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Gustave Lambert au pôle nord, ce qu'il y va faire [microforme]

I n'est personne en France, —et mème un peu partout ailleurs, — parmi les gens intelligents, qui ne connaisse plus où moins bien aujourd'hui le projet de M. Gustave Lambert, projet devenu national grâce à la Société géographique, à l'institut de France, à l'appui de tous les corps savants, à d'augusles protections et au concours bienveillant de la presse,

il s'agit dé résoudre le plus grand problème géographique que! notre siccle ait pu se poser,

en se frayant une route nouvelle, d'après une

théorie nouvelle, poar atteindre le 90*degré de

latitude nord, c'est-à-dire le point juste où se place l'axe idéal du globe.

La science n’a pas de patrie, je le sais; son domaine est l'univers, ses champs à culliver les lois de la nature, ses cultivateurs l'humanité et la moisson la vérité qu’on ne saurait, Dieu merci, ni accaparer, ni exploiter par privilége, et qui est à tous quand un seul la de: couvre, Néanmoins je ne puis me défendre d’un mouvement d'orguèil à la pensée patriotique qu’un français, avec l'aide de quelques compatriotes, sur un bâtiment de notre pays fourni spontanément par le peuple, ira planter le drapeau de la France sur ce lieu mystérieux, dérobé aux investigations hardies des Ross, des Parry, des Franklin, des Austin, des Penny, des Haven, des Kennedy, des Beechey, des Kellet, des Ommaney, des Collinson, des Mac- Clure, des Inglefield, des Kane, des Hayes, des Mac-Clinton, et de tant d’autres héros d2 la mer, que je ne désigne pas pour abréger.

Mais, avant d'aller plus loin, voyons un peu qui est M. Gustave Lambert, quelles sont se théories, ses patrons scienlifiques et examinons avec rigueur quelle importance au point de vue

du progrès de la science s'attache à son projet.

M. Gustave Lambert est un homme qui veut aller au pôle nord.

C'est déjà quelque chose qu'un esprit de cette trempe, même en France où ce ne sont pas les homines d'initiative et d'énergie qui manquent,

Mais une volonté ferme, inébranlable, la passion des voyages, l'amour de la science et de la gloire poussé jusqu’au martyre, ne sufliraient pas à réaliser une semblable expédition et à inspirer la confiance de ceux qui voudraient l’appuyer.

Il faut ici que l’audacieux missionnaire de la science soit lui-même un savant, et qu’il ait fait ses preuves comme marin.

M. Lambert a tous ces titres.

Ancien élève de l'École polytechnique, @R il s’est distingué comme hydrographe et a fait un rude apprentissage de la mer, notamment dans un récent voyage dont le but spécial était une reconnaissance des mers arctiques du eôté du détroit de Behring. C’est pendant sa croisière

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dans les glaces, en étudiant les spectacles étranges qui se déroulaient à ses veux, en scrutant les causes de tant de phénomènes posés comme des problèmes aux investigations de Pesprit, qu'il put en établir la règle théorique et le caractere pratique.

À la fois calme et passionné, il voulut se convaincre avant de se laisser croire, bien persuadé que si la foi religieuse suffit à soulever des montagnes, il faut autre chose que la foi scientifique pour renverser les montagnes de glace qui se dressent comme des barrières aux deux pôles du monde.

Iest des probabilités qui apparaissent à la raison avec toute la force, pour ainsi dire, d'une démonstration mathématique.

C'est par des inductions, mais des inductions appuyées sur la constatation de certains faits et lortitiées de rigoureux calculs, que M. Lambert établit sa théorie de l’insolation qui donnerait aux régions polaires alternativement un froid extrême et une chaleur extrème, en assurant la libre navigation de la Polynia.

Cest aussi en étudiant la marche des courants el en examinant la nature des banquises à l'extrémité du détroit de Behring, que ce

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jeune savant finit par ne plus douter de la possibilité d'atteindre le pôle nord en suivant une route entièrement nouvelle, et que Cook, pourtant, avait considérée comme la meilleure. |

Cette route est longue en partant d'Europe; mais qu'importe la longueur si Le but peut être atteint!

I s’agit d’abord de doubler le cap Horn, de traverser le détroit de Bebhring et d'aller droit sur les banquises au delà desquelles se trouve la Polynia ou mer libre polaire.

Durant les six mois de nuit où la lune, commeun phare qui se promène au-dessus de l'horizon, éclaire seule ces froides et ténébreuses solitudes, tout l'océan cireumpolaire doit être gelé; mais durant les six mois de jour qui succèdent aux six mois de nuit, quand le soleil a remplacé Pastre blond, qu’il est midi & toute heure, la chaleur versée obliquement et calculée d’après les lois de Vinsolation, permet d'affirmer qu’une immense débâcle se produit dans ces régions extrêmes. La débâcle du pôle nord a lieu, probablement en juin et juillet ; c’est donc à cette époque üe l'année que l'expé-

dition devra se trouver assez avancée dans les

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débris des banquises qui s’inferposent, nous le savons, entre l'extrémité du détroit et la mer libre, pour profiter de son ouverture et planter le drapeau national au pôle même.

Mais quelle est l'étendue de cette banquise qui s’offre à la vue comme une croûte glacée dont on n’aperçoit aucune limite, et qui résiste en partie à la chaleur déversée par le soleil pendant les six mois de son apparition ?

À celte question rul ne saurait répondre que par des hypothèses,

M. Lambert pense que ce champ de glace n’est pas relativement très-étendu, et il comple le franchir par ses interstices ou en se frayant une roule au moyen de la poudré et de la scie, à raison de trente à quarante kilomètres par jour.

En supposant que la banquise présente une étendue plus considérable que ne le pense le chef de lexpédition projetée, et qu’il avance moins rapidement dans les glaces, il hivernera.

S'il le faut, il fera comme Kane, il passera deux hivers dans les glaces, et il atteindra le pôle, si le pôle peut être atteint.

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Mais l’examen auquel M. Lambert s’est livré de Ja nature des glaces dans ces parages, lui donné l'assurance qu’il les franchira sans grandes difficultés et presque sans danger.

Dieu veuille qu’il en soit ainsi! |

Dans le mouvement général de circulation des eaux qui joue sur la terre, nous dit M.

Lambert, un rôle analogue à celui du sang arlériel et veineux dans l'économie animale, on voit les caux, évaporées par l'action des rayons solaires, se déposer sous formedepluies, brouillards ou neiges, sur les hautes vimes de montagnes el dans les régions froides, et donner naissance à des glaciers qui se déchargent tantôt lentement, tantôt brusquerent, pour produire les fleuves et retourner ainsi à l’état liquide, sous l'influence de cette même chaleur qui les avait engendrés. En combinant les conditions particulières de latitude et d'épaisseur atmosphérique, on se rend un compte exact de la hauteur à laquelle se déposent les neiges persistantes, depuis cinq mille mètres sous

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l'équateur jusqu’au niveau de la mer dans les extrêmes régions froides du sud et du nord.

Examinons la formation de ces zones de neige.

D'abord il se produit des masses agglutinées auxquelles on à donné le nom de Mevés. Ces masses de neige, d’une forme globuleuse ou granuleuse, perdent avec le temps cette physionomie pour passer à l'état de glace transparente. Sur celte glace s'accumulent d'autres neiges qui à leur tour se transforment en nevé pour devenir glace. Le massif augmente ainsi prodigieusement dans les régions polaires, jusqu’à ce qu’un jour, avec un bruit de cataclysme, il se détache du roc où il a pris naissance pour rouler jusqu'à la mer, où il présente laspect dune véritable montagne de glace, ice-berg, comme on dit en anglais. Quelques-unes de ces montagnes ont été mesurées ; leur jauge était de plusieurs millions de tonneaux et elles s’élevaient jusqu’à deux cents mètres au-dessus de l’eau; ce qui, avec la partie submergée, devait fournir un blog de mille mètres d'éjaisseur, Quand un navire se heurte contre quelqu'un de ces himalayas, ou que, poussés par le vent les ice-berg lui font un nouveau lit de procuste, c’est la mort.

Les montagnes de glace qui ne peuvent atteindre ces dimensions colossales qu'avec la collaboration d'une longue suite d'hivers, et à la condition d'avoir la terre ferme pour point d'appui, indiquent donc généralement la présence de terres assez rapprochées de l'endroit où on les observe; bien que quelques-unes de ces masses flottantes poussées par le vent comme des navires à voiles, se soient égarces jusqu'à la 40° parallèle. Aussi est-ce surtout eux alentours du pôle sud, qui est une terre ferme et montagneuse, que lon rencontre accumulées comme des forteresses imprenables, ces gigantesques glaciers ambulants. Voilà pourquoi il paraîtra toujours extrêmement dangereux, si non impossible, d'atteindre le pôle sud, et que tant de hardis navigateurs ont échoué dans leur tentative d’arriver au pôle nord par le passage connu entre le Spitzbere et la Nouvelle-Zemble, non moins que par le détroit de Smith

« Fuir les terres,» dit M, Gustave Lambert,

«doit être la devise du marin polaire. »

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Le phénomène de la formation des glaces a un fout autre caractère à la mer.

En tombant à flocons pressés, par un froid de plusieurs degrés au-dessous de zéro, et par une température calme, elle n’a pasle temps de se dissoudre et forme sur la mer une sorte de bouillie qui, bientôt, se fige sur une petite épaisseur, en produisant une glace moitié franche et moitié nevé, Que le vent se lève, tout se brise alors et l’on diraitune mer dediamants. Chaque petit morceau de glace est entouré, comme une Île de lumière, d'une certaine quanlité d’eau douce qui ne se mêle pas à l’eau salée et fait ressortir par son opale le saphir des mers. Les rayons du soleil viennent irriser toutes ces flaques d’eau et brillanter la glace, en reproduisant sur une échelle illimitée à l'œil le

- Phénomène des anneaux colorés de Newton.

Mais en quelques instants le ton général perd la vigueur des nuances et tout s’harmonise sur une teinte pâle et lugubre comme un linceul de vierge.

C’est là, pour ainsi dire, la semence des banquises.

Que le thermomètre descende de plusieurs degrés encore et tout se coagule, moitié glace d’eau douce — transparente et verte, — moitié nevé, granuleux, neige agglutinée.

Si le froid continue, si sur cette première couche glacée la neige vient à tomber de nouveau en abondance, la crème sépaissit et toute la mer se solidifie.

Et voilà comment il se fait que pendant l'hiver, dans la zone des froids, on peut, en traineau, passer d'Asie en Amérique.

L'été, des craquements semblables à des décharges d'artillerie se font entendre sur tous les points à la fois; la glace se disjoint, s’agite, s’entre-choque, et forme ces immenses banquises, peu élevées, il est vrai, et peu profondes, que les navigateurs anglais ont appelées ice-fields. C’est cette glace n’émergeant pas plus d’un mètre au large, mais allant en s’épaisissant vers les côtes, que M. Lambert compte faire sauter par la poudre, ou scier au moyen de scies spéciales dont l’action est rapide, quand il ne

pourra pas la contourner.

Les théories de M. Lambert ont rallié les

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hommes les plus compétents, et le chef de l'Etat, après un examen alentif du projet, en a manifesté sa haute ct complète approbation.

La Société de géographie, l'Association scientifique et météorologiqne de France, les plus illustres notabilités se sont constituées en comité de patronage, et une Souscription nationale de un millionest ouverte pour fournir aux moyens matériels de l'expédition. Chaque jour des comités se créent dans nos villes de France, entrainés par le noble but de l'expédition, le courage ct la fcrmeté de son chef. Nous citerons au hasard Bordeaux, Orléans, Lyon, Marseille, le Havre, Angoulème, Agen, Montpellier, Colmar, Nimes, Narbonne, Versailles, elc., etc.

€ Le proÿrès de la souscription en faveur de l'expédition française au pôle nord, disait le Moniteur du 1 avril dernier, s’aceuse chaque jour davantage, M. Gustave Lambert parcourt nee moment le midi de la France pour v ex- POSCE Son projet, et demander à l'initiative privée les moyens de réaliser une entreprise dont le succès honorcra ceux qui l’auront Préparée par le concours éclairé de généreuses SyYmpathies, Sous l'impulsion du mouvement qui se

produit en France, les Anglais viennent de re-

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prendre leur projet d'expédition polaire; dans l’une des dernières séances de la Société royale géographique de Londres, un marin distingué, le capitaine Sherard Osborne, a insisté de nouveau sur l'importance d’une semblable expédition. De son côté, l'Allemagne, sollicitée par l’éminent géographe Petermann, fait des préparatifs pour gagner, dans les premiers mois de l’année prochaine, les mers du Spitzberg et se diriger de là vers les hautes régions borales.

» Le chaleureux accueil que rencontre M. Gustave Lambert dans les villes du midi nous permet d'espérer qu'en France l'initiative privée ne se montrera pas moins vivace qu’elle peut l'être en Angleterre et en Allemagne. Déjà bon nombre de nos nationaux établis à l'étranger ont répondu à l'appet du comité de patronage, et il est arrivé de Chine, du Japon, du Maroc et de Madagascar de libérales souscriptions pour l'expédition au pôle nord. Ce serait à, s’ilen était besoin, une preuve nouvelle que les Franais conservent, hors de leur pays, la plus vive sollicitude pour Les questions auxquelles s'inte-

resse la mére patrie. »

Nous sommes heureux de ces lignes du /0-

nileur qüi fortifient la confiance que nous avons dans le succès de la souscriplion. Mais pour en

activer les résultats, peul-être y a-t-il encors quelque chose à faire,

J'ai osé rêver, pour patronner ce grand projet scientifique, non-seulement les savants aux dos voûlés par l'étude, aux fronts ridés en points d'interrogation, aux sourcils gri- Sonnants et au crâne dénudé, mais encore et surtout cette moitié de notre espèce, à laquelle il ne manque jamais de cheveux, — elle en achèlerait plutôt, — dont le corps tout mignon est un conservatoire de grâces, qui fait de sa faiblesse sa puissance même, et veut ce qu’elle veut dans la douceur et la tiinidité de ses ressorts délicats avec mille fois plus d’empire et d'énergie que les majors cravachons réunis de la Gascogne et de l'Alsace,

Ne soyez pas trop surpris. Vous vous ferez à celte idée, si vous n'y êtes déjà fait. Oui, j'ai osé rêver, pour seconder ce vaste projet d’ex-

pédilion à la dernière et suprême conquête de notre globe terrestre, projet si poétique, si étrangement audacieux, si noble par le but et qui devra être si éminemment utile aux sciences par ses résultats en tous genres, l'appui des

ms. 17.

femmes qui, elles aussi, ont droit d’aspirer pour leur part à l'héritage du patrimoine intellectuel de l’humanité, étant douces d’un esprit et d’une âme, c'est-à-dire ayant, avec lintelligence, l'élévation des sentiments et l'amour du vrai et du beau.

Que n’a-t-on pas dit contre la femme autrefois, contre sa vaine curiosité, et que ne veut-on pas tenter à cette heure pour le perfeclionnemenL de son intelligence ?

«La femme, » d'après Sophie Arnould, « est » Un grand enfant qu'on amuse avec des jou- »joux, qu'on endort avec des louanges, et qu’on » séduit avec des promesses. »

Mais les hommes, — c'est à eux que je le demande, — sont-ils plus sages, et les femmes n'ont-elles pas prouvé, en tout temps et partout, qu'elles pouvaient glorieusement s'associer aux plus glorieuses entreprises?

Sans être leur courtisan, on peut donc avancer qu'elles ne sont déplacées nulle part où, pour arriver à l'utile, il faut passer par l'enthousiasme.

J'ai cité Sophie Arnould; quelle autre autorité plus grande n’aurai-je pas en citant Fénelon :

« Les hommes(dit ce pieux évêque el il-

à » lustre écrivain) les hommes mêmes qui ont’ » loute l'aulorité en public, ne peuvent, par » leur délibération, établir aucun bien effectit » si les femmes ne leur aident à l'exécuter, »

Qu’elles viennent donc à notre aide les ‘emmes qui ne se sentent pas indifférentes aux efforts héroïques de ces sublimes pionniers de la science, résolus pour une idée à affronter d'incalculables dangers ctles plus pénibles labeurs, et qu'elles ne s'épouvantent pas de ce rôle nouveau de prolectrices de la science,

Patronnes habiluelles des pauvres, des orphelins, de tout ce qui souffre et demande proteclion, il ne leuren coûteraqu'un sourire de plus pour devenir, quand elles le voudront, la source des inspirations les plus grandioses, les instigatrices du courage, les protectrices du génie,

Allez au fond du cœur de toutes les gloires, vous v trouverez l'image d’une femme,

Aussi je ne crois pas que la femme soit toujours «l'organe du diable» {saint Bernard). — laugmentatrice du péché » (saint Augustin), — «la malice auprès de laquelle toute malice est peu de chose » (saint Ponaventure). Et en dépit de saint Cyprien, quand il

dit : « Qui se lie à une femme se prépare de

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grands chagrins, » je soul'aite vivement que tous les comités élablis puissent s’allier toutes les dames qui comprennent la grandeur de l'entreprise et voudraient s’y intéresser en la propageant,

Je poursuis, car après tout ce qu’on a dit et écrit sur cette aventureusc conquête scienlifique, j'espère être assez heureux pour fournir quelques nouveaux renseignements,

La conquête des deux pôles, inutile quant aux transactions commerciales, peut féconder toutes les sciences, rectifier bien des calculs, donner lieu à des observations nouvelles en rendant enfin l’homme maître du globe qu'il habite. Nous avons autour du pôle nord 800 millions d'hectares inexplorés, et le pôle sud est le centre de 1,400 millions d'hectares, vierges de tout regard humain. François Araco disait, en parlant des travaux de la science, que l'in- Connu est la part du lion, plus que partout ailleurs, très: probablement, la part de l'inconnu serait considérable aux barrières du monde,

L'expédition au pôle nord sera surtout dure

immense importance pour scruter les lois de la lumiere, de l'électricité, du magnétisme, des vents, et déterminer laplatissement du pôle et la marche de certains courants, sans compter tous les sujets d'étude sous le rapport de la z00logie et de la botanique.

Nous n’exagérons rien en répétant ici que c’est aux pôles, témoins actuels de cette période glacière qui a joué un si grand rôle géologique dans l'histoire physique de notre planète, que sont déposées les clefs de nombreux mystères à dévoiler.

Que de gens s’imaginent que la mort règne avec le froid aux deux extrémités du globe, quand, au contraire, malgré le froid le plus extrême, ces régions nous apparaissent comme les grands dépôts de la vie organique, principalement de la vie animale qui sv produit avec une exubérance inoviïe et presque fantastique. Tout le monde sait que la mer Arctique est la froide patrie des diverses variétés de baleines, depuis surtoutqu'elles ont été chasséesdes mers tempérées, où elles abondaient autrefois. I est tres-probable que la Polynia estle quartier général de ces grosses espèces, et de ce poisson-

diable, devil-fisch, si difficile à prendre et si peu

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e la rémunérateur comparé à la paisibleet huileuse des baw-head. Celle-ci, depuis Jonas, ne mange ni e et hommes ni gros poissons et, modestement, se er nourrit de petits crustacés rouges, aussi nom- 00- breux que les sables de la mer dans tous les vites baleiniers.

que A côté de ces gigantesques cétacés, voici le ode morse ou vache marine, de la taille d’un grand que bœuf normand, et qu’on rencontre par trouque peaux recouvrant la mer sur des étendues de S à plusieurs kilomètres. {ls dorment sur l’eau, la tête penchée, ou se reposent en rangs pressés ne sur la glace, quand ils ne draguent pas au fond be, des eaux les crustacés qui composent le princi- Cx- pal de leur alimentation.

me Le veau marin se rencontre fréquemment pa- aussi, mais isolé. Le nez en l’air, il reçoit volupec tucusement la neige qui, par les temps calmes, 1e. tombe sous forme d'étoiles à six rayons. Quelque la rusé qu'il soit, il se laisse prendre par l’ours es, blanc, carnivore ichthyophage, qui en fait sa rs nourrilure favorite. Les griffes d’acier de ce est féroce animal, si prodigieusement fort et qui = brave tous les périls, pénètrent l'épaisseur du n- cuir du veau marin ou du morse, et les plaintes eu sourdes et iugubrement prolongées des victimes

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viennent seules troubler le silence absolu de ces déserts de glace,

; La morue fourmille dans les bas-fonds, où regnent de gigantesques crustacés et le saumon . est si abondant au embouchures des rivières de cette zone animale, que vers Okhost il eel saisi par bandes dans les glaces au moment de la prise des eaux.

Partout tout s'agite, tout vit et tout mange avec gloutonnerie dans ces lieux où l’homme, ce grand destructeur, n’a pu encore exercer ses ravages, Qu'on juge des myriades d'êtres qu'il faut à l'appétit de ces c'res se dévorant les uns les autres en vertu de la loi du plus fort! Les plus gros mangent les moyens, ceux-ci les plus petits, et les plus petits les infusoires qui, à leur tour, se substantent de mativres ors ganiques élémentaires nées de la substance de vie dont la mer Arclique est saturée. La mer, par moments, nous dit M. Lambert, est tellement chargée de corps organiques élémentaires, qu’elle devient grasse et comme huileuse au toucher.

Les airs ne sont pas moins habités que les eaux dans cette immense usine animale de la

création.

L'alouette des glaces, qui ressemble à la nôtre,

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mo recouvre parfois des surfaces de plusieurs hecares.

Les palmipèdes du genre canard, notamment leider, se rencontrent en bandes dont l'aspect élourdit, nous dit notre navigateur. Dans Pair, cela forme d'épais nuages; sur l’eau, ils se serrent les uns contre les autres, à tel point, qu’au moment où ils battent de l'aile pour s'enlever, ils se culbutent et sont forcés de s'étager sur plusieurs rangs, comme des escadrons aériens, Les escadrons partent avec des bruits d’ailes comme un ouragan de plumes,

Et tout cela se nourrit de poissons!

En vérité, dit M. Lambert, qui a tout observé par lui-même, la vie animale des régions polaires est d'une intensité qui dépasse touie limite.

Le botaniste ne trouvera pasau pôle un champ d'observations moins riche que le zoologiste.

La vie végétale, sous-marine et terrestre, doit être étonnamment intense durant l'été, dans la zone des plus grands froids.

Pendant lhiver mème, elle ne disparait pas enticrement partout,

En effet, dans leur hivernage au port Foulque, vers le 78° degré de latitude, les compaynons de lintrépide américain Hayes, ont pu

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luer six cents rennes, qui, on le sait, sont herbivores. Ces animaux se nourrissent, par des températures de plus de 50 degrés au-dessous de zéro, de certaines mousses qu'on découvre sous la neige,

Si M. Lambert peut atteindre le pôle nord, et si ce pôle se trouve sur un ilot, des fouilles seront pratiquées et fourniront des éléments d’une valeur inappréciable à la géologie el à la paléontologie. Mais même sans aller sur ce point extrême, avec des sondages dans certains licux des côtes boréales, on peut arriver à établir la

è Stratification des terrains et à déterminer leur nature.

Il y à peut-être quelque part dans ces zones, conservées comme les bibles de la nature, des spécimens d'animaux ou de végétaux qui serviront de jalons à la scie ice; peut-être décou vrira-t-on de ces fossiles antédiluviens aux dents d'ivoire dont chacune d'elles pesait soixante-dix kilogrammes ; peut-être aussi d’autres colosses dont Cuvier n’a jamais soupconné l'existence. L’inconnu est là partout qui solli-

. Cite l’ardente curiosité de la science.

Laplace à pu considérer les régions polaires

comme les premières parties de-notre globe qui

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se soient refroidies, les preinières, par conséquent, qui aient servi de lieu de production à des êtres organisés, rudimentaires d’abord, puis plus complexes et perfectionnés jusqu’à l'homme.

Quel vaste horizon de conjectures, et combien la science qui cherche par lobservation et le calcul à reconnaître les lois du Créateur est grande et sainte !

« Ces lois, nous dit éloquemment M. Lambert, qui permettent de prophétiser la nature et la venue d’un phénomène, qui donnent à notre certitude le critérium particulier de Ja prévision, seul critérium incontestable, n’ont pas alors le sens grammaltical de ce mot de lois, ou conventions provisoires édiclées par le caprice d’une majorité, qu'une autre majorité peut transformer à la suite et à son gré, de son souffle non moins capricieux. Les lois naturelles ne se votent pas, elles se démontrent, et la pénalité qui résulte de leur violation par suite de notre ignorance, s'établit dans la pratique des faits en vertu de leur police propre; la douleur, Le mal, c’est la trangression de la loi, c’est l'igncrance, »

Mais nous en avons dit assez sur l'importance

scientifique de l'expédition qui se prépare, que la France encourage ct dont l'étranger suit les progrès.

Voyons maintenant quels sont les moyens d'exécution qui devront être employés pour assurer, autant que possible, le succès de l'entreprise.

Nous avons eu sur ce sujet un long et trèsinteressant entretien avec M. Gustave Lambert qui à répondu avec une bienveillance extrême aux questions de délail que nous lui avons adressées,

On comprend que pour une campagne de ce “enre, il faille un armement spécial.

Le personnel de l'équipage ne doit pas ètre le mème que pour des traversées ordinaires, pas plus que les provisions de bouche, l'équipement des hommes, l'aménagement du navire et le navire lui-même.

Jusque dans ces deuniers temps on avait cru que de petites embarcations étaient plus favorables que de grands navires pour des excursions

boréales, I ne faut rien exagérer, Un navire de

600 à 700 tonneaux parait offrir les avantages désirables, s’il est muni d’une petite machine à vapeur dont on ne fera usage que dans Les révions extrèmes et seulement quand les circons- {ances l’exigeront impéricusement, L'économie du combustible difficile sinon impossible à renouveler dans ces parages — M. Lambert entrevoit qu'on pourrait remplacer le charbon par l'huile de baleine — impose cette réserve.

Que Je navire soit plus ou moins bon marcheur, cela importe peu, dès qu'on arrive aux banquises, dans lesquelles on ne peut jamais avancer que très-lentement. Ce qu'il faut, c'est que le bâtiment soit aussi solide que possible, qu'il évolue facilement, qu'il n'ait qu'un faible tirant d’eau et qu'il possède un avant formidable de défense, en état de lutter contre les ulaces sans quel'étrave soit coupée ni démolie,

Pour satisfaire à ces conditions, le bâtiment sera courtet très-large de flanc.

Afin d'envoyer le moins possible les hommes dans la mâture où ils pourraient être saisis par le froid et tomber, on adoptera le système des doubles vergues.

Avec cela, beaucoup de croisure et peu de

uuindant, c'est-à-uire d'élévation de voiles.

On s’attachera à éviter les frottements pour le passage des manœuvres toujours couvertes de verglas.

Un épais soufflage extérieur, des parois assez bas pour que la mer se détache de partout à tous les yeux; le pont libre, six pirogues baleinières et ün abri spécial pour le timonier, voila pour l'extérieur.

A l’intérieur, on emploiera le système des

compartiments étanches.

Grâce à ce système de construction qu'il serait désirable de voir adopter généralement, si la coque du navire se trouvait enfoncée sur un point par le choc de la glace, un compartiment seul se remplirait d’eau et le navire ne coulerait pas.

Au lieu du logement étroit et insalubre réservé d'ordinaire aux matelots, le navire boréal. en vue d’un hivernage, doit offrir à l'équipage un vaste logement où chaque homme aura sa cabine à l'abri de tout courant d'air.

Un circuit tubulaire entretiendra, par la vapeur, une température moyenne, en même temps qu’un séchoir recevra les vêtements des hommes venus du dehors; car par ces froids

intenses, la laine humide, imprégnée de ce

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qu'on à pittoresquement appelé la fumée du froid, ne sèche pas au grand air.

Passons à la composition de l'équipage.

1° Le chef de l’expédition, maître aprés Dieu, suivant la formule ordinaire. Cette formule reçoit ici son application la plus rigoureuse, car la réussite dépend du chef, de sa fermeté, de sa prudence, de son instruction, de son expérience, du respect et de la confiance qu’inspirent ses ordres.

9 Six officiers, dont un second du capitaine el cinq officiers de quart, chargés, en outre du service habiluel du bord, des divers services scientifiques.

30 Trois médecins chargés à la fois du service médico-hygiénique et des sciences naturelles.

4 Six maîtres d'équipage ou matelots d'élite.

5° Quatre maîtres spéciaux pour la machine.

6° Douze matelots de choix, volontairement engagés, en bon état de santé, résolus, ayant ou n'ayant pas vu les glaces, âgés de vingt-cinq à

quarante-cinq ans.

7 Dix-huit hommes de professions variées, tels que forgerons, lailleurs, terrassiers, cor-

donniers, menuisiers, ele, aidant au besoin à In manœuvre ctun peu ARobinson de leur nature, car il faut savoir s'ingénier et se décupler dans les explorations aventureuses.

8° Deux cuisiniers,

9° De deux à trois domestiques pour le service du capitaine, du second et des officiers.

En dehors du chef de l'expédition et des officiers plus spécialement attachés à la partie scientifique et qui offrent gratuitement leur concours, toutes les autres fonctions du bord seront rétribuées et largement rétribuces.

Chaque matelot est assuré d’un minimum de cent francs par mois.

Le minimum est de deux cents francs par mois pour les maîtres d'équipage et de trois cents francs pour Les officiers baleinicrs.

Mais ce salaire se trouvera sensiblement augmente pour chaque homme qui fera son devoir, grâce à un système de récompenses et d’amendes, aussi équilables que propres à maintenir l'émulation. Voici ce système.

Tous les jours, devant léquipage assemblé sur le pont, un officier donnera lecture des travaux accomplis la veille et signalera ceux qui sc seront conduits de manière à mériter un éloge.

Une prime est affectée à chaque service excep-

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tionnel, suivant l'importance du service, ou pour récompenser un louable effort, Or, comme sur ce champ de bataille où l'homme combat pied à pied les difficultés d’une nature qui oppose sans cesse aux obstacles prévus, de nouveaux et terribles obstacles imprévus, le dévoucment, la présence d'esprit, la vaillance, trouveront sans cesse aussi des occasions nouvelles de se nianifester.

Contre ceux qui se montreraient timides devant le danger, incertains ou enclins à la désobéissance, M. Gustave Lambert ne veut opposer que le blâme et l'amende.

Les amendes imposées reviendront tout entières à l'équipage, grossissant ainsi, d'autant, la part des plus méritants.

Se garantir du froid tout en laissant libres les mouvements du corps, tel est Le problème de l'équipement des hommes dans la mer Arctique.

jommencçons par le bas du corps.

De grands bas d’une Jaine fine mais corste.

Par-dessus ces bas qui montent jusqu'aux genoux, de forts chaussons de laine. Par-dessus

ces chaussons de nouveaux chaussons de méme

éloffe venant jusqu’à mi-jambe. Pour chaussure de par-dessus, de fortes bottes en cuir fourré arrivant jusqu'aux genoux, et dont la double semelle sera garnie de clous en cuivre, les clous en fer s’oxydant promptement à la mer. Pendant les grands froids, il est ordonné de supprimer tout linge de corps en toile ou en calicot, Ilest remplacé avec infiniment d'avantage par trois au quatre chemises de laine d’épaisseurs différentes et superposées, la plus fine sur la peau. Un fort calecon de laine, un paletot en peau d'animal, et par-dessus le paletot un vêlement enduit d’une substance imperméable qu'on obtient avec de la graine de lin, tel est le complément du costume, avec un bonnet en cuir lourré garni d'orcillettes à rabattements pour toute coiffure. Afin de garantir les mains qui, au contact de l'air, se gèleraient en quelques secondes, on mettra des mitaines recouvertes de longs gants de cuir fourré, Ajoutons que les cheveux et la barbe seront coupés aux ciseaux — le rasoir rendrait la peau Lrop sensible — tous les huit jours pour éviter

les glaçons qui s’altachent aux cheveux et aux poils du visage quand ils sont longs.

Au pôle plusieurs raisons déterminent la suppression du vin et de l’eau-de-vie.

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Donc point de ration pour personne de vin et d’eau-de-vie, remplacés comme boisson d’ordinaire par une certaine bière très-forte et trèsstomachique fabriquée à bord.

Du thé et du café au gré des hommes qui, en outre, recevront aux heures de fatigue ct d’épreuves du vin chaud, du punch et d’autres breuvages alcooliques ordonnés par l'hygiène,

Quant à la nourriture, elle se composera de soupe au Café, de lard salé, de conserves, parmi lesquelles figurera l'extrait de viande (£xtrac- Lum carnis Liebig); plus du bœuf salé et des pommes de terre en abondance, la pomme de terre étant antiscorbutique, et le scorbut étant toujours à craindre dans les longues campagnes en mer.

Avec cela du biscuit, et le plus souvent possible du pain frais.

L’hivernage dans une expédition telle que la comprend M. Gustave Lambert, est pour ainsi dire inévitable, et il serait presque fâächeux, à un certain point de vue, qu'il pût léviter.

I faut donc supposer un laps de temps de six mois, au moins, pendant lequel le navire enclavé dans les glaces, l'équipage soumis au froid le plus intense, devra vivre à bord, conserver sa

santé et soutenir son moral avec les seules ressources du bord.

Dès que lhivernage est décidé, le capitaine choisit l'endroit le plus favorable et prend les précautions nécessaires pour garantir autantque possible le vaisseau contre la trop grande pression des glaces, À cet effet on l'entoure d’une véritable fortification de charpente. Puis il est dégréé, recouvert en entier de grandes et fortes tentes, pendant qu'on fait, à l’intérieur, disparaitre autant que possible, les angles formés par les cloisons, où se logerait la glace.

Occuper le moral de équipage au profit de son instruction, est un des côtés les plus imporlnts du programme de M. Gustave Lambert.

Examinons ce programme :

Des sept heures dü malin, — les chronomèlres seuls pourront indiquer les heures, puisqu'ii sera toujours minuit là-bas, — il + aura conseil des officiers présidés naturellement par le capilaine.

Ensuile conscil d'hygiène par les médecins.

Puis on remontera les chronomeétres, et des

observations météorologiques seront faites par les uns, pendant que d’autres présideront, sur le pont, aux exercices de gymnastique obligatoires.

La soupe au café sera servie alors,

Ce premier repas pris, le bâtiment se transformera en Sorbonne.

Des cours réguliers, sérieux, auront lieu pour l'instruction de tous les hommes. Les officiers elles médecins deviendront autant de professeurs de l’université du navire boréal.

Quelle instruction sera plus solide et plus va: riée : Cours de morale et de littérature; — Cours de mathématiques à différents degrés ; — Préparation aux grades de capitaine au long cours et de maitre ou cabotage; -— Cours d’astrono: mie, de phy".que, de chimie, de g'logie, de minéralogie, de botanique, de dessin et de musique vocale. Pour les matelots sans aucune instruction, s’il s’en trouve, on fera des cours clémentaires de lecture, d'écriture et de calcul,

Ce n’est pas tout,

Ua journal, un vrai journal auquel je voudrais bien être abonné, littéraire et scientifique, ayant pour rédacteur en chef M. Gustave Lambert el pour collaborateurs tous ceux qui sc

sentiront capables d'écrire et dont les articles

seront acceptés, paraîtra lous les huit jours autographié, et sera distribué gralis à chaque homme.

Si le journal n’est pas politique, c’est que les changements de ministère perdent de leur inlérèt au pôle et que l'agence Havas ne va pas jusque là.

M. Lambert qui, pour se distraire de ses travaux scientifiques alors qu’il était encore dans les écoles, a écrit six ou sept drames, trouvera dans les glaces polaires une belle occasion de se faire jouer.

Si, par une semblable latitude, le public ne reste pas froid aux représentations dramaliques, c'est qu'il y aura de la chaleur dans le style des drames.

On jouera aussi le vaudeville et peut-être mème l’opérette afin que M. Offenbach étende son empire au-delà des mondes habités.

Enfin les livres d'une bibliothèque de choix seront mis à la disposition de tous, et il sera permis de faire la partie de dames, de dominos et d'échecs.

Les cartes seront rigoureusement probibées, el défense expresse sera faite de jouer de l'ar-

vent,

ua res de mélancolie, de crainte, de regret ou de désespérance, quand âme émue vibre péniblement aux souvenirs qui lui sont chers, — la patrie, la famille, le soleil! — et que l'esprit retourne au Créateur en l’implorant, le marin, au pôle, a pour temple les profondeurs du ciel étoilé, Pinfini qui l'entoure de partout et le silence de la nature,

«Le ciel et la terre se taisent « écrit le poëte philosophe de Child Harold » tout est concentré dans une vie intense, en laquelle il n’est pas un rayon, pas un füfie, pas une feuille qui n'ait sa part deviens». ne sente la présence de l'Étre créateur £i conservateur de toute chose. Alors s’éveille ce sent": at de l'infini que nous épronvons dans la solitude, là où nous sommes le moins seuls; c'est la vérité qui s’infuse dans notre être et le purifie du moi personnel; c’est une vibration, âme et source de la musique, qui nous inilie à l’éternelle harmonie, répand atUour de nous nn charme pareil à la ceinture ".Juleuse üe + sthérée, unissant toutes choses dans les liens &: la beauté, et qui désarmerait

jusqu'au spectre de la mort, si sa puissance était matérielle, Combien ils eurent raison, les anciens Persans, de lui donc autels les hauts lieux et le sommet des mo: soureilleux, cl de ne point emprisonner dans des murailles le culte de Pésprit qui n’est honoré qu’imparfaitement dans des sanctuaires élevés par la main des hommes. Comparez vos colonnes, vos temples grecs ou gothiques, destinés à abriter des idoles, avec l'air et la terre, et gardez-vous de circonscrire la prière dans une étroite enceinte. »

Le marin polaire répétera ces graves et mé- “ Jancoliques paroles, et dans lu silence d’une nuit de six mois éclairée par la lune et les archipels d'étoiles qui peuplent Pocéan infini de l'éther, il chantera d’une voix douce cet extatique avec le poëte des Mélodies irlandaises :

«n’est rien de brillant que le ciel. L'éclat des ailes de la gloire est faux et passager comine les teintes pälissantes des rois; les fleurs de

l'amour, de lPespérance, de la beauté s’épanouissent pour la {ombe : il n’est rien de brillant que le ciel. »

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