XXXVIIIL — LE SPHINX VAINQUEUR
« Eloigné de la cohue qui nous verse, à chaque mois de Marie, l’ipéca spirituel du grand art — clame Huysmans — M. Gustave Moreau n'a plus, depuis des années, immobilisé de toiles sous les mousselines qui sèchent, en pavillonnant, de même que de misérables dais, dans les hangars vitrés du Palais de l'Industrie.)
Avec le Salon de 1880, en effet, se termine définitivement la participation de Gustave Moreau aux expositions officielles. Retraite très digne et très discrète, sans aucune manifestation bruyante, mais qui mit le sceau à une réputation déjà trop établie de mystère et d’étrangeté malsaine.
Un ensemble d’aquarelles, parmi lesquelles le SPHINX VAINQUEUR reproduit ci-contre, fut exposé chez Goupil, rue Chaptal, en 1886, et Saabte AE dernière fois le public en communication avec l'artiste. Ce fut un pèlerinage pour ce petit groupe
de post-romantiques qui professaient alors avec une violence agressive leur mépris des gens bien portants et se paraient de prétentions un peu jobardes au satanisme et à la magie.
« Ce fut — écrivait Huysmans — un autodafé de ciels immenses en ignition; des globes écrasés de soleils saignants, des hémorragies d’astres coulant en des cataractes de pourpre sur des touffes culbutées de nues. Sur ces fonds d’un fracas terrible, de silencieuses femmes passaient, nues ou accoutrées d'’étoffes serties de cabochons comme de vieilles reliures d’'évangéliaires, des déesses chevauchant des hippogriffes et rayonnant du lapis de leurs ailes l’agonie des nuées, des idoles féminines, tiarées, debout sur des trônes aux marches submergées par d’extraordinaires fleurs ou assises, en des poses rigides, sur des éléphants aux fronts mantelés de verts, aux poitrails chappés NORITOIS ee »
« Une impression identique — continuait Huysmans — surgissait de ces scènes diverses, l'impression de l’onanisme spirituel, répété, dans une chair chaste; l'impression d’une vierge, pourvue dans un corps d’une solennelle grâce, d’une âme épuisée par des idées solitaires, par des pensées secrètes, d'une femme, assise en elle-même et se radotant, dans de sacramentelles formules de prières obscures, d'insidieux appels aux sacrilèges et aux stupres, aux tortures et aux meurtres. })
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