‹ Gustave Courbet, peintreChapitre 2 sur 18 · PORTRAIT DE GEORGES RIAT · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE GEORGES RIAT

Dessin et Eau-forte de Courboin.

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Village endormi, qui passa d'abord en feuilleton dans le Temps. puis fut publié en volume en 1904. Dans une introduction au premier de ces ouvrages, introduction qui est une espèce de confession, il écrit ceci de son héros supposé, exilé loin du pays comtois : « Les pâturages, le moindre buisson, les chemins et les sentiers, les campainesdes troupeaux, les cloches de l'église, tout lui redisait son enfance et sa jeunesse; les hommes et les choses étaient ses amis. Or, les circonstances de la vie l'empêchaient de les revoir aussi longtemps qu'il l'aurait voulu : pour compenser cette absence, il résolut de les décrire. » Rien ne peut s'appliquer plus justement aux essais littéraires de Riat. Sans prétentions, pleins de fraîcheur et même de naïveté, ce sont de simples et calmes récits où Ton sent que l'auteur est bien souvent lui-même, pour une bonne part, acteur et spectateur, et où l'intérêt, parfois minime, de l'intrigue ou de la psychologie, est compensé par un sain parfum de franche rusticité, par des impressions de nature vivement senties et minutieusement rendues.

Ce sentiment profond des paysages comtois, cette connaissance réfléchie des types du terroir, exalta, chez Riat, le goût des traductions puissantes qu'avait données Courbet des uns et des autres. Une certaine similitude peut-être de nature, un amour égal des réalités franchement rendues, une pointe de patriotisme local, le firent s'attacher passionnément à la personne et à l'art de Courbet et lui vouer ce monument définitif. Il conduisit son travail, suivant la méthode que son tempérament et son éducation lui imposaient, avec la patience méticuleuse d'un fouilleur d'archives et la robuste assurance d'un travailleur infatigable et régulier : il entassa documents et témoignages et s'efforça sincèrement, sans toujours y réussir, d'ailleurs, de garder le sang-froid de l'historien et l'impartialité du juge.

Quoi qu'il en soit, ce monument que nous avons vu s'élever peu à peu et auquel une destinée aussi cruelle qu'inattendue nous

a imposé de mettre la dernière main, est, nous pouvons l'assurer, un « livre de bonne foi ». Toutes les circonstances de la vie et de la carrière du maître, dont Riat put avoir connaissance, tous les renseignements qu'il put recueillir sur sa production extrêmement abondante et aujourd'hui très dispersée y sont notés scrupuleusement. Tous les témoignages contradictoires, éloges et critiques, attaques et panégyriques, que provoqua l'œuvre de Courbet, y sont enregistrés côte à côte, et, si la personnalité de l'artiste y est l'objet d'une sympathie non dissimulée, elle est assez franchement mise en lumière pour que le jugement du lecteur reste libre. Désigné par l'amitié de Riat lui-même et la confiance de son éditeur pour la besogne indispensable de revision et de mise au point définitive, je n'ai rien voulu changer, pour ma part, à l'allure, au caractère que Riat avait donnés à son livre dont les épreuves lui avaient déjà en partie passé sous les yeux, dont seuls l'épuisement des derniers temps et la mort injuste l'avaient empêché de parfaire la réalisation de détail.

Établi principalement avec l'aide des souvenirs et des papiers que conserve pieusement Mlle Juliette Courbet, augmenté de documents ou de renseignements précieux communiqués à maintes reprises par M. Ernest Courbet, M. Bernard Prost, M. Jules Troubat et quelques autres personnes qui voudront bien trouver ici les remerciements posthumes de Georges Riat et ceux de son éditeur, ce livre présente, ce nous semble, un caractère incontestable de nouveauté, d'utilité, et aussi, disons-le, de justice.

Quel que soit, en effet, le jugement que l'on porte sur la personnalité de Gustave Courbet, quelque sympathie plus ou moins grande dont on témoigne pour la formule d'art qu'il a représentée, on doit reconnaître aujourd'hui, en toute impartialité, l'originalité de sa physionomie d'artiste, la vigueur féconde avec laquelle il s'est affirmé novateur et chef d'école, la puissante maîtrise enfin de son talent d'exécutant qui le

range parmi les grands ouvriers de peinture de tous les temps.

Passionnément discuté au moment où parurent les œuvres dont il voulut faire comme les manifestes du « réalisme » naissant, il mena pendant vingt ans, de i85o à 1870, le combat pour ses idées et pour son art avec une vaillance outrancière, un acharnement parfois brutal, qui ne permirent guère à personne, pendant ce temps, de le juger sans un parti pris quelconque.

Mêlé comme l'on sait, aux événements de 1871, légèrement oublié dans son exil en Suisse, bientôt dépassé dans ses recherches d'art par une école et par des initiateurs nouveaux tels que Manet dont il avait favorisé l'éclosion presque sans s'en douter, il n'a pas connu non plus la gloire des consécrations définitives, malgré des amitiés fidèles comme celles de Castagnary, malgré l'acquisition de nombre de ses tableaux par le Musée du L ouvre.

Il est cependant entré aujourd'hui dans l'histoire, et le livre que nous présentons ici pourra servir à le juger historiquement en pleine connaissance de cause.

Paul Vitry.

Janvier igoO.

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