‹ Gustave ou Un héros canadien [microforme]Chapitre 30 sur 70 · SŒURS DE CHARITÉ.—TABLEAU D'UNE DE LEURS MAISONS · texte numérisé non relu

SŒURS DE CHARITÉ.—TABLEAU D'UNE DE LEURS MAISONS

Nous voilà enfin arrivés à St. Louis, disaient tour à tour les passagers joyeux à mesure qu’ils s'emparaient de leurs

Lewis, qui demeurait dans la ville, avait laissé son adresse

plus loin, était parti en serrant la main de notre héros, en

son courage, Une députation, composée de membres de l'Eglise que

pour souhaiter la bienvenue à leur nouveau pasteur, et le conduire à la jolie maison qu’on lui avait préparée. Située

ville, cette habitation ne le cédait guère, aux résidences des alentours pour la beauté et la richesse de son an.eu-

blemeut. M et Mme. Dumont, contents et joyeux, marquèrent leur approbation par leurs sourires et leurs remerciements. Le tout fut terminé,par un discours très approprié, que fit M. Dumont à ses nouveaux fidèles réunis dans l'église pour le recevoir.

St. Louis est une des villes les plus considérables du Grand Ouest. Son site fut choisi le 15 Février 1764 par Laclède, qui lui donna ce nom en l’honneur de Lou's XV roi de France. Il fit bâtir un fort, et y établit un entrepôt, pour faire le commerce de fourrurs avec les Sauvages, qui venaient de très loin apporter le rroduit de leurs chasses, consistant en peaux de buffles, de chevreuils, de loups, de castors etc., qu’ils échangeaient pour quelques provisions, du coton et des couvertures de laine. Le 11 Août 1768, Rious. avec une petite bande de troupes espagnoles, en prit possession au nom de Sa Majesté la reine d’Espagne, qui le garda jusqu'au moment, où l'Etat du Missouri fut transféré aux Etats-Unis, par l’acte du 26 Mai 1804. Comme ville, elle ne date que de l’année 1822;

sa population, alors, était de moins de cinq mille âmes, Ek

Mais ses progrès furent si rapides, que trente ans après, (1852} elle comptait plus de cent mille habitants ; ses rues sont larges et régulières, la rue Front, joignant la luvée, a cent pieds de largeur. On y comptait, à cette époque plus de soixante-dix églises, dont plusieurs appartenaient aux catholiques. Parmi les plus importantes, on distingue la Cathédrale et celle attenant à l'hôpital des religieuses de St. Joseph ; on y voit aussi un grand nombre de maisons d'éducation et de couvents, deux hôpitaux tenus par les Sœurs dé la Charité et l’Université St. Louis, fondée en 1832, sous le patronage d= l’Evêque catholique. Sa levée à plus de trois milies de longueur, et elle est toujours bordée, par un grand nombre de bateaux à vapeur, (on en a compté jusqu’à deux cents) venant des rivières Missouri, Illinois, Ohio, V/abash, Mississipi en amont’ et

Missesipi en aval, c’est-à-dire depuis la Nouvelle-Orléans à :

jusqu’à St. Paul” Minnésota, villes distantes de près de deux mille milles. De nombreux chemins de fer viennent y aboutir de tous les côtés, et jusqu'à l'année 1862, St.

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Louis était le point de départ desaventuriers,qui-commençaient de là, leurs rudes voyages à travers les forêts.et les prairies sauvages pour se rendre au-delà des Montagnes Rocheuses.

Deux jours après leur arrivée, M. Dumont et Gustave firent une visite à M. Lewis, qui les reçût fort rordialement ; après avoir longuement parlé des nouvelles du jour et du long voyage qu’ils venaient de faire, M. Lewis parla en ces termes :

M. Dumont, depuis que nous nous, sommes quittés sur le vapeur, j'ai souvent pensé à votre fils, qui fait preuve de beaucoup d'intelligence et de grands talents, et j'en suis venu à la conclusion,'qu’il serait bon de s'occuper de lui. Voici ce que je propose de faire si vous y consentez : j'offre de me charger &e compléter son éducation, je le: placerai dans un de nos meilleurs collèges, et je l’enverraï même aux Universités d'Europe, afin qu’il puisse parvenir aux plus hauts degrés de la science. De plus, je suis riche et n’ayant qu’une fille, je pourrai assurer un avénir à votre fils. A tout cela, je ne mettrai qu’une condition, c’est qu’ilcesse de pratiquer les exercices de sa religion, qui ne sont pas conformes à l'Evangile, et que plus tard il ne doit pas manquer de considérer comme des folies. Voyons, qu’en dites-vous jeune homme,

—Monsieur, répondit celui-ci. d’un ton respectueux, l'offre belle et généreuse que vous venez de me faire, est certainement une preuve d'amitié, que je n'ai nullement méritée. Peu de jeunes gens de mon âgeauront le même honpeur, et je vous en suis très reconnaissant ; il rne fait peine cependant de ne pouvoir accepter votre offre toute belle et généreuse qu'elle: soit, car il me faudrait manquer à l’honneur, en ne remplissant pas la condition que vous y mettez, ou me rendre coupable d’apostasie, en abandonnant une Eglise qui est pour moi, après. Dieu, ce qu’il y a de plus sacré ; et comme je ne voudrais me rendre coupable ni de l’une ni de’ l’autre de ces fautes, il m'est impossible d'accéder à vos désirs, j'espère toutefois, que vous ne’verrez dans ce refus autre chose, que la conséquence de mes principes; l'honneur et le devoir. Vauillez accepter mes

sincères remerciments, et soyez persuadé que jamais je n'oublierai votre bonté pour moi.

—Tu me feras toujours honte, s’écria M. Dumont avec colère ; ne voistu pas-que tu as offensé ce monsieur, si bon, si généreux et qui prend tant d’intérêt pour ton avenir, par le refus que tu viens de lui faire ?

—Si je vous ai offensé, monsieur, dit Gustave, je vous prie de me pardonner, car c'était loin de mon inten-

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tion.

— Assez ! interrompit M. Dumont, tu t’apercevras bien- ; tôt du tort que tu viens de te faire, mais il sera trop tard. 6 — Non pas trop tard, dit M. Lewis, qui aimait la candeur de Gustave ; non jeune homme, réfléchissez bien, et si jamais vous vous décidez à accepter mon offre, je serai | € toujours prêt à remplir ma promesse. Quelques moments 2

après, Gustave, de retour à la maison, ne tarda pas à se rendre auprès de sa mère, pour lui faire connaître ce qui s'était passé.

Queiques jours après, pendant le souper, madame ) Dumont, s'adressant à son époux lui dit :

—Je suis certaine, que tu ne peux deviner, qui est venu . ici aujourd’hui,

M. Lewis, nous a rendu notre visite, je suppose, répondit M. Dumont.

Ah ! tu en es loin, reprit madame Dumont en sou-

riant.

—Quelques membres de notre Eglise, continua M. Dumont.

—Je vois que tu ne peux deviner, c’est... c’est. dit madame Dumont en hésitant, c’est une sœur de charité, française je crois, qui est venue me demandet de souscrire à leur œuvre.

— J'espère, dit M. Dumont, que tu l'as mise à la porte, aussitôt que tu l'as aperçue.

—Non, reprit vivement madame Dumont, je ne l’ai pas mise à la porte, je connais trop le savoir-vivre pour cela ; j'ai été au contraire, frappée en la voyant ; ses manières distinguées, sa figure noble sur laquelle étaient empreintes Ja candeur et la chasteté, son appel chaleureux pour les

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pauvres, m'ont tellement impressionnée; que je pris dix piastres et les lui donnai avec plaisir.

— Comment ! s’écria M. Dumont d’un ton de colère, tu me dis que tu as souscrit dix piastres pour soutenir ces couvents infâmes, dans l’enceinte desquels se commettent tous les crimes et toutes les débauches ! là où l’on met à mort des milliers d'enfants illégitimes, pour les enterrer ensuite dans les caves et souterrains qui abondent sous ces enfers de la terre !

Il allait continuer sur ce ton, mais son attention fut attirée par Gustave, qui indigné, s'était levé subitement et s’éloignait en pleurant. Il le rappelle et lui dit :

—Ne connais-tu pas mieux que cela, Gustave? Ne sais-tu pas que tu manques de respect envers tes parents, en te levant ainsi de table pendant qu’ils sont encore assis P

Au même instant, la servante vint annoncer qu’elle venait de faire entrer M, Lewis au salon, M. et Madame Dumont s’empressèrent d'aller au devant de lui.

Après les saluts d'usage :

—J'aime à croire, que vous vous plaisez dans votre nouvelle demeure et que vous aimez notre ville, dit M, Lewis.

—Nous trouvons notre demeure magnifique, répondirent ensemble M. et Mad.-Dumont en souriant, et les habitants de cette ville sont on ne peut mieux ; vous pouvez en juger vous-même, voyez, on n'a rien oublié pour rendre notre séjour très agréable.

— J'en suis bien aise, et j'espère que vous jouirez toujours du bien-être que méritent vos talents ; mais où est donc votre fils? Je ne le vois point ; l’avez-vous placé au collége ?

—Pas encore, répnndit M. Dumont, il est ici, et je vous demande bien pardon de ne pas j’avoir fait venir plus tôt ; mais venez donc prendre le souper avec nous, nous étions sur le point de nous mettre à table lorsque vous êtes entré. :

—Très volontiers, dit M. Lewis, car j'ai une faim de bûcheron. J'ai été très occupé toute la journée, et n'ai

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pas eu le temps de m'occuper de mon estomaé, qui commence à se révolter ; je remercie ma bonne étoile, qui m’a conduit ici pour apaiser sa colère. |

On se rendit à la salle à dîner, mais Gustave n’y était | päs. Alice, occupée à regarder par la fenêtre, paraissait triste ; en entendant les nouvéaux venus ‘entrer, elle se rétourna et rougit en apercevant M. Lewis, qui s’avançait vers elle.

—Qu'avez-vous donc, gentille enfant ; lui dit-il.

—kRien, rien, monsieur, répondit Alice en baïssant la vué.

—Ce sont des caprices d’enfant,:se hâta de répondre M. Dumont, en regardant sa fille d’un air sévère ; j'ai voulu, tout à l'héure, réprimander son frère, qui se mit à pleurer ; elle ne peut le voir attristé, qu'aussitôt elle ne l’imite ; on dirait vraiment à les voir, qu'un même cœur et une ième âme habite les deux corps.

Ah ! s’il en était ainsi dans toutes les fathilles, dit M. Lewis ; le monde serait heureux, on ne verrait pas autant de dissensions qui déshonorent même les familles les plus élevées. Ne réprimandez pas vos enfants pour céla, cherchez plutôt à leur faire conserver la tendre amitié et: l’amour fraternel que j'ai remarqué en eux ; mais où est donc votre frère ? ajouta-t-il en s'adressant à Alice.

—Je le crois dans sa: chambre, monsieur, répondit Alice.

Pendant que ceci se passait, Mad. Dumont, qui dès son entrée dans la salle, s'était aperçue de l'absence de son fils, s'était empressée de monter à sa chambre, où elle le trouva agenouillé et pridrit avec férveur ; ne pouvant maîtriser l'émotion qu'elle éprouva, enle voyant dans une attitude aussi pieuse et aussi Lol elle dût s'éloi-

ner pendant quelques instants ; erfin elle se décida à Éacsater et-lui dit de sa voix la plus douce :

—Mon cher enfant, il ne faut point t'attrister ainsi, tâche d’être plus gai avec nous, tu me reñdrais plus heureuse ; mais j'oubliais... M. Lewis est en bas qui nous attend, et doit prendre le-souper avec nous ; comme il a témoigné le désir de ‘te voir, je suis venue te chércher, vite, descendons.

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Pour toute réponse, Gustave embrassa tendrement sa mère, et lui donnant le bras, il descéndit avec elle en essayant de faire disparaître toutes traces du chagrin qu'il venait d’avoir, On eut dit que rien ne s'était passé quand, en saluant M. Lewis, il prit sa place à table.

—Je suis bien aise de vous voir aussi gai, lui dit M: Lewis avec bicnveillance, on ne dirait pas à vous voir, que vous avez éprouvé de la peine ; il ne faut pas vous attrister ainsi lorsque votre digne père vous parle ; il né veut que votre bien, n'est-il pas vrai ? demanda:t-il en s'adressant à M. Dumont.

—Je fais tout en mon pouvoir, répondit M. Dumont, pour donner àmon fils l'instruction qu’il doit avoir sur les vérités de l'Evangile, * lui faire abhorrer les superstitions de l'Eglise dans laqueile il a été élevé ; j'ai voulu lui dévoiler, il y a un instant, l’odieux de la conduite que mènent quelques-uns des adhérents de cette Eglise, aussitôt il se mit à pleurer et voulut s'éloigner ; je lui ai fait voir son peu de délicatese, et pour toute réponse il s’est réfugié dans sa chambre. Je crains, monsieur, qu’il ne reste longtemps rebelle à mes conseils, car ses convictions sont tellément enracinées en lui, qu'il faudra presque un, miracle pour le convertir à Dieu.

— J'ai plus de confiance que cela en votre fils, répondit M Lewis, et j'ai l'espérance qu'avant peu il sera des nôtres ; mais je serais curieux de savoir, cette fois, quelle est la cause de son chagrin, et ce que vous lui avez dit qui ait pu lui causer une si pénible impression.

— Pour mieux vous répondre, dit M. Dumont, je dois vous dire que. mon. épousé a reçu, aujourd’hui, la visite d’une de ces mendiantes,qui se nomment Sœurs de charité, et qui vont de porte en porte quêter pour les pauvres au nom de Dieu. Vous savez comme moi, que cela n’est pas leur but; ifnaginez-vous que cette mendiante, à force d’hypocrisie et de mensonges, a trompé la vigilance de mon épouse à. un tel. point, que celle-ci lui a donné dix piastres sous forme de souscription.. Naturellement indigné à cette nouvelle, j'ai voulu la mettre sur ses gardes, en lui. faisant, connaître leurs infamies ; c’est alors que

mon fils s’est levé de table.

108 GUSTAVE —Vous n'avez pas bien fait d’avoir agiainsi, mon cher MD faitc enfant, reprit M. Lewis ; si votie père vous a parlé de dan la sorte, c’est pour vous prémunir contre les dangers qui auss vous menacent ; vous commencez à être d’âge à tomber gran dans l’abîme que vous dressent ces personnes à l’exté- bles rieur religieux, mais qui dans l’intérieur, ne sont que des les t esclaves de Satan ét de leurs passions. Vous devez avoir n qu'e lu la norration faite par Maria Monk sur les Sœurs de l repa l'Hôtel-Dieu à Montréal ; l’affaire de Charleston est en- — core fraîche à notre mémoire ; et dans les deux cas, vous nous ne nierez pas que les crimes les plus révoltants aient été mis peu : au jour. Voyons ! raisonnez un peu, et vous verrez que nous votre père aurait tort de ne pas vous instruire de pareils DH nous rx forfaits. enfai 1° Et voulant savoir ce que Gustave aurait à répondre, il | mais à ajouta : je pe — Parlez franchement, qu’avez-vous à répondre ? Etes- Gt

vous capable de prendre leur défense ?

—Je n'ose, monsieur, dit Gustave, surtout après les gra es accusations que vous venez de porter vous-même, je craindrais de vous offenser et de contrarier mon père.

— Non, non, reprit M. Lewis, vous ne m’offenserez pas plus que vous ne l'avez fait sur le vapeur, et votre père né sera pas contrarié, j'en suis certain, car vos moyens de défense en leur faveur ne seront pas formidables.

—Monsieur... dit Gustave, mais non... je ne puis ; et

il s'arrêta tout court. ; — Fais donc plaisir à ce bon monsieur en répondant, saint lui dit Mad. Dumont. menc —]Je vais répondre puisque vous le désirez ma mère, NN perm et prenant un ton persuadé, il ajouta en s'adressant à M. esprit Lewis ; avant tout, me serait-il permis de vous faire une en di question ? nauté —Parlez, j'écoute avez plaisir, dit M. Lewis. D les m —Alors, dit Gustave, je vous demanderai pourquoi, serez vous qui êtes un des citoyens les plus influents de cette | de ce vilie, vous qui par votre haute position, commandez le cile respect et l’estime de ses habitants, et qui avec quelques | impé autres citoyens de votre influence et de votre position ‘| vous

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