‹ Gulnare ou L'Esclave PersanneChapitre 36 sur 203 · SCÈNE xm · texte numérisé non relu

SCÈNE xm

NELCOUR, ALEXIS.

NELCOUR.

Alexis, je t'ai dit que j'attendrais du temps , et de ton amitié le récit des faits très singuliers sans dottte y qui t'ont réduit à Tétat obscur que tu as embrassé... mais je Tavouerai , je désire que ce soit bientôt.

ALEXIS

Vous saurez tout, Monsieur; mais en cette journée, mon cœur... le vôtre... remplis d'une douce joie , doivent craindre de la troubler.

NELCOITR.

J'en ai éprouvé une bien vive tantôt ; oui , je puis te le dire k présent que nous sommes seuls. Le son de ta voix faisait sur moi une impression , que je ne saurais définir , et malgré tout le plaisir que j'ai toujours à entendre Caroline... j'éprouvais une espèce de contrariété quand vous chantiez ensemble ; j'aurais voulu ne pa§ perdre un seul de tes accens ; enfin n'entendre que toL

ALEXIS

Il ne tiendra qu'à vous.

MELGOUR.

Oh ! c'est un plaisir que je me procurerai souvent.

ALEXIS

En ce moment. méniie , si vous vouliez...

ro2 ALEXIS,

Je ne refuse pas , je jouirai du moins de tes ta* lens , puisque ]e ne puis encore savoir comment tu les as acquis... ( Alexis {Mirait rêver. ) Eh bien ?

C*est que je voudrais trouver un air touchant ; de ces airs qui vont au cœur... oui , c'est un de ceux-là que je voudrais vous chanter... par exemple , la romance du jeune Urbain ; la connaissez vous. Monsieur ?

NELCOIIR.

Non.

ALEXIS

C^est eetfe que je sais le mieax...

Kisiiaouii, Ëh bien ! chante-moi la romaocf du jeune Urbdin ; mm après tu m'appr^ndrasv..

ALEXIS

Oqi ; daîgneei d'abord m'écouter.

romance: •

On nous raconte qu^au village , TJrbam sensible et malheureux , Eut à souffrir dés son bas Âge , Et de ceux qu'il aim^U ic mieux :

On l'accuse, on le dési^s^ère, Quand son cœur étail innocent...

Hélas! plaignez- le pauvre enfant...

Il fol chané de difiz âOB pèite.

A sa douleur bientôt il cède ,

il erre partout , 9 gémit ;

Si (|(ùelqu^àn ne rient à sMiUde,

OPÉRA-COMIQUE. io3

Bientôt le jeune Urbain périt : Mourant de chagrin , de misère y Le sort le conduit tout tremblant...

Ah 1 plaignez bien le pauvre enfant , Car le voilà devant son père.

NELCOUR.

Eh bien ! après? ce père... que fit-il ? il y a sans doute un troisième couplet ? ..

ALEXIS

Je ne sais pas le troisième couplet , je pourrai peut-être quelque jour l'apprendre, et alors je vous le dirai... si vous voulez me le permettre...

NELCOUR.

Cette romance... m'a fait mal!... j'aurais voulu du moins savoir la fin... au reste , on la devine , le père se repent et dit qu*il a eu tort...

ALEXIS

Un père dit-il cela quelquefois ?

NELCOUR.

C'est son devoir , dès qu'il connaît sa faute.

ALEXIS

Ah! vous me remettez sur la voie , et je commence à espérer que je pourrai vous dire un jour le troisième couplet,

NELCOIjB. »

Parlons de choses moins affligeantes... de toi...

ALEXIS

Ce n'est donc plus du pauVre enfant ?..•

Non, c'est d'un enfant qui, j'espère... ne sera jamais pauvre , car je veux lui faire tant de bien...

io4 ALEXIS,

ALEXIS

Ce sera Theureux enfant alors...

NELCOUR.

Oui , c'est ainsi que je veux qu'on le nomm^ ; d'abord , sans te demander pre'cisément qui sont tes parens. .. je suis persuadé qu'ils sont honnêtes. . .

ALEXIS

Gomme vous. . . je ne puis en faire mieux l'ëloge . . .

NKLCOUR.

Bien !... et pourtant tu les as quittés... c^est ton oncle , Ambroise . . .

ALEXIS

Ambroise... n'est pas mon oncle..»

NELCOUR.

Ambroise n'est pas... pourquoi ce mensonge f...

ALEXIS

Il était nécessaire pour faire recevoir chez vous un infortuné qui allait périr de douleur et de be-

soin.

'* NELCOUR.

De besoin, à cet âge; (A pari.) ah! quelle idée importune 1 (H«ut.) enfin tu as quitté tes parens.^

ALEXIS

Bien malgré moî, je vous assure».. ,

NELCOUR.,

fc. Je dievin^î-, liflé folie; de jeiuniesse ;•.* allops, je suis injdulgents âkvoue, il. y a dç l'amour sur jeu.

OPÉRA-COMIQUE. io5

ALEXIS

J'aime , il est vrai ;... mais croyez que ce n'est pas là . . .

NELGOUR.

£t tu veux épouser.

ALEXIS

Ah! si cela se pouvait!...

NELCOURy

T'aime-t-elle ?

ALEXIS

Quelquefois j'ai osé Tespérer»

NELGOUR.

Eh bien ! c'est une affaire très aisée à arranger, il n'y a peut-être qu'une dota donner, et je m'en charge.

ALEXIS

Ah! il se trouve un obstacle bien plus terrible.

NBLCOUR.

Lequel ?

ALEXIS

Je VOUS ai dit que j'avais un père.

NELGOUR.

Tant mieux ! nous le ferons venir ici , et alors s'il se montre difficile...

ALEXIS

Faut-il vous l'avouer ? ce père est bon , vertueux , tendre même... tout le monde le dit ; mais il ne peut souffrir son fils.

NELGOUR.

Son fils ! toi , il te hait ; ali ! cela n'est pas possible.

io6 ALEXIS,

Hélas! Je n'en suis que trop certain ;..% lïiâis je ne lui en veux pas...

NELCOITR.

C'est bien , très bien , mais il n'en est pas moins coupable.

ALEXIS

Ne l'accusez pas , il a peut-être des raisons...

NELCOTTR.

Des raisons ! tu as donc fait des fautes ?

ALEXIS

S'il le croit.

NELCOXJR-

Cela ne suffît pas.

ALEXIS

S'il les pardonne, cela revient au même. .

NELGOUR.

Non , l'e'quité exige... il faut le faire venir... je lui dirai... il verra que malgré les justes motifs que j'avais, moi , sans la mort de celui...

ALEXIS

Les justes motifs... ah!

NELGOUR.

Va le chercher, te dis-je, prends ma voiture, mes chevaux , pars à Tinstant...

Il m'a fait défendre de paraître devant lui.

NELCOUR.

C'est donc un homme bien... écris-lui.

ALEXIS

Il ne lit pas mes lettres , et jamais il n'y a répondu.

NELCOUR.

Jamais! le barbare; (À part.) il ne m'écrivait

pas, lui ; (Haut.) eh bien , si tu veux )\'crirai à ton

père pour toi.

At£»s.

Que de bontés!

iTEÏiCÔtm. ,

Dicte-moi ce qu'il faut que je lui marque.

ALEXIS

Môî, vousdiclei*! ^

NELCOtîR.

Eh oui , tu sais mieux qu'un autre ce qui peut k tcmcher.

ALEXIS

Le toucher; ah!* si vous voulez m'aider... je fieiiSr*.

NELÇOXJR.

De tout mon cœur! maïs commence- (Il se met à

la table I il ccrit , Alexis est derrière lui.)

ALEXIS

« Mon père !... mon père !•. . » (il prononce la seconde fois avec un accent plus expressif.)

NElCOURi se râtOUHiant.

Tu te trotnpes^c^est moi qui lai «écris.

ALEXIS

Ah! oui, j*ai crta que c'ciait à lui. <Il dicte.) « Mon- » sieur, si votre fils a été coupable... »

NELCOUR^ «Vrétant.

Tu ne Tas pascté, m'as^tn dit?

io8 ALEXIS,

AUSXIS.

N'imporle , laissons-le lui croire , il serait trop à plaindre sHl savait la vérité...

NELCOUR , lui prenant la main.

Très bien pensé! voilà une délicatesse dont, s'il est sensible , il doit un jour te savoir gré.

ALEXIS

Je l'espère.

NELCOUB.

Poursuis.

ALEXIS

« Croyez aussi qu'il était près de vous une per- » sonne trop intéressée à lui nuire... »

KELCOUR.

Une personne !... il faut la nommer... point de ménagement avec les méchans...

ALEXIS

Cette personne n*est plus, et je dois respecter jusqu'à la mémoire de ce qu'il a aimé...

NELCOUR.

Quelle âme ! à merveille ! dicte toujours.

ALEXIS

« Il a bien souffert... »

NELCOUR , à part.

Il a peut-être bien souffert aussi, lui... avant de mourir.

ALEXIS , répétant exprè), et d'une yoix émne.

« Il a bien souffert !... »

NELCOUR.

J'ai entendu... « Bien souffert... »

OPÉRA-COMIQUE. log

« Daignez lui pardonner...»

NfXGOUa , répétant.

M Lui pardonner... »

ALEXIS

« Je m'intéresse à lui... » N'est-ce pas, Monsieur , que vous vous intéressez?...

NELGOUR, tfcrîvatit.

Sans doute.

ALEXIS

« Comme si c'était... » c'est beaucoup dire peutêtre. . .

NELGOUR , ëcrivant vite.

Non, non, dicte toujours. . .

ALEXIS

« Comme si c'était mon propre fils... »

NELCOUR.

Je l'avais déjà mis... vois. . .

ALEXIS

Ah! oui , oui, c'est bien vrai.

NELGOUR.

J'attends... y a-t-il encore ?.., ( A part. ) Comme il est ému !

Voilà tout!... S'il me pardonne, je n'ai plus rien à désirer. . .

NELGOUR.

L'adresse ? . . .

ALEXIS

L'adresse !... je la porterai moi-même. . -

NELGOUR.

Et tu dis qu ilne veut pas te voir?...

iio ALEXIS,

ALEXIS

Je m'enhardis. . .

NELCOUR , à part.

Quel soupçon!... oh non! je m'abuse. (Haut) La voilà. ( Alexis tremble. ) Qu'as-tu douc ? la voilà ! . . . ( Il tremble aussi. ) va , Va la porter... cst-ce loin?*..

AI£XIS.

Non , non , pas loin ...

NELCOUR.

Eh bien... ( Haut. ) tu restes ! . . .

ALEXIS

Non , je m^approche . . .

NELCOUR , à part.

Serait-il possible ? dieux !

Je la lui présenterai... à genoux. . .

NELCOUR.

Tu t'y mets ! . . .

ALEXIS

Cela l'attendrira peut-être , et là , les larmes aux yeux ...

NELCOUR.

Tn les as déjà!

ALEXIS

Je lui dirai : Alexis vous présente ... ( Il lui pré-

seiite la lettre. \

NELCOUR.

Dieux ! quel sentiment j'éprouve ! . . .

ALEXIS

Alexis vous présente... croyez -vous quil la prenne, Monsieur?

NELCOUB.

Mais oui... je crois... je iie sais* • •

OPÉRA-COMIQUE. ni.

ALEXIS j donloureiisefiient , et se traînant à genoux.

Û ne la prend pas pourtant!...

NELCOUR.

Alexis , parles , je le veux , qui es-tu ?

ALEXIS

Mon... mon... Monsieur...

NELCOIIB.

Eh ! dis donc mon père... si je le suis. . .

ALEXIS , se prosternant.

Eh ! dites donc mon fils ! si vous daignez me reconnaître...

NELCÔUR.

Mon fi?«!... toi!... toi!... tu es mon fils! mais... puis - je... tes torts... Ah ! je nVcoute ique mon cœur... oui , tu es toujours mon fils. {^VL%t^ jette

sur lui. )

ALEXIS f le coorrant de baisers.

Que ce ïliot est doux à entendre ! '

NELCOUR.

Et à répéter... mon fils! mon cher fils... venez tous... je suis le père d^Alexis , mon fils est retrouvé.

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