‹ Gustave ou Un héros canadien [microforme]Chapitre 48 sur 70 · RD DE · texte numérisé non relu

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cheval, et voient un grand étang long de cinq à six âcres et large de deux, couvert d’une substance semblable à la glace sur laquelle il serait tombé une légère couche de neige.

—Cette glace doit être assez forte pour nous porter, dit Gustave, avançons donc jusqu’au milieu de cet étang.

—Vous ferez mieux d’être prudent, dit George.

—Mais Gustave était déjà rendu loin ; arrivé vers le milieu de l’étang, il prend son couteau, et fit un trou : Cette glace, ou plutôt cette substance, est d’une épaisseur de cinq à six pouces, dit-il à George qui venait de le rejoindre, mais regardez donc cette eau noire dessous, on dirait de l’encre ; prenant alors la baguette de sa carabine, il:en sonde la profondeur ; il n’y a presque pas d’eau, ajoute-t-il, mais une vase sans fond forme le lit de ce lac : rt

—C'est vraiment remarquable, dit George, je ne puis comprendre comment une eau et une vase aussi noires puissent former ce que l’on pourrait appeler une crême si blanche et si belle:

Les wagons arrivent, et homines, femmes et enfants s’empressent de.se procurer une bonne quantité de ce soda, qu’ils coupent par. petits morceaux, et les faisant ensuite sécher : au soleil, ils les mirent dans de petits sacs pour les conserver. Ce soda est bon et produit sur les patisseries le même effet que la poudre allemande de nos jours.

A quelques milles plus loin, sont les sources à goudron, (Tar springs), on y voit plusieurs trous quarrés remplis d’une eau blanche sur laquelle flotte une graisse noire-et épaisse, ressemblant en tout point au goudron chaud.

— Voici le miel, s’écria Gustave, mais comme il est noir ! vraiment il n’y a rien à y comprendre, là-bas l’eau était noire et la crême blanche, ici tout. le contraire, l’eau est blanche et la crême; noire.

—Ne savez-vous pas que tout est nouveau dans la nouvelle Jérusalem, dit George.

—Et nous verrons bien d’autres choses, ajouta Arthur. — Pourvu que ce soit pour le mieux, dit Gustave.

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Quelque jours après, la caravane arrivait au fort Bridger et campait près de ses murs. Tout le monde est joyeux, car les Sauvages ne seront plus à craindre et Ja ville sainte n’est pas éloignée ; les jeunes gens font entendre leurs chants et les enfants se livrent à leurs jeux innocents ; nous arrivons au terme de notre voyage, se dit-on de toutes parts, le sourire sur les lèvres. Que Dieu en soit béni !

Ce fort Bridger est quarré et ses murs, faits de terre, sont d’une hauteur de vingt à vingt-cinq pieds, il était occupé dans ce moment par un détachement de la milice mormonne, désigné sous le nom de “ Destroying Angels, ”? (Anges destructeurs). Ce détachement était à la fois le plus brave et le plus terrible de toute leur armée : ayant été organisé par Joseph Smith lui-même pour lui servir de garde personnelle. La caravane était à peine arrivée, que ces ‘ Anges” sortirent du fort pour lui rendre visite. En aäpércevant ces hommes de haute statures, dont les figures étaient à demi-cachées dans de longues barbes hérisées et couvertes de larges feutres surmontés de plumes ou de queues de loup, — et dont les costumes, à la mexicaine, étaient retenus au millieu du corps par de larges ceintures d’où pendaient de gros revolvers et de longs poignards, tout le monde éprouva comme un sentiment de frayeur.

—Quels sont ces hommes ? se demandait-on avec anxiété.

-—Ces hommes sont nos meilleurs amis, ne les craignez pas, dit le capitaine, ce sont les ‘ Anges destructeurs, ”? commandés par un des plus hauts dignitaires de notre sainte Eglise.

— Je crois, dit Gustave à ses amis, que chez les Mormons, il n’y a que des Anges et des Saints.

Ces anges entrent dans le camp ; et l’apôtre-capitaine s’empresse d’alier au devant d’eux en leur tendant la main ; ceux-ci, en l’apercevant, ôtent leurs larges feutres et lui témoignent le plus grand respect. L’apôtre les présente ensuite aux gens de la caravane qui, revenus de leur frayeur, se prêtent aux compliments d'usage.

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