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faites-exécuter les lois ; pourquoi, dis-je, laissez-vous ici, dans cette grande ville, croître et exister des institutions aussi infâmes, qui, d’après vos propres paroles, ont un si grand mépris des lois et permettent des attrocités semblables ? Ne serait-ce point votre devoir de les traîner devant les tribunaux criminels pour leur faire subir les châtiments qu’elles méritent, et ainsi les anéantir pour né jamais reparaître P
—Ce serait en effet notre devoir, répondit M. Lewis, nous les avons tolérées trop longtemps, et j ‘spère qu'avant peu nous y verrons ; car en laissant subsister ces maisons, nous participons en quelque sorte à leurs méfaits, et Dieu nous en demandera compte. Je suis bien aise, mon cher enfant, que vous nous ayiez fait penser à notre devoir ; mais tout ceci n’est pas une réponse à ma question, je pense que vous cherchez à l’éluder.
Gustave, crut un instant qu’il avait été trop loin, l’idée du trouble que causerait aux bonnes sœurs une enquête, le fit pâlir ; la pensée que si réellement cette enquête avait lieu, il en seraic la cause, le faisait déjà se repentir d’avoir parlé, lorsqu'une idée lumineuse lui vint à l’esprit ; et prenant ce ton de douceur qu’on lui connait, il reprit avec calme.
— Non, monsieur, je ne veux point éluder votre ques-
H tion ou refuser d’y répondre ; tout ce que je crains, c’est
de ne pas être à la hauteur voulue, pour prendre d’une manière satisfaisante la défense de ces communautés saintes. Je vous demanderai seulement ; avant de commencer l’enquête que vous vous proposez de faire, de me permettre de vous y conduire, non en personne, mais en
| esprit ; et lorsque vous aurez entendu ce que je vais vous
en dire, fait entrevoir ou (exposé) ce à quoi ces communautés s'occupent, les bonnes œuvres qu’elles pratiquent, les privations et les désagréments qu’elles subissent ; vous serez en état de pénétrer plus facilement, dans l’intérieur
| de ces couvents et communautés, et la porte la plus diff- | cile à ouvrir your entrer dans ces maisons aux secréts | impénétrables, cèdera et mettra à découvert tout ce dont | vous avez bésoin pour vous faciliter l'enquête proposé.
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Soit, je t’accompagne avec plaisir, dit M. Lewis &n souriant.
Partons donc, reprit Gustave, mais avec-la ferme résolution de tout voir, de tout examiner et de ne rien perdre de vue ; notre but étant de savoir, si les rapports qu'on nous en a faits sont vrais, il faudra que rien ne nous échappe, que pas un coin ne reste inapercu et que notre courage ne nous quitte point. Pour miéux réussir, arrêtons-nous chez l’'k.‘que, chemin faisant, pour lui demander une lettre d'introduction ; après lui avoir fait connaître notre position et notre croyance, nous donnons à entendre, que nous aimerions à visiter ces beaux établissements dont nous avons seulement entendu parler, et nous faisons voir le plaisir que cela nous causerait ; l’Evêque nous reçoit avec bonheur ; nous félicite de notre ‘ décision et nous remet la missive désirée. Après l'avoir remercié, nous nos dirigeons vers la communauté. Tout en marchant, notre pensée se porte sur cette lettre d'introduction que 'Év vêque nous à donnée ; qui sait ? pensons-nous, cette lettre pourrait bien contenir quelque mystère où nous dresser quelques embâûches ; nous la regardons et nous voyons qu’elle n’est pas cachetée ; tout en manquant aux convenances, nous nous permettons de la lire et nous voyons, qu’il demande aux sœurs de nous laisser visiter leurs établissements ; en exprimant le désir qu’elles n’épargnent rien pour rendre notre visite agréable, et qu’elles nous montrent toute la maison de la cave au grenier. Honteux, nous replions la lettre et voudrions ne nous être point permis de la lire. Enfin nous arrivons et nous frappôns à la porte ; l’empressement que l’on met à nous ouvrit nous frappé. Ce n’est pas la coutume des maisons douteuses. Nous entrons... la portière est une jeune sœur qui, le sourire sur les lèvres, demande avec grâce et modestie ce qu'elle peut faire pour nous servir. Malgré la répugnance que nous avons toujours éprouvée pour ces maisons, nous ne pouvons nous empêcher d’admirer, et la jeune sœur et la propreté qui règne et embellit tons ces grands corridors qui viennent aboutir à la salle d'entrée; notre regard erre de côté et d'autre, nous
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oublions la. bonne reiigieuse qui attend notre réponse ; jusqu’à ce que honteux de nous-mêmes, nous remettons avec nos excuses notre lettre à la jeune sœur qui, après nous avoir donné des sièges, s’empresse de la porter à la supérieure. Ceti< dernière, après en avoir pris connaissance, vient nous souhaiter la bienvenue ; elle s'avance avec dignité, lé même sourire chaste nous accueille ; elle s'informe du lieu de notre résidence, de notre famille, de nos enfants qu’elle appelle des petits anges ; sa . >nversation nous plait, nous enchante et nous édifie ; mais nous pensons tout à coup à.notre mission, nous nous disons que c’est une ruse qu’elle emploie, pour détourner nos recherches et nous empêcher de visiter l’intérieur de la maison. Nous détournons la conversation, en lui disant que nous admirons l'ordre et la propreté qui règnent dans cette salle et les corridors, ayant le soin d’ajouter que l'intérieur de la maison doit être semblable. Oh! pardonnez-moi, nous répond-elle, j'oubliais déjà l'instruction que Monseigneur me donne, de vous faire voir toutes les dispositions et les différentes parties de notre communauté.
Elle sonne et commande à la sœur qui répond à son appel, de nous montrer tout, sans excepter les bâtiments de la cour, et après nous avoir salués, elle retourné à son devoir. La religieuse chargée de nous conduire s’approche etnous dit en sonriant : nous avons un long voyage à faire, je crains que vous n’éprouviez quelque fatigue ; par où voulez-vous commencer? Nous la remercions de sa sollicitude et nous lui répondons que nous aimerions à commencer par les caves et les souterrains, car nous craignons qu'elle nous tienne trop longtemps, dans les étages supérieurs et qu’ainsi, elle ne nous empèche d’atteindre le principal but de notre visite. C’est pensons-nous, dans les souterrains que doit être tout le mal. Nous descendons.… notre guide, nous procure des lumières et nous entrons dans les souterrains ; la vue de ces lieux mornes et silencieux nous effraie... les récits de Maria Monk et d’autres terribles histoires, que l’on a fait sur ces maisons montent à notre cerveau et y portent l'épouvante “
les fantômes de ceux qui doivent avoir péri ici, se dressent
devant notre imagination effrayée ; déjà nous regrettons jou d’avoir commencé notre exploration, et nous n’osons Jusq pénétrer plus avant; à mesure que nous avançons, les visil fantômes augmentent avec l’obscurité ; n’en pouvant plus, Que nous nous décidons de revenirsur nos pas et commençons che: à reculer ; mais notre guide, qui ne voit dans notre hési- VB tation autre chose que la timidité, prend le devant ét char d’une voix angélique nous rassure. A la faible clarté que der nous. donnent nos lampes dans ces lieux obscurs, elle nous B& de € paraît comme uu ange libérateur... nous nous apercevons la fi qu’elle ne craint pas d’être seule avec nous dans ces lieux d'un noirs et solitaires, que nous sommes pour elle des amis, js Thé des frères qui ne lui veulent aucun mal ; nous distirguons T3 la croix d’argcit qu’elle porte sur sa poitrine ; il nous enie, semble que cette croix grandit à mesure qu’elle avance, pus qu’elle gra1 dit. grandit jusqu’à ce qu’elle entoure toute onFA sa personne, comme pour la protéger ; ravis, nous la taget suivons, notre crainte s’évanouit et nous entrons üu peu offrir rassurés dans une grande enceinte remplir de tombes. A cr
peine sommes-nous entrés, que le but de nos recherches
revient à notre esprit, et tout en feignant d’examiner la notre
tombe de telle ou telle religieuse, nous sondons de la BR °mPr main les murs et les fondations. La moindre fissure au M Prése pavé attire notre attention, et nous espérons que notre ER ee
main touchera quelque ressort secret qui fera ouvrir des portes cachées, ou que notre pied nous fera découvrir l'existence de quelque caveau au-dessous de celui où nous sommes. Sous prétexte de ramasser quelque chose que nous avons échappé, notre main examine les traces de terre fraichement remuée. Notre guide ne se fatigue point ; elle aime notre curiosité et n’y voit autre chose que notre désir de tout voir. L'ordre qui régnait en haut est le même ici. En revenant des souterrains, où nous
: cont malg reha
nous pressé bures dans
sainté
avons passé plus d’une heure, nous avons le soin dé presser eine le mur de chaque côté du noir corridor par lequel nous on
sommes entrés; nous fouillons ensuite les autres caves. Mêmes recherches inutiles, rien qui puisse éveiller notre attentign ou confirmer nos soupçons. Notre guide, tour
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dressent grettons n’osons ons, les nt plus, nençons tre hési- #vant ét irté que
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»rcevons ces lieux es amis, tinguons il nous avance, ire toute nous la uu peu nbes. A cherches miner la ns de la ssure au ue notre avrir des lécouvrir L'où nous hose que races de > fatigue re chose en haut où nous le presser quel nous es caves.
ler notre ride, tou-
jours riante et agréable, nous montre tout et nous explique jusqu'aux moindres détails. Nous continuons ainsi notre visite jusqu'à la cuisine, remarquable par son étendue. Quel ordre, quelle proprèté, nous ne pouvons nous empecher d’en faire un compliment à notre guide. Mais, veuillez donc nous dire, madame, quelies sont res deux charmantes sœurs que je vois là-bas, près du feu ? dit l’un de nous. Notre aimable guide répond d’une voix pleine de douceur : l’une est la sœur Marie de la Croix, elle est la fille d’un comte français ; l’autre est la fille unique d'un seigneur anglais, elle se nomme sœur Marie- Thérèse.
— Comment ! disons-nous tous deux, avons-nous bien entendu ; dites-vous qu’elles sont les filles de seigneurs puissants ? — Oui, messieurs, répond notre guide, elles ont abandonné les plaisirs, les richesses, des partis avantageux, en un mot, tout ce que le monde pouvait leur offrir d’agréable, pour venir laver la vaisselle et les chaudrons ici. Frappé d’étonnement, nous nous sentons attirés à elles comme malgré nous, et nous demandons à notre guide de nous présenter à ces religieuses. Toujours empressée de satisfaire nos moindres désirs, elle nous présente et nous entammons la conversation. Nous
| voyons par leurs réponses qu’elles possèdent une
haute éducation ; leurs regards chastes et purs rencontrent notre vue, que nous sommes obligés de baisser malgré nous ; ravis de leur jeunesse et de leur beauté, rehaussées par une coiffure plus blanche que la neige, nous hésitons à passer outre; mais notre guide nous presse, et nous montons à l’étage principal, où sont les bureaux et les classes. Avant de les visiter, nous entrons dans la chapelle ; nous sommes frappés de l’odeur de sainteté qui règne en ce lieu. Agenouillées au pied des autels, trois ou quatre religieuses nous paraissent comme
| en contemplation, et semblent ne point toucher à la | terre ; nous passons près d’elles, mais elles ne nous voient
point, les yeux religieusement fe:més, elles nous paraissent comme jouissant du bonheur céleste. Leurs figures, sur lesquelles sont empreintes les plus belles vertus, sont
rayonnantes de bonheur et de joie ; enfin il faut sortir de cette chapelle, qui nous a fait penser au paradis. Arrivés à la portc, nous retournons la tête pour contempler ce céleste spectacle une fois encore, mais notre guide s’en va et il nous faut la suivre; nous sommes vivement impressionnés et nous sentons qu’il se passe en nous quelque chose de ncuaveau et d’inconnu jusqu'ici.
‘Dans chacun des bureaux, des sœurs sont occupées soit à la tenue des livres, soit à la correspondance ou employées à empaqueter des marchandises pour les missicnnaires ; d’autres confectionnent des vêtements pour les malades et ies orphelins. Nous entrons dans les classes ; la première que nous visitons est celle des petits enfants, tous proprement habillés et dans le meilleur état. En nous voyant entrer, ils se lèvent ét nous saluent, cinq ou six d’entre eux s’avancent et nous récitent un petit compliment, dans lequel nous rémarquons qu'ils nous traitent de bienfaiteurs. Nous passons de classe en classe, partout même ordre et même propreté, et nous arrivons dans la classe la plus élevée que les demoiselles de la ville fréquentent; nous remarquons que ces élèves portent de riches toilettes, mais dans la plus grande conformité avec les règles de la plus stricte modestie. Nôus admirons les broderies, les ouvrages en cire et les peintures confectionnhés par ces demoiselles sous l’œil de leurs maîtresses. Notre vue se porte-sur ces dernières ; même habi: que les autres religieuses que nous avons vues jusqu'ici. Mais cés dames, pénsons-nous, devraient être à la tête des plus hautés universités, et là, elles pourraient obtenir des honoraires, qui leur permettraient de figurer dans la plus haute société, . Nous montons plus haut ; ici d’un côté, est une saile immense où demeurent les vieillards qui, par la joie peinte sur leurs figures, nous disent assez leur bonheur ; nous rémarquons la propreté de leurs habits et de leurs lits ; parmi eux, il yén a de très âgés ; une sœur prodigue les soins les plus tendres à l’un d'eux, le fait buire ét manger, car i! est trop vieux pour se sérvir lui-même ; deux autres sœurs en soulèven: un autre pour l’asseoir dans un grand fauteuil. De l'autre côté, sont les
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ccupées nce ou les mists pour ans les es petits meilleur saluent, un petit ils nous \ classe, arrivons > la ville rtent de ité avec rons les confecîtresses.
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malades de la ville, qui viennent se faire soigner ; parmi ces malades il y en a de très dégbûtants, et dont la vue seule nous répugne ; nous remarquons cependant, que les sœurs leur portent les mêmes soins et les mêmes attentions qu'aux autres ; on dirait même, qu’elles entourent ceux-ci de soins plus délicats. Mous montons encore ; ici est une grande salle remplie de petits orphelins, dont plusieurs sont encore au berceau. Nous sommes émûs de l'attention que des jeunés sœurs portent à ces petits êtres, en les portant dans leurs bras et en les caressant, comme si elles étaient leurs propres mères. Là sont les aveugies, les sourds et muets, à qui l’on apprend à lire et à écrire. Mais je me hâte, il serait trop long de tout énumérer,notre œil a tout vu, tout examiné et nous descendons satisfaits d’avoir treuvé exactement le contraire de ce que nous pensions y rencontrer. Nous en sommes bien aise, sans savoir pourquoi. Nous prenons enfin le dernier escalier, juste au moment où les sœurs s’assemblent pour prier ; nous rémarquons, qu’elles ont toutes lé même regard chaste et humble, un pieux sourire, qui dénote la paix intérieure de l’âme effleure leurs lèvres, et nous aimerions à les suivre pour prier avec elles; mais non, cela est impossible, car la nuit approche et le temps de partir est arrivé. Il nous semble que les heures employées pour viser cet établissement, se sont écoulées bien vite, ét nous voudrions avoir à recommencer notre trajet. La supérieure est au bas de l’escaïiier qui nous attend. D'une voix douce et aimable, elle s’informe de notre fatigue, s'excuse de ne pas avoir prévu notre visite. Madame, répondons nous, soyez assurée que noûs sommes enchantés, : et que nous venons de gofter un plaisir juxqu’ici inconnu pour nous. Nous lui demandons, quelle était la position de toutes ces bonnes sœurs avant d’être entrées ici. Elle rous répond que la plupart d’entre elles, étaient des filles bier élevéés, dont les parents sont riches ou occupent de bonnes positions dans la société ; que beaucoup d’entre elles ont refusé de riches partis et ont tout quitté pour venir s'enfeérmer dans cette maison, où elles travaillent torte la juurnée, et souvent toute la nuit auprès des
malades, des infirmes et des orphelins. Nous sentons que tout ce qu’elle nous dit est la vérité, notre visite en est la preuve—Madame, ne pouvons-nous empêcher de lui dire, comment cela peut-il se faire ; laisser 1 bonheur, les plaisirs et les richesses pour venir ici souffrir pour toute la vie, et cela à un âge avssi tendre !—Ah! messieurs, nous répond-elle, pour le mondain il est difficile de le comprendre ; c’est l'amour de Dieu et du prochain qui, nous à inspiré de fuire le sacrifice de notre liberté, de nos biens, de nos plaisirs et de tout ce que le monde pouvait nous offrir de beau et d’agréable ; mais en quittant ces biens périssables, nous avons été récompensées amplement, par les délices ineffables, que nous avons goîûtés et que nous goûtons tous les jours en soulageant nos vieillards, nos malades et nos chers petits orphelins. Emûs, nous voulons participer à ces bonnes œuvres ; nous tirons notre bourse et lui demandons comme une faveur d'accepter la petite offrande, pourtant assez ronde, que nous lui faisons. Après avoir salué et remercié notre guide, nous faisons nos adieux à cette maison, que nous quittons à regret.
Enfin nous sortons ; arrivés à l’entrée du parterre, nous retournons la tête d’un commun accord, pour jeter un dernier coup d’œil sur cette asile de la charité. La porte s'ouvre et deux sœurs en sortent ; nous reconnaissons l’une d’elles, c’est la fille du seigneur anglais, aui tantôt lavait les chaudrons ; elles se dirigent vers la rue; arrivées là, elles prennent la direction du quartier le plus pauvre et le plus abandonné de la ville ; effrayés par la pensée qu'il pourrait leur arriver malheur dans ces quartiers suspects et déserts, nous les suivons des yeux en admirant leur courage ; enfin elles s'engagent dans une rue noire et suspecte ; en détournant le coin de cette rue, nous avons remarqué la croix qui nous a semblée briller d’un éclat extraordinaire sur leur poitrine. Une pensée nous. saisit. ‘‘ C’est cette croix, disons nous, qui les protège, et notre cœur répond : ‘‘ Ces saintes et courageuses vierges, s'en vont passer la nuit auprès de quelque pauvre malade pour le soigner et le soulager.” Pensifs, nous
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reprenons la direction de nos demeures en refléchissant sur le changement, qui s'est opéré en nous. Honteux d’avoir été les dupes de faux rapports, qui nous avaient fait considérer ces maisons comme des rendez-vous de débauches et de crimes, nous gardons le silence ; cependant une résolution s'empare de nous, c’est que nous pourrons réparer le tort que nous aurions pû leur faire, en souscrivant largement pour l'entretien d'institutions si nobles et si dignes, et en y envoyant nos filles pour leur éducation, certains d'avance qu'elles y trouveront des exemples de vertus.
Assez de cela, dit M. Dumont en l'interrompant; pour l’'homrae intelligent, qui connait les faits, l'ordre et la propriété qui règnent dans ces maisons, ne l’influencent ou ne l’impressionnent pas assez, pour lui faire oublier les crimes et les débauches qui s’y commettent. Je sais, que tu es aïilé souvent dans ces communautés, et dans l’ardeur de ta jeunesse, il n’a pas été difficile de t’influencer et de te faire voir, dans ces maisons propres ét bien tenues des paradis sur la terre ; tu n’as vu que l’extérieur sans pouvoir juger si l’intérieur est méchant et pervers.
— Pardonnéz-moi mon père, dit Gustave, si je me permets de vous dire, que l’exposé que je viens de faire, n’est pas le produit de mon imagination ou de l’impression que m'ont faites ces maisons.
— Alors, dit M. Lewis, comment expliques-tu l'affaire de Charleston et celle des sœurs de l’Hotel-Dieu à Montréal, ou dans les deux cas, la presse a été unanime à déciarer que les crimes les , lus odieux ont été mis au jour ?
— Dans l'affaire de l’Hotel-Dieu, répondit Gustave, la presse ne faisait que répéter ce que Maria Monk en disait, mais ne savez-vous pas, qu'une grande partie de la presse protestante de ce pays, nourrit un grand préjugé contre toute institution catholique P
— Sans appeler ce sentiment un préjugés , dit M. Lewis, je sais qu'elle ne leur est pas favorable, et en cela je lui donne raison.
— Pourquoi, s’il vous plait ?
-—Parce que les faits'sont là, répondit M. Lewis, pour
prouver qu'elle aurait tort.de ne pas nous avertir du danger que nous couronsen les laissant s’accroître parmi nous. En cela, elle ne fait que son devoir.
—Et c'est ce que j'ai dit. à mon fils, tout à l’heure avant que vous fussiez entré, M. Lewis, dit M. Dumont, j'espère que tu ne pleureras pas cette fois, Gustave ?
—Mon père, reprit Gustave, me serait-il permis de vous demander, pourquoi cette presse, qui fit tant de bruit contre l’Hôtel-Dieu de Montréal, pourquoi, dis-je, cette même presse a été si silencieuse au retour du comité organisé à New-York et composé des citoyers les plus respectables et les plus inAuents de;cette ville et du pays, qui était: allé voir et examiner cette maison ?
—La presse n'a pas cessé de parler contre ces maisons, dit M. Dumont.
—1l est vrai, que deux ou trois journaux payés par des “anatiques n'ont cessé de les calomnier, reprit Gustave ; mais, ces deux ou trois journaux ne constituent pas la presse de ce pays ; veuillez me montrer un seul journal, dirigé par un protestant honnête ou de quelqu'autorité qui n’ait gardé le silence, après que ce comité eut fait son rapport, dans lequel se trouve la meilleure partie de ce que je viens de dire, J'en apporte pour preuve, que les maisons du même genre à New-York et ailleurs, n’ont cessé depuis, d’être remplies en grande partie par, des demoiselles américaines et protestantes, ce qui n'aurait pas lieu, si ce rapport eût été défavorable à ces établissements.
—Qui t'a dit cela ? demanda M, Lewis.
— Tout ce que je viens de vous dire, monsieur, répondit Gustave, est appuyé sur les statistiques publiées par vos propres auteurs ; mon père a plusieurs de ces brochures, et c'est d'elles que j'ai tiré mes preuves. De plus, vous devez savoir comment cette pegsonne, qui a tant calomnié cette communauté de Montréal, a vécu après s'être séparée d'elle ; il me semble que cela suffit pour ne pas ajouter foi à ce qu’elle a pu dire.
—Tu ne nieras pas, dit M. Dumont d'un ton.irrité, que dans l'affaire de Charleston, un.crime violent ait été
commis contre une jeune demoiselle, fille de parents très respectables et demeurant à New-York ? Tiens, ajouta-t-il en prenant un volume dans la bibliothèque, voici un livre qui te Papprendra ; lisilé et tu connaîtras la vérité.
—J'ai déjà lu ce livre, mon père, ét permettez-moi de vous dire, que votre bibliothèque ‘est ‘emplie de livres comme celui-ci, et qui ne sont que le produit du fanatisme ; aussi je n'ai pas voulu ajouter foi à ce livré, avant de voir si un autre protestant ne niérait pas ce que celuici a osé écriré ; voulant me satisfaire, je me suis rendu à la bibliothèque publique de cette ville, et là, j'ai trouvé un livre publié par un auteur protestant r* ‘-aitant de cette affaire ; or ce livre me dit, que les parents de cette jeune demoiselle, pour laquellé des fanatiques ont si honnêtement brûlé le bel établissement des Ursulines à Charleston, et qui n’ont pu massacrer les religieuses averties à temps pour se sauver avec leurs élèves ; que ses parents, dis-je, peuvent vous donner la meilleure preuve de la fausseté et du caractère de ces fanatiques, car ils sont catholiques ; voyez-les, ils vous diront la vérité.
—Qui te dit, axé cet autre ne se trompe point ? dit M. Lewis.
—Je peux en dire autant de celui dont vous adoptez l'opinion, répondit Gustave, même plus, car je ne vois pas quel intérêt peut avoir un protestant, à réfuter les calomni£s lancées à la face de ces Ursulines par un autre de ses coreligionnaires ; il me semble, que s’il y avait eu le moindre appui pour soutenir ces calomnies, un protestant en aurait tiré avantage ; quoique je sois jeune, il m'est aisé de voir que des hommes, qui vont attaquer ainsi pendant la nuit des femmes et des jeunes fiiles sans défense, ne méritent pas l'approbation des bons citoyens. De plus, il me suffit de connaître les actes d’héroïsme accomplis par les Sœurs Grises et ces mêmes Sœurs de l’Hôtel-Dieu, sur les quais, dans les rues et dans les hôpitaux de Montréal, lors de ce typhus impitoyable, qui fit de si grands ravages parmi les émigrés irlandais arrivant en cette ville, et qu’elles renouvellent chaque fois qu’il se déclare une épidémie quelconque. Ces actes sont
connus chez toutes les nations civilisées, et ce que des religieuses ont fait au Canada, d’autres l'ont fait en Europe et ailleurs. A la vue de ces actes, nous ne pouvons avec raison, leur attribuer d’autre but que leur grand amour pour Dieu et le prochain, la religion seule peut inspirer un tel héroïsme.
—En effet, dit madame Dumont, joyeuse de la victoire que venait de remporter son fils, il est raisonnable de croire, que ces dames n’ont pas besoin de s'imposer de si grands sacrifices, de braver ainsi les dangers et la mort, de <’enfermer dans une maison toute leur vie, sujettes à une discipline très sévère et porter une toilette souvent ridicule, pour jouir plus à l’aise de leurs plaisirs criminels ; elles pourraient prendre les moy ‘15 qu’adoptent les mondaines, et qu’elles ont à leur disposition tout aussi bien que ces dernières.
—Je commence à penser comme vous, mâdame, dit M. Lewis, si ces religieuses font ce que votre fils dit, elles méritent certainement l’appui et l’encouragement de tout bon citoyen ; mais, avant de leur donner gain de çause et de commencer l'enquête que je me propose de faire, je suivrai l’avis de votre fils. Mon épouse et moi visiterons dès demain si cela se peut, les établissements de cette ville.
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