PANDOLPHE, LE DOCTEUR
J^entends... Serait-ce enfin?... Non, c'est ledoc- ^eur. Ah ! vous voilà ; arrivez. J'ai pensé me fâcher tout-à-l'heure , mais la douceur Ta emporté.
BAIJOVABD.
En effet , on m'a dit que vous n'en aviez battu que deux ou trois.
PANDOLPHE
Mais , à la première occasion j je les chasserai tous.
BALOI7ARD.
On ne peut mieux penser.
PANDOLPHE
Oui , tous... excepté vous , docteur Balouard , que je veux garder. Vous êtes toujours sage , toujours raisonnable j toujours de mon avis.
BALOUAHD.
Je m'en fais gloire.
PANDOLPHE
Aussi , c'est à vous que je donne pour femme une parente de feue madame Pandolphe , une espèce de nièce qui n'a jamais entendu parler de moi , et dont je ne sais seulement pas le nom , mais à qui je laisse tout mon bien : le tout pour faire enrager mon vrai et légitime neveu. Vous savez combien je Taimais, vous qui l'avez élevé? Je vou-
lais le marier à une femme riche , lui donner un état lucratif, le fixer près de moi... Mais non. Monsieur aime mieux, dit-il , acquérir de la gloire, cultiver les arts , faire sa cour aux belles , et tout cela d'un air si froid , si lent , si glacé ! C'en est fait , je Tabandonne à son malheureux sort , et c'est vous qui serez mon neveu et mon héritier.
BALOUARD.
Ah! ah! Monsieur Pandolphe!... votre neveu!
votre héritier !... Que vous êtes bon !
PANDOLPHE
Et , qui le sait mieux que moi ?
BALOTTARD.
Personne, assurément.
PANDOIiPHE.
D y a pourtant des gens qui vous diront : Monsieur Pandolphe est méchant?...
BALOUARD,
Mensonge !
PANDOLPHE
Il est colère ?
BALOUARD.
Injustice !
PANDOLPHE
Il n'aime pas le plaisir ?
BALOUARD.
Calomnie !
Mais on n'a qu'à demander à mes amis ; je ne les connais pas , moi,
BALOUARD.
Ni moi non plus.
OPÉ R A- COM I OU E. igS
PANDOLPHE
Car je me suia brouille avec tant de monde !
RàlOUADO.
C'e'tait leur faute*
PANDOLPHE
Au fond , j^ai toujours passé pour un homme très aimable en société',
BAIiOUARD.
Vous en avez de beaux restes,
PANDOLPHE
Un bout-en-train.
PANDOLPHE
Je m'en doute !
BAU)UARD.
Je chantais fort bien : Là , là , là. . , du creux.
BALOUARD, touchant sa tète.
Beaucoup de creux.
PANDOLPHE
Je dansais... toutes les danses... excepté... le menuet. Fi des menuets ! c'était trop lent , mais les gigues, les tambourins... Les femmes me craignaient , et les hommes ne pouvaient me souffrir.
BALOUARD.
Je n'en suis pas surpris.
PANDOLPHE
Il me semble y être encore ! Je prenais la danseuse par la main , là , là , là. ( il chante» et fait danser Balouard. ) Là , là , là.
BALOUARD.
Je ne sais pas la danseuse , moi !
PANDOLPHE
Là , là , là , vile donc! vite* donc ! légèrement et en mesure. £h bien ! vous êtes à bas f
BALOUAHD.
Un peu,
PANIK)LPHE.
Aussi , pourquoi ne vous tenez- vous pas sur vos ambes ?
BALOUARB.
Je ne m'en plains pas... Ahie !
Je le crois bien : c'est à moi de me plaindre ; parce que j'ai un instant de gaieté , ne faut-il pas que ce drôle-là la trouble en se blessant!
BALOUARD.
Monsieur Pandolphe !...
PANDOIPHE.
Un grand nigaud qui n'a pas de force !
BALOUARD.
Monsieur I^andolphe, de grâce!...
PANDOLPHE
Un imbécille ! qui mériterait qu'on lui mît des lisières !
BALOUARD.
Monsieur Pandolphe, je vous demande bien pardon de ce que vous m'avez jeté par terre.
PANDOLPHE, s'apaisaot.
A la bonne heure ! ( il lui fait brusquement des questions.)
Tu ne t'en ressens pas, n'est -il pas vrai? Tu ne
souffres plus, tu es gai , tu es content?... Dis donc vite , dis-le donc ?
BALOUABD.
Eh ! oui , oui ; vous le voyez bien.
PANDOIiPHE.
Ah! que je suis enchanté ! (Le serrant dans ses bras, et le repoussant brusquement lorsqu^îl Toit Lysan<lre.)]M[aiS VOICI
mon neveu ; va-t-en , laisse-moi lui parler seul.
BALOUABD.
Ah! de tout mon ç<ii?ur;!moA:cher Pandolphe, de tout 'mon cœurl (A part;)' Mfen voilà quitte pour celte fois. * ' -^