‹ Gulnare ou L'Esclave PersanneChapitre 75 sur 203 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

ISABELLE , LE DOCTEUR BAlidUARD.

( Le Docteur sort^de la maîsog en lî&acit , et ne voit pas Isabelle.)

ISABEIX]£ I 9 part.

Quoi ! c'est là celui qu'on me dè$f ine ? . . . Bon dieu ! quelle figure ! . . .* Tâchons de !é dégoûter de

OPERA-COMIQUE. \o^

m 'épouser ; affectons une fausse simplicité. Laissons-lui croire , s'il le foiït , que je suis . . . C'est terrible , cependant, pour une fille honnête! Mais que ne fait-on pas pour se con^lrver à son amant ! ' à son époux ! Paraissons donc , aux yeux du docteur t ridicule , inconséquente , coupable même , et le toàt par excès de vertu !

LE DOCTEUR , à part.

Une femme en ces lieux J Quelle est gentille !... $ierait-«ce déjà . « . Je le voudrais . . * Elle s'avance , elle tue regatxle en scmriant . . . Elle va me par^ kr. • . Hon ! hon ! bon !

Mon boti Monsieur, peut-on vous prier... . *•

BAliOUAU), à part.

Me prier ! Quelle voix douce t et quel aîr <le modealie ! Ah! ah! jamais.;, non, îaniaîs... j'en^af êettti... ReprenoBs notre gravité. {Haut.) Channarnte^ enfant ^ cpïe demandez-vouài; ?

Mon oncle , le seigiieur Pandolphe.

BAi4)iiAl(p. , Votre oncle ? .

. ISABEJ.LE.

Oui, Monsieur. ' '''"'

Vous êtes donc cette atmable personne..^

Ah, Mùn dteu'î'om , Monsieur.'

• • ••- • BAt.GX7AïrD.*'* ' ' '"' î " " ^

Eh! vous venez pour être mai'Wërs' f " ''"1' **"'•

ao8 L'IRATO,

Tout de suite , tout de suite ! ah , mon dieu ! oui, Monsieur.

BAIiOUARD , à part. .

Gomntie elle est ingénue ? ( Haut. ) Eh bien l Totre oncle , mon meilleur ami , va venir ; il vous at-^ tend avec impatience , il veut vous rendre bien heureuse !

ISABELLE

. Heureuse! moi, mais comme quoi? mais comment? mais par quel moyen? Hëlas! ce n'est pas pour dire , mais il y a si long-temps que je cours après le bonheur , que je devrais bien l'avoir attrapé.

BALOUABD, à part.

Pauvre petite! c'est la candeur , i la simplicité même ! La j^oli^ petite madame Bâlouard que çtf fera ! et que de jolis petits Balouards en procéde^^ ront , s'ils ressemblent à leur maman et à leur (lapa!»

ISABELLE

Je vous ennuie peut-être? ' ' •'-

BALOITABI) , lui hatsant la maîn avec précaution.

Non, non; bien au contraire... Yousme transportez !... Parlez , je suis tout oreilles et tout yçjL^ ; contez-moi vos petites peines.

, .ISABELLE

(D*al)ord soupirant^ ) !Eh ! eh! eh! (Changeant subît ement

de ton. ) Monsieuijj, à peine avaî$rj^*quW9e. 4]i^s, qu'il sej présenta mille amana, plus aimables les uns que les autres. . .,• i; ;!•./•

OPÉRA-COMfQUE. 209

BALOrARD.

Vous vous aperceviez de cela ?

ISABELLE

Sur-le-champ... Ah ! je ziC " ^ pas si novice que je le paraissais!

BALOUARB.

Ah ! ah ! Eh bien ! de ces mille amaiis , qu^en fîtes-vous? ^

ISABELLE

J'en aimai un , et je me laissai aimer par les autres. ,

BALQUARD. .

Vous en aimâtes un !

ISABELLE

Ah ! mon dieu, oui, et d'une force L. Mais, Monsieur, je m'en rapporte à vous , pouvais -je faire autrement ? Sans cesse il me vantait son amour, sa fidélité , sa discrétion , .et d'un air si tendre , si vrai , ah ! Un jour, enire autres , ou plutôt un sôîr... car il faut toujours être sincère...

£h bien! un soir?

\\\t*'. '...!♦ . . ISA!KKLLC«

L'astre .des nuifls'prcmlénjiit -son disque alfgettté. '

.)BALOUARD.

I>ites>toi»tl))onDfment qu'il faisait clair dé lulie.

'.-î . . ISABELLE, r . ' J

C'est ça, il faisait clair de lune : monnihant me •■^ proposa d'entrer avec lui d'ans un bosquet charmant et très solitaire. • ' ...-♦ ^

aïo . .VIBATO,

Et très solitaire ?

ISABELJLE,

Je refusai.

' BALOUARD.

Bon ! ça.

laABELLEf

D;aJ)ord..., ;.

BAliOUARD,

Ah !... et ensuite ?

ISABELLE

Ensuitel . . . Ah , Monsieur , il pteu|*ait avec de si beaux y eux j

BALOtrÂRD. '

Et vous aimez les beaux yeux;

ISABELLE

Proaigieusement ! -*

BALOUARD,

Ah , mon dieu ! ' ^ '; '*

ISABELI^. • ■^'.'' '■■ ' ' ^-''^ ■'-*'

U Jurait qu'il allait mourir L.:.. ,.••?'' ^i/

BALOUARD/ :^ ' . u

Et bien! allàtes-vous dans.k bosquet avec lui?

ISABELLE. .;•."•»»•!•■.'*;'. •''

Je ne m'en souviens pus frrécisément ; mais tout ce ^^& }9 saifi « « .m iç- e^t qu'il cdo nK^unnt pas: 'I

BALOUABD , en éo4èk-e.

CfS^ bien heureux 1 Et enfin, qti'esl deTëmiceit amant qui pleure avec de si beaux yeux , et qui ne «nourut pas? ' "*"*

ISABELLB. /..>.i-,|i M

Il est parti pour l'armée. ? .

OPÉRA-COMIQUE. ^^i,^

< Le ciel soit loué.! voua êtes donc libre. eufin^

ISABELLK. . .. .

. Ah !^ ^ ! libre ! * « . comine ça. . , ..:,

BAjiOUAHD. ) • . , • :

Comment ! coiuiue ça... Mais votre oncl^ v^ » vous marier?

ISABELLE

Je le sais , je le sais bien ; et c'est embarrassant , fort embarrassant !

BALOUARD.

Pourquoi ?

ISABELLE

C'est que je lui ai écrit à ce jeurre homme si charmant , de venir me trouver ; du moins si Ton est malheureux en ménage , on se voit encore avec plaisir : cela console , cela fait uu(^ pelote société.

BALOtlARB.

Une petite société! Ah! il vous faut|une petite société?

ISABELLE

Sans compter que ai mon mari foirait le méchant, mon jeune ami prendrait ma 'défense , et, saurait bien le . . .

( £ITe fait fe geste de battre. ) BALOIIARD.

Ah ! il saurait bien le . • . (A paru) C'est fort bonnête, et tout-à-fait engageant! Adieu tous les petits Balouards ! Monsieur Pandolphe , vous pouvez garder votre nièce, . ,

aia L'IRATO,

ISABELLE

Mais qu'avez -vous ? Que soupçonnez - vous ?

Pourriez- vous' craindre que ma vertu , mes principes, mon honneur. .. Ah! si je le croyais! si je le croyais! Mais non, vous me rendez justice !... El volis faites bien... Car, mon cher docteur!:;.

RONDEAU

J^ai de la raison :

J'aîme la sagesse ; Et dans la saison D'une dduce ivresse ,'

Je sens bien qu^il faut '

^ Résister sans cesse ;

Car une faiblesse . ; .

Arrive sitôt!

Dans le précipice Ouvert sous ses pas , La pauvrette glisse . ■ . - ï ■ Et n'en revient pas.

Je crains de me r<;ndrc ; Mais avec un cœur Qu'amour fit si tendre 1...

Contre un séducteur ^' Qui sait bien s'y prendre V i '

Commentée défendre? ^ ♦ , ; r ., *i Ah ! mon cher docteur ! .:.,..

Comment se défendre ?

C'est un grand tourment.

Vous devez m'entendre !

M'^tendre ! Et pourtant '

J'ai de la raison , etc. '

J'adore les plaisirs ; Je suis tous mes désirs :

OPÉRA-COMIOUE. 2i3

,Jc chéris la scène lyrique ,.

Je chante et la nuit et le jour^ . Et quaàd je ne faî$ pas Taipour , Je fais au moins de la musique.

Tantôt dans un jour fte gaieté D'un pied léger je marque la cadence ; .

Rien ne sied mieux à la laieaiifé Que le$ moy venrans de la danse.

J'ai de la raison , etc.

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