ilz y avoint esté ; ne sceit ce tesmoign qui leur avoit baillé cherge de ce faire ; ne veist communiquer les d. lettres, à la venue des d. Kerprigent et Le Blanc, o les d. bourgois. Et par appres il veist Jehan Louel et Yvon Le Dantec nortantz ung rolle par la ville de certain esgail fait sur les habitans de la d. ville ; ne sceit ce tesmoign de quelle somme estoit celuy esgail, ne de quelle auctorité estoit celuy esgail fait, mais est certain avoir veu la femme du d. Cheron leur poier seix centz frantz (sic) de la monnoie lors courante, à valoir en ce que le d. Cheron estoit imposé oud. rolle ; ne sceit si le d. esgail estoit pour le poiement des d. dix mille escutz , bien oyt il dire que ce que l'on recepvoit estoit pour bailler aux d. François. Et oyt lors dire que les d. Guillaume Taillart, Jehan Colin, Quoitcoureden, Kergoaslay, et autres gentilz hommes forains qui estoint en la d. ville ou temps de la prinse d'icelle, avoint fait ung autre rolle et esgail sur eulx de somme de finance que n'oyt numbrer, pour aussi bailler ausd. François ; et de fait, ce tesmoign veist le d. Jehan Colin escripre, en la maison du d. Cheron, ung rolle ouquel il mettoit les d. forains ; ne sceit
si du contenu oud. rolie Ton feist aucune receple , ne dequel pourchatz ne auclorité le d. Colin escripvoit ainsi le d. rolle; ne sceit aussi si Vincent de Murenorre, qui estoit forain, estoit mis oud. rolle, mais ce tesmoign oyt dire communemant {sic) en la ville que celluy de Murhorre (sic) avoit poyé sa ranczon , que n'oyt ce tesmoign declerer, au sr de La Luserne , qui par tant Favoit laissé s'en aler. Et oyt ce tesmoign dire communemant en la d. ville que les d. esgailz et rolles avoint esté faitz sans le seu, consentemant ne évocation des d. bourgois et habitans en fourme de communité, et oyt dire ausd. Gheron, Raouïet Folliart et plusrs autres de la d. ville, qu'ilz n'avoint agréable (sic) les d. esgailz et rolles. Du contenu es xie, xne et xme articles dit rien ne savoir. Item, recorde qu'il est demourant en la d. ville de Guingamp environ seize ans a, et des celuy temps il a veu , par chacun an, les d. bourgois faire leurs assemblées pour terminer leurs négoces et affaires publiques , et à son de campane , en la chappelle de Saint Jacques en Fesglise Nostre Damme du d. lieu de Guingamp, et souvant a esté presant esd. assemblées et congregacions ; n'a veu dempuis le d. temps les d. bourgois et habitans faire leurs assemblées par fourme de communité ailleurs que en la d. chappelle; ne sceit, si autremant celles assemblées estoint faittes , si les actes d'icelles congregacions seroint valables , car jamais n'a veu debatre la matière. Oultre recorde que les faitz par lui devant déposés sont vrois, notoires et manifestes, en a et règne voix publique au pais et à la partie, n'a ouy les d. acteurs en faire aucune congnoissance. Et est son record des premier, segond, tiers, quart, ve, vie, vne, vme, ixe, xe, xic, xne, xme et xve articles, esquels il est séparé et sur iceulx interrogé. (Signe) De La Regneraye, T. Haulener.
5e Témoin,
5e Témoin.
Yvon du Cleuzquennec , aigé de trante cinq ans ou ouviron, comme il dit, tesmoign, jure dire vroy, et purgé du conseil, et enquis le xxie jour dud. mois de septembre, recorde que durant le siège qui fut posé par ung ost et armée de François , duquel se portoit lieutenant pour le Roy le sr de Rochan (sic),, sur la d. ville de Guingamp , ou mois de janvier Tan mil micc in.ixx et huit , ce tesmoign n'estoint {sic) point en la d. ville de Guingamp, mais y entra le mercredi que le sr de Saint-Pierre et autres François y entrèrent, pour debvoir aider à préserver le bien de Yvon de Guerguezengorre, son oncle, qui y estoit, et à l'entrée que les d. François firent en la d. ville, ilz hostèrent des bourgois d'icelle les cleffs de leurs celiers et greniers , et les coffres et huges que ne peurent ouprir (sic) o cleffs, ilz rompirent et prindrent les biens qui y peurent trouver ; vendirent et distribuèrent le vin qui trouveroint (sic) es celiers et caves de la d. ville et aussi les blez qui estoint esd. greniers, et en firent ce que bon leur sembla, et pour leurs depans (sic) ne poierent , tandiz qu'ilz y furent , comme riens. Et le sceit ce tesmoign pour tant que durant celuy temps que les d. François furent en la d. ville , il fréquenta les d. François et fut souvant en leurs logitz , et les voyet (sic) en leurs hosteleries s'entremettre de vendre le vin des caves de leurs d. hostes, prandre les d. blés des d. greniers, et veist plus" coffres rompues (sic) es maisons de Henry Queryen , Olivier de La Forest , Pierres Dariau , Pierres Rouault, et en plusrs autres maisons, et se plaignât (sic) les d. nommés des d. François, disans que ceulx François avoint rompu les d. coffres et emporté les biens qui y avoint trouvé. Aussi il veist es d. maisons plus" des d. François, * 19
que ne sceit nommer , vendre et distribuer les vins estans esd. maisons et en recepvoir l'argent. Aussi est membrent (sic) avois veu le d Henry Queryen supplier à des François qui estoint logés en sa maison , de luy bailler deux boesseaux de son froment, estans en son grenier, en la d. maison, pour semer et mettre en terre, et en fut reffusé. Et oyt plusrs autres bourgois et habitans de la d. ville se plaindre des d. François , disans avoir esté par eulx pillez et robez de leurs biens , et que durant que ilz avoint esté en la d. ville , il avoit convenu à plusieurs des d. bourgois dormir sur la terre et leur laisser leurs litz. Et quant les d. François s'en alerent, ilz portèrent avecques eulx toutz les biens portatiffz qu'ilz peurent emmener et porter o eulx. Et oyt ce lesmoign estimer le dommage que les d. François avoint fait en la d. ville , le d. voiage , à plus de dix mille escus. Et tout ce est notoire au pays et à la partie. Oultre recorde que les vingnt ans derrains il a fait demourance en la d. ville de Guingamp la plupart du temps, et que les dix ans derrains , à chacun des dix ans , il a souvant veu les bourgois et habitans de la cl. ville de Guingamp faire leurs assemblées par fourme de communauté , pour terminer leurs négoces et affaires publiques, à son de campane, en l'église Nostre Damme de la d. ville de Guingamp , en la chappelle Saint Jacques , et a passé plusrs actes des deliberacions que les d. bourgois faisoint en leurs d. assemblées, comme procuracions et autres actes que ce tesmoign ne sceit declercr, et des celuy temps de dix ans n'a veu les d. bourgois et habitans faire leurs d. congregacions , par fourme de communité, en autre lieu que en la d. chappelle Saint Jacques. Et est notoire en la d. ville que la d. chappelle Saint Jacques est le lieu où s'assemblent les d. bourgois pour terminer de leurs affaires publiques. Ne sceit si les actes d'icelles congregacions estoint failles ailleurs (sic) seroint ditz , censez et reputez pour nulz , car jamais n'a
veu débattre la matière. Et est son record des ve et xmr articles , où il est séparé et sur iceulx interrogé.
{Signé) De La Regneraye , T. Haulener.
6e Témoin.
Jehan Rermoysan , aigé de xxvm ans ou environ, comme il dit, tesmoign, jure dire vroy, purgé du conseil et enquis le xxic jour du d. moys de septembre, recorde que au moys de janvyer Tan mil 1111e mixx huit, que le siège fut posé par ung ost et armée de François devant la ville de Guingamp, à ung jour de lundi d'iceluy moys, ce tesmoign estoit en la dicte ville , et y fut durant le^iit siège , qui dura des le dit lundi jusques au mercredi prochain ensuivant, et demouroit lors avecques Maistre Fouque de Rosmar, sénéchal du d. lieu de Guingamp , combien que durant le d. siège il ne se tenoit environ le d. senechal fors la nuyt, et au dit jour de lundi , ou le landemain , n'est membrant lequel , il ouyt dire communémant en la dicte ville que Guillaume de Bocsboessel , qui lors estoit chieff sur les gens d'ordrenance estans en la garde d'icelle ville, et aussi le d. senechal, Yvon de Guerguezengorrc, procureur du d. lieu, estoint issus hors la dicte ville et alez devers le sr de Rochan et autres cappitaines de l'armée du Roy qu'estoint logez en la maison des Cordeliers, près la dicte ville, parlemanter de composicion pour les estans en la dicte ville ; ne sceit si aucuns des bourgois de la d. ville y estoint aussi alez ; ne veist les d. bourgois par forme de communité ne autrement, ne aussi les d. gens d'ordrenance bailler cherge aux d. Boesboessel, senechal et procureur, d'aler parlemanter de composicion avec les d. François ; ne sceit s'ilz
y abrent d'eulx mesmes, sans l'envoy de la dicte communité ; et dit qu'il est notoire en la d. ville et au pais d'environ , que les d. François, à l'entrée qu'ilz firent en la d. ville, et tandiz qu'ilz y furent, avoint rompu coffres, huges, greniers, et prins les biens qu'ilz y avoint peu trouver, et que de touz leurs despens n'avoint poié , tandiz qu'ilz y avoint esté, comme riens ; dit aussi que le dit jour de mercredi ou le jeudi ensuivant, n'est membrant lequel, durant que ce tesmoign estoit o son maistre en ville, les d. François rompirent luys de la chembre de ce tesmoign , où y avoit plusrs biens , tant à ce d. tesmoign que au d. senesehal de Guingamp, et aussi à Alain de Rosmar, quieulx biens les d. François pillèrent , prindrent et portèrent o eulx , et n'y lesserent aucun bien : maismes ce tesmoign oyt plusrs des bourgois et habitans de la d. ville se plaindre des d. François, disans estre par eulx pillez et robez, et est notoire ou pays et en la partie que les d. François y firent grandes pilleries.et oultraiges. Et appres l'entrée des d. François en la d. ville , ce tesmoign y fut environ xv jours , et durant celuy temps , il ouyt dire à Jehan Le Gonydec, Nycolas Taillart, Guillaume Le Roux, et à plus™ autres que ne sceit nommer, que l'on avoit fait rolle .et esgail en la d. ville sur les bourgois et habitans en icelle, et aussi sur les nobles forains y estans ou temps du d. siège, de certaine finance que n'oyt numbrer, pour bailler ausd. François pour les rançons des d. nobles bourgois et habitans ; ne veist le d. rolle ; ne sceit si les d. bourgois en firent rolle par entre eulx , et les d. nobles ung autre rolle aussi par entr'eulx ; ne sceit qui feist les d. rolles et esgailz , ne de quelle auctorité ils furent faitz ; ne sceit aussi qui feist la cueillete de ce , qui fut poyé des d. esgailz , si aucune chose en fut poyé , et oyt en celuy temps dire , ne sceit à qui , que Vincent de Murenorre , Rollant Le Blanc et son fiiz , qu'estoint nobles forains estans en la d. ville
ou lemps du d. siège, avoint poyé leur ranczon ausd. François ; ne luy fut nommé à qui , ne quelle somme ilz prièrent; et Jehan Le Gonydec, l'un des d. nobles forains, dis* à ce tesmoign qu'il avoit poyé sa ranczon ; ne luy nomma à qui , ne combien il avoit poyé ; mais il luy dist que par ce , il avoit esté laissé s'en aler. Ainsi s'en estoint les d. Murenorre , Le Blanc et son filz avoint esté laissez s'en aler hors la ville, parce qu'ilz avoint poyé leur ranczon. Et disoit bien lors communément en la d. ville, que les d. François laissoint issir hors celle ville toutz ceulx qui vouloint poyer leur ranczon sellon l'esgail en fait, et que aux autres qui ne vouloint poyer l'on reffusoit l'yssue de la d. ville, et à ce tesmoign maismes fut souventes fois reffusé l'yssue de la d. ville, par cause qu'il ne vouloit poyer quatre escuz d'or, que l'on disoit être mis oud. esgail , et luy fut souventes fois demandé les d. quatre escnz d'or ; ne sceit dire les noms de ceulx qui luy reffusèrent l'yssue de la d. ville, ne qui estoint ceulx qui luy demandèrent les d. quatre escuz. Et ne sceit si les d. esgailz furent faitz sans le sceu consentemant ne evocacion des diz bourgeois et habitans en forme de communité. Bien dit-il avoir ouy dire à Olivier Hylary , Henry Potier , Alain Le Breton , Raoul Berthevaulx, et à plusrs autres bourgois de la d. ville, que ne sceit nommer, que les d. esgailz avoint esté faitz sans le sceu et consentement des bourgois et habitans de la d. ville, et que ils n'avoint agréable les d. esgailz. Du xme article , dit rien ne scavoir, et en ce qu'est le xime articie, il dit que des environ seix ou sept ans derrains, il a accoustume fréquenter la d. ville , et des celuy temps , il a par chascun des diz ans souvent veu les bourgois et habitans de la d. ville s'assembler à son de campane à la chappelle Saint Jacques, en l'esglisc de Nostre Damme de Guingamp, par fourme de communité , pour terminer de leurs affaires et négoces publiques , et s'est plus" fois trouvé es dictes as-
semblées, où il les a veuz faire déliberacions sur le fuit de
leurs matières publiques que ne sceit ce tesmoign declerer :
et jamais n'a veu faire les d. assemblées et congrégations
des d. bourgois et habitans ailleurs que en la d. chapelle,
et est chose toute notoire en la d. ville, que la d. chappelle
de Saint Jacques est le lieu où les d„ bourgois et habitans
s'assemblent pour terminer de leurs négoces et affaires
publiques ; ne sceit si les d. congregacions estoint faittes
ailleurs, les actes d'icelles congregacions seroint ditz cen-
sez ne reputez pour nulz , car jamais n'a veu débattre la
matière. Et ce est ce que déposé des premier, ve, vme, ixe,
Xe , xme et xvnir3 articles, où il est séparé , et sur iceulx
interrogé.
{Signé) De La Regneraye, T. Haulener,
7e Témoin.
Don Hervé Bonboni, aigé de trante seix ans ou environ, comme il dit, tesmoign, jure dire vroy, purgé de conseil et enquis, recorde que durant le siège qui fut posé par ung ost et armée de François devant la ville de Guingamp, en Fan mil imcc iuixx et huit , ne sceit autrement declerer le temps, il fut en la d. ville de Guingamp et y estoit le mercredi que les d. François y entrèrent, et à leur entrée en la d. ville partie d'eulx logèrent en la maison de ce tesmoign, et durant qu'ilz y furent rompirent deux huges à ce tesmoign et pillèrent et hostèrent des d. huges plus" biens que il et les hoirs de Jehanne , sa sœur , y avoint à grant valeur que ne sceit estimer , et durant la rompture des d. huges ilz chaczerent ce tesmoign hors sa d. maison. Aussi prindrent et pillèrent de la d. maison chair salée , beurres
(sic) et autres biens. Et oyt plus18 des bourgois et habitais de la d. ville que ne sceit nommer se plaindre des d. François , disans avoir esté par cculx François pillez et robez , et qu'ilz avoint rompu coffres* huges, greniers, et prins les biens qu'ilz y avoint peu trouver. Et est chose toute notoire en la d. ville et au pays, que les d. François pillèrent la d. ville, rompirent coffres, huges, greniers, caves, celiers.; et que ilz en avoint fait à leur plaisir. Et dit ce tesmoign que il est natiff et originaire de la d. ville de Guingamp et y a demouré la plupart de soji temps, et des qu'il a « eu » congnoissance des faitz de la d. ville , il a veu les bourgois d'icelle souvantes fois par chacun an s'assembler en la chappelle Saint Jacques, en Tesglise Nostre Damme de Guingamp, à son de campane , pour terminer de leurs négoces et affaires publiques , et jamoys ne les a veuz faire assemblée ailleurs par fourme de communité pour les d. matières. Et est chose toute notoire en la d. ville, que la d. chappelle Saint Jacques est le lieu où les habitans ont accoustumé s'assembler pour terminer et disposer de leurs d. négoces et affaires publiques. Ne sceit que, si les d. congregacions estoint faittes ailleurs, les actes d'icelles congregacions seroint nulz et non trettibles à consequance. Et ce est ce que il sceit des ve et xime articles, où il est séparé et sur iceulx
interrogé.
{Signé) De La IIeg.neraye , T. Haulener.
8e Témoin.
Dom Pœkkhs Olivier, aigé de quarante sept ans ou environ, comme il dit, tesmoign, jure dire vroy , purgé de conseil et enquis le xxnc joui' du d. moys de septembre ,
rccorde qu'il est natiff et originaire de la paroesse Noslrc Damme de Guingamp et est prestre xix ans a, et des celuy temps il a souvent (sic) veu les bourgois et habitans de la d. ville de Guingamp faire leurs assemblées et congregacions, à son de campane, en la chappelle de Saint Jaques, en l'église Nostre Damme de la d. ville, pour terminer de leurs négoces et affaires publiques et jamais ne les a veuz faire leurs d. assemblées pour leurs d. affaires publiques ailleurs que en la d. chappelle, et est chose toute notoire en la d. ville que celle chappelle de Saint Jaques est le lieu où s'assemblent les d. bourgois et habitans pour terminer de leurs négoces et affaires publiques, et souvent a oy dire et tenir communément en la d. ville, si autremant les d. congregacions estoint faittes, les actes d'icelles congrcgacions ne seroint valables; ne sceit à certain si ce est vroy ou non, car jamoys n'a veu débattre la matière. Oultre recorde que durant le d. siège que ung ost et armée de François posa et tint sur la d. ville , ou moys de janvier l'an mil îiiicc inixx huit, ce tesmoign fut en cette ville, et y estoit le mercredi que le sr de Saint Pierre o une compaignie des d. Franczois y entra , et à l'entrée que ceulx François firent en la d. ville^.et durant qu'ilz y furent , ilz pillèrent et roberent ce que ilz peurent trouver de biens en la d. ville, et rompirent coffres , huges , caves , celiers , greniers , et firent de grans oultraiges. Et dit ce tesmoign le savoir pour tant que durant le temps que les d. François furent en la d. ville il demoura et fit résidence en la maison Henry Queryen d'icelle ville, en laquelle logèrent deux hommes d'armes des d. François, dont l'un s'appeloit le sr de Locquanay et l'autre le sr de Glizant, lesquelx et leurs serviteurs, des que ilz furent logés en la d. maison, hostèrent de la femme du d. Queryen toutes les cleffs de la d. maison que elle gardoit , prindrent tant des coffres que des huges et armoyses de la d. maison plus" grans biens qu'ilz y trouve-
rcnt, et rompirent ung coffre ou maistre Alain Le Forestier avoit plusieurs biens, quelx ilz portèrent o eulx quant ilz s'en alerent et touz les autres biens portatiffs de la d. maison, et distribuèrent les vins et blés estans en icelle maison , et combien que le d. Queryen et sa femme avoint ou grenier de leur maison environ cinquante cinq quartiers froment {sic), le d. Queryen et sa femme ne peurent avoir des d. François des d. blez pour semer ne mettre en terre, et leur convint emprumpter celle année quatre quartiers froment de la femme Meryen Cheron pour semer et mettre en terre. Et neantmoins que les d. Queryen et sa femme avoint sept petiz enffens et des serviteurs , il leur convint celle année vivre leurs d. enffens de l'aulmosne et par prest , et le sceit ce tesmoign , pour ce que à tout ce il fut présent. Aussi recorde que il avoit une maison es faubours de la d. ville où il avoit plusrs biens quielx les d. François pillèrent et roberent. Et pareillement les d. François qui entrèrent en la d. ville firent en plus" autres maisons d'ieelle , et oyt plusrs autres bourgeois de la d. ville se plaindre des d. François d'avoir esté par eulx pillez et robez. Et est chose toute notoire en la d. ville et ou pays, que les François , à l'entrée qu'ilz firent en la d. ville et durant qu'ilz y furent, avoint pillé celle ville, rompu coffres, huges, greniers, et prins les biens qu'ilz avoint trouvé en celle ville , à l'estimacion de la valeur de quinze mille escuz et plus, et que de leurs despans que firent en la d. ville ne poierent, tandiz qu'ils y furent, comme riens. Et est ce qu'il sceit des ve et ximc articles , où il est séparé et sur iceulx interrogé.
(Signé) De La Regneraye, T. Haulener.
0e Témoin.
Jehan Loherec, aigé de cinquante seix ans ou environ, comme il dit, tesmoign, jure dire vroy, purgé de conseil et enquis le xxve jour du d. moys de septembre , recorde que durant le siège que les François tindrent devant la ville de Guingamp et ou temps de la prinse d'iceile , en Tan mil imcc imxx huit, ce tesmoign esioit en la d. ville, et à ce que il voulit s'en aler à sa maison, il fut impêché à la porte devers Rennes par aucuns François que ne congnoisset et par aucuns de la d. ville estans.en leur compaignie que ne sceit nommer, jucques à ayder poyer la composicion de la d. ville, quelle disoint estre à dix mille escuz, et ce voyant ce tesmoign il retourna en la d. ville et y demoura l'espace de xv jours, et à la fin s'en ala sans rien poyer d'iceile composition. Ne sceit si defficulté (sic) se trouva à cause d'esgaill entre ceux de la d. ville et les autres forains et autres qui avoint du bien en la d. ville , ne si sur celle difficulté eust esté accordé que deux rolles eussent esté faitz, l'un pour les nobles et l'autre pour les bourgois , de la d. composicion. Ne sceit aussi si Jehan Colin lit l'esgail des d. nobles. Aussi ne sceit si le s1' de Saint Pierre avoit dit qu'il ne tenoit les d. Colin, Taillart, Quoitcoureden et Kergoaslay, fors que pour les d. nobles des champs. Bien dit que environ ouyt jours après la d. prinse de Guingamp , Jehan de Boisgelin de Pordic et Jehan Le Gonidec luy didrent que ilz avoint baillé de l'argent aux bourgois de la ville , tellement qu'ilz avoint eu leur congié pour s'en aller ; ne luy deelererent combien ilz avoint poyé ne ausquielx de la d. ville. Ne sceit si l'on lit rolle et esgail en la d. ville de la d. composicion, ne si ceulx qui poierent ce que estoint mis esd. esgailz furent laissez
s'en aller ou non. Du contenu des vmc et ixc artiticles, où il est séparé et sur iceulx interrogé , dit autre chose ne savoir.
(Signé) J. de La Kegneraye , T. Haulener.
10e Témoin.
Guillaume Le Dyen, aigé de trante troys ans ou environ, comme il dit, tesmoign, jure dire vroy , purgé de conseil et enquis le xxvme jour du d. moys de septembre, recorde qu'il estoit en la ville de Guinganip durant le siège que les François misdrent sur la d. ville à ung jour de lundi ou moys de janvyer Tan mil micc mixx et huit, et que le d. jour de lundi, devers le soir, il vist issir hors celle ville, par la poterne de tour An Quelennic , Guillaume Boesboessel, et avecques luy maistre Fouques de Rosmar, sénéchal, Yvon de Guerguezengorre procureur du d. lieu, Jehan Louel et Tudgual Berthevaulx, et ce tesmoign, du commandement du d. Boesboessel, issit hors celle ville et avecques luy et les d. autres nommés il alla à la maison des Cordeliers, près la d. ville, parlemanter de composition o le s1' de Rohan (sic) et autres cappitaines de la d. armée du Roy, pour les estans en la d. ville. Ne sceit ce tesmoign qui lors estoit procureur des bourgois et habitans de la d. ville , si ceulx Boesboessel et autres nommez avoint eu charge ne consentemant des d. bourgois , par fourme de communité ne autremant, d'aller pour eulx parlemanter de la d. composition. Et dit que des le lundi , environ deux ou troys heures après mydi, que les d. Boesboessel et autres nommez commancerent à parlemanter de composition, y eut ceis et abstinance de guerre tout depuis,
sans que jamais y eust esté tiré ung troict ne donné coup ne d'un costé ne d'autre. Et durèrent ces parlemans (sic) des le d. lundi après mydi juques au mercredi prochain ensuivant, que le sr de Saint Pierre et autres François entrèrent en la d. ville , et semble à ce tesmoign et croit que durant le d. temps les bourgois et habitans de la d. ville pouvointestre assemblés pour avoir deliberacion ensemble sur la d. matière, ou lieu accoutumé à trecter de leurs négoces, qui est l'église Nostre Damme, à la chappelle Saint Jaques , et tout ce est notoire. Ne fut ce tesmoign présent à délibération quelconque que les d. bourgois et habitans feissent pour le renvoy du d. Boesboessel et autres nommez devers le d. sr de Rohan et autres nommés de la d. armée parlemanter de composicion , et dit qu'il est notoire ou pays et à la partie que telle deliberacion qui fut faite du d. renvoy, s'aucune fut, fut sans l'évocation ne deliberacion de la communité des bourgois et habitans de la d. ville, et qu'il n'y avoit à ce fors les gens de guerre estans en la d. ville et bien peu des d. bourgois et habitans. Aussi dit qu'il est chose toute notoire que les d. bourgois et habitans, des incontinant que leur fut dit que le d. Boesboessel et autres nommez avoint composé pour la d. ville à la somme de dix mille escuz d'or, que lorsqu'il en fut parolles, elle avoit esté dissantie de la fourme par les d. bourgois des que ce leur vint à congnoissance, et que les d. bourgois avoint donné charge d'aler dire ausd. François qu'ilz avoint entendu quelque chose de parolles de composicion avecques quelque ung des habitans de la d. ville et autres, à devoir poyer dix mil escuz , mais qu'ilz n'en tendroint riens, et que de fait les d. bourgois et la maire voix d'iceulx avoint dissanti la d. composicion. Aussi dit qu'il est notoire que les cleffs de la d. ville estoint es mains du d. Boesboessel au temps du d. siège. Oultre recorde que à l'entrée que les d. François avoint failte en la d. ville , au
mercredi prochain ensuivant l'aposement du d. siège , et tandiz qu'ilz furent en la ville , pillèrent celle ville , rompirent coffres, huges, greniers, et en prindrent plus*5 biens, et de touz leurs despans ne poierent, tandiz qu'ilz y furent, comme riens. Et dit ce tesmoign le savoir, pour tant qu'il vist en la d. ville plusrs coffres rompuz, tant es maisons de Rolland Cleuroux, Yvon de Kerengroais, que en plus" autres maisons de la d. ville. Aussi rompirent et pillèrent le grenier de l'ospitai de la d. ville de Guingamp, de Kerenabat et plus13 autres greniers. Et durant que les François furent en la d. ville , furent logés en la maison de ce tesmoign le fourier de Saint Pierre et quatre hommes de sa compaignie ; quielx ne poierent aucune chose de leurs despans durant qu'ilz y furent, neantmointz qu'ilz avoint baillé le froment qu'il avoit en son grenier à leurs chevaulx , qui valloit ung grant bien , et oyt dire communemant à la d. ville que paraillement ilz avoint fait par toute la ville. Du contenu es vie, vne et vme articles dit que riens ne sceit, fors qu'il dit avoir veu deux rolles, l'un avecques Jehan Colin , l'autre avecques Yvon Le Dantec et Jehan Louel ; n'est membrant s'ilz estoint signez ou non , ne sceit qui les avoit faitz ne de quelle auctorité ilz avoint esté faiz (sic) , toutesfoiz ilz luy didrent que les d. rolles estoint les rolles des esgailz faitz en la d. ville pour poyer la ranczon de la ville ausd. François , et que le rolle qui estoit avecques le d. Jehan Colin estoit l'esgail fait sur les nobles estans à la d. ville ou temps du d. siège, et le d. rolle que le d. Yvon Le Dantec portoit estoit l'esgail fait sur les d. bourgois et habitans, et en celluy rolle des d. bourgois ce tesmoign estoit esgaillé ouyt vingtz dix escuz d'or, à valer esquielz fut poyé par ce tesmoign aud. Dantec le numbre de cent escuz d'or. Dit aussi qu'il est chose toute notoire au pais et à la partie qu'il fut fait deux esgailz et deux rolles en la d. ville après la d. entrée dos d. François , l'un sur les d.
bourgois et habitans et l'autre sur les d. nobles forains , pour le poiement de la ranczon de la d. ville, et qu'il estoit aussi notoire que ceulx qui voulirent poier ce que ilz furent mis esd. rolles furent laissés s'en aller, comme Vincent Le Murhorre , Rolland Le Blanc et son filz , Jehan du Boisgelin de Pordic, Jehan Le Gonidec et autres. Dit oultre avoir oy dire et tenir notoirement que les d. esgailz avoint esté faitz sans le sceu, consentemant ne evocacion des d. bourgois en fournie de communité et que ilz l'avoint dissanti. Des xie et xne articles dit rien ne savoir. Item , dit que au temps du d. siège , et les dix ans de paravant, il demouroit à la d. ville , et des iceluy temps, à la foiz que les d. bourgois et habitans vouloint tretter et terminer de leurs affaires et négoces publiques, il les a veuz se assembler et faire leurs congregacions par fourme de communité eu la chappelle Saint Jaques, en l'église Nostre Damme de la d. ville de Guingamp , et jamois n'a veu les d. bourgois faire leurs congregacions ailleurs que à la d. chappelle, et est chose toute notoire à la d. ville que la d. chappelle est le lieu où se assemblent les bourgois de la d. ville par fourme de communité , pour terminer de leurs négoces et affaires publiques , à son de campane. Ne sceit , si celles congregacions estant faittes ailleurs, les actes d'icelles congregacions seroint nulz et non trettibles à consequance, car jamois n'a veu debatre la matière. Dit oultre que les faitz par lui devant recordez sont vroyes, notoires et manifestes. Et est son record des premier, cinquiesme, vie, vne, vme, ixe, xe, xie, xne, xnne et xve articles, et de la notorité des premier, segond, tiers et quart, où il est séparé et sur icgulx interrogé.
(Signé) De La Regneraye, T. Haulener.
(Archives Municipales.— Livre Rouge.)
Addition au Chapitre V du Livre II.
— « Holà ! portier, debout ! et vite, ouvre ta porte, Monseigneur de Rohan arrive sur nos pas
Pour assiéger ta ville , avec sa bande , forte De plus de dix mille soldats. »
— « Ma porte, mes seigneurs, ne s'ouvre pour personne, Qu'on vienne en frère , ou bien qu'on vienne en ennemi ; A moins qu'à son vassal autrement n'en ordonne ,
La duchesse qui règne ici.
» Madame, pensez -vous qu'il faille ouvrir ma porte Au prince de Rohan , qu'où dit venir là-bas Pour assiéger la ville , avec sa bande , forte De plus de dix mille soldats ? »
(i) Le siège de Guingamp a été célébré par deux ballades bretonnes. Nous avons essayé de rendre en vers le mouvement rapide de la première, dont le texte a été donné par M. de La Villemarqué, et dont la seconde , que nous traduisons littéralement, n'est, pour ainsi dire, que la paraphrase. Celte dernière , plus généralement répandue dans le pays, a été publiée par M. de Fréminville , dans ses Antiquités des Côtes- du- Nord. Nous avons cru inutile de reproduire les textes , que l'on trouvera dans les ouvrages de MM. de La Villemarqué , de Fréminville , et dans l'ouvrage de M. de Kcrmoalquin. — Voyez , ci-après , la lettre de M. de Gourcy.
— « Que dis-tu là ? Vois donc tes portes verrouillées , Rempart de fer , dressé devant nos ennemis ;
Vois, dans leurs lossés creux, mes hautes tours mouillées, Guingamp ne sera jamais pris !
» Ils y seraient dix mois , ce serait pure perte ; Mon beau Guingamp jamais ne sera pris par eux. Charge ton grand canon , à l'œuvre , à l'œuvre , alerte ! Voyons qui vaincra de nous deux. »
— « Voici trente boulets , mortels comme la foudre , Voici trente boulets pour charger le canon ;
Et dans notre arsenal, ne manque ni la poudre, Ni la mitraille , ni le plomb. »
Le canonnier fidèle allait pointer sa pièce , Lorsqu'il chancelle et tombe, atteint mortellement D'un coup de fauconneau , que tire avec adresse Un soldat nommé Goazgarant.
La duchesse pleurait, et disait à la femme Du canonnier frappé par un si cruel sort :
— « Mon Dieu ! que ferons-nous? La peur gagne mon âme,
Puisque voilà ton mari mort ! »
— a Ne perdez pas courage , en ce moment suprême ; Mon mari tué , moi je le remplacerai ;
Je connais son canon , je tirerai moi-même, Moi-même je le vengerai ! »
Elle parlait encor, quand la grande muraille Craque et cède , et l'on voit voler en mille éclats Les deux portes de fer que brise la mitraille : La ville est pleine de soldats.
— ce A vous , mes cavaliers , à vous les belles filles ? Mais à moi les rançons, à moi For et l'argent,
A moi tous les trésors de vingt nobles familles , A moi la ville de Guingamp ! »
Et, lorsqu'elle entendait cette clameur sanglante , La duchesse priait et pleurait à genoux :
— « Dame du bon secours , disait-elle tremblante ;
Sainte Vierge , protégez-nous ! »
Et le bruit approchait. Elle court à l'église, Et laboure le sol de ses genoux meurtris :
— « Sainte Vierge , bientôt , puisque la ville est prise ,
Ce sanctuaire sera pris.
» Et ! quoi ! vous voudriez que le vainqueur impie Vienne boire et manger sur cet autel sacré , Et que , pour ses chevaux , il fasse une écurie De votre temple vénéré ? »
A peine elle avait dit , quand un coup de tonnerre Retentit au milieu des Français éperdus : C'est le canon qui tonne , et pêle-mêle à terre Neuf cents hommes sont étendus.
Et les cloches aussi se balancent ensemble % Et le tocsin s'unit à la voix du canon : L'air en est ébranlé ; le sol lui-même tremble , A cet horrible carillon.
— « Je te sais prompt et vif, page , mon petit page , Je te sais vif et prompt ; prends des jambes , et cours ; Va voir un peu là-haut qui fait tout ce tapage,
Et carillonne dans les tours.
» A tes flancs pend un glaive à lame bien trempée; Si tu trouves là-bas cet insolent sonneur, Enfant, pas de pitié ! prends en main ton épée, Plonge-la toute dans son cœur ! »
Vers la tour aussitôt , le page à mine fière Se dirige et gravit l'escalier en chantant; Mais, quand il descendit les cent degrés de pierre, Le petit page était tremblant.
— « J'ai monté dans la tour, et je n'ai vu personne , Si ce n'est (que Dieu m'aide ! oh ! je les ai bien vus!) Si ce n'est Notre-Dame elle-même qui sonne , Notre-Dame et l'enfant Jésus. »
Et le prince disait à sa troupe interdite : ■ — « A cheval ! mes amis , j'ai changé de desseins : Allons coucher ailleurs , et quittons au plus vite Des maisons que gardent les saints.»
Dans l'année mil cinq cent, Guingamp fut assiégé, et à présent , en mil cinq cent sept, la guerre a envahi toute la Bretagne.
Les Anglais étaient à la porte de Saint-Michel , les Allemands à la porte de Rennes , les Irlandais à la porte de la Fontaine, et les Flamands dans une autre place.
Quand il manœuvrait devant les portes de Rennes, le prince Dénoblin disait : — « Portier , ouvre cette porte , le prince Dénoblin est ici ;
» Le prince Dénoblin est ici ; il a avec lui dix-huit mille cavaliers, dix-huit raille cavaliers vaillants hommes pour assiéger Guingamp. »
Le vieux portier répondit au prince Dénoblin : — « Ces portes ne seront ouvertes , ni à vous , ni à aucun autre prince ,
» Jusqu'à ce que j'aie consulté la duchesse Anne , à qui ces portes appartiennent. — Duchesse , ouvrira-l-on les portes au prince Dénoblin qui est ici ,
» Avec dix-huit mille cavaliers, vaillants hommes, pour assiéger Guingamp ?» — La duchesse Anne répondit au vieux canonnier :
— « Mes portes sont verrouillées et mes murailles sont cimentées; je n'ai pas peur de les voir là : la ville de Guingamp ne sera pas prise.
» Si vous avez chargé le grand canon , nous défendrons la ville de Guingamp , et quand ils seraient là trois mois entiers, je ne fais aucun cas d'eux. »
Le vieux canonnier répondit à la duchesse Anne : — «Je
viens de le charger à l'instant ; j'ai ici trente boulets ronds,
» Un demi-boisseau de mitraille et de plomb, autant ou
plus de poudre, autant ou plus encore de grosses dragées,
pour jeter à la face du prince Dénoblin. »
Cette parole n'était pas tout-à-fait dite , quand le vieux canonnier fut tué par un coup d'arquebuse, que tira d'une fenêtre un cavalier nommé Goazgarant.
La duchesse Anne disait alors à la vieille canonnière : — « Seigneur Dieu ! que ferons-nous , le grand canon est braqué. »
La canonnière disait à la duchesse Anne : — « Puisque le grand canon est chargé , moi , je vengerai mon mari. »
Elles n'avaient pas fini de parler , que les murailles ont été abattues, les portes ont été brisées, et la ville était remplie de soldats.
Le prince Dénoblin disait, quand il entrait dans la ville de Guingamp : « — A vous, mes soldats, les filles jolies ; à moi for et l'argent. »
La duchesse Anne dit au prince Dénoblin, quand il vint la saluer : — « Si le grand canon avait été chargé, je n'aurais pas perdu aujourd'hui la cause de mon mari. »
La duchesse Anne se jeta sur la terre froide et nue : — «Marie, dame du vrai secours, si vous vouliez nous secourir ! »
La canonnière disait en arrivant au haut de la Tour •Plate : — « Je vois là un régiment rire ; tout-à-1'heure vous les verrez pleurer. »
Elle n'avait pas fini de parler, qu'elle a mis le feu au canon : elle en a tué dix huit cents et elle en a blessé autant ou plus.
Le prince Dénoblin demandait avec une grande fureur, -en passant dans la rue : — «Où sont-elles les filles de cette ville-ci , qui mettent le canon à éclater ? »
Il n'y aurait pas un cœur assez dur dans la ville de Guingamp pour ne pas pleurer, en voyant les femmes et les filles mettre les bardes de leur lit;
Mettre leurs hardes et leur linge, pour boucher les fenêtres de leur chambre et se préserver de la rage du vainqueur et des éclats du canon !
La duchesse Anne courut se prosterner dans la grande église : — « Marie, dame du vrai secours, faites-nous triompher de nos ennemis !
)> Et seriez-vous contente , Vierge Marie , de voir votre maison changée en écurie, votre sacristie en cave à vin, votre grand autel en table de cuisine ? »
Elle finissait à peine sa prière, les cloches ont commencé à sonner, et tous les cœurs sont saisis d'épouvante.
Le prince Dénoblin appelait son petit page et lui donnait cet ordre : — « Page, page, mon petit page, t* es diligent et prompt ;
)> Va vite au haut de la Tour Plate, pour savoir qui branle les cloches, et s'il y a quelqu'un à les sonner, plante-lui ton épée dans le cœur :
» Tu as un sabre à ton côté , et tu sais t'en servir. » Le page monte en chantant, et il descend en pleurant.
— « Je suis allé au haut de la Tour Plate , et je n'ai rien vu du tout, que la Vierge Marie et son Fils; et ce sont eux qui carillonnent. »
A cette nouvelle, le prince Dénoblin disait à tous ses soldats : — « Donnez , mes soldats , chacun un écu en offrande , et les nobles en donneront dix ;
» Moi-même j'en donne douze pour réparer le dommage que j'ai fait. Bridons nos chevaux , et partons, et laissons leurs maisons avec leurs saints. »
Le prince Dénoblin disait, en partant de Guingamp : — « En m'emparant de la ville de Guingamp , j'ai perdu six fois autant;
» Si je perds la vie en allant à ma maison, j'aurai en vérité tout perdu. Hâtons-nous de regagner notre pays pour prendre un peu de repos. »