Cf. Bouvard et Pécuchet, p. -IQS
commun le culte de l'arg-ent. C'est par Targent qu'on ag-it sur la foule, qu'on obtient les places et les honneurs. C'est pourquoi la noblesse d'aujourd'hui s'accoquine volontiers avec les hommes d'affaires. Elle se lance dans l'industrie et la spéculation. Le comte de Faverg-es, le légitimiste de tout à l'heure, s'occupe d'élevage en grand et de culture intensive. Il donne sa fdle à un ancien élève de l'École polytechnique, à la fois baron et ingénieur. Les conservateurs ont tous les travers, tous les appétits et toutes les ambitions de ceux qu'ils combattent. Enfin. — et voilà où éclate surtout l'incohérence des bourgeois. — eux qui ont si fort le respect du Pouvoir, ils ne reculent pas devant les plus grossières calomnies, pour vihpender ce même Pouvoir, dès qu'il devient hostile à leurs intérêts. Ces hommes d'ordre emploient les pires moyens révolutionnaires. Ces partisans de l'absolutisme commencent par tuer dans le peuple le sentiment de l'Autorité. Et ainsi, quand ils triomphent, ils nont fait qu'assouvir des haines. Ils n'apportent avec eux aucune idée nouvelle, ils n'ont pas réalisé un progrès sur leurs adversaires. Tout est éternellement à recommencer.
Non moins vigoureusement que le bourgeois,
Flaubert déteste « l'odieux ouvrier ». Il abomine le socialisme. Cela ne l'a point empêché de pratiquer les écrivains socialistes, d'abord en vue de son roman, V Éducation sentimentale, et ensuite pour son édification personnelle. 11 écrivait a madame Roger des Genettes : « Je pourrai, dans quelque temps, faire un cours sur le socialisme : j'en connais du moins tout l'esprit et le sens. Je viens d'avaler Lamennais, Saint-Simon, Fourier et je reprends Proudhon d'un bout à l'autre. Si on ne veut rien connaître à tous ces gons-là, c'est de lire les critiques et les résumés faits sur eux : car on les a toujours réfutés ou exaltés, mais jamais exposés. 11 y a une chose saillante et qui les lie tous : c'est la haine de la liberté, la haine de la révolution française et de la philosophie. Ce sont tous des bonshommes enfoncés dans le passé. Et quels cuistres ! quels pions î Des séminaristes en goguette, ou des caissiers en délire ' ... »
Flaubert leur adresse les mômes reproches qu'aux conservateurs et aux bourgeois. D'abord ils apportent des systèmes tout faits qu'ils veulent imposer de force. Ils accordent trop au sentiment.
i. Correspondance, III, p- 268.
à une vague fraternité, à une pitié amollissante. Eux aussi ils sont ivres d'autorité, qui substituent la tyrannie de TEtat à celle d'un particulier ou d'une caste. Flaubert épingle comme typique cette phrase de Raspail : « Les médecins devraient être des magistrats, afin de forcer..., etc. » Mais toutes ces critiques ont un peu perdu de leur valeur maintenant qu'elles sont tombées dans le domaine banal. Il est cependant équitable de reconnaître que Flaubert a été un des premiers à les formuler. En voici une, du moins, qui a conservé toute son actualité. Il blâme les socialistes de ne pas avoir le sentiment de la douleur, de croire que l'hum.anité sera heureuse, quand elle aura donné satisfaction aux besoins matériels. « 0 sociahstes, c'est là votre ulcère : l'idéal vous manque et cette matière même, que vous poursuivez, vous échappe des mains comme une onde ^ ».
Évidemment de telles critiques ne s'appliquent plus aussi justement au socialisme contemporain qu'à celui des Fourier et des Proudhon, Il est à noter d'ailleurs que Flaubert ignore le socialisme allemand.