ACTE I
Déployez l’étendard royal , je le suivrai.
A votre père Alphonse , oui , j’ai donné ma Vie :
Sa cause me lia , je l’ai toujours servie;
Lui mort, mon dévoùment fut acquis tout entier A vous seul , sans réserve , à vous , son héritier ;
Deux de mes fils, l’honneur de notre vieille Espagne, Déjà sont à cheval et tiennent la campagne Sous les murs de Grenade ; et mon Irôisième enfant Est ici, près du trône , et son bras le défend !
Ces trois fils plaideront pour moi , si l’on m’accuse.
Moi , je suis venu lard ; mais , voici mon excuse : . J’étais à Tarifa... C’est fort loin... et je crois Vous avoir bien servi... Je fus blessé deux fois Lorsque de Tarifa ma main brisant la porte ,
J’en arrachai les clés... et je vous les apporte.
Un pago do ^usman s'avancû ot pn’sonio 4U roi les clés sur un coussin de relours.
LE ROI
Gusman , je dois payer vos services; pour eux Un prince ne saurait être trop généreux.
• GUSMAN
Sire, les nobles cœurs de gloire sont avides, *
Mais ils dédaignent l’or. Quand mes coffres sont vides, S’il faut à mes soldats payer l’argent promis,
Je pars et mets à sec les trésors ennemis.
Je laisse aux énervés les trésors de l’.Vsie.
L’existence des camps que mon goût a choisie Ne coûte presque rien ; l’argent ne me sert point A payer follement l’étoffe d’un pourpoint.
Cette armure de fer va bien mieux à ma taille ;
C’est plus sain à porter dans un jour de bataille.
Pour mes habits d’été j’endosse les plus lourds : A nos galants oisifs je laisse le velours.
DON LUIS) d*un ton de menace.
Don Alonzo Ferez !
Fidalgos!
DON CARLOS
11 nous raille!
LE ROI
Silence,
DON LUIS, à part.
Ces soldats sont tous d’une insolence !
LE ROI
Gusman , le roi toujours a su récompenser Le vassal...
Le vassal !... Ce mot me fait penser A votre père. Eh bien ! Alphonse , dit le Sage , M’appelait son ami : c’était là son usage.
LE ROI
Les amis de mon père ! Oui , ceux qui m’ont fermé Son cœur. Mon père, hélas! ne- m’a jamais aimé!
GUSMAN
Votre père ! O mémoire entre toutes bénie !
Votre père ! 11 était sur son lit d’agonie ,
Un messager arrive , et votre père apprend Que son fils révolté , que don Sanche est mourant;
Le vieillard inonda de pleurs sa barbe blanche ,
Et dit ; « O mon cher fils! mon bien-aimé don Sanche! Lumière de mes yeux , tu vas l’éteindre! Et moi