‹ GuingampChapitre 7 sur 23 · MAIRES · texte numérisé non relu

MAIRES

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les blocs de kersanton, durs comme le diamant. On avait cru remarquer, avec assez peu de raison, que la Bretagne est d'un siècle en retard sous le rapport architectural , en comparaison des provinces voisines ; mais ce que la Normandie modelait dans le tuf, la Basse-Bretagne le ciselait en granit. Plusieurs générations s'usaient à ce rude labeur : c'est ce qui explique comment la plupart de nos grands temples offrent un mélange , souvent regrettable , de styles divers et discordants : l'idée avait eu le temps de changer avant qu'on eût pu la traduire avec nos pierres rebelles ; et , dans ces âges d'énergiques convictions , on n'avait pas , Dieu merci , notre éclectisme, pour transiger avec les idées.

La vaste et magnifique église de Notre-Dame de Guingamp présente , autant qu'aucune autre , cet amalgame de styles opposés : trois ou quatre siècles ont passé par là , et chaque siècle a voulu laisser de son passage une trace irrécusable. Ce que je disais tout à l'heure suffirait seul à expliquer celte particularité ; mais je crois qu'il en est encore une raison que j'exposerai plus tard.

Quand fut fondé ce monument , et quelle est la main qui en posa la première pierre ? Je ii'en sais rien.

Voici ce que l'on peut hasarder de moins téméraire sur les origines de Notre-Dame. Je serai bref; car j'ai hâte, en toutes choses, de quitter le champ stérile des conjectures.

Le premier autel du culte catholique sur le territoire guingampais ne fut point élevé dans L'enceinte de Notre-Dame : il est vraisemblable que ce fut l'église de la Trinité , dont je parlerai dans le chapitre suivant. Notre-Dame fut primitivement la chapelle du château. A la fin du xve siècle, elle gardait son nom de chapelle (1) , et les prêtres qui la desservaient ne prenaient , le plus ordinairement , que la qualification de vicaires. Elle ne fut pas d'abord élevée sous le vocable de la Bienheureuse Marie , mais bien sous celui de saint Pierre et de saint Paul. 11 y eut néanmoins , dès le principe, un autel consacré à la Vierge, dont le culte finit par se répandre à un tel point que l'église tout entière lui fut dédiée sous le titre de Notre-Dame de Bon-Secours.

Cette opinion n'est, du reste , pas précisément la mienne propre : je l'emprunte à des notes manuscrites laissées par M. Jacques Lagain, curé de Guingamp en i8o5. homme d^étude et d'instruction, et ancien professeur de théologie de l'ordre des Frères- Prêcheurs. M. Lagain basait son système sur un vieux titre qu'il avait eu entre les mains , mais qu'il ne relate pas.

Nous entrons désormais dans le domaine des cer-

(1) « ier janvier 1461. Donation par Yvon Le Poder, de 3 sous 4 deniers de rente à la chapelle N.-D., sur sou ostel là où il demeure au Valy : » et plusieurs autres titres. D'un autre côté , il faut reconnaître que des titres du xive siècle donnent à Notre-Dame le nom ^église. {Arch.delS.-D.)

titudes , et nous avons pour nous guider, outre l'élude archéologique des diverses parties du monument , des titres positifs qui établissent l'âge certain des constructions.

Un examen attentif fait découvrir les traces évidentes de quatre piliers romans et d'une voûte en plein cintre engagés et à demi-noyés dans les piliers et les arcatures ogivales qui supportent la flèche , au centre même du monument. Ce débris imposant est le seul reste de l'édifice antérieur au xivc siècle.

On peut donc dire, d'une manière générale, que le monument existant actuellement a été commencé avec le xive siècle et fini avec le xvie, car il ne faut pas tenir compte des réparations plus ou moins considérables faites aux xvne et xvme siècles , et que nous noterons en leur lieu.

C'est dans cette période que se pressent les noms aimés de Charles de Blois , de Françoise d'Amboise, d'Anne de Bretagne. Ce sont , à divers titres , les fondateurs et les bienfaiteurs de notre chapelle , enrichie tour-à-tour des dons des Penthièvre et des vainqueurs de ceux-ci.

C'est aussi l'époque du plein épanouissement des institutions municipales qui donnèrent à Guingamp une vie intime , si énergique et si féconde , comme on le verra à chaque page dans la suite de ce livre.

Le plan de l'église de Guingamp est un carré long divisé en cinq nefs , terminé à l'ouest par deux

lours carrées, échancré au nord-ouest par la célèbre chapelle extérieure de Notre-Dame de Bon-Secours, et couronné à l'est par un autre carré long , dans la largeur de trois nefs seulement. A Fune des extrémités de^ce second carré , qui est le chœur, quatre piliers énormes supportent la flèche ; à l'autre, l'abside se dessine en pentagone. La sacristie est au nord-est.

Avant de pénétrer dans le pieux sanctuaire , nous allons en faire extérieurement le tour, et étudier ensemble tout ce que ne masquent pas ces pauvres masures nichées dans chaque angle , abritées derrière chaque contrefort. Certes, cela n'est pas beau ; et je comprends qu'un pareil spectacle ait excité bien des colères d'artistes. Je ne me ferai point l'avocat de ces échoppes pantelantes ; mais j'avoue que je trouve quelque chose de touchant à voir ainsi la misère réfugiée sous l'aile de la religion. Un grand nombre de ces cabanes datent du commencement du xviic siècle ; quelquefois , il y avait concession et arrentement ; le plus souvent , simple tolérance, (i).

(1) Je cile le plus ancien de ces arrenlemenls :

Du vendredi 21 jauvier 1694* — Acensivement par Rolland Jégou, sieur de Ilustang , porteur de pouvoirs de Jan Gouriou , sr de Saintllernin , son coadjuteur et associé comme gouverneur de JMolre-Dame, moyennant deux ccus d'or sol , faisant six livres tournois de rente annuelle : à Charles Maurou, tanneur et cordonnier, demeurant alors a la rue de Troutrieu Toulquelleuie, du lieu et emplacement de deux boutiques, depuis le pilier qui joint le poichet suzain de la dite église

La tour du nord-ouest est la partie la plus anciennc de l'église, sauf, bien entendu, les substruclions romanes dont j'ai parié ; ses murailles , rongées par le temps , le prouvent assez. Malgré son peu d'élévation et l'ignoble toit carré qui la déshonore (1) ; malgré l'état de dégradation de la char-

étant à vis et au devant la porte et maison appartenant à escuier Moîice de Kercabin , sieur de Keranlan , jusqu à autre pilier qui joint le grand portail souzan de la dite église appelé le portai et porchet du baptistère d'icelle dite église , contenant depuis le haut d'un pilier qui joint le dit portai suzain jusqu'au pilier souzain à même ligne et droiture, dix huit pieds devers le mur de la dite église, à bâtir sur la rue et pavé de cette ville, de huit pieds de largeur qui est dans la dépendance et appartenance de la dite église , et la faire bâtir et construire de nouveau comme bon lui semblera contre la dite église, jusqu'à la hauteur de 12 pieds à l'endroit de deux vitres estant entre les dits piliers , l'une des vitres appelée la vitre de saint Loup, et la vitre de sainte Barbe , sans que la dite maison puisse faire tort ou préjudice de la clarté et vue des dits vitraux par dessus ce qui est ci-dessus dit. Et ne pourra faire faire aucun privé ou latrine , le dit Mauron , au dedans les bâtiments , ni moyenner aucune infection aux environs d'icelle église par le moyen de son bâtiment , sauf qu'il pourra faire des chauffe-pieds au dedans son bâtiment, moyennant qu'ils ne joindront les murs de la dite église et qu'ils ne fassent préjudice à icelle. (Arch.de N.-D.)

(1) Cette charpente date de i6i3. Elle fut faite par Guillaume Lauzun et Jan Hillion (qui recevaient , le premier 16 sous et le second 10 sous par jour,) « suivant les devis et modelie venus de Rennes. » J'ai , en effet , trouvé dans les archives , trois ou quatre barbouillages dont rougirait un bambin d'école primaire , et qui sont intitulés pompeusement : aPourtraict d'un Imperialle que Mc Nicolas Aubry, me charpantier demeurant en la rue Tristin , ville de Rennes , a faict pour montrer à Messieurs les Nobles Bourgeois de Guingamp, pour mettre sur rime des tours de Notre-Dame. »

[Arch.de N.-D.)

mante tourelle dont elle est flanquée ; bien qu'on ait bouché ses grandes baies ogivales dW dessin si pur , et que sa base vienne se perdre dans la toiture d'une échoppe , cette tour laisse encore admirer ses belles lignes pleines de simplicité et de grandeur, et veut qu'on n'oublie pas de la restaurer. Quelques-uns croient que c'était-là l'ancien beffroi. Elle renferme aujourd'hui une vieille et mauvaise horloge qui existait au xve siècle , et fut , en 1471 , le sujet d'un grave conflit entre le promoteur de Tévêque de Tréguier et le procureur des bourgeois. Les timbres qui sonnent les quarts d'heure furent joints à la cloche en 1688. En 1780 , on fortifia la tour de ce gros et massif éperon en granit bleu qui choque les regards.

Au pied de la Tour de l'horloge , au nord , ce porche fermé, auquel conduisent quelques marches étriquées entre deux boutiques , c'est le Portail , c'est la dévote chapelle où les fidèles et les pèlerins s'agenouillent en face de la statue vénérée de Notre- Dame du Halgoët. Cette chapelle est encaissée dans l'une des nefs latérales , de la façon la plus étrange. On n'en sait pas la date précise , si ce n'est pas celle dont Charles de Blois posa la première pierre. (1).

Les nouveaux éditeurs d'Ogée , et M. Kermoalquin , écrivent qu'autrefois un des objets de la vénération des pèlerins , était une crypte creusée sous

(1) Déposition de Rolland Taillai d dans le procès de canonisation do Charles de Blois.

Ja chapelle actuelle et portant le nom de Notre- Dame-sous -Terre. Cette crypte aurait été détruite en 1793. J'avoue n'avoir jamais entendu parler de cette chapelle souterraine. (1).

Ce qu'il y a de certain , c'est que , pendant les jours révolutionnaires , le Portail fut converti en corps-de-garde , et que rien ne saurait donner une idée de l'état de dégradation où on le retrouva en

La statue vénérée , qui , selon une tradition constante , avait été apportée de Marseille , ne fut pas épargnée par le vandalisme impie de g3 : ordre fut donné de l'abattre et de la mutiler , ainsi que les

(1) On conserve aux archives de la fabrique , un acte du 2.5 novembre 1394, par lequel Pierre, évoque de Tréguier, sanctionne la fondation, faite par Thominc Morvan , veuve d'Alain Simon, et par Pierre, son fils , d'un autel « en l'église N.-D. de Guingamp, contre la colonne proche le tronc , « volentes in ecclesiâ Beale Marie de Guengampo... juxtà colnmpnarn propè truncum seu (cistam) ipsius ecclesie situalam altare erigere , » en l'honneur de Dieu , de la B. V. Marie et de S. Michel , « ad laudem et honorem Dei omnipotentis et gtoriosissime Virginis Marie et beati Michaelis Archangeli , omniumque civium superiorurn. » L'évêque raliiie en même temps le traité passé entre les quatre vicaires et les fondateurs dudit autel, relativement aux offrandes. Il résulte des annotations dont est couvert ce titre, qu'il a toujours été considéré comme s'appliquant à l'autel du Portail : il faut reconnaître que le texte a besoin de ce commentaire traditionnel. L'intitulé contemporain porte aussi simplement :« Lettre pour instrumant dou fait de Taulier Alen Simon près dou tronc et commanl les vicaires ne devent rien avoir d'aucuns offrandes, oblacions ou emoluinens dud. autier. » L'autel du Portail fut reconslruit en 1671, avec une certaine splendeur. {Arch de N.-V.)

images des Apôtres qui Feu lotiraient. Lorsque la Vierge vint à tomber , la tète se détacha et alla rouler aux pieds d'un honnête homme que la peur seule rendait sacrilège , et qui trouva moyen de s'emparer du chef vénérable et de l'emporter chez lui. Au jubilé de 180 5 , cet homme confia , sous le secret sacramentel , à i'abbé Lagain , la part qu'il avait prise à l'infâme expédition de 93 , et lui témoigna l'intention de restituer la précieuse image, pourvu que personne n'en sût rien. Ce fut donc avec le plus grand mystère que cette tète , posée sur un tronc à peine équarri, et habillé suivant l'usage antique , fut replacée au Portail , dans la nu il du premier au deux juillet i8o5.

On a retrouvé, depms lors, le buste de la statue : il est revêtu d'un corsage à pointe, fortement échancré sur les hanches, dans le style du xvie siècle.

Plus récemment encore, en i854, lors de la restauration du Portail, on a découvert, dans une autre partie de l'église, la statue de l'Enfant- Jésus, auquel adhère encore une main de la Vierge , qui ne laisse aucune doute sur son identité.

Avant la restauration , ou , pour mieux dire , la reconstruction de i854, la chapelle de Notre-Dame de Bon-Secours gardait, sur chaque pierre mutilée, + des traces du marteau dévastateur de la Révolution. Aujourd'hui, tout dans ce porche splendide ne parle plus que de la piété des Bretons, dont les obla lions et les aumônes ont permis à M. le curé et à la fa-

brique de Guingamp de mener à bonne fin un des plus remarquables travaux d'art qui aient été entrepris de nos jours en Bretagne. M. Darcel en a été Farcli itec te.

A l'extérieur , l'immense baie qui s'ouvre sur la rue est divisée , comme autrefois, par un pilier gracieux et léger que surmonte une double arcade ogivale , réunie à la grande ogive de la baie par une rose à six lobes. Une grille en fer forgé , avec enroulements dans le goût du xive siècle, ferme la chapelle. À l'intérieur, un petit autel en granit noir est surmonté d'un ciborium également en granit noir, d'un style sévère et élégant à la fois. Au fond du ciborium se détache un bas-reïief en pierre blanche de Caen , coupé en deux compartiments , et représentant le Couronnement de la Vierge et l'Annonciation. Rien n'est chaste , pur et gracieux comme les quatre figures qui composent seules les deux bas-reliefs. Au-dessus du ciborium, supportée par un mascaron en granit noir, et couronnée d'un dais très-riche de la même pierre , est placée la statue de Notre-Dame ; des anges agenouillés , en pierre de Caen , brûlent des parfums aux pieds de leur Reine, Deux portes en chêne , avec d'élégantes ferrures argentées et bronzées , dans le style du xiv8 siècle , s'ouvrent des deux côtés de l'autel et donnent accès dans l'église paroissiale. Douze arcades engagées , formant niches , se rangent parallèlement sur les flancs du porche, et contiennent les statues colos^

sales des Apôtres. Toutes ces sculptures , remarquables à divers titres, sont dues au ciseau de M. Ogé.

Et maintenant , salut dévote et miraculeuse chapelle ! sanctuaire privilégié de Notre-Dame des Bretons ! Vos dalles purifiées par tant de larmes secrètes; vos voûtes, écho de tant d'ardentes prières et de pieuses actions de grâces , ne retentiront plus du bruit des armes et des jurons du bivouac. Quoique le ciel s'assombrisse de nouveau, et que les frissons , avant-coureurs de Forage , aient déjà trop souvent saisi nos cœurs , nous gardons une ineffable espérance : Notre-Dame règne encore en Bretagne , et nous abrite , comme Arthur , sous son blanc manteau semé d'hermines !

Toute la partie de la rue qui s'étend vis-à-vis du Portail et le long de l'église , porte , dans les anciens titres des xive et xve siècles , le nom charmant de Cour de Marie , Porz Maria.

Avant l'année i53s , « il y avoit assez près du grand Portai , à main senestre comme l'on y entre , une masse de pierres qui ne portoit faix de muraille ny ne servoit aucunement , mais offusquoit la veue des aul tiers du costé de la dite masse de pierres. Pour la décoration d'icelle église et avoir plus claire veue au dits aul tiers, (1) » Pierre Le Dantec et Yvon Le Gof , gouverneurs de Notre-Dame, firent abattre

(1) Lettres patentes de François Ier, du 19 juin i532.

{Arch. de N.-D.)

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ce pan de maçonnerie , dont je ne m'explique pas très-clairement l'origine et la situation exacte , à moins que ce ne fût un reste de l'ancien bas-côté , démoli pour faire place au Portail. Mais quelle qu'ait été la destination de cette muraille , sa démolition coûta cher aux pauvres gouverneurs . qui se virent à la fois sur les bras le procureur de la cour ducale , qui leur défendait de passer outre , sous prétexte qu'ils attentaient aux droits de la seigneurie , et l'offîcial de Tréguier, qui frappa tout ce côté de l'église d'interdit , sous prétexte qu'il était exposé à tous les vents et à tous les bruits de la rue. Il fallut l'active et bienveillante intervention de François 1er, « par la grâce de Dieu Roy de France , usufructuaire du duché de Bretaigne, père et légitime administrateur de son très cher et très arné fils le Dauphin , duc propriétaire d'icelui duché , » pour rendre la paix aux deux marguilliers et faire reconnaître leurs droits.

Ainsi que je l'ai dit , au sujet de la tour du nordouest 7 ce n'est pas par la richesse des détails , par l'efflorescence de cette imagination effrénée à laquelle les architectes du xve siècle donnaient libre cours , que les parties ogivales de l'église de Guin-* gamp se font remarquer : c'est par l'harmonieuse simplicité des lignes. Dans toute la longère du nord, la sculpture n'a rien à réclamer que quelques gargouilles, dont l'effrayante silhouette, se prolonge sur la rue.

Le chevet où se voient deux galeries superposées et qu'éclairent des fenêtres charmantes , n'est pas de la même époque que la Tour de l'horloge , le Portail et la Porte-au-Duc , que nous rencontrerons tout à l'heure. La seconde moitié du xve siècle revendique ce chevet , que ne désavouerait aucune cathédrale , s'il était déblayé des masures qui l'entourent et vont jusqu'à obstruer la moitié de ses fenêtres , si richement, si merveilleusement découpées.

Le 22 janvier 1462 , les gouverneurs de l'église , « pour l'augmentation et élargissement, l'honneur et grande utilité d'icelle , » acquirent, par un échange, de Jehan de Bégaignon et Aliette du Fresne , sa femme, « un courtil , mazière et dépendances, à l'endroit du pignon de l'hostel du dit Bégaignon qui a veue sur la rue menant de l'église à la porte de Rennes, depuis cette rue jusqu'à la place où l'on vend l'avoine (1). »

Il est très -facile de voir , à l'intérieur comme à l'extérieur, où et comment Notre-Dame se terminait par un chevet plat , percé de trois grandes fenêtres , avant l'adjonction du chevet actuel et de la sacristie.

Les travaux étaient en pleine activité en i47^, car, à la date du 16 avril de cette année, Dom Jehan Le Croez, recteur de Tréveneuc, fit une donation à Notre-Dame « pour ayder à soustenir les charges des édifices que l'on faict en la dite église.)) (2).

(1) Archives de N.-D.

(2) Archives de N.-D.

Ils étaient complètement achevés en i4^4i quand Madame de Locmaria suscitait aux marguilliers ce grand procès dont le duc François II fut juge , et dont nous reparlerons (1). Il faut savoir a nos pères une double reconnaissance pour les monuments qu^ils nous ont laissés ; de dessous chaque pierre qu'ils soulevaient , surgissait un huissier !

L'esplanade qui s'étend au sud de l'église , était , comme vous venez de le voir, le marché a l'avoine. A l'extrémité est , il y avait un jardin qui appartenait à l'église et qu'elle affermait encore au commencement du xviie siècle. Les maisons qui entouraient ce jardin et l'esplanade étaient aussi des dépendances de Notre-Dame : l'une était attribuée au Sacriste ; une autre , qui portait le nom de Petite- Abbaye (2), était affectée au chapelain de l'altaristie de Saint- Julien.

Au-delà du marché a l'avoine était le cimetière. J'ai retrouvé l'acte de donation de ce terrain à Notre- Dame : c'est une nouvelle preuve que l'érection de l'église en paroisse ne remonte pas beaucoup plus

(1) Les pièces de cette affaire sont aux archives de Notre-Dame. M. Gaultier du Mottay en a publié quelques-unes dans V Annuaire des Côtes~du-Nord de i854, d'après les doubles conservés dans les archives de Locmaria.

(2) Je suppose que cette Petite-Abbaye était des dépendances de Coatmalouen : il y avait une autre Petite-Abbaye des dépendances de Bégar, située à l'angle de la rue Etroite, et dont nous aurons o-Ccasion de parler à propos des école?.

haut que le xve siècle. Ce ne fut, eu effet , que le i5 novembre i4^3, que Eou Rollant, de la paroisse de Ploeagat, au diocèse de Tréguier, avec l'assentiment de Charles Rollant, son frère, donna « les places de maisons, ô leurs courtils, issues et appartenances, situés derrière l'église Notre-Dame de Guingamp , costeant d'un costé sur la place et issue de la dite église, derrière icelle, et de l'autre costé sur le mur de la ville ; achievans d'un chief sur la maison et courtil des abbé et convent de Quoetmalouan et de l'autre chief sur l'ostel et courtil qui furent à Rolland Le Querhiet jadis.... pour et afin de faire en celles places un cymitière qui sera annexé à la dite église — et en cas que ou temps à venir l'on feroit aucune chappelle ou cymitière qui sera fait es dites places , le dit Eon et ses successeurs pourront eslire et avoir leur sépulture et enterrement ou cuer devant le grand aultier d'icelle chappelle , comme fondateurs d'icelle , etc., etc. (i). » — Ce cimetière a été converti en jardins et maisons particulières.

Du marché à l'avoine on peut contempler la tour du centre, qu'on appelle la Tour Pointue à cause de la flèche octogone, en granit, qui la surmonte. Cette flèche , un peu massive , mais d'un aspect grandiose et hardi , était flanquée de quatre clochetons : il n'en reste plus que trois ; un ouragan fit tomber le quatrième en décembre 1755. La flèche elle-même

(») Archives de N.-D.

fut frappée , il y a de cela un peu plus de cinquante ans, par le tonnerre. L'énorme pierre qui en formait la pointe vint faire trouée à la toiture du chœur. On était à l'office : personne ne fut blessé. Déjà, le 18 juillet 1737, la tour avait été foudroyée (1) : elle est aujourd'hui munie d'un paratonnerre.

La porte du midi a conservé le nom de Porte-au- Duc : c'était par là que les nobles habitants du château se rendaient à leur chapelle.

Au sommet du gable le plus voisin de la Porte» au -Duc , vous lirez le millésime 1670. C'est à cette époque qu'on releva ce pignon tout couleuvre , dit une délibération du temps , et qu'on y perça deux mesquines fenêtres en plein cintre : c'est une réparation à réparer.

Nous voici en présence de la grande réparation du xvie siècle , qui comprend la Tour Plate et le Portail de V ouest , le côté midi de la grande nef et une partie notable du même bas-côté , et qui nous laisse admirer , dans un quart de l'église , les merveilleuses beautés du style de la Renaissance. Je n'ai point à justifier mon admiration pour ce beau style quand il se montre austère et riche à la fois, comme à Guingamp : il est vrai que la tour et le portail occidental de Guingamp sont ce qu'il a produit de plus parfait en Bretagne. Je ne dirai pas que , pour

(1) Les dommages causés par la foudre, en 1757, furent considérables ; il en existe un procès-verbal fort détaillé qui les porte à plus de ^«ooo livres. {Arch. de N.-D.)

les édifices religieux , je préfère le style de la Renaissance au style ogival , qui me semble le style catholique par excellence ; mais je serais désolé qu'un enthousiasme systématique pour celui-ci amenât au mépris du premier ; et c'est un peu ce qui est arrivé : c'était sans doute une suite inévitable du brusque retour des artistes aux œuvres d'une époque que deux siècles et demi auraient voulu faire disparaître , et qu'ils traitaient de gothique et de barbare. En revanche , depuis vingt ans , la ferveur de nos nouveaux convertis ne voulait plus entendre parler que de l'ogive. Il est peutêtre temps de revenir aux saines règles de l'esthétique , dont l'absolutisme est le plus dangereux ennemi.

Sur ce , mon cher lecteur, sans crainte de profaner votre admiration, contemplez cette majestueuse tour , dont les pans carrés , en granit poli comme du marbre , ne vous laissent pas deviner l'interstice des pierres. N'est-ce pas là la traduction magnifique des grandioses paroles du poète :

Stat mole suâ ?

Voyez avec quelle hardiesse magistrale tout cela est taillé , et , par contre , avec quelle élégance est ciselée cette guérite du midi , qui contient l'incomparable escalier que nous gravirons tout à l'heure ; voyez comme ces coîonnettes , qui ne soutiennent rien et s'épanouissent à leur sommet ainsi qu'une

flamme et qu'une fleur , glissent coquettes le long des grandes murailles ; comme ces niches luxueuses, vides , hélas ! rompent à propos la ligne uniforme des éperons gigantesques ; voyez comme les mascarons grimacent et se torturent sous le poids immense qu'ils supportent , et dites si cette tour, qui défie le temps de mordre ses indestructibles parois , n'est pas belle , belle entre toutes , belle comme le Kreizker ou le clocher du Folgoat , d'une beauté à la fois artistique et religieuse.

Vous remarquerez que les canaux de la plateforme, au lieu d'aflecter les formes fantastiques des gargouilles , ont tous l'aspect de canons braqués. Cette particularité est une date.

Mais notre tour porte une date plus précise et plus certaine encore dans une triple inscription que déroule, à la base, sur un long phylactère, un élégant jouvenceau du temps de François Ier.

Voici ces inscriptions , telles que je les lis :

La vigille S. André vers le soir La ml cnq cents traie et cnq La grade âme piteuse à voir Fut de cette tour qui a terre vint

Au none, dit le cinquièsme jour L'an m. cinq cents trate seis La première pierre sans séjour Fut assis (Y).

(1) Je ne puis oublier de dire que ces inscriptions ont été relevées parles bons soins de M. A. Henry de Kermartin , président du bu-

Cette double inscription semble d'abord une énigme ; mais si vous examinez attentivement , et à l'extérieur et à l'intérieur de l'église , les points de jonction du style de la Renaissance avec le style ogival , vous n'hésiterez pas à l'interpréter dans son vrai sens , qui est celui- ci :

La veille de la fête de saint André , au mois de novembre i535, une tour, ogivale sans doute, semblable à la Tour de l'horloge , et qui flanquait au sud-ouest le portail occidental , s'écroula. Sa chute écrasa et le portail , et une partie de la nef, et quelques maisons voisines , notamment celle du sacriste (1). Plus d'un an après fut posée la première pierre de la tour actuelle, édifiée sur les ruines de

reau des marguiliiers de Notre-Dame , parce que ee serait manquer une occasion de remercier M. de Kermartin de ce que je dois à sa bienveillante amitié, qui a mis à ma disposition tout un trésor do documents longuement amassés, touchant les curieuses antiquités de notre commune patrie.

(1) Cette particularité est consignée dans une délibération conservée aux archives de la mairie, et où on lit : a Et est ainsi que le logis du dit sacriste est rujné à raison de la fortune advenue de la chuste et ruynement de lune des totirs et autres choses de l'église. » (Arch. Municip. i4 fév. i536 , v. s.) — Les comptes de i536 mentionnent aus ï cet événement en ces termes : « Aussi se décharge led. comptable d'avoir poyé , la feste saînet Grégoire 12e de mars au dit an , eu présence et du commandement de Pierre Le Dantec et Yvon Le Golf, pour deux quartes de vin d'Anjou qui furent présentées par les bourgeois à Monsieur de Mareil , chez Anne Le Blanc , lequel parla avec Yvon Le Goff luy disant qu'il eust esté moyen et se fut employé pour avoir une rémission ou antre don du Roy en ceste ville pour la réédiffication de l'église de N.-Dame, la somme de 5 sols monnoie. »

l'autre ; et , comme les temps avaient marché , toute la reconstruction fut faite dans le style de la Renaissance. C'est à cet accident que nous devons l'anomalie des deux styles brusquement juxta-posés, et, pour compenser ce manque d'unité , les merveilles du portail occidental et de la galerie du sud de la nef. Il est à remarque? que , dans la nouvelle construction , aucun des cintres superposés n'est perpendiculaire au cintre inférieur et au cintre supérieur : l'architecte, en les contrariant ainsi , aurait-il cherché à prévenir un nouveau sinistre , que faisait craindre la nature du sol ?

C'était , qu'on ne l'oublie pas , l'époque même où la justice chevaleresque de François 1er rendait le comté de Penthièvre à Jehan de Brosse , duc d'Etampes : c'est ce qui explique , au portail et à la galerie , la présence de ces bustes où quelques-uns veulent voir l'effigie de François Ier lui-même.

J'achève rapidement la description de ce miraculeux Portail de l'ouest, si majestueusement encaissé entre ses deux tours ? dignes d'une métropole, Il se compose de deux portes séparées par un pilier, que surmonte une niche élégante dont le couronnement eM mutilé. Tout autour, d'innombrables guirlandes de (leurs et de génies entremêlés présentent à l'œil un inextricable fouillis d'ornements , creusés dans le granit avec une verve et une délicatesse prodigieuses. Les statuettes des douze Apôtres , placées dans des niches d'un demi-pied à peines, et hautes

42 — chacune de six pouces , sont remarquables d'attitude et d'expression. Au tympan , à demi-engagés dans le mur , se voient ces beaux bustes dont j'ai parlé plus haut.

Au fronton , deux hercules supportent un écusson si soigneusement détruit par le marteau révolutionnaire , que Fceil le mieux exercé n'y peut absolument rien reconnaître. Cet écusson prouverait, je crois, que le buste n'est pas celui de François 1er ; car ces armoiries n'étaient très-certainement pas celles de France et de Bretagne, et alors qui aurait osé placer son écu au-dessus de l'effigie du roi ?

Une inscription en lettres gothiques entoure le tympan ; on y lit ces versets du Psalmiste : Esta nobis , Domine , turris fortitudinis , àfacie inimici.

J'ai eu la bonne fortune de trouver , parmi les pièces les plus ignominieusement mises au rebut , dans les archives de Notre-Dame , le nom des deux artistes auxquels les bourgeois de Guingamp avaient demandé le plan de leur tour : ils s'appelaient Maître Philippe Beaumaner , et Maître Jean Hémeri. J'ai trouvé mieux encore : ce n'est pas le projet exécuté, mais c'est la première pensée des deux architectes, ce que nous appellerions aujourd'hui un avant-projet. C'est un manuscrit rapide , chargé de corrections et de ratures , et de la plus mauvaise écriture du xvic siècle. Les archéologues , qui savent combien rares sont jusqu'ici les documents relatifs aux artistes bretons , comprendront avec quel religieux

empressement j'ai étudié cette page importante (i)»

Le premier dessein de Maîtres Beaumaner et Hémeri avait été d'élever, sur une base carrée de quatre-vingts pieds , une flèche octogone de cent dix pieds , flanquée de quatre lucarnes de trente pieds, de quatre clochetons de quarante-cinq pieds et de quatre arcs-boutants proportionnés , le tout dans le style ogival le plus fleuri et le plus richement orné : ils reculèrent évidemment devant la dépense , devant la nécessité d'élever une flèche égale sur la Tour de l'horloge , et leur devis n'est même pas entièrement achevé.

Aussi bien ne furent-ils ni l'un ni l'autre maîtres de l'œuvre , et on lit dans le compte du procureur des bourgeois pour l'an i539 : « Plus se descharge d'avoir poyé à Jehan Le Moual, maistre sur l'eupvre de l'esglise de Notre-Dame de Guingamp, du commandement des bourgeois , pour les bons et agréables services que le dit Le Moual a faict aux dits bourgeois et en espoyr de mieux sur le dit eupvre , la somme de douze livres monnoie. (2) » L'architecte fut de plus « deschargé de dix sols monnoie , en laquelle somme il étoit imposé au rolle des aydes de la parcelle du Trotrieu Toulqueîlenic. »

A Jehan Le Moual succéda , comme maître maçon sur l'œuvre de l'église , Gilles Le Nouesec, qui,

(1) Archives de Noire-Dame.

(2) Archives Municipales.

de 1 548 a i554, reçoit annuellement une pareille gratification de douze livres.

En i566, la même gratification est payée à Me Jean Le Cozic, « maître maçzon de Fœuvre que on fait faire à l'église. » C'était encore lui en 1570.

En 1074, il est remplacé par Yves Auffret , que je retrouve encore en 1 58o ; puis , il n'est plus fait état du maître de l'œuvre (1).

Que si vous êtes curieux de savoir d'où furent tirées les belles pierres de granit dont se compose la masse de notre tour, et le prix que coûtèrent ces blocs énormes, je vous dirai que, le 1 octobre i55t , Jérôme Jégou en acheta mille à la perrière de Kerempilly, en Bourbriac , pour trente- sept livres dix sous ; que , le 2 avril i56o , Rolland Jégou en paya quatre cents , extraites de la carrière de la dame Du Parc, au village de Scouasel, en Bourbriac, dix-huit livres ; et qu'enfin ,1e même Rolland Jégou afferma pour trois ans , qui commencèrent le jour de saint Marc 1577, les perrières de Kerlosquer, appartenant au sieur de Logueltas, pour la somme annuelle de neuf livres monnaie.

Rolland Montfort, charpentier de Sàint-Agathon , traita avec les gouverneurs pour toutes les charpentes , en divers marchés que je ne crois pas avoir tous trouvés (2).

(1) Archives Municipales.

(2) A cette époque, les gouverneurs traitaient par abonnement avec

Les deux jolies fenêtres de la chapelle sous la Tour plate , « formées de pierres taillées en forme de fleur de lys, » datent de i58i : elles sont l'œuvre de Maître Y von Auffr et 9 bourgeois de Guingamp et picoteur de pierres, que nous connaissons déjà, et coûtèrent douze écus d'or sol. Le gable où elles sont percées porte , à l'extérieur, le millésime de i5y3. La grande vitre des orgues ne fut faite qu'en 1624. Allain Ruperou et Jan Lelouet , maîtres pi— coteurs guingampais , en fournirent « la modelle » et l'exécutèrent pour deux cent cinquante-huit livres tournois.

Il ne me reste plus, pour avoir fait connaître tous les documents que j'ai trouvés relatifs aux constructions du xvie siècle , qu'à indiquer une charmante lettre de Madame de Martigues , qui, a désirant ayder à la réfection éncommancée de l'église Nostre- Dame en sa ville de Guingamp, à fin d'icelle d'autant mieux advancer , donne la somme de vingt escus sol. » C'étaient ses étrennes pour le 1er janvier 1579.

Que si vous pénétrez maintenant dans l'intérieur de ce temple grandiose, vous admirerez beaucoup, mais vous éprouverez aussi de grands et profonds regrets. Notre-Dame n'a rien gardé qui vaille de ses

leur maître couvreur, pour les réparations de Notre-Dame, de Saint- Yves, de Saint-Nicolas et des maisons appartenant à l'église, moyennant la somme annuelle de trente-sis livres et quatre boisseaux de bonne mouture. {Archives de N.-D.)

belles vitres : un vandalisme de propreté a achevé ce que le vandalisme de 93 avait oublié. Une quadruple couche de badigeon épais laisse à peine deviner l'extrême perfection avec laquelle a été exécuté chaque détail de cette architecture savante et hardie. On a dispendieusement élevé, sous prétexte d'autels , d'énormes boiseries , armoires ou buffets , je ne sais trop quoi , de plus ou moins corinthien , ionien, toscan, qui masquent, ici une large et splendide fenêtre , là des niches, des crédences, dentelles de pierre pour lesquelles les artistes du xve siècle n'avaient point de marteau trop délicat ; heureux encore quand les charpentiers qui ont dressé ces échafaudages, n'ont rien brisé pour aligner une corniche de sapin ! Loin de moi , cependant, la pensée d'outrager la mémoire des hommes qui se sont rendus coupables de ces vilaines choses : ce n'a été pour eux que la suite fatale d'une longue et universelle erreur. À leur place , et de leur temps , nous , leurs Aristarques , nous eussions cru faire merveille en faisant ce qu'ils ont fait ; et si Guingamp avait eu alors son historien, celui-ci n'aurait trouvé sous sa plume qu'encouragements et éloges. Ne signalons les erreurs de nos pères que pour éviter d'y tomber nous-mêmes.

La fabrique de Guingamp a pris , en i85o , une excellente mesure, féconde pour l'avenir : elle a décidé qu'avant toute autre dépense, il serait dressé, par un habile architecte , un plan complet de res->

tauration et de décoration de Notre-Dame. Ce plan s'exécute aujourd'hui sous la direction d'un de nos plus savants archéologues , M. Didron l'aîné : aucun nom ne pouvait offrir d'égales garanties de science et de respect pour les admirables traditions de l'art catholique.

M. Didron a confié l'exécution de cet important travail à M. À. Darcel , et jamais choix ne fut plus heureusement justifié.

La première chose qui frappe vos regards , si vous entrez dans l'église de Noire-Dame par la porte de l'ouest , c'est la lutte corps à corps que l'architecte du xvie siècle a courageusement entreprise contre ses devanciers. Les deux styles sont là en présence, comme deux armées rangées en bataille. L'ogive se montre dans toute sa poésie à la galerie du nord ; la Renaissance , avec tout son luxe , dans la galerie du sud , le seul monument de ce genre que j'ai vu en Bretagne ; l'ogive lance au ciel ses légers faisceaux de colonnettes ; la Renaissance dissimule la masse de ses lourds piliers romans sous une profusion de féeriques ciselures : ici , des dais, vides de leurs statues , et des fleurs ; là , les quatre vertus cardinales, la Prudence 9 la Force, la Tempérance et la Justice , personnifiées dans de vivantes statuettes ; partout de riches écussons dont les armoiries ont disparu. La voûte de cette belle nef n'est qu'en planches. La Ligue et les guerres de religion en sont la cause : peut-être aussi a-t-on reculé de-»

vant l'immense difficulté que présente le raccord des deux styles dans une voûte hybride.

Sur les quatre gros piliers qui supportent la flèche, le maître-maçon s'est plu à grouper la population fantastique des mascarons , sortant à demi du fût des colonnes, grimaçants et sarcastiques ; rois, évéques, pages et varlets ; princesses et femmes embéguinées ; chiens, lionceaux et dragons ; tout cela portait dans les airs un monde de statues détruit pour jamais. Dans un coin, au sud, l'un de ces mascarons dérouie un papyrus sur lequel on a gravé cette sentence du poète :

Quidquid agas , sapienter agas , et respiœ finem.

Il n'est besoin de faire remarquer à personne les beautés de premier ordre qui font du chœur et de l'abside de Notre-Dame un véritable chef-d'œuvre de grandeur et d'élégance ; mais il est essentiel de noter les arcs-boutants intérieurs qui se voient au pourtour. Ces arcs-boutants intérieurs sont une chose très-peu commune , et je n'affirmerais pas qu'on en pût trouver d'autres exemples dans notre province.

Parcourons, maintenant, chaque nef, chaque chapelle , et je vais essayer de vous dire , sans détails , car nous n'en finirions pas , à propos de chaque nef et de chaque chapelle , les choses dignes de remarque dans le présent et dans le passé.

Yoici, à notre droite, la chapelle des Fonts, créée,

en

en i85o , dans la première assise de la Tour-Plate ; c'est assez dire que cette belle chapelle est tout entière du style de la Renaissance. Les vitraux sont de M. Didron, les peintures de M. Alphonse LeHénafï. M. Le Hénaff est né à Guingamp ; quand il peignit notre chapelle des Fonts , c'était un tout jeune homme , et pourtant cette grande page renferme plus que des promesses et laissait facilement deviner le peintre futur de notre chapelle des Morts , de la chapelle de Saint -Eustache dans l'église de ce nom à Paris , et de l'abside de Saint-Godard de Rouen.

Sur le fond grisâtre des montagnes désolées de la Judée , aux rives desséchées du Jourdain , saint Jean , bruni par le désert , verse l'eau sacrée sur la tête du Christ incliné. À droite , derrière le Sauveur, un Ethiopien , un Indien et un Européen se prosternent et adorent ; les Gentils d'Afrique, d'Europe et d'Asie croient et demandent le baptême. Un Juif, debout , montre du doigt le ciel ouvert et la colombe , et annonce l'accomplissement des prophéties. A gauche, derrière le Précurseur, une jeune femme se penche , avec ce chaste abandon que connaît seule l'épouse chrétienne, au bras de son époux ; à leurs pieds joue un bel enfant : c'est la famille , créée par le christianisme , qui conduit son fils aux fontaines régénératrices. Derrière eux , un philosophe, un riche du siècle, doute encore ; mais ne doutera pas longtemps . Au second pian , cette tête blonde

qui vous regarde avec un peu d'anxiété , c'est la signature de l'œuvre , c'est le portrait du peintre.

En sortant de la chapelle des Fonts , tirant toujours à droite , vous entrez dans l'ancienne chapelle Saint-Jacques y aujourd'hui chapelle du Saint-Sacrement. Cette chapelle Saint- Jacques a dans tout le moyen -âge une importance extrême : c'est dans la chapelle Saint- Jacques , jusqu'au xvic siècle et plus tard , que les nobles bourgeois se réunissaient , au son de la cloche , pour délibérer des affaires de la communauté , mettant , une fois de plus , la liberté sous l'aile de l'Eglise ; c'était dans la chapelle Saint- Jacques qu'ils aimaient à choisir leur sépulture, afin que leurs descendants , en s'occupant des intérêts de la cité , écoutassent à la fois les deux plus hautes inspirations d'ici-bas : la voix de Dieu et celle des ancêtres. « Au cuer Monsieur Sainct- Jacques, dit un très-précieux inventaire de i465 , il y a une grande huge de chêne qui appartient es bourgeois de Guingamp à deux cleffs pour garder leurs lettres. »

Si l'on voulait se représenter Notre-Dame au xve siècle , il faudrait remplir chaque angle , chaque saillie d'un mobilier multiple : ici , c'est un autel , chaque pilier a le sien ; à côté , c'est une huge où l'on expose les saintes Reliques ; plus loin, voici Yarmoise où le titulaire de l'altaristie renferme ses ornements (l) ; ailleurs, c'est le coffre d'une confrérie;

fi) En 1^21 , l'armoire que le couvent des Dominicains avait à

voilà V escabeau d'une famille considérée ; voilà le banc de M. le sénéchal ; ici , c'est un enfeu monumental ; là et partout, ce sont des tombes armoriées ou marquées humblement d'un nom plébéien.

Quelques définitions sont indispensables. La chapellenie ou altaristie était la fondation d'un certain nombre de messes devant être dites , à un autel désigné, par un prêtre choisi par le fondateur ou ses ayant-droits , et qui jouissait des bénéfices de la fondation sa vie durant ou jusqu'à sa résignation. La fondation simple différait de la chapellenie, parce que les offices fondés devaient être remplis par le clergé de la paroisse , sans désignation d'un titulaire spécial. Les fondations les plus ordinaires étaient des messes ou services pour le repos de l'âme des fondateurs. Mais la piété de nos pères se variait en mille inventions touchantes, dont les innombrables fondations de Notre-Dame de Guingamp gardent la trace : l'un fondait la messe du matin à heure fixe ; l'autre des saluts hebdomadaires du Saint-Sacrement ; un autre (i) voulait que la cloche tintât tous

Notre-Dame fut forcée , et l'on vola leur calice et leurs ornements : il y a , aux Archives de Notre-Dame , un rnonitoire de l'official de Guingamp, vicaire-général de Tréguier, Jehan Bégaignon , contre les voleurs et leurs complices.

(i) Magister Franciscus de Hospicio , ville de Guingampo oriundus, canonicus Dolensis et officialis Corisopitensis , fut l'auteur de cette fondation, dont l'acte fut dressé dans l'église de la Trinité, propè Guingampum. en présence de Jean , évoque de Tréguier, qui le ratifia le 8 octobre i455.

les vendredis , à l'heure de midi , pour rappeler aux chrétiens le souvenir des souffrances de l'Homme- Dieu ; un autre que tous les soirs on chantât les litanies , suivies d'un bref examen de conscience , au Portail de Notre-Dame ; un autre se préoccupait du luminaire de l'église ; un autre du pain d'autel , etc.

Une des plus vieilles fondations est celle de noble Geoffroy de Dinan , chevalier, qui crée deux messes hebdomadaires, moyennant 10 sols de rente : Tune, le lundi, pour lui et les défunts de sa race ; fautre , le samedi , en l'honneur de Notre-Dame. L'acte fut ratifié immédiatement par Henri Le Brun , évêque de Tréguier , pour lors présent à Guingamp , où il présidait ce synode dont les statuts nous ont été conservés par D. Martène : c'était en 1371.

Les évêques de Tréguier prirent , à plusieurs reprises , de sages mesures pour proportionner les charges des fondations au bénéfice , progressivement amoindri par la dépréciation des valeurs monétaires. Il y a même un règlement général de Mgr de Queriivio , à la date du 3 janvier 1698.

Les prééminences dans les églises furent une des distinctions dont nos pères se montrèrent le plus jaloux : Dieu seul sait combien il a été barbouillé de papier de procédure , dans les trois derniers siècles , à propos de vitres , d'escabeaux et d'enfeux.

A Notre-Dame de Guingamp, les prééminences se distinguent en trois catégories : i° la chapelle prohibitive, avec vitraux et enfeux : deux familles possédé-

rent seules cet honneur suprême, à côté des Penlhièvre, seigneurs fondateurs de l'église (1); 2° le droit de banc ou d'escabeau , qui devint fort étendu dans les derniers temps, et qui ne pouvait être concédé qu'en vertu d'une délibération de la communauté de ville, approuvée par le duc de Penthièvre ; 3° enfin , le droit de tombe , que tout le monde pouvait revendiquer moyennant une aumône , et qui était concédé par les seuls gouverneurs de l'église , sans le concours de qui que ce soit. Dès le xive et le xvc siècle, je trouve des couteliers, des maréchaux, des couvreurs , traitant avec les gouverneurs pour leurs tombes à Notre-Dame (2).

Ainsi, nos vieux bourgeois tenaient à leur église par toutes les fibres de leur cœur . cela allait jusqu'aux plus graves abus. Une coutume s'était introduite que si quelqu'un était malade , ses amis et ses proches fissent pour lui , dans l'église Notre-Dame , une neuvaine non interrompue. La troupe bivouaquait littéralement , jour et nuit, dans le temple. En

(1) Presque tous les petils autels étaient dus à la munificence de quelque famille, jalouse de manifester ainsi sa piété envers un ou plusieurs Saints du Paradis ; mais cela ne conférait aux donateurs aucun droit de prééminence.

(2) Les gouverneurs rachetaient les tombes quand ils le pouvaient , parce que la diminution progressive des valeurs monétaires rendait presque nulles les rentes affectées aux anciens enfeux. Mais divers arrêts du Parlement de Bretagne , des 16 août 1719 , 21 avril et 12 juin 1768, confirmés par déclaration du roi du i5 mai 1776, vinrent interdire, sous prétexte d'hygiène, l'inhumation des particuliers non prééminencicrs dans les églises.

i388 , Pierre Morel , évèque de Tréguier, fulmina une défense sévère , que nous avons encore , et au dos de laquelle ii est écrit que, joignant son autorité à celle de l'évèque , « la court dicy a deffandu sur paines graves que null ne face novesnes pour malaladie , de nuyt à ceste églisse de Noslre-Dame de Guigamp.)) L'abus réformé, la bonne pensée germa trois siècles plus tard, et, en 1662, Messire Jacques Poences , vicaire de Guingamp , fonda dans notre église la Confrérie des Agonisants , dont les statuts sont un vrai monument de charité.

Le nom de Pierre Morel , que Récrivais tout à Fheure , me ramène à la chapelle Saint-Jacques : c'est , en effet , dans cette chapelle que fut enterré, dans la première année du xve siècle , cet évêque, fils d'un bourgeois de Guingamp , et qui semble avoir eu une sincère affection pour le lieu de sa naissance. Par acte du 28 juillet i388, il fonda dans l'église Notre-Dame , en la chapelle Saint- Jacques , en laquelle, dit-il, « il a esleu sa sépulture, là où un entre ses frères aisnés et autres de ses parens sont ensevelis,» une chapellenie, dotée de cent cinquante sols de rente , chargée de trois messes hebdomadaires, et dont le sacristain de Notre-Dame était, de droit , titulaire. Je n'ai pas d'indication plus précise sur cet enfeu épiscopa) , à moins que ce ne soit une crypte assez remarquable , masquée par une horrible hauteur d'appui en sapin, et qui se trouve vers le milieu de la chapelle.

L'inventaire Je i/|65 porte que « il y a un bréviaire en une treille de fer au cuer Monsieur Saint- Jacques , que Tevesque Morel don a autreffois à la dite église, (i) »

Sous les deux fenêtres de la Renaissance , il y avait , depuis le xvie siècle , un autel dédié à saint Yves, où « MM. de la Justice tenoient leur confrairie. » Un des enfeux , devant cet autel , était aux Du Garzpern.

L'autel Saint-Jacques était sous les fenêtres si maladroitement réparées en 1671.

A la place de l'autel actuel du Saint-Sacrement , qui sera bientôt , s'il plait à Dieu , remplacé par un splendide autel de marbre dont la fabrique a les plans , était un autel dédié aux saints Crespin et Grépinien : il est presque superflu d'ajouter que c'était le siège de la confrérie des cordonniers.

Je trouve dans les archives les dossiers de cinq ou six confréries d'ouvriers : leur organisation à Guingamp ne paraît dater que de la fin du xvie siècle. A cette époque , les confréries fondent à Notre- Dame des messes annuelles et solennelles pour l'annonce desquelles on sonnera les cloches « avec modestie , )> ce qui me fait penser que les premiers confrères , laissés à eux-mêmes , avaient carillonné

(1) Arch. de la Fabr. — Outre les livres liturgiques ordinaires, assez nombreux . cet inventaire de la librairie mentionne un Catholicon , une Légende d'auré (sic) et un petit livre appelé Invitatorium,

Sans discrétion. C'est à cette même époque que Fou établit aussi des processions dont le parcours invariable va de Notre-Dame à l'Hôtel-Dieu , puis à la chapelle Saint- Yves, et dans lesquelles il est spécifié que Ton <c portera la bannière neuve et la grande croix d'argent, si le temps le permet. » Chacune de ces associations fournissait à Notre-Dame une certaine quantité de pots d'huile pour avoir le droit de mettre un coffre dans l'église. Les confréries dont j'ai les titres sont , outre les cordonniers : les boulangers, sous le vocable de la Trinité ; les bouchers, sous le vocable de saint Yves, puis de saint Barthélémy ; les tailleurs, sous le vocable de saint Pierre; les maréchaux , sous le vocable de saint Eloy.

Toutes les vitres de la chapelle Saint -Jacques étaient en verres blancs : les armes du duc se voyaient seulement à la fenêtre au-dessus de la porte méridionale (1).

A côté de l'autel Saint-Crespin , dans la grande baie , il y avait « la représentation de l'histoire du lavement des pieds des Apôtres et la Cène , » et, en haut , trois écussons des armes de M. de Kergommar, donateur du vitrail ; au-dessous, un enfeu : je n'en ai pas vu de titre . La vitre au-dessus de l'autel ,

(1) J'emprunte les détails des vitraux à un procès-verbal des destructions causées à toutes les vitres « par la succession dus temps et les suites des dernières guerres, dressé, le 27 juin 1599, Par ^>icrre Marchand et Noël Allaires , maistres peintres et vitriers. •

{Archives de N.-D.)

aujourd'hui maçonnée, avait été donnée par le sieur des Salles, et représentait « l'histoire de la Passion.»

Au second pilier vers le grand autel , du côté de Fépître et en dehors du chœur, était attachée , par une chaîne et des pattes de fer, une large plaque de bronze où on lisait , que le clergé de Notre-Dame ayant discontinué de servir l'onéreuse fondation de Messire Roumoulin , en son vivant (i52o) l'un des vicaires de Guingamp , Maître Nicolas Roumoulin , héritier du fondateur , avait , le 27 juin i6^3 , obtenu arrêt qui condamnait le clergé à « faire les dits services en la forme que dessus et ordonné le présent placart estre mis et apposé en ce lieu. » Ce que cette pancarte, qui ne disparut qu'à la Révolution , coûta de procédures à Me Nicolas, devant la prévôté de Guingamp , l'officialité de Tréguier, le présidial de Rennes , et , enfin , le parlement , est attesté par un monstrueux dossier que j'analyserai peut-être quelque jour.

M. de Mercœur donna à M. Le Gac de Lansalut , son sénéchal en sa cour de Guingamp, un banc de quatorze pieds de long, à l'endroit où nous sommes.

Après le banc de M. le sénéchal on trouvait l'enfeu de M. de Lokmaria , au-dessous de la seconde vitre du pourtour du chœur, dans laquelle il semble qu'il n'y avait nul autre ornement que les armes de cette seigneurie (1). Avant l'adjonction de l'abside,

(ij La terre de Lokmaria, en Ploumagcar, fat aux Coalgourheden,

tout à côté de l'enfeu, se trouvait l'autel Saint-Pierre, prohibitif aux seigneurs de Lokmaria. En 1484 , cette prééminence devint le sujet d'un grand et chaud procès qui se termina par une transaction , en vertu de laquelle l'autel Saint-Pierre fut transporté , avec tous les droits de Lokmaria , à l'endroit même où est aujourd'hui l'affreux petit autel du Mont-Carmel. Je ne puis indiquer que deux des vitres de cette chapelle : l'une représentait les quatre Evangélistes, et l'autre sainte Barbe.

Les deux fenêtres superposées du milieu de l'abside portaient le nom de « fenêtres au Duc. » En l'année i4^4 ? Guillaume Gouézou , procureur des bourgeois de Guingamp, « poia par le commandement et avisement des dits bourgeoys, à Pierre du Moulin, vittrier et paindre, à valoir sur deux vittres quelles led. Pierre fait pour le Duc notre souverain seigneur , les deux pour les fenestres de l'eupvre nouveau fait en l'église de N.-D. de Guingamp , dont l'une d'icelles fenestres , savoir la basse est achevée et armée des armes du Duc notre dit souverain seigneur et de la Duchesse sa compaigne , tant en escuzons , timbres , présentations du Duc et de la Duchesse que autrement. Et l'autre fenestre au dessus, laquelle le dit Pierre du Moulin besoigne

puis aux Du Parc. Voyez une excellente notice de M. Gaultier du Moltay, dans Y Annuaire des Côles-du-Nord , année i85/|. Dans deux coins de l'une des feue 1res de l'abside de Guingamp. on voit encore le blason des Coatgourhedcn, de gueules à la croix engreslée d'argent.

à présent et y fait la viltre sellon la poultraicture estant en une vittre en la ville de Malestroit , et à valoir aux dites vittres : seize livres dix sols, (i) »

Il serait trop long de conter comment, par suite du procès des Lokmaria , la vitre du dessous devint la vitre du dessus : c'est pourtant une curieuse histoire, et dont la langue me démange.

En 1099, les vitres du Duc étaient notablement avariées. Mes Pierre Le Marchant et Noël Allaires refirent notamment « cinq sofflets » où il y avait des figures d'anges.

En i856, il ne restait plus de l'œuvre de Pierre du Moulin que quelques fragments mutilés de la présentation de François II , et la présentation , à peu près intacte , de Marguerite de Foix et de ses deux filles , Anne et Isabeau ; plus , deux angeîets « dans les sofïlets , » lesquels donnaient une assez piètre idée du talent des maîtres- vitriers guingampais en 1599 ; lorsque un des vicaires de Notre- Dame, M. l'abbé Le Goff, conçut le généreux dessein de restituer, à ses frais , cette maîtresse vitre : nous réunîmes tous les matériaux , toutes les indications, à l'aide desquels M. Didron a composé cette belle verrière qui, depuis le 8 septembre 1867, brille au haut du chevet de Notre-Dame , comme une escarbourcle au front d'une reine (1).

(1) Compte de Guillaume Guézou. — (archives Municipales.)

(2) L'exemple de M. l'abbé Le GoiT a clé fort heureusement contagieux : la verrière qui doit garnir la fenêtre au-dessous de celle du

Sous le maître-autel , qui est encore le bloc de marbre acheté en 1787, existe une crypte à moitié comblée. On y a fait très-récemment des recherches qui n'ont amené aucun résultat. Je ne sais où était Penfeu de Madame de Mar ligues, qui fut inhumée à Notre-Dame en 161 3. Elle avait bien le droit de dormir dans ce sanctuaire , car les Penthièvre furent vraiment les fondateurs du chœur de Notre- Dame , non-seulement par le privilège de leur seigneurie , mais mieux encore par le fait de leurs libéralités. C'est dans le chœur de Notre-Dame que Charles de Blois sembla vouloir épuiser cette inépuisable munificence dont le procès-verbal dressé en i3^i, par le Gardien des Cordeliers de Guingamp, nous a conservé les détails (1) : — « Item il donna... les quatre colonnes, peintes d'or et d'azur, qui sont devant le grand autel , et dont la façon

Duc a été commandée, par un particulier, à M. Gsell , de Paris , qui la termine en ce moment ; la rose du Portail a été offerte, cette année , par Mademoiselle Le Normand de Kergré. — Depuis que les pages qui précèdent ont été imprimées , le sanctuaire de Notre-Dame de Bon-Secours a été solennellement visité par Mgr Mautial , évêque de Saint-Brieuc et Tréguier, qui lui a promis , comme un témoignage de sa piété et de sa munificence , une lampe d'argent.

(1) Ce procès-verbal, rédigé pour servir à la canonisation du bienheureux Charles de Blois, se trouve, en manuscrit, à la Bibliothèque Impériale , avec toutes les autres pièces de cette procédure , dont Baluze avait fait faire une copie, au xvir9 siècle. Le fragment relatif à Notre-Dame de Guingarnp a clé publié, pour la première fois, par M. de La Borderie , dans le Bulletin archéologique de l'Association Bretonne. Tom. IV, p. 25o. Le texte est en latin.

coûta, selon le témoignage du maître qui les a faites, quatre-vingt-dix écus d'or. » — Etait-ce un ciborium ou baldaquin qui abritait Faute! ? n'étaient-ce pas plutôt les quatre colonnes magnifiques qui soutiennent la voûte du chœur , et sur lesquelles un triste badigeon couvre For et Fazur du xive siècle ? Toujours est-il que Fon construisait , en ce même temps , une portion quelconque de l'église , car on lit dans notre procès-verbal : « Item, il donna pour Fédifice projeté de ladite église, soixante écus. (i) » Je reviens au maître-autel : « Il fit disposer et arrangea le grand autel pour y placer des images qui coûtèrent trois écus ; il donna pour orner Fautel neuf aunes de drap de soie blanche ; Item , huit aunes de satin rouge pour faire des courtines autour de Fautel ; Item, deux grands parements trèsprécieux , pour être mis au-dessus et au-dessous dudit autel ; Item , quatre aunes de drap de soie d'un très-grand prix , avec des broderies d'argent trèssomptueuses , pour faire des parements de dessus et de dessous au même autel. » En somme , l'argenterie , les ornements , les constructions pour Notre-

(i)Le procès-verbal ajoute : « Item, ii fonda la sacristie (sacristiam) de ladite église sous le nom de Saint- Yves, et il en posa la première pierre , au nom susdit , en présence de l'évêque de Saint-Malo et de l'abbé de Bon-Repos, et il donna ce jour-là , aux ouvriers , trois francs pour boire (pro vino), et il engagea tout son bien pour l'achèvement de cette sacristie. » Je ne puis préciser la situation de cette construction, qui n'est pas certainement la sacristie actuelle.

Dame, coûtèrent au prince, selon l'estimation .qu'en firent les témoins et experts , et notamment Maître Alain, peintre; Alain Symon, ouvrier ; Guillemin, orfèvre, et la femme de Perrot Brotaire (marchande ou tailleuse sans doute) , huit cent soixante-cinq francs et cent vingt-cinq écus ; soit , une somme énorme de notre monnaie.

La chapelle Saint-Jean , au fond de l'abside , du côté de l'Evangile , était prohibitive aux seigneurs de Cadolan , qui y avaient enfeu, vitre, escabeau et chapellenie. Je n'ai pas d'indications sur les sujets des vitraux : quelques fragments de l'un d'eux laissent deviner un purgatoire.

A la sacristie , vous ne retrouverez plus ces « ornements d'autels et ces beaux parements . avec la grande croix d'argent, pleine de reliques de saints,» que Charles de Blois donna à Notre-Dame, au dire d'Albert de Morlaix ; ni cette autre grande croix , avec l'image de Notre-Dame et de saint Jean ; ni les beaux calices des xv° et xvie siècles ; ni les grands reliquaires d'argent doré , dont l'un était en forme de clocher et l'autre en forme de chapelle ; ni les statues d'argent de Notre-Dame, dorées en quelques parties ; ni les chandeliers donnés par Gouicquet ; ni l'ornement en drap d'or donné par le duc Pierre ; ni les ornements de velours noir aux armes de la seigneurie; ni ceux aux armes de la communauté; ni la chasuble où était peinte l'image de Monsieur S. Yves, dont il est fait mention dans les vieux in-

ventaires (1); vous ne trouverez même plus ce splendide ornement confectionné , au milieu du xvme siècle , avec deux robes de nobles fiancées, et dont la façon seule coûta 800 livres ; désormais , dans le mobilier de Féglise , tout est moderne (2).

Au bas du chœur, de ce côté , était Fenfeu de la famille Le Brun , sieurs de Kerleino, de Kerprat et du Lojou , qui donna des sénéchaux à la prévôté ; au-dessus de la tombe armoriée s^levait une pyramide en pierre , sculptée à jour , haute de dix-huit pieds , et qui devait produire un effet assez drolatique.— Il y avait bien aussi quelque part en féglise, une plaque de marbre , avec sa corniche de bois , sur laquelle était écrit et gravé que Jacques Le Brun , sieur de Kerprat , avait été gouverneur de féglise de Guingamp, en Fan i65ô. Les citoyens chargés de Finventaire du mobilier, en Fan 11 de la République, estimèrent cette plaque... deux sous ! Ils vendirent au poids la plaque de Me Roumoulin. Faites donc graver votre nom sur le marbre et Fairain !...

On voyait encore « deux drapeaux attachés à la voûte du chœur, » deux vieux trophées sans doute.

(1) Le plus vieux de ces inventaires porte la date du 12 août 1 46 5 -, cette date le rend fort précieux.

(2) Il faut lire l'inventaire fait en 1806 : la Révolution avait fait fondre à Guingamp, d'après l'inventaire du 19 pluviôse an 11, vingtdeux calices , six osiensoirs , neuf ciboires , etc. En i8o5 , on avait deux calices, dont l'un était donné par un M. Surville, et un soleil en fer blanc.

— G4 — Les priseurs de Fan n ne trouvèrent pas que cela valût la peine d'être estimé. Quels patriotes !...

Dans les quatre angles formés par les massifs piliers de la Tour Pointue , il y avait quatre autels ; il y en avait deux autres adossés aux mêmes piliers du côté de la nef ; un autre encore contre le gros pilier renaissance, au-dessous du Crucifix, ce dernier sous le vocable de Notre-Dame. Je ne réussirais point à préciser les saints patrons de ces petits autels : je crois qu'ils étaient multiples et variables.

Auprès de Faute! de la Vierge, où était Fenfeu des d'Acigné et leur banc, on voyait le banc à accoudoir et Fenfeu de la famille Péchin , dont un membre fut intendant du duc de Mercœur , et le banc de Madame de Calan.

La chaire est toute moderne : elle serait belle, si elle était placée dans une église d'un autre style. Elle a remplacé une chaire assez mesquine donnée, en 1708, par la Frérie Blanche.

En l'année i479 1 ^es bourgeois ordonnèrent à leur procureur de « bailler troys escus d'or, valans par monoie 4 1- 2 s. 6 d., à un prescheur nommé Maistre Guillaume de Melun, qui fust par longtemps prescher à Guingamp. fi) » En i5o2, la ville donna vingt-cinq sous pour une station quadragésimale. En i5o5, le procureur paya à « frère Jacques Raoul, gardien des Frères-Mineurs de Guingamp , pour

(ij Archives Municipales.

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