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rations plus d'importance qu'elles n'en ont. On retrouve là, avec l'exagération romantique, la pose habituelle de Flaubert. Mais ce qui ressort de tout cela c'est que nul n'a été un individualiste plus intransigeant. C'est précisément pourquoi nous le verrons tout à l'heure attaquer le socialisme, oppresseur de l'individu.
A ce titre, il tient médiocrement à l'idée de Patrie. On le lui a reproché, même dans son entourage, comme un mauvais sentiment : « Tu me dis ironiquement — répond-il à madame Colct — que je fais peu de cas du patriotisme, de la générosité et du courage. — Oh ! non, j'aime les vaincus, mais j'aime aussi les vainqueurs. — Cela est peutêtre difficile à comprendre, mais c'est vrai. — Quant à l'idée de patrie, c'est-à-dire d'une certaine portion de terrain dessinée sur la carte et séparée des autres par une ligne rouge ou bleue, non, la patrie est pour moi le pays que j'aime, c'est-à-dire celui que je rêve, celui où je me trouve bien. — Je suis autant Chinois que Français et je ne me réjouis nullement de nos victoires sur les Arabes, parce que je m'attriste à leurs revers. — J'aime ce peuple âpre, persistant, vivace, dernier style des sociétés primitives et qui, aux haltes de midi,
couché à l'ombre sous le ventre de ses chamelles^ raille, en fumant son chibouk, notre brave civilisation qui en frémit de rag-e ^ » Plus tard il écrivait encore : « Il fut un temps oii le patriotisme s'étendait à la cité, puis le sentiment peu à peu s'est élargi avec le territoire. Maintenant l'idée de Patrie est, Dieu merci ! à peu près morte et on en est au socialisme, l'humanitarisme (si l'on peut s'exprimer ainsi). Je crois que plus tard on reconnaîtra que l'amour de l'humanité est quelque chose d'aussi piètre que l'amour de Dieu, on aimera le juste en soi, le beau pour le beau : le comble de la civilisation sera de n'avoir besoin de ce qui s'appelle aucun bon sentiment -. »
Il faut bien avouer qu'ici la pensée de Flaubert est confuse et qu'elle risque de paraître tout d'abord un g-ros paradoxe ou une impiété. Notons d'ailleurs qu'il n'écrit pas un traité didactique, qu'il jette ses idées dans une lettre, au hasard des impressions : ce qui l'excuse déjà. Mais ne nous butons pas de le condamner. Essayons devoir ce qu'il a voulu dire..
Il est de toute évidence qu'il rejette le patriotisme vulgaire des foules, ce patriotisme qui s'ap-