‹ Gustave MoreauChapitre 39 sur 53 · RS · texte numérisé non relu

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d'enseigner les hommes. Nous retrouvons le même essaim diapré adulant et caressant avec une ferveur discrète l’éphèbe Hésiode, le doux pasteur ingénu, attentif à recueillir parmi leur murmure les secrets de la théogonie; tel Bouddha parmi les gopis. Enfin, ce sont elles toujours qui s’avancent en bataillon serré dans l’aquarelle du musée du Luxembourg (don Charles Hayem). Étroitement unies, sévères sous la parure, elles vont le long du fleuve, et leur chant est une prédication, peut-être une prophétie, qui s'achève en augural unisson. Devant elles, un cygne fendant l’air semble guider leurs pas, tandis qu'Éros, embusqué derrière un arbrisseau, leur adresse vainement des paroles de miel; car — et telle est la moralité de cette exquise idylle — les chastes Piérides, absorbées par l'idéal qu’elles proclament, sont insensibles aux promesses ailées de l'Amour.

Pour se redire à l’aise, Moreau se servit presque uniquement de l’aquarelle dans la série apollinienne. Un lavis en camaïeu rehaussé, préparé pour être exécuté en émail (musée du Luxembourg, don Charles Hayem\, Les Plaintes du poète, nous montre l'intimité du novice et de l’Inspiration : un délicat apprenti dont la lyre est brisée avoue ses larmes et son dépit à celle qui les calmera d’un sourire; comme un ramier blessé, il s'abandonne pantelant; mais, d’une main maternelle relevant la paupière alanguie de l'enfant, elle a déjà baigné ses yeux de salutaires effluves. Hésiode et la Muse, c’est l'éducatrice ouvrant du geste les voies au missionnaire de l'art et conférant à la lyre les vertus éternelles. Vers Le soir, c'est l'Esprit harmonieux suspendu sur les eaux d’un lac, à l’heure où paraît la première étoile, Vates, Musica sacra, répètent le thème de l’apostolat ; Les Épreuves nous présentent un type remarquable du poète souffrant : sa tête douloureuse porte une riche auréole ; sa robe talaire fait hésiter sur son sexe ; enfin, d’étranges petites créatures volantes - notons ce trait — le circonviennent et l’obsèdent.

Parfois, échevelé, en proie à la démence poétique, le citharède vague dans les grands bois. Parfois Pégase le surprend endormi de fatigue. Tout est péril pour lui, les fauves et la foule ingrate ; et n'est-il pas déchiré d’un perpétuel tourment, oppressé par le souvenir d'infortunées amours, par l'instinct de sa faiblesse humaine, par la nostalgie qui étreint les âmes où réside un dieu? Combien ont péri sans funérailles, au fond des ravins solitaires ! Certes, il arrive qu'un centaure charitable recueille la victime et songe, en son simple cœur, que l’homme estinsensé (Le Centaure et le poète”, &..); mais l'oubli, comme une eau dormante, ensevelit la plupart. À ceux-

GUSTAVE MOREAU 105 là Moreau comptait dédier une sorte de commémoration collective en ébauchant le tableau des Lyres mortes (inachevé, G.M.) : sur un gouffre où s'engloulit le troupeau des poètes vaincus par la vie se dresse,

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