‹ Gustave ou Un héros canadien [microforme]Chapitre 49 sur 70 · RE · texte numérisé non relu

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Gustave ne pert pas de, vue son père et, s'aperçoit qu'il lui répugne de donner Ja main à ces hommés d’un, extérieur aussi méchant, il s'en réjouit et dit à ses amis en souriant :

—Éloignons-nous, je n'ai nullement envie de donner la maif aux anges d'aujourd'hui. Mais, dites donc si les aages de la Nouvelle Jérusalem sont aussi. laids, que, peut-on attendre de ceux qui sont saints seulement ; ontils un air farouche ces anges là?

—Oui, dit Géorge, et, regardez donc. ies poignards je n’en äi jamais vu d'aussi longs.

—C'est afin de mieux atteindre les “damnés, riposta Arthur.

— J'ai déjà entendu parler d’anges. avec .des cornes, ajouta Gustave, mais avec des poignärds, j jamais.

Vous ne connaissez pas tout .éncore, dit George, ce sont des anges déchus.

—Les voilà qui viennent de ce, côté, allons nous en, dit Arthur, et tous trois se glissèrent sous une tente.

Is venaient justement d'entrer, lorsque. Gustave entend prononcer, son nom, par des gens, qui le cher-

chaient, Force fut donc pour lui.d: sortir. Lavance

d'un pas ferme vers le capitaine; ce dernier le présente au chef des anges en disant ;

—Pérmettez-moi de vous présenter à Gustave Dumont ; c'est ce, jeune, homme dont jé vous parlais tout à l’heure ; la caravane lui a dû son salut plusieurs fois.

Le chef ôte son: chapeau en tendant la main à Gustave : < ce dérnier frappé dela mâle beauté de cet homme; et de ses manières noblesiet distinguées, ne peut s'empêcher de lui rendre son salut, et de lui gra ses compliments,

—Je suis bien aise de faire votre connaissance, lui dit le chef, je vous félicite, jeune homme, dela conduite noble et de. la bravoure dont vous, avez fait preuve. pendant le long. voyage. que vous venez de faire ; ‘espère que bientôt: vous emploierez vos talsrite pour étendre J’ False des Saints...

Je: dois, vous dire qu'il n'est pas encore un ‘des nôtres, reprit l'Apôtre,

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GUYSTAVE 277.

—Il le sera bientôt, dit. le. chef, en frappant , légère-

ment sur l'épaule de Gustave, n'est-ce pas brave,jeune homme ? vous suivrez l'Eglise.de Jésus-Christ.

De: tout, mon, cœur, répondit, Gustave, et pour. l'Eglise de Jésus-Christ j je ferai tout en. mon pouvoir.

-rBien;, bien, reprit le.chef, je ne-vous dis, pas. adieu, mais au revoir, et,il s’éloigna pour. rejoindre ses-hommes qui retournaient, au fort,

— Gustave ên le yoyant s'éloigner, dit;assez haut pour être entendude l’Apôtre et, de.son père: Qui je,suivrai toujours } Eglise de: Jésus-Christ, mais non celle de ‘ Joe Smith.” Ces derniers ne firent pas voir. qu'ils l'avaient entendus et s’éloignèrent. ,

Le lendemain, les Méntagnes-Rocheuses : apparurent dans toute leur :splendeur. . Gustave et: ses. deux amis, frappés du magnifique, spectacle. qui, s'offrait à; leurs regards, arrêtent. leurs, chevaux pour mieux l’examinér. Du nord au sud, aussi loin, que leur vue peut, s! ‘étendre, ces mantagnes, se suçcédaient, toutes plus hautes, les unes que les.autre:,sans, interruption ; ces sominets . couverts d’une neige perpétuelle, ces pics, élancés se,perdant.dans les nues, tous de formes différentes.;.ces ravins profonds. qui les séparaient, ces précipices affreux et ces immenses rochers suspendus sur le bord, des abîmes, et menaçant.à chaque. instant de .s’y précipiter ; ces plateaux couverts d'une. verdure ,resplendissante, ces arnres gigantesques qui semblent se-cramponner aux parois presque, perpendiculaires de ces montagnes, tout. formait, un, ensemble qui enchaînait les regards, excitait l'admiration et portait à élever l’âme vers Dieu, créateur de tant de merveilles.

Le soir, la: caravane campa au pied de l:. passe du sud, et le. lendemain, après avoir monté près de cinq heures, elle, s'arrêta, pour..diner sir le sommet: Au :départ, Gustave et ses deux compagnons furent effrayés, à la.vue de l’abîime, qui se présente devant eux, et dans lequel il fallait. que la caravane descende, en suivant un chemin pavé de cailloux ronds et longeant le bord d’un précipice affreux et sans fond,

Les wagons arrivent, et tous se demandent : Comment

ns.

va-t-on s’y prendre pour descendre nos wagons dans ce précipice ?

—Ï1 n'y a rien à craindre si vous faites atter.iion, dit le capitaine, Que chacun d’entre vous enchaîne Îles dernières roues de sa voiture pour l’empêcher de rouler sur les cailloux ; vous ne laisseréz qu'une paire de bœufs en avant et attacherez lés autres en arrière, et les fouetterez sur la tête, afin de leur faire retenir le wagon pendant la descente. Mais surtout qu'un seul déscende à la fois.

Gustave et sés hommes prénnent le devant et se sentent comme frappés de vertige ; ils sont obligés de tirer sur les rênes de leurs chevaux qui, effrayés, ne cherchent qu'à reculer. D'un côté du chemin, ayant à peine huit pieds de largeur, sont des précipices et des abîimes sans fond; de l’autre une montagne s’élevant perpendiculairement à plusieurs mille pieds de hauteur, sur laquelle on voit des rochers immenses qui, par leur positicn ‘{angéreusé, ménacént à chaque instant de les écraser dans leur chute. Tous éprouvent un sentiment de satisfaction et de reconnaissance aussitôt que la descente est opérée, et chacun est content d'arriver au camp sans avoir éprouvé d’accident.

Après la prière d’usage, l’apôtre-capitaine donna avis que le lendemain, la caravane devra traverser la grande

montagne.— Vous ferez bien, dit-il, de voir à ce que les roues de vos wagons soient en bon ordre, cat la montée est longue et pénible. Vous avez dû remarquer que la petite rivière près du camp coule vers l’ouëst, tandis que celles que nous avons vues et traversées depuis notre départ coulent vers l’est. J'aime à vous dire ceci, vu que vous passez aujourd’hui le plus ‘haüt ‘point entre l'Atlantique et le Pacifique ; dépuis que nous avons quitté:

Omaha, nous n'avons cessé de monter, et sa nous

allons descendre.

—Il faut espérer, dit Gustave en souriañit, qué nous ne descenderons pas toujours aussi rapidement que cet après-midi, car à ce compte, nous aurons traversé le Globe avant deux mois, et là nous allons nous trouver la tête en bas, Un éclat de rire suivit cette remarque.

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Il va nous falloir descendre encore, reprit l’apôtre, prenant l'humeur de Gustave avec bonne grâce, mais pas aussi rapidement que nous venons de le faire. D'ici à la ville sainte, nous aurons à gravir: et:à descendre plusieurs montagnes qui se trouvent sur notre route. À présent, chers frères et chères sœurs, voyez à vos voitures, et couchez-vous de ‘bonne heure, car nous partirons de grand matin: : |

Dès quatre heures du matin, le lendémain, la caravane se miten route et une heure après, elle arrivait au pied de la grande montagne. qu’il lui fallait gravir. La inontée est divisés en plusieurs plateaux, sur chacun desquels il faut laisser reposer :les animaux: tout essouffiés et: ruissédant de sueurs. : On monte une heure... deux xeures, et da montagne: paraît encore aussi haute ; l'air de chaud, qu’il était en bas, est déjà plus pur et plus:frais, ‘et il se refroidit à mesure qu’on: monte. : Païtie du ‘bas: de la montagne avant six heures, la caravane n’a pas encore atteint le sommet :à midi ; iés femmes et les enfants, obligés de marcher, son: las de fatigue et sont forcés de s'asseoir à tout instant pour reprendre haleine ; les animaux, épuisés et tremblant dé lassitude, refusent de marcher, et ce n'est qu’à grands coups de fouet: qu’on peut. les faire avancer. Enfin vers les deux heures toute la caravane a atteint le sommet, et tout le monde oublie sa fatigue et pousse un cri d'admiration à la vue du magnifique pâñnorama qui se présente à la vue. Aussi loin que l’on peut voir, de quelqne coté que l'on regarde, sont de hautes montagnes séparées et au pièd desquelles s'étendent de bellés vallées luxuriantes, fertiles et resplen-dissantes de verdure ;:au milieu de ces vallées:coulent des tuisseaux -limpides:ou des jolies petites rivières, tous bordés d'herbes aux couleurs riches et variées ; plus loin une foule de petits lacs; nous apparaissent comme autant de nappes d'argent; tant leurs eaux! sont. claïres:et tranquilles ; l’œïl neise lasse point de regarder et tous admirent les grandes œuvres du Créateur qui a si bien orné la mature dans cette contrée, On voudrait fixer sa demeure

sur cé sommet, mais:il, faut continuer la route car le <apitaine donne l’ordre du départ.

280 AGUSTAVY

4%[Les : mormons ont certainement | commis ‘une -faute grave de ne pas avoir bâti la villesäinte sur cetté hauteur, dit Gustave:àisès amis; car devant: briller: bientôt d'or et de:pierreriés, ‘elle/anrait:püéclairer le monde: ;

Ce Ê'est pas larseule faute’ qu'ils auront à réparer, dit. George, ils’en ont'commis-de plusigraves que celle là

à Et peut-êtr= irréparables; ajouta Arthur, 0

—A tout péché, miséricorde, dit Gustave; mais! voici qu'il va falloir déscehdte encore! Ainsi va:le motide, aujourd’hui en haut, demain :en bas; poNRe que mous finissions. par monter, ça ira bien. ctrouu Shi

Les wagons'arrivent-à la descente, al! faut dé lice les rouès :d&\ nouveau; prendre :les mêmes :précautions que la véille; et. lesoit la caravane forme son camp à l’entréed’an ravin: Lane faut suivre das sig longnent le lendemain: : st |

: Ce ravin,long de quatorze: rene est nest iiuie à traverser; il est: bordé de chaque côté’par: de’hautes montagnés °s'élevant perpendiculairement :à plusieurs mille pieds de hauteuren de certains endroits, au milieu coule un gros 'torrént dont l’eau se précipite de chûte en châte en ‘faisant: un si grand bruit que l'écho frappe les parois de la montagne et me se perd ‘qu’à l’une: ou l’autre de ses : extrémités. : En :-entrant dans ‘ce: ravin, : ce

bruit résonne tellement . à :mos oreïlles, que nous res-

sentons éomme un: sourd bourdonnement, : l'on est saisi -d’un ‘sentiment qu'on: ne peut définir, ;il nous semb'e que le pouls: bat plus vite «et que’ le sang bouil-

loïne dans îlés veines, > Le chemin:passe d’un côté de:ce

tortent:et lohge à plusieurs reprises l'ui‘des ‘flancs de l2 montagne à une assez grande ‘hauteur,-alots. il est: à peine, asséz'large pour laisser passer les voitrires en: séCurité, et lorsque les «nimdux arrivent à:ces-endroits dangéreux; ilsse collent-prés de la haute imütaille"et n’osent avancer: 15e, moindre :cri: se ‘rèpète pendañt:-plusieurs minutes, aussi personne n'ôse parler Mort à ui coup ide pistolet; tiré par un des hornmes de: t'atrière garde; parut

comme un :coùp de canon: du plus gros calibre, et de l'épouvante: parmi tous: les don dura qui ‘croyaien? la

CN ER: 0 ories AN ne. D à :

né faute hauteur, J d'er et

réparer, celle là.

is voici moôtide, ue mous

Shine cautions camp à longueur

gereux à tes Mmonrs mille ieu coule en chfte > parois ‘autre de vin, : Ce ous resl'on est

cé re

raienr la

montagne fendue en deux et qu’elle allait s’écrouler. Gustave et ses amis étaient en avant comme d’habitude et prenaient un sain particulier d'examiner cette merveillé. Ils chevauchaient depuis une coùüple d’heures et venaient de fairé un détour, lorsqu'ils apérçurent une écluse leur barrant le passage. Cette écluse était faite avec de gros arbres couches et supérposés à une dizaine de pieds de hauteur ; ces arbres étaient entourés de grosses pierres et le tout était rempli de branches et de terre. Une porte, laissant passer l’eau dt torrent,avait été placée au milieu, de manière à pouvoir être baisséé ou lévée au besoin.

Que veut-on faire d’une écluse dans. ce ravin? dit Gustave à ces compagnons.

—Voudrait-on nos noyer, par hasard ? dit George.

—“I ne suffirait, en effet, que de baisser cette porte, reprit Gustave, pour couvrir ce chemin d’une épaisseur dé dix pieds d’eau en cinq minutes. Il avait à peine fini de parler qu’ils entendent une voix forte leur dire :

—-Falte ! où donnez le mot-d’ordre.

Gustave et ses compagnons, surpris, arrêtent leurs chevaux et t'-ent leurs ‘pistolets ; ils regardent dans la direction d’où venait cette voix, et aperçoivent une sentinelle qui les tient en joue avec sa carabine et qui répète :

—Halte ! ou donnez le mot-d’ordre.

—- Gustave répond avec le plus grand sang froid et en souriant. Mon ami, veuillez être assez bon de nous faire connaître ce. mot-d'ordte, et je vois assuré que pas un d'entre nous n'aura la moingre REA de vous le donner. :

La parfaite tranquilité et le sourire avec lestièls il avait prononcé ces paroles eurent pour effet que sés compagnons et la séntinelle éclatérent de rire! Gustave profita de ce moment pour ajouter : Monsieur, me ‘sérait-il permis de (vous demiander pourquoi l’on a fait éétte écluse dans cé ravin ? ce n’est pas pour nous nOyét, j éspète ; ce serait dommagé pour nous, qui-venons de fairé un si long voyage pour nous rendre à la ville sainte, surtout à présent que nous y arrivons.

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