‹ Gulnare ou L'Esclave PersanneChapitre 61 sur 203 · SCÈNE xvm · texte numérisé non relu

SCÈNE xvm

tES PRÏcÉDENS, M. DE LE!VIBOUR(j , gardes,

DOMESTIQUES avec des flambeaut.

DE UMBOURG. ^^

Qu'on arrête le perfide geôlier , et qu^à l'instant il soit mis aux fers...

GASPARD^ feignant.

Grâce , Monsieur le commandant.

CLARA , retenant Gaspard.

C'est nous seuls... arrêtez , ou nous irons avec lui;

GASPARD, à part.

Comme elle a bon cœur !

DE UMBOURG.

^«Ecoutez-raoi : un courrier qui vient d'arriver à Tinstant, m'apprend qu'en effet vous êtes mariés...

CLARA

Ah ! vous voyez ! Monsieur;

DE UMBOURG^

Il m'annonce aussi le motif pour lequel on vous a réunis ici... Votre oncle , persuadé que vous avez tous les deux des torts...

J'en ai eu , cela est vrai.

ADOLPHE

Et les miens donc? les miens?...

DE LIMBOURG

A d'abord voulu vous en faire repentir 5 rtiaîs bientôt Tamitié l'emportant sur sa colère , et voulant adoucir l'ordre cruel qui vous retient j^risonniers , il s'est décidé à ne punir que l'un de vous deux...

ADOLPHE

C'est moi...

CLARA

Attendez , laissez finir Monsieur...

DE UBIBOUBG.

Bien convaincu, de plus^ que quelque chose qui arrive , vous ne pouvez plus être heureux ensemble.

CLARA

Ab! par .-cxempèe... cela...

OPÉRA-COMIQUE. lyS

ADOIiPHE.

Attendes, laissez finir Monsieur...

BË UMBOUHQ.

Il m'envoie un acte de séparation;., et le^lfr^mier qui prouvera sa docilité, en le lignant, sera libre sur-le-champ...

tJne séparation! jamais!... rien au inonde ne m'y fera consentir; .

CLARA

Ni moi... jamais.

ADOLPHE

Cependant , s'il n'y a que ce seul moyen pour rendre à la société... à sa famille.,, au bonheur une femme jeune et sensible ; si par-là je Tarrache à une existence affreuse , à un séjour horrible.,, qui peutêtre lui coûterait la vie... alors... je consens à tout, je veux bien qu'elle signe... je l'ordonne m^e ; mais que sur-le-champ elle soit mise ea libefté.

CLARA

Non , Monsieur, non , Monsieur. . . je ne signerai point... *je ne signerai point... et vous devez bien penser , mon ami , que si je refuse ce n'est pas pour vous désobéir ;... mais, soyez raisonnable, Adolphe... à votre âge... dans la carrière militaire, pouvant vous distinguer, mériter l'estime de vos supérieurs , de tout ce qui vous entoure... Pourrais-je vous voir consentir à perdre ici votre jeunesse et votre réputation ? Non, signée et partez... pensez seulen^nt quel<|aefois à votre Ctva 4

qui , dans sa retraite , apprendra , comptera vos succès , et se dira , poui^ se consoler, que tous êtes heureux et que vous Taimez en<:ore... Partez donc, je ne vous Fordonne pàs^ moi... mais je vous en prie à genoux.

Non , non , c'est impossible i je ne signerai pas;

CIÀRÀ.

Si , si... il le faut.

ADOLPHE

Pars , pars, ma bonne amie...

CLARA

Je ne veux pas, je ne veux pas 4 nion bon anii..;

ADOLPHE

Ëh bien ! écoute... oui... tes yeux... les miens..;

tu m entends... Clara;

Claba.

Adolphe !

ADOLPHE

Point de séparation ; jamais de séparation! ici.;, tous les deux... et pour la vie...

(Il déchire ràcte.) CLARA , déchirant aussL

Ici... tous les deux... et pour la vie !

ADOIJPHE , donnant l'acte déchiré.

Tenez, Monsieur... vous pouvez à présent envoyer au ministre notre réponse.

DE UMBOURG, enchanté.

Que je suis ému!... (Haut.) Comment! vous aimez mieux rester ensemble dans une prison...

Ge sera désormais le temple du bonheur. Nous ne vivrons plus que pour nous...

OPÉRA-COMIQUK 177

CLARA

Nous dirons ad^eu au monde , i^ s^s vains plaisirs.

ADOIfHE.

L'amour... 1 -amitié... car, vous nous aimerez, j'en suis sûr... (Montrant Gaspard.) la recounaissauce... ( TOUS nous accorderez la grâce de ce brave garçon ) vont à jamais embellir cet asile : féliciteznous , ce n'est que de ce moment que nous sommes heureux.

DE UMBOURG , arec tendresse.

£h ! trop cruels... trop aimables enfans ! Comment ! ce n'est que dans cette triste retraite que TOUS vous apercevez combien vous étiez nécessaires au bonheur Tun de Tautre ; tandis que , dans la capitale , libres de vous aimer , de vous le dire , vous empoisonniez mutuellement vos jours par des querelles.

CLARA

Oh ! nous n'en aurons plus , soyez-en sûr.

(Elle embrasse Adolphe. ) DE LIMBOURG, arec bonté'.

Je le crois , je le crois ; d'après cela, je ne vois nul inconvénient que vous ne retourniez à Berlin.

ADOLPHE, étonne.

Comment !

.. CIJIIRA.

Expliquez-vous !

XIE UMBbURG.

Eh ! oui , vous êtes libres tous deux , vous Pavez toujours été; ce n'est qu^une leçon que la plus tendre amitié a voulu vous donner , et dont vous

saurez profiter. Cette forteresse n'est que le vieux ciiâteau de Limbourg , de Pancien ami de votre oncle ; ce terrible geôlier... le brave Gaspard... mon garde - chasse , les sentinelles^ n)e$ • domestiques...

ADOLPHE

Ah , mon amie ! quelk obligation nous ayons à ce brave officier !

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