‹ GuingampChapitre 8 sur 23 · partie · texte numérisé non relu

partie

partie de Ja rémunération de ses paines et travauix d'avoir presché durant le Karesme en la dite ville , oultre les aulmones qui lui furent faites , 9 livres.» En i5i2, frère Guillaume Le Men, des Frères-Prêcheurs de Guingamp, ne reçut que 6 liv. 10 s. Il prêcha pourtant « cothidianement, » ainsi que frère Olivier Guillou , docteur en théologie , du même couvent, qui, en i5i6, reçut 16 liv. J'omets les détails plus modernes , que je pourrais puiser dans le dossier des prédicateurs, aux archives de la fabrique.

C'était un usage, pratiqué de temps immémorial, que le nouveau maire , élu chaque année le mercredi des Cendres , offrît ce jour-là la collation au prédicateur du carême.

La chapelle actuelle des Morts était jadis la chapelle de la Trinité. Voici la description de cette chapelle, telle que la faisait, au xvne siècle, Pierre Mahé, bourgeois de Guingamp , qui déclarait tenir du chef de défunt noble homme Bertrand Gouicquet et demoiselle Marie Chéro , sa compagne , ses quart aiyeul et ayeule , « les préminences ci-après étant dans l'église Notre-Dame de Guingamp , et consistant en une chapelle nommée la chapelle de Saint- Denis ou de la Trinité , du côté de l'Evangile , et située entre quatre piliers de pierre de taille faisant les quatre coins de ladite chapelle, composée d'un autel, retables, les images de la Trinité, un crucifix avec un bon et mauvais larron , saint Denis , saint Briac et autres , avec protestation de faire revenir

de jour à autre les images de saint Yves , d'un gentilhomme et d'un paysan qui avaient été transportées de ladite chapelle en celle de Messieurs de la justice où elles sont actuellement ; lesquelles images sont dans leurs niches , relevées de belles sculptures avec les armes desdits Gouyquet et Chéro, en bosses , en plein et en alliance en deux endroits j dans la vitre de ladite chapelle , sous celles dudit seigneur duc de Bretagne , et dans ledit retable ; coiiîre ledit autel est aussi un tableau représentant la Vierge , l'église de Guingamp , un évêque , ledit Bertrand Gouyquet avec six de ses enfants mâles , du côté de l'Evangile , et de l'autre côté , vers l'Epitre, ladite Marguerite Chéro et trois de ses enfants femelles , avec la date du temps auquel ledit Bertrand Gouyquet et femme firent faire lesdils retables et tableaux qui fut en l'an i523 ; même le retable de l'autel de saint Etienne , les images y étant avec aussi les armes desdits Gouyquet et Chéro sous leurs pieds ; lesquels tableaux, retables, dorures et choses susmentionnées lesdits Gouyquet et Chéro firent faire en Hollande , les rendre ici et les placer à leurs frais, (i) »

A l'autel de Gouicquet avait succédé, au commencement de ce siècle , une grande machine en bois peint et doré , dont quelque professeur de dessin

(i) Publié par M. de Garaby, dans Y Annuaire des Côtes-du-JSord, année 1847.

linéaire dans une éeole municipale avait sans doute conçu la malencontreuse idée. La fabrique s'en est débarrassée il y a un an , et le 8 septembre dernier, 1857 , a été inaugurée la magnifique chapelle que vous pouvez admirer aujourd'hui. Sur le terre-plein, où Ton accède par trois marches en marbre noir , avec des incrustations rouges et blanches , s'élève un autel en kersanton , dessiné par M. Darcel , et sculpté par Hernot , avec une perfection qui aurait désespéré les plus habiles picoteurs du moyen-âge ; au-dessus , du retable à la voûte , se présente une surface de cent cinquante mètres carrés, que M. Alphonse Le HénafFa couverts d'une grande composition qui a commencé la réputation , aujourd'hui si bien assise, du jeune peintre , et que nous allons rapidement décrire.

Au centre, appuyée sur le retable de l'autel, une toile immense représente cette scène inénarrable du réveil des morts , dans la vallée sépulcrale de Josaphat :

Mors stupebit , et natura , Cum resarget creatura Judicanti responsura.

Turba mirum spargens sonum Per sepulchra regionum Coget ocriues aalè thromtm.

La vallée s'étend au loin , entre deux chaînes de rochers écorchés et abrupts ; la lune se lève au fond, sanglante et voilée de deuil. Les Anges volent dans les airs , qu'ils remplissent des éclats mer-

veiiieux do leurs trompettes. La terre des sépulcres s'anime ; la pierre des tombes se soulève , et des formes humaines , encore couvertes de linceuls diaphanes , se dressent éperdues le long de la lugubre vallée. Mais , suivant la terrible prédiction de l'Apôtre, les uns ressuscitent avec des corps glorieux , environnés de lumière , l'auréole céleste au front , revêtus d'un reflet de cette idéale beauté que l'œil humain n'a point vue ; les autres se réveillent de la boue du cimetière avec confusion , avec rage, avec horreur.

Judex ergô cum sedebit , Quidquid latet apparebit.

La lumière se fait : le Juge est sur son siège ; levez les yeux jusqu'au plus haut sommet. Voilà le Dieu vivant , le Juge suprême et souverain : il étend sur le monde ses mains toutes-puissantes, et l'arrêt éternel va sortir de sa bouche. Mais la cause de l'humanité se plaide encore : au pied du trône, l'Agneau divin que saint Jean-Baptiste annonçait , que saint Jean l'E van g élis te a décrit , l'Agneau dont la mort a sauvé le monde, est couché sur la croix ; il intercède pour nous , il montre au Père irrité son sang et ses meurtrissures ; plus bas , la Vierge Mère , à genoux , les mains jointes , emploie , pour les enfants qu'elle a adoptés sur le Calvaire, cette toutepuissance de la supplication dont Dieu lui a donné le privilège ; les Anges et les Béatitudes du ciel entourent le trône redoutable, et attendent, en silence,

le jugement que les lèvres divines vont enfin prononcer.

Que si vos yeux se reportent vers la droite de la composition , et si vous vous rappelez la prière ardente du poète :

Inter oves iocum praesla , Slatuens ia parte dextrà ;

vous comprendrez du premier coup d'œil la traduction artistique de cette consolante pensée. Un Ange lumineux attire doucement vers. le ciel , qu'il leur montre , les âmes simples et bonnes , dont le dévouement et les sacrifices ont mérité cette magnanime récompense.

Au sommet, saint Jean, l'apôtre de l'amour et de la grâce, écrit, sous la dictée d'en haut, les infaillibles promesses de l'avenir. Rien n'est calme et placide comme cette harmonieuse partie de l'œuvre de M. Alphonse Le Hénaff; rien n'est frissonnant et sinistre comme le côté gauche de la composition , qui représente aux regards terrifiés la punition éternelle du crime : effrayante antithèse , parallélisme profond, dont la méditation doit être le fruit moral et religieux que chaque spectateur peut facilement tirer de cette grande œuvre.

Voyez cet Ange sombre , aux ailes noires , au glaive ardent , ministre impassible des vengeances de Dieu, qui précipite les condamnés au fond de l'abîme de feu et de souffre ! En vain leur orgueil terrassé lance au ciel un dernier blasphème, une

dernière imprécation , L'heure suprême de la justice éternelle a sonné , et l'éternité des supplices engloutit sa proie !

Au sommet , Ezéchiel , le prophète de la mort , contemple les ossements arides qui l'entourent, et qui vont s'animer sous le souffle impétueux des quatre vents du ciel. (1).

Il ne reste plus , pour terminer cette chapelle , sans égale en Bretagne jusqu'ici, qu'à poser le vitrail de la grande baie qui s'ouvre sur la rue. Cette vitre était autrefois remplie par la représentation des douze Apôtres : la nouvelle verrière ne doit pas contenir de personnages.

(1) Notre-Dame de Guingamp n"a jamais été riche en tableaux : l'architecture ogivale ne laisse place qu'aux fresques. L'inventaire de Tau ii ne compte que sept toiles , dont deux daus le chœur. Les cadres aujourd'hui appendus ci et ià, vieunent des Carmélites de Guingamp, et n'ont rien qui fixe l'attention.

Les bibliomanes remarqueront le tableau qui est placé au-dessus de la Porte-au-Duc , et qui représente le Christ saisi et garrotté au jardin des Oliviers ; non pas, certes, à cause de sa valeur artistique, mais parce que ce tableau est la reproduction fidèle de la 1 10e planche d'un très-curieux recueil d'estampes mvstiques, publié, en 1693, sous ce titre : Evangelicœ liislorite imagines , auctore Hieronymo Nntali Societatis Jesu Theologo. L'espèce de barbouillage jaune, noir et rouge que l'on aperçoit au milieu du tableau, représente, suivant la iégende de la gravure, Lucifer assis sur un trône enflammé et ténébreux , d'où il envoie toutes les furies contre Jésus. — Je ne dis rien des deux grandes toiles placées près de la sacristie, et qui défiguraient naguère le chevet : ces pancartes sont censées des copies de tableaux de Valentin , peintre guingampais du xviuc siècle, auquel nous consacrerons une notice dans le chapitre vin du présent livre.

La vitre au-dessus du porche était en verre blanc, avec les armes du duc ; celle à côté était désignée sous le nom de vitre de Saint-Loup , et la suivante sous le nom de vitre de Sainte-Suzanne.

Le bénitier de ce porche porte le nom de Y. Jégou.

L'armoire qui se voit dans ce coin de l'église a toujours contenu les reliques, depuis qu'on a retiré « la huge aux reliquaires » de la sacristie, où elle était en i465 : on y conserve encore le buste de saint Pie V, et plusieurs chapelets curieux du xvi° siècle. L'inve»taire de l'an n, au nombre des divers objets renfermés dans l'armoire , mentionne une tête de marbre frisée. Je confesse que ce buste m'intrigue beaucoup : était-ce un antique de la décadence , crêpé comme Faustine ; était-ce une tête à perruque du temps de Louis XIV ? et que faisait cette perruque au milieu des reliques ?

Cette tête frisée me rappelle que je n'ai fait nul état d'une statuette de saint Léonard , provisoirement placée près de l'autel du Saint-Sacrement , et qui est la seule sculpture remarquable de Notre- Dame: c'est un pittoresque portrait du xvie siècle, revêtu d'une dalmatique richement historiée.

La plupart des autels, des coffres, des armoires, avaient disparu dès la seconde moitié du xvmc siècle, sous prétexte d'encombrement et d'irrégularité, Ainsi se détruisait , pierre à pierre , la plus forte digue opposée a la Révolution : le respect du passé. La Révolution acheva la ruine : autels et en feux

gênaient la République pour entasser ses boites de foin dans la basilique, devenue écurie, et Ton vendit tout ce qui pouvait se vendre, comme bois à feu.

Revenons à la huche aux reliques, échappée, Dieu sait comme, à cet encan universel.

(Tétait dans la place qu'occupe l'armoire qu'étaient autrefois les orgues , et, pour ma part, j^estime qu'on devrait les y reporter.

11 est fait, pour la première fois, mention « d'un organiste et conducteur des orgues de l'église de Notre-Dame de Guingamp , » dans le compte du procureur des bourgeois pour l'année i4^7» Ce premier organiste s'appelait Charles Le Gay ; il était gagé de cent sols par an , et il semble qu'il commença son service au mois de janvier i4^7, car je vois qu'il Jui fut compté une première demi-année de cinquante sols « au Pardon de Notre-Dame de Guingamp, » en juillet 14^7 . — Je ne sais à quelle époque les orgues furent déplacées ; mais elles étaient sous la tour quand celle-ci tomba en i535, car on logea le sacriste dans la maison de l'ornaniste , dont on n'avait plus besoin « à raison de la ruine de la dite tour qui tomba sur le lieu des orgues. (1) )>

Sur le buffet actuel des orgues on lit l'inscription

(1) Arch. Munie. Délibération du 16 fév. i536 (v. 5.) Les archives de la fabrique conservent une quittance de Dom Le Prateller. organiste en 1470.

suivante : « Ces orgues ont été construites, en 1646, du temps que nobles gens François Le Goffet Pierre Allain étoient gouverneurs de ces te église. »

A ces orgues se rattache le souvenir d'un long et célèbre procès , dans lequel Guingamp succomba. En 1679, la ville enthousiasmée d'un nommé Jean- Baptiste Belhoste, qu'elle avait pour organiste , lui conféra ce titre à perpétuité. L'artiste , assuré de son traitement , donna dès lors libre cours à son humeur vagabonde , et on le vit partout ailleurs qu'à Guingamp : la communauté le destitua. Belhoste eut recours à la prévôté. La mort de l'organiste chicaneur ne mit point fin à la chicane : deux ou trois générations d'héritiers la reprirent tour-àtour, et, en 174$ , on n'était pas encore d'accord ; seulement la ville , constamment perdante , y avait laissé une dizaine de mille livres.

11 ne nous reste plus, pour terminer notre longue visite à Notre-Dame , qu'à gravir l'admirable escalier de la Tour- Plate , pour voir de près la célèbre cloche dont le timbre n'a pas son égal en Bretagne. Cette cloche , véritable monument de l'art breton au xvie siècle , porte l'inscription suivante : « Fondeurs Guyornark* Van i568 fut feit ces te cloche pour servir Dieu et JMostre Dame de Guingamp, par Gérome Gegou , gouverneur de ce chapelle , le fit faire, » A côté du colosse des Guyomark , une toute petite cloche porte la date de i4^4 ; les deux autres sont de i835.

Je vois par un marché passé , en i6o5 , pour la fonte de deux cloches , l'une de Notre-Dame et l'autre de Saint-Nicolas, que les fondeurs Guyomar, représentés alors par Guesnou Guyomar , étaient de Morlaix , où ils habitaient la rue de Bourette.

En Tannée i562, Sa Majesté le roi de France s'avisa d'asseoir une taxe sur tous les clochers de son royaume. Dieu ! si Ton n'avait jamais donné une plus large base à l'impôt ! Guingamp paya vingt livres, (i).

L'airain de notre belle cloche tentait fort l'appétit des vandales de 93 ; mais je ne sais qui fit observer que ce bourdon pourrait être fort utile pour sonner le tocsin et prévenir les patriotes de l'approche du danger. Cette naïveté sauva la grosse cloche. Toutes les autres furent brisées et vendues , à raison de vingt-deux sous la livre, pour acheter des canons. Ce qu'il y eut de remarquable , c'est qu'on chargea îe vicaire constitutionnel de Notre-Dame de présider, en qualité de commissaire municipal , au bris et à la vente des cloches : l'apostat ne refusa point cet honneur-là.

En descendant de la Tour-Plate , presqu'au bas de l'escalier, vous vous aviserez peut-être de remarquer quelques caractères tracés sur l'appui de la haute et étroite fenêtre qui donne jour dans l'église. Vous lirez très-facilement : J. A. d'Estable , avec

(1) Archives de Notre-Dame.

la date de i5y3 gravée au-dessus. — La famille d'Estable tint un rang des plus honorables dans la bourgeoisie de Guingamp , pendant le xve siècle et les premières années du xvie siècle. En i5y3 et plus tard, un Yvon d'Estabie avait la « conduite de l'orologe. » — Je ne devine pas pourquoi ce nom est gravé à cette place : si ce n'est pas un pur caprice, c'est à coup-sûr un fait sans importance.

On voit aussi, en deux endroits de la Tour-Plate, à l'intérieur de l'église , un C et un G majuscules : je suppose que ce sont les initiales de quelques-uns des maîtres-maçons ou des gouverneurs en charge pendant la longue durée des travaux ; mais, comme ces initiales conviennent à plusieurs , je n'ose préciser.

Notre-Dame de Guingamp dépendait de l'ancien diocèse de Tréguier. Bien que Guingamp ne fût pas le chef-lieu d'un archidiaconé . cette ville était le siège d'une officialité , et j'y trouve , presque sans interruption , un vicaire-général résidant , jusqu'à la seconde moitié du xvne siècle.

Quant à Notre-Dame , elle était administrée , au spirituel , par quatre vicaires qui alternaient pour le service pastoral de la paroisse. Je pense que cette administration oligarchique remonte aux origines ; je la vois, dès l'àji , dans le titre de la fondation de Geoffroy de Dinan. Les quatre vicaires étaient égaux. On sent bien, de temps en temps, poindre le désir d'une suprématie : l'un s'intitule doyen, l'autre

recteur de Notre-Dame ; mais rien ne peut s'établir (Tune manière fixe, et les quatre vicaires partagent encore fraternellement, au xvme siècle, les charges, les honneurs et les profits de la cure de Guingamp. Dans le courant du xve siècle , une lutte , qui ne semble s'être terminée que par une transaction du i5 avril 1472 , s'éleva entre les vicaires , qui voulaient percevoir le tiers des oblations faites aux chapelles extérieures qui n'avaient pas de chapelains titulaires , notamment à Saint-Yves et à Saint-Fiacre (1), et les gouverneurs du temporel de Notre- Dame , qui ne voulaient accorder aux prêtres , poulies services faits dans ces chapelles , qu'un salaire déterminé. Les prétentions des gouverneurs prévalurent. Au commencement du xvie siècle , des difficultés d'une nature analogue furent soulevées par le receveur de l'évêque de Tréguier , à propos d'un droit qui s'appelait la « composition du mortuaige. » Les vicaires triomphèrent. Une autre lutte, bien autrement animée , marque la seconde moitié du xvne siècle : c'étaient, cette fois , les prêtres habitués qui entendaient prendre part au casuel de Notre-Dame, et qui disaient assez cavalièrement que de ce que cette église était dirigée par « un escadron de recteurs , » lesquels n'avaient de bénéfice fixe qu'une

( 1) Je 11e sais ou était cette chapelle Saint-Fiacre : quelques indications me porteraient à croire que c'était une seconde dénomination de la chapelle Saint-Yves : elle aurait été , en tous cas , dans ce quartier.

rente annuelle d'environ mille écus entre eux quatre, ce n'était pas une raison pour que les autres prêtres de la ville mourussent de faim. Les vicaires furent battus devant je ne sais combien de juridictions, et une transaction , ménagée par le grand evêque Baltazar Grangier , à la date du 26 avril 1664 , rendit la paix à l'église de Guingamp , et y confirma et établit régulièrement : quatre « vicaires-recteurs , » quatre vicaires « associés supôts in subsidium divini Officii y )> et un prêtre sacristain, sur le compte duquel je reviendrai. Cette transaction a cela de trèsparticulier , qu'elle nous révèle un fait dont personne , de notre temps, ne s'était douté : l'existence d'une imprimerie à Guingamp , au xvne siècle. Le Guttemberg dont la transaction que je cite est peutêtre le seul cbef-d'œuvre encore existant, s'appelait Olivier Champion , et s'intitulait majestueusement Imprimeur du Roy.

Les Penthièvre , comme seigneurs supérieurs et fondateurs de l'église , avaient la présentation des quatre vicaires. C'est un droit que les bourgeois auraient bien voulu s'arroger : ils maintiennent même, en quelques aveux , qu'il est leur ; mais il est trop certain qu'ils n'essayèrent même pas de l'exercer.

Les quatre vicariats furent réunis en un seul , le 7 février 1707, par la double autorité de l'évêque de Tréguier et du duc de Penthièvre : les titulaires conservèrent néanmoins , leur vie durant , leurs bénéfices , droits , honneurs , prérogatives , rentes

et revenus . Le clergé de Notre-Dame se composa dès lors d'un recteur et de sept prêtres habitués. Mais le titre de recteur ne fut pas canoniquement reconnu , et au dernier synode du diocèse de Tréguier , tenu sous M. de Royère , on contesta à M, de Lesquen de Kerohon , recteur alors , le droit de porter Fétole aux séances : il fallut même la déposer. L'évêque, pour couper court à cette irritante discussion , nomma l'abbé de Lesquen promoteur du synode.

Le sacriste de Notre-Dame était toujours un prêtre. Sans contestation possible , il fut , de tout temps , à la présentation des bourgeois. Je penserais volontiers que ce bénéfice tout municipal date de la fin du xtve siècle : c'est à partir de la seconde moitié de ce siècle qu'on voit les bourgeois , Pierre Morel , l'évêque de Tréguier, en tête , fonder pour le sacristain des chapellenies , créer pour lui des rentes, faire tout, en un mot, pour que la sacristie de Notre-Dame devienne un bénéfice presque aussi enviable qu'un vicariat dans la même église. Il y a aux archives plusieurs élections de sacristes par les bourgeois : la plus ancienne et la plus curieuse est du 9 juillet î/±65 , après le décès de Dom Jean du Bourg. Malheureusement , ce titre est dans un état de dégradation déplorable et aux deux tiers mangé des rats. Ce que j'en ai pu déchiffrer et deviner tendrait à établir que Félection se fit a deux degrés. Le matin , l'universalité des paroissiens fut

assemblée dans l'église par le son de la grosse cloche (1) ; ils désignèrent douze notables , outre les gouverneurs , et ces quatorze électeurs prêtèrent , entre les mains de Dom Prigent de Munehorre, l'un des vicaires , qui présidait la cérémonie , le serment de ne se laisser guider par aucun mobile digne de blâme , dans le choix du sacristain. On chargea Maître Derrien de Kermoisan , notaire impérial, de dresser procès-verbal de ce qui venait de se passer, et les quatorze électeurs s'ajournèrent à quatre heures de l'après-midi , le même jour , pour procéder à l'élection. A cette seconde réunion, Dom Olivier Henry réunit huit voix , et fut élu : les huit électeurs , qui probablement ne savaient pas tous écrire, firent venir un notaire spécial pour constater leur vote. Toute l'assistance attesta les bonnes vie et mœurs du candidat , et requête fut présentée à l'évêque ou à celui qui tenait sa place , car le siège de Tréguier était vacant , pour qu'il voulût bien donner à l'élu l'investiture de son bénéfice. Il y a trois autres procès-verbaux , l'un du xve siècle, sans date lisible , l'autre du i5 février 1587 et le troisième du 22 mai 1597, qui nous montrent l'élection

(1) Le compte de Merrien Chéron , procureur des bourgeois pour cette année i465, poite la mention suivante : « Item se descharge d'avoir poié à Yvon Guénégou pour avoir esté sonner la grosse cloche de l'église N.-D. de Guingamp, pour faire congrégation des dits habitants , afin de choisir le sacriste dicelle église , 7 deniers. » C'est également à cette élection que se rapporte l'inventaire que j'ai cité.

(Arc h. Municip )

faite directement par un nombre indéterminé de bourgeois , par ce qu'on appelait la plus saine et maire voix des paroissiens (i). La dernière élection de sacristain que j'ai lue est de 1780.

Bien que les fonctions de vicaires et de sacriste ne fussent pas fort lucratives, elles étaient toujours remplies par des gradués , et je compterais parmi les vicaires plusieurs docteurs de Sorbonne.

La prééminence de Notre-Dame sur toutes les autres paroisses de la ville , s'établit à une époque que je ne puis indiquer. Elle se trouve constatée dans plusieurs règlements relatifs aux processions qu'il est impossible même d'analyser ici : je me contente de viser , en passant , celui du 9 juin 1 574 , émané de Messire Jacques Fleuriot, archidiacre de Tréguier, « ô le bon advis de certains bons personnaiges de la ville de Guingamp,» et dans lequel on insiste, à deux ou trois reprises, sur la défense u de s'arrêter pour boire. »

(1) Ce dernier procès-verbal a cela d'original qu'on y voit figurer une femme , damoiselle Marie de Kerraoul , compagne et procuratrice de Jan Gouriou , sieur de Saint-Hernin , l'un des gouverneurs et administrateurs de Notre-Dame ; le second procès-verbal du xv° siècle, celui dont la date est rongée, nous fait connaître que l'on exigeait du sacristain , avant de lui confier le trésor de l'église , qu'il fournît des pièges ou cautions ; enfin , je trouve qu'en i5io , le sacristain fut mis en possession des ornements , ustensiles et meubles de l'église, non par les gouverneurs , mais par Bertrand Gouicquet; procureur des bourgeois. Dans l'inventaire de \l\65 figurent simultanément le procureur des bourgeois , les deux gouverneurs de l'église et deux commissaires de l'official de Tréguier.

Notre-Dame

Notre-Dame de Guingamp fait aujourd'hui partie du diocèse de Saint-Brieuc : c'est une cure de première classe , à laquelle sont attachés cinq vicaires.

Le presbytère est situé près du Portail occidental. Cette maison , ou, pour mieux dire , la somme nécessaire pour Tacheter, fut donnée, le 9 juillet i4o3, par Yves Trouzéon , bourgeois de Guingamp, à la condition que les vicaires eussent chanté, toutes les semaines, un service à son intention. Encore une présomption en faveur du système que j'émets sous bénéfice d'inventaire, à savoir que Notre-Dame ne fut pas érigée en paroisse avant le xive siècle.

Le presbytère a été rebâti dans la première moitié du xvnie siècle : c'est de cette époque que date la façade si originale qui le distingue aujourd'hui.

Il fallut que Messire Nicolas, premier recteur unique de Notre-Dame , luttât pendant douze ans pour obtenir des bourgeois, à force de sentences, de jugements et d'arrêts , la reconstruction du presbytère.

Je relève dans le dossier de cette affaire une particularité fort remarquable pour l'histoire de notre organisation municipale. La communauté de ville, pour délibérer sur cette question pécuniairement très-importante , et qui devait amener une levée extraordinaire de deniers, s'adjoint le général de la paroisse , dont elle remplit habituellement tous les offices , et le fait spécialement convoquer en chaire (1).

(1) Délibération du 23 juillet 1721.™ Archives de Notre-Dame et archives» municipales.

J'ai trouvé aussi des lettres patentes desquelles il résulte que Dom Nicolas , qui paraît avoir été fort avant dans les grâces du comte de Toulouse , s'était fait donner par ce prince , dès 1708, remplacement de l'ancien château pour y bâtir un presbytère.

Les biens et revenus de Notre-Dame qui n'étaient pas spécialement attribués aux vicaires , au sacriste, aux altaristies ou aux confréries , étaient administrés par deux fabriques , qui prenaient , dès le XIVe siècle , le titre de gouverneurs et procureurs de Notre-Dame. Cette charge, qui était un des grands honneurs de la bourgeoisie , était conférée par l'élection des bourgeois. Je crois que , dans le principe, elle était viagère, ou du moins de durée indéterminée. Le 20 février 1611 , la communauté arrêta que le gouverneur serait institué pour six ans seulement ; mais cette règle ne fut jamais rigoureusement suivie. Plus tard aussi on décida que, pour devenir gouverneur de Notre-Dame, il fallait avoir été successivement gouverneur des deux hospices , et il n'y eut plus qu'un seul gouverneur à partir de i653. J'ai deux procès-verbaux d'élections de gouverneurs, l'un à la date du 1er février 14^9, et l'autre à la date du 16 juillet i497i tous deux en latin et dressés par la cour de l'officialité , et qui portent que ces élections ont été provoquées par l'official de Guingamp , commissaire spécialement pour ce départi par l'évêque de Tréguier. Un troisième procès-verbal, du 6 septembre 1/199 ^

on français , celte fois , nous montre les bourgeois agissant d'eux-mêmes , sans aucune impulsion ou immixtion de l'autorité épiscopale ; et dans les lettres patentes du roi François Ier, du 18 juin i532, que j'ai déjà citées , les gouverneurs font sanctionner leur autorité en ces termes : « De tout temps immémorial, les nobles bourgeoys , manans et habitans de Guingamp ont esté et sont en bonne et pacifique possession de cboaisir et depputer deux notables personnaiges à procurer à la dite fabrique. Lesquels ainsi choaisis et depputez ont eu et ont la totalle charge et administration du revenu d'icelle église , tant offertes , oblations , rentes qu'autres droicts et revenus deus et apartenant à icelle église, pour les commettre et employer à la reparacion tant nécessaire utille et profïitable que pour la décoration d'icelle église, ainsi que bon leur a semblé et ont veu et voyent à leur conscience estre affaire, sans y appeler l'évêque de Treguer, ses officiers ne autres.» En effet, non-seulement on ne voit plus figurer l'autorité ecclésiastique au premier rang dans les élections subséquentes ; mais même, dès le commencement du xvne siècle , on voit ces élections se faire par la communauté de ville, dans le lieu ordinaire des délibérations municipales. Cest aussi à partir duxvn6 siècle que les gouverneurs de Notre- Dame commencent à ne plus agir qu'en vertu de délibérations de la communauté , dont le greffier des bourgeoisleur délivre des expéditions sur timbre, qui

figurent à l'appui de leurs comptes ; c'est, enfin, de ce même siècle que datent ces comptes , et je n'en trouve pas la trace dans les siècles précédents.

Un grand nombre d'altarislies et de chapellenies étaient à la présentation des gouverneurs ; mais tout n'était pas honneurs dans cette charge de procureurs de Notre-Dame. Je ne parle pas des continuels procès qu'ils étaient obligés de soutenir ; on ne connaissait point alors nos subtibilités administratives , on prenait l'homme tout d'une pièce , et je lis qu'en 1641 , comme on tardait trop à solder les onze cents livres que Notre-Dame devait au roi pour droit d'amortissement , un sergent s'en alla à la ferme de Pierre Bobony , sieur de Rosmanach , alors gouverneur, et saisit deux « chavalles, » l'une en poil gris et l'autre en poil baie brun , propriété privée du pauvre gouverneur. (1).

Il est très-inutile de dire que notre église est actuellement administrée par un conseil de fabrique, semblable à tous les conseils de fabrique créés par le décret du 3o décembre 1809.

(1) Les lecteurs qui voudront voir en quoi l'organisation paroissiale de Notre-Dame différait du droit commun, consulteront avec fruit l'ouvrage intitulé : Introduction au gouvernement des Paroisses, suivant la Jurisprudence du Parlement de Bretagne, par M. Potier de La Germondaye. In- 12. Sainl-Malo, 1777. — Les autres paroisses de Guingamp ., dont je parlerai dans le chapitre suivant , étaient régies par le droit commun.

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