S£ID
Estimé...
IBRAfiHn.
De juif!
SEID
Je suis de rotre pays.
IBRAmM.
Tu as beau feindre de te mettre en colère « je ne suis plus dupe , sur les bonnes qualités d'une femme, et sur les promesses d'un courtier; il faut d'abord en rabattre la moitié, et disputer après sur le reste.
GULNARE
Quel homme !
iBRAmni.
Écoutez ceci , monsieur le marchand estipié.
COUPLETS
Je trouve une femme jolie , Mais je n'en sais point amoureox.
Et jamais pour les plus beaux yeux
Je ne ferais une folie. ( bis,) Quand j'ai fait mes ijuatre repas , Et que j'ai dormi d'un bon somme , Il ne m'importe guère comme J ' ^''
Chacun de moi jpensé ici bas.
Là, là, là, là, 14,
Là, là, là, là, là, Il ne m'importe guère comme De moi chacun pense ici bas.
Cet avis n'est-il pas le vôtre?
D'amours je change tous les mois ,
a4 GULNARE,
Avant de m'ennayer d'an choix J'ai toujours soin d'en faire un autre.
Quand j'ai fait mes quatre repas , etc.
Là, là, là, là, là.
Du bon vin et de la tendresse
11 faut user , mais sobrement ;
Un peu, donne de l'enjouement,
£t trop, nous plonge {bis,) dans l'ivresse!
Quand j'ai fait mes quatre repas, etc.
SEID , à [brahîm.
Avec une pareille philosophie , on doit vivre long-temps.
IBRAHIM
C'est bien ce que j'espère : pourquoi n'approche-t-elle point? a-t-elle peur?... mais qu'elle vienne ? qu elle essaie de me plaire , je ne Ten empêche pas.
SEID
C'est bien engageant , assurément , et elle doit être très empressée de profiter de la permission que vous voulez bien lui donner... ( AGulnare) Allez plaire à Monsieur.
GULKARE , à Seîd.
Quelle humiliation!
IBRAmM.
Heim !... Elle parle , je crois...
SEID
EUe se félicite du sort qui lui est réservé.
IBRAmM.
Elle a pourtant l'air bien triste.
OPÉRA-COMIQUE. aS
SEID
Vous l'égaierez , Seigneur , vous êtes bien fait pour cela» ( Bas à Guinare. ) AUous douc , prenez sur vous.
GULNARE
3*ai beau faire , le ton de cet homme me révolte.
SEID
Tout dépend de la somme... vous savez que le père d^Osmin...
GULNARE
Ah ! oui y oui , je ne devais pas Toublier.
EBBAmM.
Seid, vient-elle?... ah! la voilà qui se décide;
(n met ses lunettes ; Guinare , timide , découragée , a la démarche
. lente et embarrassée. ) Elle est gentille, il faut Favouer ; mais elle est un peu gauche... elle n^a pasTair, là... cet air qui... qui fait... tu sais bien , Seid.
SEID
Tout cela peut venir, quand on se connaît plus particulièrement ; c'est la première fois qu'elle . est mise en vente.
IBRAmM V en colère.
La première fois! c'est toujours la premièrefois ; ( Aux muets ) ccla mérite pourtant attention !... ( Il remet ses lunettes. ) Seid , dis-lui qu'elle ne soit pas
si ^UVage. (il lui prend- les mains, et la regarde.) La petite friponne !... regardez-moi donc , la belle enfant. Hé , hé , hé , hé , hé , hé !
rf GULNARE,
SKID.
Hé , hé , hé , vous y prenez plaisir , Seigneur ; mais ce n'est rien que cela ,* son esprit...
IBRAHIM
Je n^aime pas Fesprit , moi.
SEID, à part.
Je m'en doutais. (Haut.) Elle possède plusieurs sciences.
IBRAHIM
Je ne lui demande que celle de me plaire.
SEID
Au moins le cœur , les talens,
IBRAmM.
Je ne crois pas à l'un , et les autres m'ennuient
GULNARE , bas , et t'ëloSgnant.
Dès lors , je suia perdue...
SEID
L'aimable seigneur.^
IBRAmM.
Allons , allons , revenez , ^a jolie boudeuse.
( Elle se rappTOclie , se met en face d'Ibrahim, et fe comdère.) £h
bien ! tu ne me dis rien ?
GULNARE
J'ai été tentée de vous répondre... votre âge m'a retenue. .
SEID , à Ibrahim , et bas.
Le respect !
IBRAmM.
Tu crois qu'elle me respecte ? ( A Gulnare. ) Est-ce vrai ?
OPÉRA-COMIQUE. a;
GULKA&E.
Autant... que je tous estime.
SBSÙy à Ibrabim.
Cest joli, çaf
IBRAHIM
Pas mal, pas mal ! ( A Guinare. ) Et m'aimeras-tu ?
GTJLNARfi , s*eiTorçant de contenir ton mépris.
Ah ! sublime Ibrahim ! un homme qui , comme TOUS, fait tous les jours ses quatre repas ! dort toutes les nuits d^UB bon somme , se moque de Topinion de tout le monde... peut-il bien s^abiûsser à demander de la tendresse à une femme. (Ay^caignit^.) Quand il ne croit pas à son cœur.
SEin y à Ibrahim.
Elle est piquée.
XBhAmHy àSeid.
Romanesque ! romanesque ! elle parle comme une française.
GULNARE
Ah ! si je Tétais !
IBRAmM r sans Tentendre.
Au fait , combien cette jeune esclave ?
8EID.
Sans TOUS sur&ire d'une obole... miHe sequins.
IBRAHIM
Mille sequins! une esclave... pour ce que j'en fais.
SEID
Ou pour ce que vous n'en faites pas... Elle est de cela.
28 GULNARE
IBRAinni , aux muets.
( Les muets entourent Guinare ^ et l'examinent • maïs sans trop d'af-*
fectation. )
Qu'en dites-vous , vous autres ? { ils font des signes.) L'âge ? — seiz;^ ans. — La fraîcheur ? — naturelle. — La taille? — parfaite. — Le prix? — trop cher.
(Ils disent que non , par signes.) Trop chcr , VOUS dis- je. ( Il se fâche , et ils s'éloignent. ) AUoUS, cinq CCntS SCquinS,
et pas un denier avec.
&EÏD.
J'en ai î'efuse' six cents tout-à-l'heure , n'en parlons plus. (A Guinare.) Le seigneur Ibrahim plaisante... Il n'a pas envie d'acheter.
IBRAmM.
Je n'ai pas envie d'acheter, quand j'offre. . . Adieu , Seid ^ adieu , la belle silencieuse. ( Quand il est près de sortir.) Quc je la revoic ! que je la revoie encore. ( il échappe aux muets , et court vers Guinare ; les mupts effrayés le suivent avec tout le bagage , le coussin , la pipe ,
le tabouret.) Mais, eïï vérité , c'est que sa vue me fait une impression.