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-- Entrez, dit M. Dumont,
Un monsieur, bier mis, se présente en disant :
— Ai-je l'honneur de parler au révérend M. Dumont ?
— C'est moi-même monsieur, à votre service, répondit M. Dumont, veuillez vous asseoir.
— Merci ; ne voulant pas abuser de votre temps, dit le monsieur, je vous dirai, tout de suite, que je suis délégué auprès de vous, pour vous prier de revénir sur votre résolution de donner, ce soir, une lecture sur le Catholicisme romain.
— Qui représentez-vous ? dit M. Dumont avec un sourir amér.
— Je n’ai pas besoin de vous dire que ce sont. les catholiques qui m'ont envoyé ici, répondit le délégué.
-— Et quels sont les titres, reprit M: Dumont avec ironie, qui puissent accréditer une pareille demande !
— Monsieur, répondit le délégué avec assurance, mes titres sont ceux que. possède tout honnête citoyen qui veut vivre en, paix avec son voisin ; nous, catholiques, ne voulons pas que les désordres qui ont eu lieu dernièrement à S... soient renouvelés ici. De plus, je vous avertis que nous n’eadurerons point que vous .insultiez notre religion, nos épouses et nos filles, comme vous l’ayez fait en cette dernière ville ; si vous aimez un peu la justic, vous devez voir que notre demande est raisonnable.
— Vous appeléz cela ‘le la justice ! s’écria .M. Dumont
avec colère, vouloir empêcher que vos erreurs, vos idolä-
tries et les crimes de vos prêtres soient mis au jour! Ah:! je vous conna :. Vous voudriez étre les maîtres dans ce pays ; gare à vous, si jamais vous réussissez à nous.fermer la bouche.
— Je ne suis pas venu ici pour assister à une conférence, dit le délégué. sans s’émouvoir, je connais vos sentiments à notre égard; cependant, malgré votre, haine pour les catholiques, il ne. vous est pas permis. de les injurier ou de leur cracher à la figure, uniquement, parce qu'ils sont catholiques. Je. vous dirai de plus, que. nous employons un moyen bien légitime pour MA HE justice: ; si nous vous laissons faire, nous ne mériterions pas d’être
considérés comme bons citoyens, et serions des hommes sans cœur. D'ailleurs, si je suis venu ici, c’est unique- À
ment pour vous épargner la honte d’une défense faite par les autorités de cette ville, qui auraient certainement fait | droit à la requête que voïci, car elle porte la signature |! d’un grand nombre de citoyens les plus influents, tant
protestants que catholiques. Si vous refusez d'accéder à ma demande, je suis chargé d’aller tout de suite chez M. # le maire ; dans une heure tout au plus, il vous aura fait
connaître sa décision ; tenez, ajouta-t-il, en lui présentant
sa requête, voyez par vous même, décidez ce que vous M
allez faire.
M. Dumont prit la requête avec dépit. En la parcourant, il vit qu’elle était couverte de nombreuses signatu- |" res ; la colère s’empara de lui, il vit qu’il était obligé de
renoncer à son projet, aussi remet-il la requête au délé- 3
gué en disant d’un ton irrité :
— je vois qu'avec une pareille requête, il me faut re- En
noncer à la conférence que je voulais donner ce soir ;
mais, sachez bien que si jy renonce, ce n’est qu'en
cédant à la force. È
— J'aurais mieux aimé vous voir céder par esprit de À justice, dit le délégué ; veuillez cependant me donner votre décision par écrit.
— Je n'y vois point de nécessité, répondit sèchement M
M. Dumont,
— Alors il me reste plus qu’à aller chez le maire, reprit à '
lc délégué en se levant ; car qui m’assure que vous tiendrez votre promesse ? # — Me prenez-vous pour un menteur? dit le ministre rouge de colère.
— Soyez calme, je vous prie, reprit le délégué ; ne comprenez-vous pas que m1 position de délégué exige de moi la possession d’une preuve par écrit ? W — Je vais vous en donner une, puisqu'il le faut, dit À M. Dumont tremblant de dépit ; Et prenant une plume il griffonna plutôt qu’il n'écrivit la promesse. Puis il la remit au délégué, et lui lançant un regard de mépris :
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— Je me vengerai bien de cette défaite, dit-il ; aussitôt
MU arrivé à St. Louis, je reprendrai au centuple ce que vous
m'ôtez aujourd'hui.
— Il faut espérer, monsieur, dit le délégué en souriant, } que les catholiques et les protestants de St. Louis, savent vivre en aussi bon accord que ceux de cette ville, et qu’ils ne vous laisseront insulter qui que ce soit. Tout en vous remerciant de votre décision, je désire, que si jamais
} nous nous rencontrons plus tard, nous soyons meilleurs
amis. Au revoir, monsieur ; et après avoir salué, il sortit. Après le départ du délégué, M. Dumont se mit à arpenter sa chambre de long en large sans proférer une
2! parole ; l’humiliation qu’il venait de subir le remplissait
de colère ; il ne savait que faire. Enfin il prend une | résolution subite et dit à son épouse :
L — Louise, je vais partir d’ici immédiatement ; fais les
he faut re- MN préparatifs du départ.
Deux heures plus tard, M. Dumont et sa famille, pre-
! naïent passage à bord d’un bateau à vapeur en destina-
| tion pour St. Louis, but de leur voyage.
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