SCÈNE PREMIÈRE
JOSÉ, DON UAFAKL, DON FABIO, AUTi\RS Pages, hs rient.
■ DON RAFAEI,.
Sang-Dieu ! l’iiistoire est bonne !
Ah ! vous la trouvez drôle !
Eh bien ! j’en puis conter trente, sur ma parole.
Plus plaisantes encor ; vous les aimez , je crois ,
Beaux pages de Gusman ! Ainsi donc, tous les trois.
Au camp, la nuit; le jour, sous nos vieux sicomores. Nous nous réjouirons avec ces récits mores ;
Oh ! j’en ai tant appris!... Me voilà revenu D’Afrique à Tarifa, tout fier d’avoir connu Ce pays merveilleux, cette ménagerie D’hommes et d’animaux , cette blonde patrie De tant de noirs....
DON RAFAEL
Dis nous, enfin , pourquoi Gusman A fait une alliance avec le musulman.
JOSÉ
Pas contre les chrétiens, sang-Dieu !
Je le présume.
JOSÉ
Les sujets noirs là-bas ont assez la coutume De se révolter.
DON KABIO.
Bien !
JOSÉ
' .. . ' Yacoub-al-Mansour,
Le roi more, appela Gusman ; c’était un jour Où les chances, je crois, ne lui semblaient pas belles, Et Gusman fût prié de battre les rebelles;
Il les battit. Là-bas, point do plaisir, aucun!
On s’ennuie ; il faut bien'alors battre quelqu’un.
Mais Gusman dit au roi ; « Je veux rester fidèlo A l’Espagne; Gusman no se vengera d’elle Ni de son roi, jamais! et je veux que les tiens Respectent sur mon front le signe des chrétiens. »
DON r ABIO.
Mais pourquoi reste-t-iUmaintenant chez le More?
On le relient. Il est obligeant ; on l’adore A cause îles e.xploits que je vous ai contés.
DON UAFAEL.
Une histoire? une encor?
JOSÉ
Je veux bien ; écoutez
La plus belle.
Voyons ;'si ton histoire est bonne Je le tais un présent.
JOSÉ
Et lequel?
DON RAFAEL
Je te donne
Cetto chaîne de fer, qui vaut son pesant d’or.
JOSÉ
Peu de chose.
DON RAFAEL
'Elle vient du Cid Campéador.
JOSÉ
Ah ! c’est bien sur au moins? , ' -
DON RAFAËL
Pour CO qu’elle te coûte,
Que crains-tu ?
JOSÉ
, Ma foi ! rien. ^
DON nAF^EL.
Ton histoire... j'ccoute.
JOSÉ
Cette histoire n’est pas un conte... Je promets,
S’il s’agit du Gusman , de n’inventer jamais.
Est-ce ma faute à moi si Ginsman fait riiistoiro Comme on fait une fable ?
DON RAFAEL
Oui , nous allons tout croire.
JOSE,^'
Aux environs do Fez... un pays qui dépend Dos Maugralûns... rôdait un énorme serpent,
La terreur de l’endroit. Il avait des écailles Plus dures que le fer trempé pour les batailles ;
Et, quand il se lovait debout, il ressemblait Au mât d’un brigantin , et le passant tremblait.
Les jaloux de Gusman dirent au roi leur maître :
« Ce chrétien si hardi, que no va-t-il lui mettre Une flèche sur l’œil ! » Gusman entend cela ;
Il prend un bon cheval , sa lance, et le voilà Parti comme le dieu de la chevalerie.
Dans un massif charmant de bois et de prairie\
11 aperçoit le monstre en trois nœuds enlacé.
Aux pattes d’un lion , rugissant et blessé.
D’un seul bond de cheval notre Gusman s’élance;
Il abat le serpent du premier coup do lance,
Et le ]>ativre lion , aflianchi du danger,
Rcihcrcic en baisant les .pieds do l’étranger.
Un More qui passait dit à Gusman : « Écoute,
Suis mon conseil : avant do te remettre en route, Coupe au serpent sa langue. » Et mon Gusman le fit Au hasard , sans prévoir quel serait le profit.
On no sait pas toujours ce qu’on fait... A l’aurore,
Le lendemain, on vit venir un chasseur more;
Il apportait au roi , joyeusement surpris, .
La tète du serpent ([u’on avait mise à prix.
Gusman dit : « Ouvrez donc la gueule du reptile; » Le chasseur s’opposait, disant ; « C’est inutile. »
On ouvrit : point do langue ! « Elle est là , la voici ! Dit Gusman; le vainqueur du monstre est bien ici.
Mais c’est moi ! » Le passant, témoin do la victoiro,
Le donneur de conseils, confirma cette histoire.
Et le lion aussi; car il avait de loin Accompagné Gusman, comme second témoin.
DON RAKAEL.
Très-bien ! voilà ma chaîne.
JOSÉ
Ah ! je m’empare d’elle !