‹ Gustave Moreau; 48 planches hors texteChapitre 38 sur 52 · XXXIX. —UBETHSABÉE · texte numérisé non relu

XXXIX. —UBETHSABÉE

Esthètes et rapins en mal d’au delà, de perversités inédites et de vices suprêmes s’accordent désormais à chercher en l’honnête Moreau le parrain de leurs goûts équivoques. Dans les romans de pornographie mystique qui préludèrent à la Rose-Croix, on ne yit plus circuler que femmes nues cerclées de joaïlleries et androgynes porteurs de tiares à la façon des héros de notre peintre.

Dans ses Sensations et Souvenirs, publiés en 1895, Jean Lorrain nous apporte l'écho de ces admirations compromettantes : « Gustave Moreau CESTUIHEVTANNSOTCIET....: Visionnaire comme pas un, la sphère des rêves lui appartient, mais, malade de ses yisions jusqu’à en faire passer dans ses œuvres le frisson d’angoisse et de désespérance, il a, le maître sorcier, envoüté son époque, ensorcelé ses contemporains, contaminé d'’idéal cette fin de siècle sceptique et pratique, et, sous le rayonnement de sa peinture, toute une génération de jeunes hommes s’est formée, douloureuse et alanguiïie, les yeux obstinément tournés vers le passé et la magie de jadis ; toute une génération de littérateurs et de poètes surtout, nostalgiquement

épris, eux aussi, de sveltes Salomés ruisselantes de pierreries et de Muses porteuses d'exsangues tête coupées... C'est extasiantes et extasiées qu'il fait toujours surgir ses princesses de rêves dans ieur nudité cuirassée d'’orfèvreries : léthargiques et comme offertes dans un demi-ensommeillement, presque spectrales tant elles sont lointaines, elles n'en réveillent que plus énergiquement les sens, n'en domptent que plus sûrement la volonté avec leur charme de grandes fleurs pensives et yénériennes poussées dans des siècles sacrilèges et jusqu'à nous épanouies par l’occulte pouvoir de damnables souvenirs...

« Oh T celui-là peut se vanter d’avoir forcé le seuil du mystère, celui-là peut revendiquer sûrement la gloire d’avoir troublé tout son siècle. Il a donné à toute une génération d'artistes, malades aujourd’hui d'au delà et de mysticisme, le dangereux amour de délicieuses mortes, 1es mortes de jadis ressuscitées par lui dans le miroir

« Oh T cette douloureuse hantise des symboles et des perversités des vieilles théogonies, cette curiosité des stupres divins adorés dans les religions défuntes, est-elle assez devenue la maladie exquise des délicats de cette fin de siècle I »

Devant la BETHSABÉE exposée chez Goupil en 1886, nous laissons au lecteur le soin de distinguer entre la noble tenue de l’œuvre et l’émoi singulier que les créations de l'artiste éveillaient chez ses commentateurs plus ou moins détraqués.

Ps) Se?

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