AVANT-PROPOS
En écrivant les premières lignes ^0^^^ de cette brève préface, devant les
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Georges Ruit (i86i)-i()05). 1 1
M. Henri Bouchot, sur la tombe même de notre ami, « Georges Riat aura eu pour cet enfant de son esprit, le destin de sa pauvre mère qui lavait enfanté et ne le connut point. Comme si de mystérieuses et fatales influences s'acharnaient sur certaines lignées d'êtres, vouées d'avance à la détresse, à l'inachèvement, à la mort prématurée! »
Né en 1869, à Saint-Hippolyte sur le Doubs, Riat avait connu une enfance assez dure, une jeunesse triste et déjà laborieuse. Ceux qui Font vu arriver à Paris, il y a une quinzaine d'années, se souviennent de cette silhouette un peu fruste et massive de robuste montagnard, de ce tempérament de bûcheur acharné qu'il devait conserver jusqu'à la fin et qui laissaient si peu soupçonner, même les derniers temps, que la maladie minait cette constitution en apparence si ferme et résistante. Il avait, à la force du poignet, conquis tous ses grades universitaires jusqu'à la licence ès lettres, puis était entré à l'École des Chartes et s'était soumis avec joie aux strictes disciplines qui font les travailleurs méthodiques et forts.
Ses qualités d'esprit sérieux, ordonné et sûr, de travailleur consciencieux et probe, le désignèrent à l'administration de la Bibliothèque Nationale où il entra peu de temps après sa sortie de l'École des Chartes. Il fit deux stages assez courts au département des Imprimés, puis à celui des Médailles, et se fixa définitivement, il y a neuf ans, à celui des Estampes ; il y rencontra un appui moral et un réconfort salutaire, qu'il paya d'une reconnaissance, d'une confiance et d'une admiration sans bornes, en la personne de M. Henri Bouchot, son compatriote. Celui-ci, d'ailleurs, a dit excellemment, dans l'adieu ému que nous rappelions tout à l'heure, tout ce que le département des Estampes et luimême perdaient en Riat de dévouement et de conscience.
En dehors de ses besognes journalières, de son assiduité invariable et de son obligeance inépuisable, dont tous les travailleurs qui ont eu recours à ses bons offices pourraient témoigner, plusieurs volumes du Catalogue des Portraits commencé par Duplessis, celui de la collection Ardail et celui de la collection Porcabeuf, seront les traces durables de l'activité professionnelle de Georges Riat.
Mais bien d'autres travaux se partagèrent ce qu'on est convenu
d'appeler ses heures de loisir, le temps qu'il eût dû peut-être, plus ménager de ses forces, consacrer à un repos bien gagné; quelques-uns étaient destinés à suppléer à la médiocrité des rémunérations officielles, besognes d'enseignement où il se dépensa ardemment et sans grand profit, écrits de vulgarisation où luimême trouvait toujours l'occasion de s'instruire avidement ; certains autres manifestèrent davantage ses prédilections intimes; ainsi sa collaboration de quelques années au recueil V Estampe et V Affiche i où reparaissait l'érudit amateur des arts de la gravure, ainsi ses Petites Expositions, consciencieusement suivies pendant toute une année à la Chronique des Arts, où il manifestait un louable souci d'équité et de sympathie pour toutes les manifestations d'art, même les plus modernes. Le Paris de la collection des Villes d'art célèbres fut une occasion devant laquelle avait reculé plus d'un Parisien de Paris et que saisit ce provincial amoureux de précision et d'exactitude, de condenser en un précis bien ordonné, tout ce qu'il avait découvert récemment de la capitale, en même temps que de remuer, comme il disait, pour cette besogne inaccoutumée, ses vieux souvenirs archéologiques de l'Ecole des Chartes.
Son Art des Jardins, de la Bibliothèque de V Enseignement des Beaux-Arts, lui offrit surtout le prétexte à évoquer, tout en furetant dans les vieilles estampes, ce qui lui tenait tant au cœur, ce qui le faisait fuir tous les dimanches dans les forêts de Fontainebleau, de Compiègne ou de Sénart, ce qui l'avait fait aller se loger tout au bout de la grande ville, sur la lisière du bois de Boulogne, la beauté des arbres et des eaux, des horizons tranquilles ou mouvementés, de la nature disciplinée ou indépendante.
De la nature elle-même, il passait volontiers à ses interprètes : qu'ils fussent anciens ou récents, il les aimait tous presque également, surtout lorsqu'il croyait les sentir émus et sincères devant
la nature comme lui-même ; il s'identifiait volontiers avec eux, leur prêtait ses sentiments comme à des héros favoris ou essayait de leur emprunter les leurs. L'honnêteté foncière des paysagistes néerlandais le touchait par-dessus tout : il avait voulu connaître à fond leur pays et comptait consacrer à l'étude parallèle du pays et de l'œuvre qui en est directement issue, un livre qui lui eût servi de thèse de doctorat. Incomplètement réalisé pour diverses raisons, ce travail a passé en partie dans le Ruysdael qu'il laissa presque achevé et qui vient de paraître à la librairie Laurens. Il avait étendu, du reste, sa sympathie jusqu'aux paysagistes modernes de la Hollande, ainsi qu'en témoignent ses articles de la Galette des Beaux- Arts, sur Mesdag, sur Robert Mois et sur Gabriel (i 901 -1904).
Son culte n'était guère moins grand pour nos Français ; tout un chapitre écrit d'enthousiasme pour le nouveau Musée d'art de la maison Larousse, sur l'école de i83o, était composé, en juillet dernier, lorsqu'il me pria d'en revoir les épreuves au moment même où il allait quitter Paris pour Malesherbes, et où la mort qui le guettait allait le frapper au milieu de la nature en laquelle il croyait puiser de nouvelles forces, au sein d'une famille amie où il avait trouvé l'accueil affectueux que méritait la droiture de son caractère et l'excellence de son cœur. Enfin, son Courbet, mûrement préparé depuis plusieurs années, et dont il se préoccupa jusque sur son lit de mort, devait être un hommage solennel au peintre de la nature qu'il comprenait et aimait par-dessus tout, celle de sa Franche-Comté.
Mais il nous faut, pour expliquer une part du sentiment qu'il avait mis dans cet ouvrage, mentionner maintenant toute une série d'écrits de Riat qui n'étaient pas ceux, du reste, auxquels il tenait le moins. Ce sont les contes et nouvelles qu'il fit paraître en divers endroits depuis la vingtième année, et qu'il réunit dans le volume de Y Ame du pays, paru en 1902; c'est ensuite son roman du