CHAPITRE V
Paroisses et Chapelles.
Autrefois, à Guingamp, quand venait un jour de fête , les sons de cent cloches joyeuses se mêlaient dans les airs : paroisses de la banlieue , chapelles , couvents , hôpitaux , joignaient leur carillon aux solennelles volées de Notre-Dame. Aujourd'hui , toutes ces voix chrétiennes sont éteintes ; l'œil ne salue plus les vingt croix de fer qui surmontaient les campaniles , et l'antiquaire sait à peine la place où s'élevèrent ces pieux sanctuaires dans lesquels nos dévots ancêtres ont prié. Il a suffi d'un jour de vertige pour faire toutes ces ruines prématurées , et le cœur saigne à remuer des décombres palpitantes dont on ne peut accuser le temps. Ces dévastations seront-elles les dernières ? nos neveux trouveront ils après nous quelques vestiges des belles choses qui firent la joie et la gloire de nos pères ?
Je ne parlerai dans ce chapitre que des églises paroissiales et des chapelles isolées ; en traitant , dans les deux chapitres suivants , des couvents et des établissements charitables , je m'occuperai de leurs chapelles.
La Trinité. — L'église de la Trinité était située, extra-muros, dans la direction du nord-est. Son emplacement sert aujourd'hui d'entrée au cimetière : on y a planté un calvaire.
J'ai déjà eu occasion de dire que , suivant l'opinion de quelques personnes , la Trinité aurait été le premier sanctuaire chrétien bâti sur le sol guingampais. Ce qu'il y a de certain , c'est que cette église était fort ancienne , et on ne trouve nulle part la date de sa fondation. Cette paroisse fut donnée , en même temps que Saint-Sauveur, aux religieux de Saint-Melaine, de Rennes , qui en firent un prieuré. Le bénéficier de ce prieuré n'y résida jamais : les fonctions ecclésiastiques étaient remplies par un recteur ou vicaire à vie, soldé par le prieur.
Je trouve, dans les plus anciens comptes des procureurs des bourgeois (i447)> qu'une pension était payée par la ville aux recteurs de la Trinité et de Saint-Sauveur. Cette pension , fixée , au xve siècle , à cent sols pour les deux recteurs et à vingt sols pour leurs deux vicaires , était égaillée sur l'universalité des habitants.
Le prieuré de la Trinité était une haute-justice.
L'église avait été reconstruite dans le courant du xviii0 siècle. C'était un édifice très-convenable, splendide même , eu égard au peu d'étendue de la paroisse. La Révolution en fit un grenier à fourrages, et le rendit dans un piteux état, en 1 807. Le curé et les fabriciens de cette époque l'avaient sollicité , non pour le restaurer, mais pour achever de le démolir et en employer les matériaux aux réparations de Notre-Dame. Cette incroyable démolition ne sera jamais pardonnée à la mémoire de l'abbé Lagain.
Le seigneur du manoir de la Trinité , nommé aussi le Penquer, aujourd'hui les Capucins , prétendait toutes les prééminences dans le chœur de la Trinité. En 1579, 'a farQiHe de La Pûvière-Coatrieux acquit cette terre de Pierre Bizien du Lézard, et en donna une partie aux Capucins (1), en l'an i6i5. Plus tard , le reste fut afFéagé, sous la condition de payer un bouquet de fleurs seulement au jour du Pardon de la Trinité (2).
Le dernier recteur de la Trinité fut M. Poncin , mort en Angleterre, confesseur de la foi.
Saint-Sauveur. — Les seigneurs comtes de Guingamp avaient fondé , tout près de leur ville , une abbaye sous le titre de Saint-Sauveur, et sous la dépendance de Saint-Melaine de Rennes , ainsi que le
(1) Archives de La rûvière-Coatrieus.
(2) Aveu de 1740 (ibid.)
prouve une charte de ii23. Mais cette maison était « si pauvre, spirituellement et temporellement, que c'était une désolation , » dit un titre recueilli par D. Morice, parmi ceux de Marmoutiers, et que nous traduisons. Henri de Guingamp s'adressa, en n5i, à Guillaume, évêque de Tréguier, et, avec l'agrément d'Engibauld , archevêque de Tours , l'abbaye de Saint-Sauveur fut convertie en un prieuré dépen* dant de Marmoutiers.
Par une charte de Tannée suivante , 1 1 6ti , également recueillie par D. Morice, le même Henri de Guingamp , confirmant les chartes précédentes , donne, non plus aux moines de Marmoutiers, mais à ceux de Saint-Melaine , les églises de Saint-Sauveur et de la Trinité. Cette double donation, faite, à un an d'intervalle , par le même homme , s'explique assez difficilement. Les Bénédictins de Rennes furent confirmés dans la possession de ces donations par Geoffroy Loyz , évêque de Tréguier, en 1187. Ce Geoffroy Loyz était fils d'un bourgeois de Guingamp. Ogée commet une erreur évidente, en faisant du Louis Bourgeois dMJbert-le-Grand , un personnage différent du Geoffroy Loyz de D. Morice. Guingamp a bien fourni un autre évêque à Tréguier, mais ce fut beaucoup plus tard : je veux parler de Pierre Morel , mort le 3 mai i4o3.
Quoi qu'il en soit , les moines de Saint-Melaine furent dorénavant les titulaires de Saint-Sauveur , qu'ils firent desservir , comme la Trinité , par un Vicaire à la portion congrue.
Saint-Sauveur était haute-justice.
C'était une toute petite et toute pauvre paroisse, dont la juridiction s'étendait sur deux ou trois cents âmes à peine.
Le dernier recteur fut M. Bourdelès, mort en Angleterre.
L'église , vieille et à moitié ensevelie sous terre , servit à l'exercice du culte catholique pendant le court moment de répit que la persécution révolutionnaire laissa aux prêtres fidèles , avant de reprendre plus affreuse et plus sanguinaire. Lors du Concordat de 1801 , on lui donna le titre de chapelle paroissiale ; mais la municipalité, qui s'en servait pour différents usages , entr'autres pour loger les galériens au passage de la chaîne, ne s'empressa pas de la rendre au culte. Elle fut très-utile pour les exercices en langue bretonne, au jubilé de i8o5. L'hiver suivant , une partie des murailles et la toiture s'étant écroulées , M, Lagain et les marguilliers de ce temps-là , appliquant leur système expéditif de restauration, firent raser le tout, pour employer les matériaux à réparer Saint-Léonard. Je ne sais , en vérité , ce que ces gens avaient fait au ciel pour être punis d'une pareil aveuglement.
Tant et si bien ont-ils fait cependant , que Guingamp, aujourd'hui, n'a plus qu'une seule église , et si , par un accident que l'on peut prévoir, Notre- Dame avait besoin de grosses réparations , on serait obligé de suspendre l'exercice du culte. Les incon-
vénients d'un pareil état de choses semblent intolérables , quand Ton songe à l'augmentation progressive de la population , et surtout à la nécessité de donner renseignement religieux dans deux langues, puisque la grande moitié des paroissiens ne parle pas le français. Une vaste chapelle est indispensable. Quand la construira-t-on ? je n'en sais rien : la municipalité est obérée , la fabrique a bien assez à faire que d'entretenir et de songer à restaurer convenablement le monument qui lui est confié. Il faut que la nouvelle chapelle , que tout le monde réclame . soit construite par tout le monde ; il faut que quelque âme chaleureuse , énergique , habile , comme Dieu sait en susciter quand il en a besoin , se mette à la tête de l'œuvre, et, très-certainement, la sympathie générale ne lui manquera pas , l'œuvre se fera.
Saint-Michel. — Cette paroisse, dont l'église s'élevait au faubourg du même nom , sur une petite place aujourd'hui traversée par la grande route de Brest , était une trêve de Plouisy, trêve fort riche et fort considérable, comprenant une grande étendue de campagne , tout ce qui forme la commune de Grâces, et les faubourgs, habités par l'aristocratie de Guingamp. Aussi le recteur de Plouisy résidait souvent , dit-on , à Saint-Michel , et faisait desservir sa paroisse-mère par un vicaire.
L'église , construite sous Charles de Blois , était
tombée en ruine avant la Révolution. Le seigneur de Saint-Michel en était supérieur et fondateur ; sa lisière et ses armes seules y étaient apposées , tant en dedans qu'en dehors. Le Roudourou y avait un banc ; Kerurien, tombe et escabeau.
On remarque sur une maison du xvne siècle , au nord de remplacement de l'église , l'inscription suivante, en énormes majuscules : Sceûl Mickel, c'està-dire : Ecole de Saint-Michel.
Saint-Michel était, à vrai dire, complètement étranger à Guingamp : c'était le siège d'une châtellenie considérable ? relevant du Penthièvre , et qui comprenait , outre le faubourg de Guingamp et plusieurs villages en Plouisy, la forêt de Coat-an-Haye, une moitié de la paroisse de Louargat et une notable partie de Kermoroch. Saint-Michel fut apporté, en i4o3 , à la maison de Laval , par le mariage de Jehan de Montfort , fils de Raoul et de Jeanne de Kergorlay, avec Anne , unique héritière de Laval , qui donna son nom à son mari. En i549 , la comtesse de Laval vendit cette terre , avec celle du Vieux-Marché , à Dandelot, qui les rétrocéda, presque immédiatement (i555), à son sénéchal , Raoul de Cléauroux , sr de Kerauffret et de Goashamont , d'où elle passa , en i586, par alliance , à la maison de La Rivière-Coatrieux , qui , comme on sait , s'est éteinte en Lafayette. (1)
(i) Archives de La Rivière Coatrieus. — Entr autres terres relevant de la châtellenie de Saint-Michel, je cite Keranno, Keribo, Keravel, Ker arien , etc.
Saint-Martin. — 11 y a bien encore une autre paroisse dont il convient de dire quelque chose; paroisse microscopique , dont personne , depuis deux siècles , ne semble avoir même soupçonné l'existence : je veux parler de Saint-Martin , au faubourg de ce nom , au-delà de la Trinité , sur le chemin de Lanvollon. Il est incontestable que ces douze cabanes en chaume furent autrefois une paroisse : je lis dans le compte du procureur des bourgeois, pour Tannée 1471 > qu'il réclame les mises qu'il a faites en un procès soutenu « contre les paroissiens de Saint-Martin , touchant l'enfant trouvé au porchet de l'église dudit lieu de Saint-Martin. (1) » Je retrouve Saint-Martin mentionné comme paroisse , en deux actes très-significatifs de l'autorité ecclésiastique et de l'autorité royale. Le 9 juin i574, l'archidiacre de Tréguier règle le rang des paroisses à la procession du Sacre : <c Après marcheront en ranc les porteurs des croix de Sainct Martin , Trinité , Sainct Saulveur, Sainct Eganton , Sainct Michel , Ploemagoer , Saincte Croix et Guingamp ; et selon le ranc et ordre des dites croix on fera marcher les porteurs des grandes torches des paroesses. Les religieux et prêtres de Saincte Croix , Ploemagoer , Sainct Eganton et Sainct Martin marcheront
(1) L'on sait que la Coutume de Bretagne mettait l'enlrelien des enfants-trouvés à la charge des paroisses où ils avaient été abandonnés ou conçus. (Très-ancienne Coutume, chap. 267. — Ancienne, art. 5o3 ; Nouvelle, art. 533.)
en ranc pour faire le cousté de l'Evangile d'icelle procession ; et ceux de Guingamp, Sainct Saulveur, Sainct Michel et la Trinité feront Faûtre cousté.)) — Le 22 janvier i588, on égaille judiciellement une taxe de 1732 écus « et demy, mise par le Roy nostre sire sur les fabriges et parouesses de l'evesché de Treguier. » Guingamp est côté à 3g 1 1. 4 s. tournois à être payés par la « parouesse et fabrige de Notre-Dame de Guingamp et ses aides, savoir : les parouesses et fabriges de Sainct Saulveur, la Trinité, Sainct Michel , Sainct Martin et Saincte Croix. » (1). A partir du xvne siècle , il n'est plus question de Saint-Martin. Les Dominicains, successivement chassés de leur couvent de Montbareil par la guerre, et du manoir du Penquer par les Capucins, vinrent s'établir à Saint-Martin , et leur couvent de Sainte- Anne absorba et l'église et le nom même de la vieille petite paroisse.
Outre ces paroisses, Guingamp avait encore, dans l'intérieur des murs et dans ses faubourgs, plusieurs chapelles , dont deux seulement subsistent aujourd'hui. C'étaient :
(1) Archives de Notre-Dame. — Dans le compte du procureur des bourgeois pour i447> on lit encore : « Dessus un courlil de terre sis à Maes Simon, au bout du courtil Hamon Guégan, qui est par ferme pour la somme de cinq sols chacun an, dont le Recteur de S. Martin en prend la moitié, etc. » — Dans le compte de i5i2 : « Dessus ia place et courtil qui fut à Yvon Le Gall , d'empuis à la fabrique de Saint -M art in , ele. » {Archives Munie.)
La Madeleine , sur le territoire de Saint-Michel , à la présentation alternative de la communauté de ville et du seigneur de Saint-Michel, source de conflits plus ou moins violents entre les deux patrons , pendant lesquels la chapelle , tombée en ruine dès le xvne siècle, fut complètement abandonnée (1).
Saint- Sébastien y sur le territoire de Saint-Michel, pieuse flatterie au duc Sébastien de Luxembourg. Cette chapelle , qui n'offre rien de remarquable , servit d'église à la paroisse Saint-Michel , dans les dernières années. C'est aujourd'hui un magasin.
Notre-Dame-de-Rochefort 3 autrefois en Ploumagoar, bien que la présentation en fût à la communauté de Guingamp. Cette chapelle était un des plus anciens sanctuaires du pays, et un lieu de dévotion assez célèbre. La tradition rapporte que, à je ne sais quelle époque , les pierreries du manteau de la Madone tentèrent certain larron , qui chercha à s'en emparer ; mais Notre-Dame le saisit par le doigt sans qu'il se pût dépêtrer, et le tint suspendu , pendant que la cloche au branle appelait d'elle-même
(1) Je trouve dans le compte des bourgeois pour i5i2, cetle mention assez singulière : « Se charge d'avoir reçu le jour de mercrcdy aux Rogations , en la chappelle de la Magdelaine, en offrandes, 1a somme de 3 s. 2 d. » C'était un droit. Cetle même année i5i2 , les bourgeois présentèrent pour chapelain de la Madeleine, « Maistre Jehan de Botmylliau.» Enfin, en cette même année encore, les bourgeois eurent un gros procès avec les«lreffviens de Saint-Michel, tou chant les estnondeures des arbres d'environ la chapelle. »
(Arcli.. Munie.)
les voisins. — Rochefort était assez richement dotée (1); l'abbé Poences augmenta encore ses revenus . On lit dans une délibération du 21 août 1722 : « La communauté est d'avis que M. le Maire fasse faire des copies , tant de la dernière présentation de la chapellenie de Notre-Dame de Rochefort , que du visa et du testament de feu M. Poences, avec un état des rentes dues à ladite chapellenie , sous son seing et celuy du greffe , pour être envoyé , joinctement avec la présente , à Mgr l'évêque de Tréguier, pour qu'il luy plaise avoir la bonté de tonsurer François Guéléot , écolier de cette ville, à qui Messieurs de la communauté veulent donner ladite chapellenie. »
Les offices divins étaient célébrés à Rochefort par les prêtres de Sainte-Croix.
Il ne reste plus traces de la chapelle.
Saint-Nicolas . J'ignore la date de la fondation de cette chapelle , aujourd'hui convertie en atelier, et qui ne présente rien de remarquable. Elle longe la route de Brest à Rennes. Je la trouve dans les plus vieux titres. C'était un simple oratoire , dépendant de Notre-Dame : il y avait à côté un petit cimetière où l'on inhumait les pauvres morts à l'hôpital. Le
(1) Ou lit dans le compte de Jean Béchou , procureur en i5i2 : « Dessus la place maison et jardin ô leurs appartenances qui furent à feu Doua Hervé Le Bras, jouxte la maiso» du dit Kerbellec, près l'estang aux dits bourgeois, et que tient à présent Dom Jéîian Larnmesec, chappelain de la chappellenie Notre-Dame de lïochefort , que fonda le dit feu Dom Hervé. » (Arcli. Munie.)
seigneur de Cadolan , lors de la réformation du duché de Penthièvre , maintient que , « en la chapelle de Saint-Nicolas , près le dit manoir de Cadoallan , il a trois écussons armoyés de ses armes, en la maîtresse vitre , au-dessous et à côté du seigneur duc de Penthièvre ; banc , accoudoir et escabeau au chœur de la dite chapelle , avec pouvoir de mettre ses armes , tant aux autres vitres , qu'en lizières et en bosse dans les endroits de la dite chapelle que bon lui semblera , au-dessous de celles de mon dit seigneur, le tout privativement à tous autres. (1) »
Notre-Dame de Bonne-Nouvelle ou de Porz-Anquen. Ce n'est qu'un tout petit oratoire qui existe encore , et qui est très-dévotement fréquenté par les gens du faubourg. On y remarque des scènes de la Passion curieusement sculptées en bois. Le nom de
(1) Aveu du 3i octobre 1715. Arch. de N.-D. — 11 y a aux archives municipales une transaction relative à ces armoiries, entre le sieur de Cadolan et les bourgeois : elle est à la date du 1 7 septembre 1579. Elle porte que Jean Pinart , sieur de Cadolan , avait obtenu du duc dEtampes , en i558 , l'autorisation de mettre ses armes dans toutes les vitres de Saint-Nicolas -, mais que la ville s'y était opposée « par dire estre fondateur de la dite chapelle , et de tout temps en possession de jouir de la dite chapelle et des offertes et aulmones qui y tombent, et d'y avoir le eollaige des enffants de la dite ville , l'avoir faict bâstir, cerner de murailles et planter en leur mise.» Le sieur de Cadolan mettra ses armes dans la maîtresse vitre seulement , à la charge de l'entretenir, et les bourgeois garderont leur titre et privilège de fondateurs et les offrandes. En conséquence, les bourgeois tirent peindre les armoiries de la ville au pignon « du clochier, par M* Guillaume Marchant, peintre. »
Porz-Anquen ,
Porz-Anquen } Place de V angoisse , donné au faubourg et à la chapelle , vient de ce que estait là le chemin par où Ton conduisait les condamnés au gibet , élevé au haut d'une prairie , derrière les enclos de i'Hôpital et de Montbareil .
Saint—Léonard. Cette chapelle , si pittoresquement assise , revendiquerait , selon quelques-uns , pour son fondateur , le bienheureux Charles de Blois , qui la fit construire , après sa sortie des prisons d'Angleterre , en l'honneur de saint Léonard , patron des prisonniers. La chapelle bâtie par le pieux duc n'est pas la pauvre masure que vous voyez aujourd'hui : j'ai déjà dit comment le curé Lagain avait employé les matériaux de Saint- Sauveur à mutiler Saint-Léonard. Il ne reste de l'ancien édifice que les quatre piliers qui supportent le clocher ; mais ces quatre piliers et toute la partie centrale de l'édifice présentent tous les caractères d'une architecture bien antérieure à Charles de Blois. Mon savant ami et compatriote, M. Charles de Keranflech , y reconnaît une construction romane du xnc siècle. Le bénitier porte l'inscription : G, de La Lande, i55?,. Avant la Révolution, on gardait dans cette chapelle un grand coffre et des chaînes : en rapprochant ce double symbole de la date assignée par l'archéologie, et de la légende du sire du Garo, je croirais volontiers que Saint-Léonard aurait eu pour fondateur quelque pieux croisé , délivré des fers des Sarrazins.
On dit la messe à Saint-Léonard à différentes époques de Tannée. M. Lagain avait l'idée d'établir le long du sentier rocailleux qui conduit au calvaire , les différentes stations du Chemin de la Croix : c'est une bonne pensée , dont la traduction en groupes de kersanton, dans des cryptes pittoresques, serait une magnifique chose. — Un usage assez singulier se pratique à Saint-Léonard, au dire de M. Kermoalquin. Je cite ses propres paroles : « Tous les ans » au mois de mai, des fiévreux vont à Saint-Léonard chercher, dans le creux des murs de la chapelle ou du calvaire , le mollusque appelé limaçon. Il faut qu'ils le découvrent et le prennent eux-mêmes. La découverte faite , ils pilent et renferment l'animal dans un sachet qu'ils suspendent à leur cou. Aussitôt que la fièvre les a quittés , ils vont enterrer leur sachet au pied des murs de la chapelle. Dans leur pensée , celui qui , après être guéri , manquerait à enfouir son sachet , serait bientôt repris par les fièvres. Nous avons vu plus de deux cents sachets enfouis le long des murs de Saint-Léonard. »
Il y avait autrefois dans le cimetière de Notre- Dame , une chapelle dédiée à saint Louis , qui fut démolie en 1732.
Les titres des xve et xvie siècles font mention d'une chapelle de Saint-Fiacre , que je ne sais où placer , si ce n'est pas la même que Saint- Yves ; d'une chapelle de Saint -Julien , au village de ce
nom , sur la route de Paris , vis-à-vis de Sainte- Anne , et d'une chapelle de Saint-Maudez , dans les terres , vers le nord-est, au-dessus de Porz-Anquen. Du reste , je ne puis mieux faire connaître les sanctuaires où se complaisait la piété des Guingampais de ce temps-là , qu'en citant le testament de Raoul Sarrazin : c'était un riche marchand de Guingamp qui se mourait à Nantes , où Pavait appelé son négoce , au commencement du xve siècle. Après avoir pris ses mesures pour être enterré dans l'église ou le cimetière des Frères-Prêcheurs de Nantes, le moribond reporte sa pensée vers sa maison et sa ville de Guingamp. Il ordonne que « mille messes seront célébrées pour lui à Notre-Dame, et il lègue à cette même église de Notre-Dame 20 sols ; à l'église de Sainte-Marie-Madeleine, 10 sols; à l'église de Saint-Michel , (\0 sols ; à l'église de Saint-Sauveur, 20 sols ; à l'église de Saint-Léonard , 10 sols ; à l'église de la Sainte-Trinité, 20 sols ; à l'église de Saint-Nicolas , 4<> sols 5 à Péglise de Saint-Martin , 10 sols ; à l'église de Saint- Julien , 10 sols ; à l'église de Saint-Maudez (saneti Maudeti , g alliée Maude), 10 sols ; à l'abbaye de Sainte-Croix , 20 sols ; à l'Hôpital , un lit garni (lectum munitum) ; au même Hôtel-Dieu, une mesure de froment et vingt-cinq pots de vin pour être distribués aux pauvres pendant le Carême qui suivra son décès ; aux Frères-Prêcheurs de Guingamp , deux francs d'or ; aux Frères -Mineurs, un franc d'or.» Ce testament est du 29 jan-
l lruvflrsif^
vier 1/409. J'en conclus que Ja chapelle de Saint- Yves , si chère aux bourgeois , et dont je parlerai à propos des Carmélites , n'était pas encore fondée en 1409 ; car il me semble que Raoul Sarrazin ne Feût pas oubliée (1). Mais cette même chapelle de Saint- Yves était bâtie en 1468 ; car ce fut là que les dix archers envoyés par la ville à Farinée du Duc ? entendirent la messe avant que de partir (2).
(1) Archives de N.-D. — Il faut joindre à ces chapelles , les chapelles domestiques de tous les manoirs et châteaux voisins : je cite celle de Saint-Loup, au manoir de Runévarec , célèbre par son Pardon, dont on a fait, dans ces derniers temps, une fête de barrières; et celle du manoir de Kerhuel , dont la façade est un vrai joyau du xvie siècle.
(2) Comptes de Jehan d'Etables. Arch. Municip. — On lit dans le compte de Denys des Prés (i447) : « Le dit procureur ne se charge point des y s. de rente denz dessus la place Morvan Huet jadis : pour ce que en icelle place est en partie la chapelle de M. S.Yves et l'ont lesd. bourgeôys donnée à la dite chapelle. » (Archives Munie.)