‹ Gustave Flaubert, avec des fragments inéditsChapitre 55 sur 63 · Con'espondance. II, p · texte numérisé non relu

Con'espondance. II, p

En tout cas, le vice radical du socialisme aux yeux de Flaubert, c'est de commencer par la fin, c'est de faire passer les besoins matériels avant les besoins intellectuels et moraux. Il faut s'instruire, connaître le monde et l'homme, avant d'entreprendre de réformer l'humanité : « La question est donc déplacée. Il ne s'agit plus de rêver la meilleure forme de gouvernement, puisque toutes se valent, mais défaire prévaloir la Science. Le reste s'ensuivra fatalement. Les hommes purement intellectuels ont rendu plus de services au genre humain que tous les saint Vincent de Paul du monde ! Et la politique sera une éternelle niaiserie, tant qu'elle ne sera pas une dépendance de la science. Le gouvernement d'un pays doit être une section de l'Institut, et la dernière de toutes * ».

C'est au milieu de ce beau rêve que la guerre allemande vint surprendre Flaubert. Ce fut un coup terrible dont il ne se releva jamais. Lui qui n'avait guère d'illusions, il s'était pourtant accou-

i. Correspondance, III, p. 3S9.

tumé à croire que les guerres de races n'étaient plus possibles. Et voilà que, tout à coup, il se trouvait rejeté en pleine barbarie : « Ah ! lettrés que nous sommes! L'humanité est loin de notre idéal! et notre immense erreur, notre erreur funeste, c'est de la croire pareille à nous et de vouloir la traiter en conséquence ^ » — « Le bon Français veut se battre : 1° parce qu'il se croit provoqué par la Prusse; 2^ parce que l'état naturel de l'homme est la sauvagerie ; 3° parce que la guerre contient en soi un élément mystique qui transporte les foules... Je connais maintenant le fond du Parisien et je fais dans mon cœur des excuses aux plus féroces politiques de 1793. Maintenant je les comprends ! Quelle bêtise ! Quelle ignorance ! Quelle présomption ! Mes compatriotes me donnent l'envie de vomir... Ce peuple mérite d'être châtié et j'ai peur qu'il le soit '-. » — Malgré tout, il revient à l idée qui lui tient au cœur : « Croyezvous que si la France, au lieu d'être gouvernée en somme par la foule, était au pouvoir des mandarins, nous en serions là? Si, au lieu d'avoir voulu éclairer les basses classes, on se fût occupé d'ins-

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