‹ Gulnare ou L'Esclave PersanneChapitre 69 sur 203 · PANDOLPHE, LE DOCTEUR · texte numérisé non relu

PANDOLPHE, LE DOCTEUR

J^entends... Serait-ce enfin?... Non, c'est ledoc- ^eur. Ah ! vous voilà ; arrivez. J'ai pensé me fâcher tout-à-l'heure , mais la douceur Ta emporté.

BAIJOVABD.

En effet , on m'a dit que vous n'en aviez battu que deux ou trois.

PANDOLPHE

Mais , à la première occasion j je les chasserai tous.

BALOI7ARD.

On ne peut mieux penser.

PANDOLPHE

Oui , tous... excepté vous , docteur Balouard , que je veux garder. Vous êtes toujours sage , toujours raisonnable j toujours de mon avis.

BALOUAHD.

Je m'en fais gloire.

PANDOLPHE

Aussi , c'est à vous que je donne pour femme une parente de feue madame Pandolphe , une espèce de nièce qui n'a jamais entendu parler de moi , et dont je ne sais seulement pas le nom , mais à qui je laisse tout mon bien : le tout pour faire enrager mon vrai et légitime neveu. Vous savez combien je Taimais, vous qui l'avez élevé? Je vou-

lais le marier à une femme riche , lui donner un état lucratif, le fixer près de moi... Mais non. Monsieur aime mieux, dit-il , acquérir de la gloire, cultiver les arts , faire sa cour aux belles , et tout cela d'un air si froid , si lent , si glacé ! C'en est fait , je Tabandonne à son malheureux sort , et c'est vous qui serez mon neveu et mon héritier.

BALOUARD.

Ah! ah! Monsieur Pandolphe!... votre neveu!

votre héritier !... Que vous êtes bon !

PANDOLPHE

Et , qui le sait mieux que moi ?

BALOTTARD.

Personne, assurément.

PANDOIiPHE.

D y a pourtant des gens qui vous diront : Monsieur Pandolphe est méchant?...

BALOUARD,

Mensonge !

PANDOLPHE

Il est colère ?

BALOUARD.

Injustice !

PANDOLPHE

Il n'aime pas le plaisir ?

BALOUARD.

Calomnie !

Mais on n'a qu'à demander à mes amis ; je ne les connais pas , moi,

BALOUARD.

Ni moi non plus.

OPÉ R A- COM I OU E. igS

PANDOLPHE

Car je me suia brouille avec tant de monde !

RàlOUADO.

C'e'tait leur faute*

PANDOLPHE

Au fond , j^ai toujours passé pour un homme très aimable en société',

BAIiOUARD.

Vous en avez de beaux restes,

PANDOLPHE

Un bout-en-train.

PANDOLPHE

Je m'en doute !

BAU)UARD.

Je chantais fort bien : Là , là , là. . , du creux.

BALOUARD, touchant sa tète.

Beaucoup de creux.

PANDOLPHE

Je dansais... toutes les danses... excepté... le menuet. Fi des menuets ! c'était trop lent , mais les gigues, les tambourins... Les femmes me craignaient , et les hommes ne pouvaient me souffrir.

BALOUARD.

Je n'en suis pas surpris.

PANDOLPHE

Il me semble y être encore ! Je prenais la danseuse par la main , là , là , là. ( il chante» et fait danser Balouard. ) Là , là , là.

BALOUARD.

Je ne sais pas la danseuse , moi !

PANDOLPHE

Là , là , là , vile donc! vite* donc ! légèrement et en mesure. £h bien ! vous êtes à bas f

BALOUAHD.

Un peu,

PANIK)LPHE.

Aussi , pourquoi ne vous tenez- vous pas sur vos ambes ?

BALOUARB.

Je ne m'en plains pas... Ahie !

Je le crois bien : c'est à moi de me plaindre ; parce que j'ai un instant de gaieté , ne faut-il pas que ce drôle-là la trouble en se blessant!

BALOUARD.

Monsieur Pandolphe !...

PANDOIPHE.

Un grand nigaud qui n'a pas de force !

BALOUARD.

Monsieur I^andolphe, de grâce!...

PANDOLPHE

Un imbécille ! qui mériterait qu'on lui mît des lisières !

BALOUARD.

Monsieur Pandolphe, je vous demande bien pardon de ce que vous m'avez jeté par terre.

PANDOLPHE, s'apaisaot.

A la bonne heure ! ( il lui fait brusquement des questions.)

Tu ne t'en ressens pas, n'est -il pas vrai? Tu ne

souffres plus, tu es gai , tu es content?... Dis donc vite , dis-le donc ?

BALOUABD.

Eh ! oui , oui ; vous le voyez bien.

PANDOIiPHE.

Ah! que je suis enchanté ! (Le serrant dans ses bras, et le repoussant brusquement lorsqu^îl Toit Lysan<lre.)]M[aiS VOICI

mon neveu ; va-t-en , laisse-moi lui parler seul.

BALOUABD.

Ah! de tout mon ç<ii?ur;!moA:cher Pandolphe, de tout 'mon cœurl (A part;)' Mfen voilà quitte pour celte fois. * ' -^

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