‹ Gustave MoreauChapitre 13 sur 53 · Voir l'Appendice, $ IL · texte numérisé non relu

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Martin, Sainte Elisabeth (le miracle des roses), etc., toute une

hagiographie transcendante.

Un événement fait époque dans la vie de Moreau. Vers 1881, un ingénieux amateur de grand art, M. Antony Roux, de Marseille, lui commanda l'illustration des plus belles Fables de La Fontaine. Comme nous le verrons, loin de sortir de ses préoccupations familières, l'artiste trouve un champ naturel au développement de son esthétique dans les apologues du « bonhomme ». En 1882, vingtcing aquarelles de cette série sont exposées dans les galeries Durand- Ruel; en 1886, le travail est achevé : quarante nouvelles aquarelles complètent l'ouvrage, et avec elles sont exposées, chez Goupil, rue Chaptal, six des grandes aquarelles les plus notoires : Le Poète persan, L'Éléphant sacré, Bethsabée (musée du Luxembourg, don Charles Hayem), Ganymède, Le Sphinx vainqueur, Salomé à la prison. Si l’on pense aux deux grandes images que l'artiste a élaborées dans son cerveau pour les condenser dans les deux œuvres signalées du Salon de 1880, on demeure stupéfait du commerce infatigable qu'il a entretenu durant cette période avec le monde des idées et des formes, avec toutes les traditions de l’univers.

Quelle est la ce/la, dans le panthéon des dieux abolis, qu'il n’ail visitée? Feuillet par feuillet, il a recomposé les chants d’une épopée plastique dont nous pouvons à peine songer à donner une idée.

Il a abattu toutes les frontières : la Grèce et l'Orient sont en lui ; ses cartons sont gonflés de milliers de notations documentaires et de combinaisons en suspens ; ses lardives années se passent dans la reprise des compositions qui ne l’ont pas encore satisfait ou dans de nouvelles improvisations. Morceau pense à la mort : il y pense comme à une consécration, en parle librement, avec une sérénité mêlée d’orgueil noble, et se hâte d'expliquer certaines obscurités, de consigner certains grands projets, de compléter son testament artistique par des retouches enfiévrées. Nul ne saura combien

de temps il a remué le projet des Lyres mortes el celui des Chimères

(&. m.), dont il reste un si surprenant dessin sur toile : ce sont les aboutissants de deux courants d'idées qu'il affectionna de si bonne heure! Mais sa dernière vigueur enfante toujours de saisis santes figurations, dans lesquelles le Principe de la Richesse prend définitivement le dessus au détriment de la ligne, où le décor devient exubérant, où la facture se dilue dans l'irradiation du

coloris. Tels une Sémélé prestigieuse,un dramatique Oreste, plusieurs

Pasiphaé, deux Suzanne, des Dalila, deux Sainte Cécile, un Jason et l'Amour, un Apollon et Marsyas, etc., conçus dans une sorte d'ivresse magique. Les Argonautes (daté 1897, &. x.), composition restée à l’état d’esquisse, annoncent encore, chez le maître défail-

lant, la joie de la toile neuve à charger et des couleurs à broyer,

l'enthousiasme du trophée à conquérir, de la Toison d'or à étreindre.

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