‹ GuingampChapitre 10 sur 23 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Abbayes et Monastères.

Les institutions monastiques trouvèrent en Bretagne ^universelles et profondes sympathies. Depuis les rois et les princesses , que Ton vit souvent préférer le cloître au trône , jusqu'au dernier manant , vassal des riches abbayes , tous les Bretons eurent pour la vie religieuse un respect instinctif, un attrait vivace. Le sol armoricain se couvrit de monastères comme d1un produit spontané ; toutes les misères du corps , toutes les tristesses de Fâme , toutes les contritions du cœur, toutes les aspirations de Pétude , tous les rêves des arts , y cherchèrent un asile, un sanctuaire, un Eden.

L^histoire des abbayes de Bretagne serait un livre magnifique, que Ton fera quelque jour. J'en ébauche une page, en traitant, dans le présent chapitre,

des nombreux couvents de Guingamp. Quelquesuns offrent un haut intérêt que nous nous efforcerons de mettre en relief; tous méritent au moins un souvenir.

Abbaye de Sainte-Croix. — Après la fondation de Notre-Dame de Bégar , Etienne de Penthièvre et Havoïse de Guingamp, sa femme , songèrent à construire, à Guingamp même, un second monastère. On était en n35. Geffroy, évêque de Tréguier, demanda à Bourg-Moyen, près de Blois, des chanoines réguliers de Saint- Augustin. La petite troupe arriva conduite par Jean de Chatillon , devenu si célèbre sous le nom de saint Jean-de-la-Grille. La nouvelle abbaye s'éleva en l'honneur de la sainte Croix ; Henri , fils d'Etienne , encore tout enfant, porta la première pierre des fondements sur ses épaules.

L'épiscopat réclamait Jean de Chatillon : c'était un des hommes considérables de ce temps -là , par la science et la piété. Il avait brillé à l'Université de Paris , avant d'entrer à l'abbaye de Saint-Victor, et saint Bernard l'honorait de son amitié : l'amitié d'un saint Bernard est à elle seule une consécration.

En l'année il 44 ■> nommé aux deux évêchés de Tréguier et d'Aleth, simultanément vacants, l'abbé de Sainte-Croix opta pour Aleth, et fut sacré à Rome sous le pontificat de Lucius II.

Moyse, ancien chapelain de la comtesse Havoïse, lui succéda dans les fonctions abbatiales. Cepen-

dant , Henri , ce pieux enfant que nous avons vu porter sur ses épaules la première pierre du couvent , était devenu un homme. La mort de son père laissait un libre cours à de fougueuses passions. Eperdument amoureux d'une noble jeune fille, il la fît publiquement sa concubine et ne chercha point à voiler ses désordres. Le zèle de Moyse s'en émut : il adressa au prince coupable de solennels et rudes reproches, que celui-ci n'endura point. Fou de colère et de passion , il chassa de Sainte-Croix Moyse et ses religieux , et peupla l'abbaye de filles de joie, auxquelles ii donna scandaleusement pour abbesse la favorite elle-même ; puis, pour prêter une espèce d'existence régulière à cet étrange monastère , il le soumit à l'abbaye de Saint-Georges , de Piennes , maison puissante et célèbre qui ne comptait parmi ses religieuses que des princesses et de nobles dames.

Jean de Chatillon était alors à Rome. Il présenta à Eugène III , près duquel l'amitié de saint Bernard lui donnait une haute influence , les plaintes de Moyse et des chanoines expulsés. Le pape remit à l'évêque une lettre sévère à l'adresse de Henri. Jean vint lui-même l'apporter au comte ; et il lui parla si efficacement que Henri , plein de repentir , rappela aussitôt les religieux bannis , et pour rompre tout lien avec sa maîtresse , la maria à l'un de ses barons , prévôt de Tréguier.

En feuilletant ces admirables Preuves de PHis-

faire de Bretagne où s'est immortalisée l'érudition bénédictine de D. Morice, vous trouverez plusieurs chartes relatives à l'abbaye de Sainte-Croix. Cet abrégé ne peut que les indiquer.

Henri confirme , dans une de ces chartes, les donations faites à l'abbaye par Etienne et Havoïse , ses père et mère. En n5i , Marguerite , duchesse de Bretagne et comtesse de Richemont , fait don de la moitié des moulins qu'elle a sur le Trieux , près de Roche fort. Conan, époux de Marguerite, ratifie cette donation , qu'approuve et confirme Guillaume, évêque de Tréguier.

En 1 190, Jodoin , abbé de Sainte-Croix , obtient du pape Clément 111 une bulle confirmative de celles déjà obtenues d'Innocent III et d'Alexandre III, par laquelle le Souverain-Pontife sanctionne , de son autorité suprême , tous les privilèges et les possessions du monastère. Cette bulle est très-curieuse à cause des désignations de métairies et de moulins qu'elle contient ; mais les noms ont changé depuis le xne siècle, et il est terriblement difficile, pour ne pas dire impossible, de s'y reconnaître. C'est dans cette même bulle qu'il est fait mention des quatre arpents de terre labourables situés entre Guingarnp et Sainte-Croix , et donnés par la comtesse Marguerite pour y planter une vigne :

u Quatuor arpennos terre arabilis inter Ecclesiarn vestram et Guingampum , quos ad plantandam vinearn sepe memorata comitissa ecclesie vestre donavit. »

Cette indication tranche pour nous l'étymologie de Guin-Camp, champ du vin.

Dans le cours du xme siècle , nous trouvons différentes transactions entre l'abbaye de Sainte-Croix et l'abbaye de Beauport , relativement aux dîmes de Pordic et de Plouec (i), et un échange avec Saint- Melaine , de Rennes , par lequel Sainte -Croix cède le prieuré de la Madeleine de Moncontour, pour le prieuré de Notre-Dame de La Roche-Derrien , avec une soulte de cent sous par an , rente assise sur le four de Saint-Sauveur de Guingamp, qui appartenait , comme nous l'avons dit , à Saint-Melaine.

Au xive siècle se rattache le souvenir du bienheureux Charles de Blois , qui donna les bois nécessaires à la réparation du monastère.

Pendant les deux ou trois siècles que nous venons de parcourir , un bourg considérable s'était peu à peu groupé autour de notre abbaye : c'est là l'histoire de plusieurs villes fières et riches , qui , elles aussi , eurent pour berceau protecteur quelque couvent aujourd'hui vide et dévasté.

Lors du mémorable siège de Guingamp, en 1489, le vicomte de Rohan vint se poster à Sainte-Croix. Le monastère et le bourg eurent beaucoup à souffrir de cette occupation et furent en partie incendiés.

(1) L'abbé de Sainte-Croix était déeimateur de la paroisse de Ploumagoar pour les deux tiers , et le prieur de la Trinité pour l'autre tiers. (Ferme de ces dîmes pour l'année 1620, archives de Kernabat.)

Les registres de Sainte-Croix ont conservé le souvenir de réjouissances célébrées, le 1er mai 1687, à l'occasion de la convalescence de Louis XIV. Je copie littéralement ce document ; j'aurais peur, en l'abrégeant , de lui faire perdre quelque chose de sa curieuse originalité :

« Le jour de la conjouissance, la messe fut chantée en musique , et au son de dix -huit violons , de la harpe et autres instruments , si bien qu'à vêpres, où assistèrent une infinité de peuple , le pourtrait du Roy était sous un days richement garni , au costé du maistre autel ; le Saint Sacrement étant exposé à l'adoration du peuple. Ensuite du Salut, on alla mettre le feu au buscher qui estait construit sur l'eau d'une manière à courir sur la rivierre , comme il fit jusqu'au moulin des Salles. Les sieurs prieurs, les prédicateurs-missionnaires , le doyen des vénérables chanoines de l'église abbatiale du dict Sainte- Croix , Marescot , Pierre Mahé , Yves Poezevara , Ollivier Mahé et Rolland Collet, chanoines, mirent le feu avec les sieurs seneschal de la juridiction abbatiale, et François Sitôt , capitaine. Le feu estant allumé et courant sur la rivierre , ledit sieur Collet, prêtre , et par continuation , les officiers de la compagnie et milice du bourg, montèrent sur une manière de plateau pour courir la rivierre , suivant le feu au son des instrumens ci-dessus , la mousquelerie faisant continuellement feu. On beut sur la rivierre à la santé du Roy , de toute la maisonnée

royale , de Monseigneur de Tréguier , pour lors le Sénéchal de Carcado, nommé par sa Majesté évêque et comte de Tréguier , de l'ancienne et très illustre maison de Carcado de cette province de Bretagne , et de Monseigneur l'abbé de Sainte-Croix , Louis du Matz , protonotaire du Saint-Siège apostolique. On fit largesse de pièces de monnoye, et la rivierre du dict Sainte-Croix gardera toujours des dictes pièces, en y ayant jeté. Le vin coula durant tout le jour à la porte du sieur Sitôt, capitaine : le tout aux frais du bourg noble de Sainte-Croix. )>

Les abbés commendataires tuèrent Sainte-Croix : ce malheureux et scandaleux fléau a tué bien autres choses ! Le revenu de l'abbaye était de quatre mille livres. Pressurés et saignés à blanc par les bénéficier , les religieux désertèrent le monastère , à je sais quelle époque, très-probablement dans la seconde moitié du xvne siècle. Ils furent remplacés par six prêtres séculiers , dont l'un était spécialement chargé des fonctions curiales dans la paroisse de Sainte -Croix , et prenait le titre de vicaire perpétuel et de prieur ; les cinq autres avaient le nom de chapelains. Le premier recevait de l'abbé commendataire trois cents livres par an , et les chapelains chacun deux cent quarante livres.

Vous trouverez , dans D. Morice , le catalogue historique des abbés.

Il reste maintenant peu de choses de l'abbaye de Sainte-Croix , et ce qui reste est comparativement

bien moderne. La maison date de la fin du xvie siècle ou du commencement du xvne. La chapelle fut rebâtie de 1748 à 1750 ; mais on a conservé dans cette construction quelques parties ogivales , d\m style très-pur. Tout cela s'écroule et ne sera bientôt plus qu'une ruine , une de ces jeunes ruines qui font saigner le cœur. (1).

A la porte d'entrée de la cour, au milieu d'écussons martelés et brisés , vous lirez l'inscription suivante :

« Sauvegarde du Roy et de Monsieur l'Abbé, pour le bourg, paroisse et abbaye de Sainte- Croix et ce qui en dépend. Donné à Chantilli le septiésrne jour de May, Van de grâce i636. Signé Louis , et plus bas , B outiller et scellé. »

Le bourg de Sainte-Croix , où vous remarquerez plusieurs maisons du xvic siècle , était autrefois enrichi par le commerce et la fabrication des toiles et de l'étoffe grossière appelée berlinge* C'est aujourd'hui le chef-lieu de la misère et de la pauvreté.

Comme Sainte-Croix était un nom fort mal sonnant à des oreilles patriotes , la Révolution le remplaça par celui de Quartier Prairial. Le bon sens populaire n'en a pas voulu , tout printannier qu'il fût.

Les Cordeliers. — La Terre-Sainte. — Grâces. — « En 1283 , écrit D. Morice , les Cordeliers s'éta-

(1) Les seigneurs de Kerarnio , manoir noble, en Ploumagoar, avaient la chapelle du côté deTEpître en l'église abbatiale de Sainte- Croix. (Aveu de 1740. — Archives de La liivière.)

Mirent à Guingamp , sur la paroisse de Saint-Sauveur, vers le nord de cette viile. Leur établissement fut d'abord peu de chose ; mais Gui de Bretagne , comte de Penthièvre , fils d'Arthur II , augmenta si considérablement cette maison qu'il en fut regardé comme le véritable fondateur. »

D'Argentré et Albert-le-Grand ne parlent pas du premier établissement spontané des Cordeliers. «L'an 1283, dit notre hagiographe , le quatriesme octobre , jour et feste de sainct François , Guy de Bretaigne , comte de Pentyevre , et Ianue d'Avaugour, sa femme , fondèrent le convent de Sainct- François de l'ordre des Cordeliers , sur le bord des fossez de leur ville de Guenkamp, entre les portes de la Fontaine et de Tréguier. »

Guy de Penthièvre mourut en i33i, et fut inhumé dans l'église qu'il venait de bâtir , à côté de Jeanne d'Avaugour, morte en i3a6.

Charles de Blois eut pour les pauvres enfants de Saint-François le même amour que son beau-père , et ce fut à la protection de ce religieux prince , et surtout à son tombeau, que le couvent des Frères- Mineurs de Guingamp dut sa haute illustration.

Le bienheureux Charles de Chastillon , écrit Albert de Morlaix, « fît bastir, en l'église des Cordeliers de Guenkamp , un autel en l'honneur de sainct Louys de Marseille (de la famille duquel il avait l'honneur d'estre extraict), fît peindre toute la dite église , faire le jubé, les chaires du chœur et le pavé

jusqu'au grand autel , leur donna plusieurs ornements de soye, de velours et de drap d'or, des chandeliers d'argent , deux croix d'argent enrichies de pierreries, un Epistolaire et un Evangelistaire ornez de pierres précieuses , toutes les quelles choses luy coustèrent jusqu'à huict mille huict cents cinquante florins d'or. »

Saint Louis de Marseille, auquel fut dédié l'autel de Guingamp, était un prince de la maison maternelle de Chatillon , second fils de Charles II , roi de Naples et comte d'Anjou. Le prince Louis, religieux franciscain et évêque de Toulouse , mourut à l'âge de vingt-trois ans , le 19 août 1297, et fut enterré dans le chœur des Cordeliers de Marseille , d'où il fut appelé Louis de Marseille. Il a été mis au nombre des saints par le pape Jean III.

D'autres libéralités du pieux duc de Bretagne sont encore révélées par l'enquête du procès de sa canonisation. Ce que la foi et la dévotion ont fait pour les arts est prodigieux : Pietas ad omnia utilis est. La stérilité artistique de nos siècles incroyants , comparée à la fécondité du moyen-âge , en est la meilleure preuve.

Charles de Blois avait choisi l'église des Cordeliers pour sa sépulture ; il en écrivit à ces religieux en ces termes :

« Charles, duc de Bretaigne, vicomte de Limoges, et Jeanne , duchesse et vicomtesse des ditz lieux , à nos bien améz le guardien et le convent des Frères

Mineurs de Guingamp qui à présent sont et qui pour le temps advenir seront , salut. Pour ce que nous ditz Duc et Duchesse , d'un commun assentement, avons ordonné et élu nostre sépulture, quant à Dieu plaira faire son commandement de nous , en vostre église doudict convent de Guingamp, entre le grand aultier et les pieds de Monseigneur et de Madame de Penthièvre que Dieu pardoint ; nous vous mandons et deffendons , prions et requérons , sur ce que vous nous pouvez desplaire, que vous ne sépulturez nul corps , quelque soit , ne de quelconque estât , dedans le cueur de la dicte église , fort tant seulement les corps des fondateurs d'icelle , quand le cas se offrira. »

Le dimanche 29 septembre i364, la dague d'un soldat anglais frappait traîtreusement le glorieux vaincu d'Auray , et , quelques jours après , les Cordeliers de Guingamp recevaient les reliques de leur vénérable bienfaiteur. A partir de ce moment , le couvent reçut le nom de Terre-Sainte. Des miracles s'opérèrent au tombeau de Charles : « L'Anglois qui l'avoit tué , raconte notre inimitable légendaire , s'estant venté d'avoir fait le coup, forcena et devint enragé et hors de sens ; de sorte que ses parents l'ayant lié et garrotté , le menèrent à Guenkamp , au sépulchre du bienheureux Charles , où , après avoir fait leurs prières et oblations , il revint à son bon sens , et s'agenouilla devant le sépulchre , y fit ses oraisons , et se donna, soi et tous ses biens , au

service du dit monastère des Cordeliers de Guenkamp. »

Les Frères-Mineurs de Guingamp prirent une part active aux démarches tentées pour la canonisation du religieux prince, et que firent seules échouer des considérations politiques faciles à comprendre.

F. Raoul de Kerguyniou , cordelier guingam— pais , dirigea cette délicate affaire , comme mandataire de Louis de France , duc d'Anjou , gendre de Charles ; de Marie de Chatillon , sa fille ; de Jeanne de Penthièvre, sa veuve , et de Jean et Guy de Chatillon, ses fils, prisonniers en Angleterre. F. Piaoul , par son zèle et son habileté , se montra digne de cette haute confiance.

Plusieurs religieux du couvent de Guingamp figurent au nombre des témoins de l'enquête : F. de Kelen, prêtre ; F. Derrien, du Tiers-Ordre ; F. Jean Lay, prêtre. Notons , pour mémoire , deux autres témoins guingampais , Michelet Barbelot , barbier et valet de chambre du duc ; Prigence Hamonou , receveur du prince pour ses revenus du pays de Guingamp.

La veuve de Charles , l'héroïque Jeanne de Penthièvre , vint elle-même , vingt- et-un ans après la mort de son mari , dormir à ses côtés, sous les dalles de la Terre- Sainte.

En i4o3 , Jean de Blois , mort à Lamballe , fut transporté à Guingamp, et inhumé près de son père et de sa mère.

Après

Après que François Ier eut rendu son lustre à la maison de Penthièvre , le couvent de Terre-Sainte devint de nouveau la sépulture de cette noble famille. Jehan de Brosse y fut enterré en i565. Sébastien de Luxembourg, pieux sous le casque comme Charles de Blois lui-même , et dont saint François de Sales disait « qu'il scella de son sang et trespas les progrès d'une vie très-chrétienne, digne de la grande maison dont il estoit, » reposa auprès de son oncle.

Le 14 décembre i562, Jehan de Penthièvre avait pris dans l'argenterie des Cordeliers cent marcs d'argent qui furent estimés 1,800 livres, pour lesquelles le comte hypothéqua les halles de Guingamp. Cette somme fut remboursée, en i58i , par Madame de Martigues. Le couvent menaçait ruines et les 1,800 livres auraient pu servir à le rebâtir; mais les religieux étaient lassés de cet emplacement, si proche des remparts , et qui faisait qu'à chaque siège leur maison était envahie par la soldatesque : ils placèrent leur pécule , à fort bons intérêts , chez deux marchands de la ville. Bien leur en prit ; car, en 1591 , le prince de Dombes incendia le monastère et ne laissa pas pierre sur pierre.

La Terre-Sainte fut dès lors abandonnée , et la libéralité de la duchesse de Mercœur et de la famille de Kerisac permit aux Cordeliers de bâtir un nouveau couvent proche de la chapelle de Notre-Dame de Grâces , située à une demi-lieue de Guingamp, sur la paroisse de Saint-Michel.

Bien que les origines de la chapelle de Grâces ne remontent qu'au xvie siècle, elles sont enveloppées d'une obscurité que j'essaierai peut-être en vain de dissiper.

Dans les dernières années du xve siècle , un mendiant Franciscain construisit , au village du Beuzit, et contre le talus d'un convenant au sieur de Kerisac , une petite loge en forme d'oratoire. Ce rustique sanctuaire attira extraordinairement la dévotion des fidèles , de sorte que les gouverneurs de la paroisse de Saint-Michel songèrent à bâtir en ce lieu une chapelle plus convenable. Or, c'était le temps où la duchesse Anne accomplissait ce pèlerinage durant lequel elle reçut tant de marques éclatantes de l'amour de ses Bretons , et prodigua elle-même tant de faveurs à sa fidèle province. L'escarcelle de la duchesse s'ouvrit généreusement pour la fondation de la chapelle projetée par les paroissiens de Saint- Michel , et, le i5 mars i5o7, fut posée la première pierre de l'un des plus riches et des plus merveilleux sanctuaires de Notre-Dame, en Bretagne. Cette date est constatée par une double inscription qu'on lit , à l'extérieur, sur la base de la tour de Grâces, et sur la corniche du lambris , à l'intérieur.

A peine les constructions étaient-elles commencées , qu'un procès fut intenté par la famille de Kerisac , qui prétendait au titre de fondateur de la chapelle, pour avoir donné le terrain sur lequelaon la bâtissait. Les gouverneurs de Saint-Michel répon-

cl aient que la famille de Kerisac avait bien fait offre cTim terrain pour avoir le titre de premier fondateur ; mais que cette offre avait été repoussée , et que Ton bâtissait un peu au-dessous de la fontaine du Franciscain , précisément pour ne rien devoir aux Kerisac.

Le Parlement débouta le sieur de Kerisac de sa demande , par un arrêt du 5 octobre 1 509 , dans lequel pai puisé les principaux détails de ce récit ; et les constructions continuèrent avec une nouvelle ardeur, du consentement de févêque de Tréguier.

Les bornes de cet ouvrage ne me permettent pas d'entrer dans* Fétude détaillée de cette admirable chapelle , monument complet , sorti tout entier de la pensée du même artiste , dernière fleur du style ogival éclose sur le sol breton.

Ce qu'il y a de très-remarquable , c'est que les sculptures de Grâces ne sont autre chose qu'un long poëme où sont stigmatisés tous les vices , sous la figure de Franciscains paresseux , avares et gourmands. Etait-ce une leçon de morale , était-ce une sanglante satire ? Quoi qu'il en soit , ces sculptures sont magnifiques de verve grotesque, et, pierres ou bois, dénotent certainement un très -habile ciseau et une luxuriante imagination. Voyez cette gargouille, c'est un gros Cordelier qui presse de ses deux mains son ventre trop plein , et dont la bouche grimace pour vomir ; étudiez Tune après l'autre les scènes rabelaisiennes , ciselées comme dessinait Caîlot , le

long de la corniche du lambris : ici , c'est un moine ivre qui roule sous une tonne immense et se noie dans une mer de vin ; là , c'est un moine encore dont la sordide avarice se livre à un métier que ma plume ne peut décrire ; ailleurs , un diablotin lubrique brouette en enfer une charretée de nones ; tout cela est encadré dans un merveilleux fouillis de feuillage et d'arabesques, qu'animent des chasses fantastiques et que peuplent tout un monde d'animaux bizarres. La conclusion de ce poème étrange, c'est un bas-relief isolé où deux anges en pleurs montrent au peuple la sainte face du Christ , sanglante , meurtrie et couronnée d'épines , expiation éternelle de tous les désordres et de tous les scandales dont l'artiste vient de vous offrir la représentation cynique.

La pensée franciscaine, on le voit, remplit chaque détail de cette curieuse chapelle, et pourtant Grâces n'appartint aux Frères-Mineurs que cent ans après sa fondation ; mais on n'a pas oublié qu'un Franciscain , en bâtissant en ce même lieu un oratoire de mottes et de feuillage, avait été la première cause de la dévotion à Notre-Dame, et de la construction du monument.

La réintégration des Penthièvre dans leur apanage , leur transmit le droit de présentation de la chapelle de Grâces et le titre de fondateurs. Une transaction de i55(), entre eux et les Kerisac, établit que ces derniers sont seulement les bienfaiteurs de

— 1(7 — l'église bâtie sur un fonds qui leur avait appartenu,

A l'époque où les Cordeliers lurent chassés de leur couvent de Terre-Sainte , René Chomard était chapelain de Grâces. Touché de compassion pour les pauvres expulsés, il les accueillit dans sa maison, et , les voyant sans demeure et sans église , il se démit de sa chapellenie en leur faveur , et supplia les Penthièvre de leur donner la chapelle et ses dépendances , pour qu'ils pussent y établir un couvent.

La duchesse de Mercœur consentit volontiers à cette pieuse demande, et , dans le courant de l'année i6o5, la donation fut successivement approuvée par le pape Paul V, le roi Henri IV et le Parlement de Bretagne.

Madame de Martigues ajouta à ce don la somme de mille livres tournois , pour aider à bâtir le nouveau monastère. La reconnaissance des Cordeliers proclama solennellement Madame de Martigues et Madame de Mercœur, leurs dames, leurs fondatrices et leurs princesses.

Le terrain du couvent était trop exigu et ne comprenait que cent quarante-trois cordes ; « noble et puissant Claude Hingant de Kerisac , mu de dévotion pieuse et désireux de participer aux bonnes prières qui se feroient dans le couvent, » y ajouta, en i6i3, une donation de deux cent quarante-six coides de terre. (1).

(1) Voyez, aux Pièces Justif. , les Chroniques de N.-D. de Grâces

Il ne reste plus rien de la maison des Cordeliers ; mais la chapelle de Grâces subsiste, et sert aujourd'hui d'église paroissiale à la commune du même nom. On y conserve précieusement les restes du bienheureux Charles de Blois , dans un reliquaire mesquin et de mauvais goût que le duc de Chatillon fît construire , en 1753 , pour honorer la mémoire de son glorieux ancêtre : un duc de Chatillon aurait pu faire mieux.

Les Jacobins. — « Quelques mois après l'arrivée des Cordeliers à Guingamp , Pierre , seigneur de Rostrenen , jeta les fondements d'un autre couvent pour les Dominiquains. Alain de Bruc, évêque de Tréguier , introduisit ces religieux dans la maison qui leur avoit été préparée, le 14 décembre de l'an 1284. »

Le couvent des Jacobins était situé vis-à-vis de celui des Cordeliers , à l'est de ce dernier , et dans l'emplacement occupé actuellement par les bâtiments de Montbareil et l'école des Frères de l'Instruction Chrétienne.

Albert-le-Grand n'ajoute rien au récit de D. Morice ; mais il nous raconte quelle part les Frères- Prêcheurs eurent aux libéralités de Charles de Blois : « Il leur donna un encensoir d'argent , plusieurs beaux ornements , des châsses et reliques des saincts, fit refaire les chaires et garniture du chœur, décora leur église de tableaux et images de plusieurs saincts

de Brelaigne issus du sang des rois , ducs et comtes anciens du dit pays , et de celles des saincts principaux désordre de Saint-Dominique , au pied desquelles il fit apposer la sienne à genoux avec les armes de Bretaigne. »

Le couvent des Frères-Prêcheurs , illustré par la présence de saint Vincent Ferrier , fut détruit en même temps que celui des Franciscains , en i5qi, par l'armée du prince de Dombes. Les Dominicains obtinrent , pour rebâtir leur maison , le tiers des deniers de l'octroi : ce fut entre la ville et eux une source de longues contestations, dans lesquelles les religieux eurent constamment gain de cause. Jusquelà , ils avaient été en grande estime près des Guingampais , qui ne se plaisaient qu'à leurs sermons ; je dois dire cependant que je trouve , à la fin du xvc siècle , les traces d'un procès relatif à la Fontaine, dont les tuyaux de conduite traversaient l'enclos des religieux.

Les Jacobins s'étaient provisoirement réfugiés au Penquer, maison appartenant au marquis de La Rivière ; ils en furent, à leur grand déplaisir, chassés par les Capucins , et allèrent contruire leur monastère de Sainte-Anne , contre l'église paroissiale de Saint-Martin. — Ce couvent a été remplacé par la charmante villa dont les jardins bordent la route de Rennes.

Des religieuses du Tiers-Ordre de Saint-Dominique , vouées à l'instruction des enfants des canv-

pagnes , s'établirent , à la même époque , près des Frères-Prêcheurs , dans le faubourg de la Trinité.

Frère Noël Deslandes , l'un des plus célèbres et des plus illustres évêques de Tréguier, qui fut recueilli , orphelin et mendiant , par des Dominicains de Blois, et qui devint la gloire de l'Ordre, au commencement du xvne siècle , se plaisait à visiter les Jacobins de Guingamp, et à passer au milieu d'eux, dans les plus simples pratiques de la vie religieuse , tout le temps que lui laissaient les travaux de l'épiscopat.

Les Capucins. — Ces religieux, que le duc de Mercœur venait d'introduire en Bretagne , furent appelés, en 1614, par une délibération de la communauté de ville de Guingamp, pour remplacer les Cordeliers établis à Grâces.

J'ai longuement raconté , dans mes Portraits Bretons } la curieuse histoire de l'établissement des Capucins à Guingamp : je n'y reviendrai plus ici. (1).

(1) Portraits Bretons des XVIIe et XVIIIe siècles, par S. Ropartz. L. Prud'homme , un vol. in-12. — Voyez le chapitre intitulé : Les dix Cailloux des PP. Capucins de Guingamp. — Il y a aux archives des Côtes-du-Nord une lellre de M. Chappelain, surintendant de Madame de Mercœur, à M. Pechin, intendant du Penthièvre: «Madame vous prie de mettre la première pierre en son nom au bastiment du couvent des Capucins qui se fait à Ggp., de leur donner ou faire payer par l'un des trois fermiers 3oo liv. pour la dile première pierre, et encore douze pieds d'arbres propres à leur bastiment.» 25 août 1616. — Les mêmes archives conservent l'autorisation de fonder le couvent, accordée, le 6 juillet i6i5, par Marie de Lmcrabourg . duchesse de Mercœur et de Penthièvre.

Guillaume de Coatrieux, marquis de La Rivière, leur donna son manoir du Penquer , où il avait recueilli les Jacobins. Les Capucins l'agrandirent, et leur couvent , aujourd'hui propriété privée , se nomme encore les Capucins.

On lit dans une délibération du 26 mai 1713 : (( Sur la remontrance du sieur maire que, dimanche prochain , il se doit faire une procession solennelle par les R. P. Capucins pour la canonisation de saint Félix , et comme il a eu avis que , dans la plupart des villes de la Province, les communautés y ont assisté en corps , il prie Messieurs de la communauté de délibérer de quelle manière on agira à ce sujet. Délibéré que Ton s'assemblera à la manière accoutumée dans les processions générales et que Ton se trouvera à la Maison de Ville, depuis une heure jusqu'à deux , pour marcher en corps ; et pour rendre la procession plus belle , la milice bourgeoise prendra les armes , et luy sera fourni de la poudre. »

L'année suivante , le même cérémonial eut lieu pour la canonisation de saint Pie , que célébraient les Dominicains.

Tiers-Ordre. — - Guingamp eut aussi dans ses murs des Frères du Tiers-Ordre de Saint-François : c'était une dévotion excessivement répandue en Bretagne, et les plus grands seigneurs voulaient mourir dans la robe de bure des religieux-mendiants. Saint Yves était de ce Tiers-Ordre , et il en prit l'habit

dans le couvent même des Cordeliers de Guingamp, peu de temps après la fondation de cette maison. « Il print l'habit du Tiers-Ordre de Saint-François au convent de Guenkamp, raconte notre légendaire dans son charmant style, s'accoustra d'une robe de gros burel gTis , et un capuchon de mesme estoffe , si vile et commune que l'aune ne coustait que deux sols six deniers , et , pour toute chaussure , portait des sandales comme les Frères-Mineurs. » C'est là, pour notre ville et pour notre Terre-Sainte, un titre de gloire qu'un historien de Guingamp ne pouvait oublier. (1).

Les Reclus. — On sait combien fut populaire, au moyen-âge, la séquestration volontaire d'hommes et de femmes dans de petites cellules à moitié murées. Cette dévotion dut son origine à la séquestration forcée des lépreux. Les actes de la vie de saint Yves nous ont conservé le souvenir d'un reclus guingampais : c'était un des domestiques du saint prêtre, qui « se rendit reclus* dit D. Lobineau , près du pont de Guingamp. »

Les Carmélites. — Aucune communauté de femmes ne s'établit à Guingamp avant le xvne siècle ; mais ce siècle y vit arriver tour-à-tour les Carmélites, les Ursulines, les Augustines-Hospitalières et

(1) Histoire de Saint Yves, par S. Ropartz , un vol. ia-S0.— L. Pru. <Vhomiiie.

les Dames du Refuge. Je ne parlerai dans ce chapitre que du premier et du dernier de ces ordres : les Ursulines se rattachent naturellement aux établissements destruction , et les Hospitalières aux établissements de charité.

Le souvenir de la bienheureuse Françoise d'Amboise , « fondatrice des Carmélines au pays de Bretaigne , » comme dit Albert- le -Grand , appelait à Guingamp les filles de sainte Thérèse. Le 22 juin 1625 , la communauté délibéra ainsi : « Sur la représentation d'une lettre de Mgr de Vendôme , par l'avis le plus commun et la plus saine et maire voix des habitans assemblés , se prêtant au respect et obéissance qu'ils doivent à Monseigneur et se conformant à son intention , a été consenti et accordé l'église et le cimetière de Saint- Yves , avec ses dépendances , aux Religieuses Carmélites , pour s'y loger et établir un couvent, sans touttes fois que la communauté demeure obligée de bâtir, ni les nourrir et entretenir , ni leur faire avoir plus grand logement ; et sera néanmoins supplié Sa Grandeur que Ton y puisse faire les processions et recueillir les aumônes , pour l'entretien de la grande église , à la manière accoutumée. »

Par un traité de 1647, les Carmélites reçurent du gouverneur de Notre-Dame l'autorisation de percevoir toutes les aumônes faites à leur chapelle , parce qu'elles s'obligèrent à payer à la caisse de Notre-Dame une somme fixe de 3fcô livres.

En 1690, la ville entreprit de mettre à la charge îles paiuvres religieuses l'entretien du pavé de la rue qui longeait leurs murs. Celles-ci se prévalurent des immunités à elles accordées par Louis XIII et par Louis XIV ; et comme la ville tenait ferme, et avait obtenu une sentence qui les condamnait , elles firent intervenir une voix puissante à plus d'un titre et qui ne parla pas en vain . Les registres municipaux nous ont heureusement conservé la lettre touchante de la duchesse de La Vallière ; l'humilité de la Carmélite a certainement, en cette occasion, plus de grandeur réelle et d'autorité que n'en aurait pu avoir, quelques années auparavant, la toute-puissance de la maîtresse du roi.

« Ce 20 octobre (1695.) Jésus , Maria. Je crois , Monsieur, que la charité nous oblige de vous dire que, si vous ne voulez à ma prière faire annuller la sentence que vous avez fait donner contre nos Sœurs les Carmélites , et remettre touttes choses comme elles étoient de tout tems , nous suplierons Madame la princesse de Conty de se servir de son authorité. J'espère que demandant une justice , vous la ferez promptement. J'ose croire aussy qu'à nôtre considération , vous agirez de manière que nos chères Sœurs n'auront jamais lieu d'apréhender rien sur cela où elles avoient été toujours en repos. Je prie mon Seigneur qu'il vous donne sa sainte grâce , et nous sommes avec affection , Monsieur, vôtre trèshumble servante. Sœur Louise de la Miséricorde, Religieuse Carmélite indigne, »

La Révolution chassa les Carmélites de leur pieux asile, et en fit une maison de détention. (Test là que vinrent s'entasser une foule de prêtres fidèles ; c'est là qu'ils subirent toutes les privations , toutes les tortures , jusqu'à la faim même. A Montbareil , de pauvres religieuses , mêlées à des dames nobles , aussi innocentes quelles, subissaient les mêmes traitements. Et pourtant , pendant ces sombres jours , les administrateurs du district de Guingamp ne se montrèrent jamais atroces : pas une goutte de sang ne fut versée par eux, quand ailleurs on en répandait des flots ; mais c'était une suite de cette centralisation fatale qui mettait et peut mettre encore la France tout entière à la merci d'une bande de sacripants. Si Guingamp eut à la fois deux cents détenus , c'est qu'on les envoyait d'ailleurs ; si ces détenus eurent à souffrir la faim , c'est que, grâce aux assignats et aux réquisitions , la ville n'avait pas de pain pour elle-même.

Quelques-uns des prisonniers des Carmélites furent heureusement oubliés dans leur cachot ; d'autres en sortirent pour aller au martyre, « En conséquence de la résolution prise par l'administration départementale des Côtes-du-Nord , écrit le vénénérable historien de la Persécution en Bretagne , deux commissaires se présentèrent, le 5 mars 17941 dans la prison des Carmélites de Guingamp, et firent connaître les noms de vingt-six détenus qui devaient être conduits, de brigade en brigade, jus-

qu'au port de Rochefort , et là embarqués pour la Guyane. Le 1 6 mars était le jour fixé pour le départ . Ce jour arrivé , les prêtres condamnés à la déportation et ceux qui restaient se firent les adieux les plus touchants : ils s'animaient mutuellement à la patience par des motifs de foi qui les consolaient dans leur affliction. — Enfin , il fallut partir, et une troupe nombreuse de gendarmes , au milieu desquels ces prêtres marchaient , par un temps trèsmauvais , les conduisit à Saint-Brieuc. »

Je voudrais pouvoir m'arrêter, avec l'abbé Tresvaux , à chaque étape de cet itinéraire , douloureux et ignominieux comme celui du Golgotha. Le meilleur enseignement que Ton puisse donner aux hommes du temps présent , c'est la simple histoire de ces bourreaux-rhéteurs qui , de leur doigt sanglant, griffonnaient sur les murailles : liberté , égalité , fraternité , et ne pratiquèrent que le despotisme, la spoliation et le meurtre. Plus cette histoire est naïvement contée et plus elle vous fige le sang au cœur.

Mais ce n'est point dans une chronique de Guingamp qu'il faut réveiller de pareils souvenirs : il nous est permis de répéter avec orgueil que pas une goutte de sang ne fut versée chez nous pendant la Terreur, si l'on en excepte deux chouans, faits prisonniers je ne sais où, et condamnés par un tribunal militaire , étranger au pays , qui furent fusillés au pied du Château, (t).

(1) Je suis propriétaire du registre du tribunal révolutionnaire de

Après la Révolution , les bâtiments des Carmélites servirent de maison d'arrêt jusqu'à la construction de la prison cellulaire actuelle. A cette époque, la ville acheta du département , pour les revendre , remplacement et les matériaux des Carmélites ; on comptait sur d'énormes bénéfices : ce fut une désastreuse spéculation , qui se traduisit , en définitive, par une perte de vingt-cinq mille francs.

Montbareil. — Dans l'emplacement du couvent des Jacobins, vinrent s'établir, en 1676, des religieuses de Notre-Dame de Charité du Refuge : c'est la même communauté qui , chassée de Guingamp par la Révolution , est allée ensuite habiter, à Saint- Brieuc, l'ancien couvent des Filles de la Croix. En revanche , les Filles de la Croix rachetèrent , en 1820, la maison de Montbareil , vendue nationalement, et l'habitent depuis cette époque.

Le couvent de Montbareil , le second de l'ordre en Bretagne, fut fondé par les libéralités d'une guingampaise , Madame des Arcis. Après une jeunesse mondaine et dissipée, elle se donna à la plus ardente piété et se voua principalement à l'œuvre des Refuges. Devenue veuve , elle prit l'habit religieuxdans le couvent de Guingamp , et y mourut le 27 décembre 1694 , âgée de cinquant-huit ans , dont

Guingamp. Par une exception peul-ctre unique , ce qu'il y a de phr barbare là-dedans, c'est l'orthographe.

elle avait passé les sept derniers en religion, (i);

La chapelle de Montbareil , du même style que les chapelles de l'Hôpital et de Saint-Joseph , est loin d'avoir l'élégance et les belles proportions de ces dernières ; tout y semble , au contraire , mesquin , lourd et écrasé.

On eut un instant , en l'an v , le projet d'établir une école centrale dans les vastes bâtiments de Montbareil , mais les fonds manquèrent ; on aliéna la maison , et quatorze mille volumes de choix , provenant des couvents de Guingamp et des abbayes de Bégar et de Coatmalouen, furent sacrifiés, parce que la ville n'était pas assez riche pour les loger.

(1) J'ai retrouvé, partie aux archives des Côtes-du-Nord , parlie chez des particuliers, à Guingamp, quelques papiers concernant Montbareil , et , entre autres , une notice très-curieuse sur Madame des Arcis.

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