XXX. — L'APPARITION
En même temps que la peinture de SALOMÉ, G. Moreau exposait en 1876 une aquarelle où le même thème prend une forme plus dramatique.
Hérode, relégué cette fois vers la gauche, de profil, auprès d’'Hérodiade silencieuse et de la musicienne accroupie, cède la place centrale à L'APFPARITION qui arrête tout à coup Salomé au milieu de sa danse : la tête de Jean-Baptiste, nimbée de lumière, et dont le sang dégoutte sur les dalles en large flaque.
La jeune femme est ici demi-nue, parée seulement de ceintures, de colliers et de bracelets d’orfèvrerie. Dans un geste, à peine modifié cependant, elle semble ici vouloir chasser la vision sanglante.
« Rien de féerique — écrivait Paul de Saint-Victor dans la Liberté—comme cette nudité diamantée qui sent la houri... le profil ascétique de saint Jean se dessine en traits compacts et heurtés, comme sur le champ d'or d’une médaille dans une auréole de
pourpre sanglante... L'’exécution est aussi somptueusement ouyragée et brodée que celle du tableau. Cela donne la sensation d’un écrin brusquement ouvert. )
« On n'’imagine pas — ajoute E. Blavet — l'effet effrayant de cette tête coupée saignant sur les dalles à la face de ces inaltérables Orientaux. C'est la plus horrible des tragédies et la plus prestigieuse des peintures. )
Plus froidement, Paul Mantz analysait l'œuvre en CESTEÉIMESIE
« 11 s’agit sans doute d’une allégorie du remords. Rien de plus étrange que cette aquarelle, d’un romantisme excessif et d’un ragoût délicatement exceptionnel. Le bourreau ne dit pas grand chose, la tête tranchée n'est point terrible. Mais M. Moreau a montré le plus rare caprice, l'invention la plus voluptueuse dans la figure dansante de la fille d’Hérodiade. Elle arrive chargée de lourds colliers, de bracelets, de pierreries serties en ceintures, dont les courbes épousent la forme du corps et n’en cachent qu'à demi les élégances. Cette figure, d’une sayeur asiatique, a l'originalité et le caprice. Nous ne disons pas qu'elle a le sentiment.»
L'APPARITION, qui était le joyau de la collection Ch. Hayem, a été donnée au musée du Luxembourg en même temps que douze autres aquarelles ou peintures de la même provenance.
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