‹ Gustave ou Un héros canadien [microforme]Chapitre 57 sur 70 · CS M · texte numérisé non relu

CS M

EE 2 ont — SP sa

fu SE A DE COS ANUS NÉ

que cela; trouvez moi un homme qui travaille plus que le prêtre; mais laissez moi emprunter ici quelques paroles de Lamartine ‘il y.a un homme, dit-il, dans chaque paroisse, qui n'a pas de famille, mais qui est de la famille de tout le monde ; qu’on appelle comme témoin, comme conseil, ou comme agent dans tous les actes.les plus solennels de la vie, sans lequel on ne peut ni naître ni mourir, qui prend l’homme au sein de sa mère, et ne le laisse qu’à la tombe ; qui bénit et consacre le berceau, la couche conjugale, le lit de mort et le cercueil ; un homme que les petits enfants s’accoutument à aimer, à vénérer et à craindre ; aux pieds duquel les chrétiens vont répandre leurs aveux les plus intimes, leurs larmes les plus secrètes ; un homme qui est le consolateur par état de toutes les misères de l’âme et du corps ; l’intermédiaire obligé de la richesse et de l’indigence ; qui voit le pauvre et le riche frapper tour à tour à sa porte : le riche pour y verser l'aumône secrète, le pauvre pour la recevoir sans rOugir ; ; qui, n’étant d'aucun rang social,

tient également à toutes les classes, aux classes inférieures, par la vie pauvre.et souvent par l'humilité de la naissance ; aux classes élevées par l'éducation, ia science et l’élévation des sentiments qu’une religion philantropique inspire et commande ; un homme enfin qui sait tout, qui a le droit de tout dire, et dont la parole tombe de haut sur les intelligences et sur les âmes, avec l’autoritè d’une mission divine et l'empire d’une foi toute faite.’’

—ÆEt ce grand homme a raison, dit M. Pepin, en effet, quel est la vie journalière du prêtre ? Debout dès quatre ou cinq heures du matin, sa jemière pensée est pour Dieu, il dit sa messe et se jette dans un confessional pour entendre et pardonner, au nom de Dieu, les péchés de ses paroissiens ; prenant ensuite son déjeûner à la hôte, il s’occupe des affaires de sa paroisse ou de ses malades qui attendent. ses soins. A peine est-il de retour, que d’autres viennent le demander pour secourir de nouveaux malades à l’agonie: Vite, il y court, leur adresse des paroles de consolation, leur administre les derniers sacrements et les

prépare à paraître devant le souverain juge ; il n’a pas eu

plus ques

ans ui est mme 1s les . peut de sa sacre et le iment el les leurs lateur

l'in- >; qui Jorte :

our-la social, eures, sance ; élévanspire ia le ut sur d’une

effet, quatre pour 1 pour és de âte, il es qui autres alades les de et les pas eu

le temps de dîner bien souvent, mais cela ne l’empêchera pas de s'occuper encore d’une affaire qui intéresse sa paroisse ; le soir arrive, et toute la journée il a été occupé soit au confessional, soit aux malades ou aux écoles où on aime toujours à le voir, il n’a pas eu le temps de réciter son breviaire, il ne peut se coucher pourtant sans avoir satisfait à ce devoir ; enfin, fatigué et harassé, il se couche ; tout à coup la cloche sonne, on vient lui dire qu'un de ses paroissiens se meurt, ce malade est à deux milles de distance, Que faire ? le prêtre ne s’est pas encore reposé un seul instant, il fait un froid vigoureux, ou la pluie tombe par torrents, les chemins sont impraticables, il lui faut du repos s’il ne veut être malade lui-même. Mais non, le prêtre ne pense jamais à lui, il ne voit que son devoir, et ce devoir lui dit: marche vite, rends toi auprès de ce mourant qui a hâte de te voir. Il part aussitôt, le plus souvent à pied, car quelquefois les voitures sont rares ; il entre dans la demeure de ce malade, le sourire suf les lèvres, ses. paroles sont toutes de consolation et d’espérance, pas de reproche ou d’allusion à sa fatigue ; non, il s’occupé de cette âme pour la bien préparer à mourir, il la confesse, lui donne l’absolation et lui administre les derniers sacrements si cela est nécessaire, et sort en disant qu’il reviendra bientôt. Quatre heures du matin sonnent à son arrivée au presbytère, il ne peut se coucher, car son ministère l’appelle à la même besogne que la veille, il ne peut reculer, ses paroïissiens l’attendent. Et ce qu’un prêtre fait, tous le font, Vous appelez cela de la paresse, Qu est-ce donc que le travail ? Si le prêtre travaille ainsi, c’est par amour pour Dieu dont il.est le ministre, et voulant imiter son divin maître, notre Sauveur, il n’a que des paroles de consolation pour ceux qui souffrent, que des caresses pour les enfants qui aiment à le voir et qui courent après lui pour avoir sa bénédiction, que des appels chaleureux pour les pauvres, que des secours pour les mourants; en un mot, il fait tout ce qu’il peut pour imiter son divin maître ; là se portent toutes ses pensées, là se bornent tous ses désiis, là il trouve tout son bonheur. Eh bien, si les prêtres étaient

PR SERGE ess arm

: eye De Re DE She MONO ESE

ne

Rs ana 200

Ré mate

aussi riches que vous le prétendez, ne-seraient-ils pas des fous de se donner tant de fatigues.et de misères P

— Dites moi, mon père, ajouta Gustave, si les prétendus ministres de l’Evangile en, font autant ?. A quelle heure se.lé /ent-ils le matin ?.. Quelles sont les grandes occupa. tions qui, les fatiguent ? Quels soins prennent-ils de leurs malades, surtout de ceux qui sont pris d’une maladie contagieuse.? Je vais, répondre pour. vous: ils, se lèvent le plus souvent: à meuf heures de l'avant midi, leurs seules occupations consiste à donner un sermon ou derx par semaine, des visites. aux malades ils n’en font point, ou presque point. Les avez-vous vus pendant les épidémies. aller secourir ceux, qui en étaient atteints ? Les avez-vous vus,sur les quais de Montréal, lors. du typhus, administrant et ensevelissant ces pauvres émigrés irlandais ;:les avez-vous vus auprès de quelque malade atteint d’une maladie contagieuse ? Non, non, et vous attendrez longtemps pour les voir, si vous les cherchez là ; cependant le prêtre catholique y est toujours. Pourquoi, che chez-vous toujours à abaisser le, prêtre aux yeux de ceux qui ne, lé connaissent pas ? Pourquoi lui. jetez-vous toujours l’insulte et la calomnie à la face ? Serait-ce parceque le prêtre est, de tous les hommes, celui qui se rapprochele plus de notre divin Sauveur.

Si je. me suis permis de vous faire ces. questions, cher père, c'est parce que je sais que vous-en connaissez assez la justesse.

— Et que les œuvres qu'ils font lui portent ombrage, dit M. Pepin, et sont comme autant d’accusations contre lui.

—Si.les prêtres font autant comme vous le prétendez, dit M. Williams, ils méritent certainement tout notre respect, ,

—Ei notre imitation, reprit Gustave, mon père est ici, il vous dira lui-même, si c’est une fiction ou la vérité que nous venons de prononcer.

Mais M. Dumont s'était Géjà éloigné, craignant d’être humilié davantage.

—Avant de vous quitter, jeune homme , dit M. Pepin

s des

ndus heure cupa-.

leurs > connt le seules :X par point; pidé- ? Les yphus, irlanatteint ndrez cepencher e ceux us touparcese rap-

y Cher Z assez

ibrage, contre

endez,.

notre

ère est vérité

d’être

Pepin

en se levant eten s'adressant à Gustave, laissez-:moi vous féliciter sur la manière habile dont vous âvez défendu notre sainte Eglise et ses pasteurs ; Dieu vous en récompensera, soyez-en certain. Depuis que j ai quitté le Canada, il y a une douzaine d’années, j'ai beaucoup voyagé et j’ai manqué souvent à mes devoirs de chrétien et de bon catholique ; mais j’ai encore là, (en se frappant sur la poitrme) un ‘amour fort et inffaçable pour la sainte religion dans laquelle j'ai été élevé. Oui, sachez le bien, le canadien errant dans ce pays, pense toujours au clocher qui l’a vu naître et au prêtre qui l’a baptisé, tous ceux ‘que j'ai rencontrés sont comme moi. Dernäin, de bonne heure, je pars pour San Francisco, jé ‘vais m’éloigner encore de cette chère patrie, de ce beau Canada, mais jamais il ne s’effacera de ma mémoire, jamais je n’oublirai la sainte Eglise catholique. Avec vous et en votre compagnie, mes anciens souvenirs se sont présentés et renouvelés, et ce qui me fait le plus de peine, c'est de m'éloiguer de vous -pour. peut-être. ne plus vous revoir ici-bas ; espérons cependant, que nous nous reverrons un jour dans une meilleure patrie, là où il n’y aura plus de séparation ou de chagrin. Adieu, mon jeune ami, non, au revoir, plutôt, priez Dieu pour ce pauvre voyageur que: vous avez rencontré seul et délaissé dans cette immense prairie, où je me croyais perdu à jamais, mais je me tais, et les larmes vinrent mouiller ses paupières.

— Au revoir, monsieur, dit Gustave ému, ne craigne

rien, Dieu ne saurait laisser périr un homme qui le sert et l'aime comme vous l'avez fait depuis que j'ai eu le

plaisir de vous rencontrer; soyez assuré que rien nerme

ferait plus plaisir, que de vous revoir encore, ét la plus grande récompense que. j'ose espérer de Dieu serait de voir mon, père revenir dans les bras de la sainte Église qu'il a abandonnée,

— Que Dieule veuille, dit M. Pepin en sortant de la maison.

Le bon: catholique, dit M. Williams à voix basse à ceux qui était près de lui, est le meilleur chrétien que j'ai encore rencontré.

—Ils sont certainement meilleurs que nous le pensions, dirent ces derniers en se retirant.

Page 1