CHAPITRE VINGT-HUITIÈME
GUSTAVE PART POUR ST. LOUIS.— UNE VOIX L’'EMPÊCHE DE VOIR SA MÉRE ET SA SŒUR.—SON DÉPART DE ST. LOUIS POUR MONTREAL.
Le lendemain, Gustave, monté sur un beau cheval, quittait le fort Laramée en compagnie de cinquante cavaliers bien équippés. Son père, qui se repentait déjà d’avoir donné son consentement, l’avait embrassé à plusieurs reprises et lui avait fait renouveler ses promesses.
—Vous pouvez compter sur moi, répondit Gustave en pleurant, priez Dieu, afin qu’il ne m'arrive aucun malheur pendant ce voyage, et que je puisse trouvér ma mère et ma sœur jouissant d’une bonne santé. Au revoir, cher père, ne nous oubliez pas.
Gustave trouvait le temps trop long, au gré de ses désirs ; cependant, chaque journée le rapprochait de sa mère de plus de soixante milles. Dans sa joie, il ne cessait d’égayer ses compagnons par les bons mots et les réparties qu’il savait toujours trouver à propos, se faisant ainsi autant d'amis que de compagnons de voyage,
Huit jours après son départ, il entrait dans le fort Leavenworth. Ilse rendit aussitôt au bureau du commandant, qui le reçut avec bonté.
— Ai-je l'honneur de m'adresser au commandant de ce fort ? demanda Gustave en le saluant.
Oui, jeune homme, répondit le commandant ; que puis-je faire pour vous P
— Monsieur, reprit Gustave en lui remettant ses papiers, voici des documents qui m'ont été confiés par le colonelcommandant du fort Laramée pour vous les remettre directement. Veuillez en prendre connaissance, et dans une heure, je reviendrai pour en avoir le reçu.
—Très-bien, dit le commandant en souriant ; vous paraissez connaître les affaires, révenez dans une heure et tout sera prêt.
Gustave salua et se retira. Puis, sortant du fort, il dirigea ses pas vers la principale rue du village qui l’avoisine, Cette rue conduisait à la rivière Missouri. Je vais descendre cette rue, se dit-il, qui sait, il y a peut-être un vapeur en partance en ce moment.
Cette pensée lui fait hâter sa marche... il aperçoit un vapeur qui accoste. C’est le ‘ Lucy,” se dit-il joyeusement, le même vapeur sur lequel nous sommes montés à St. Joseph ; je vais aller à bord.
Il était à peine sur le pont, que le capitaine et le premier commis le reconnaissent et viennent lui donner la main.
—Allez-vous à St. Louis? lui demande le premier commis.
—C'est mon plus grand désir, répondit Gustave, mais j'ai encore des affaires à règler ici. Quand partez-vous ?
—Pas avant deux heures, si vous voulez me prêter votre aide pour le voyage, je vous donnerai un bon salaire, le second commis est malade et je suis surchargé d’ouvrage. Tâchez d’arranger vos affaires au plus vite,
Et tout en faisant votre promenade, ajouta le capitaine, vous gagnerez de l'argent.
—Merci, messieurs, dit Gustave joyeux, je vais de suite terminer mes affaires, et dans. une heure tout au plus je serai ici.
Il retourne rapidement au fort et arrive tout essoufflé au bureau du commandant.
—Je suppose, lui dit ce dernier en souriant, que vous venez chercher vos honoraires ; tenez, voici cent piastres
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GUSTAVE 351 que ie colonel me charge de vous donner ; avec ce montant, vous pourrez passer gaiement le temps que vous resterez à St. Louis ; le colonel me dit aussi que vous dévez revenir au commencement d'Octobre pour retourner au Fort Laramée ; si vous m'écrivez quelques jours avant votre départ de St. Louis, je vous ferai savoir quand aura lieu lé départ d'une caravane, Comptez cet argent, ajouta-t-il en lui présentant plusieurs billéts de banque, ét voyéz si je vous donne le bon montant.
Merci, monsieur, dit Gustave, je ne suis pas en âge, ét cet argent appartient à mon père. Sériez vous assez
bon de le lui faire parvenir.
—Mais comment allez vous faire pour vous rendre à St. Louis ?
—Mon voyage est déjà assuré, répondit Gustave, le commis du vapeur ‘‘ Lucy’? m'a demandé pour |’ aider, êt tout en me rendant à St. Louis, je gagnerai de l'argent.
—Vous êtes un brave jeune homme, et vous faites bien de respecter ainsi votre père, reprit le commandant, et tirant un billet de dix piastres de sa poche, il ajouta : prenez ce pétit montant, il pourrait vous être utile, car on ne sait ce qui peut arriver dans le voyage.
— Pardon, monsieur, dit Gustave en rougissant, mais je ne puis accepter.
— Voulez-vous me faire de la peine en refusant P reprit le commandant avec bonté, ce n’est pas une charité, mais un petit cadeau que je veux vous faire ; pouvez vous me refuser ce plaisir P
— Alors ce serait mauvaise grâce de ne pas accepter, dit Gustave ; et prenant l’argent, il la mit dans sa poche,
Voici le reçu que vous m'avez demandé, dit le commandant en souriant, et donnant la main à Gustave qui se disposait à partir il ajouta ; bon voyage, jeune homme ét que Dieu vous bénisse,
—Merci monsieur, dit Gustave en sortant, et le cœur joyeux il se rendit au bateau qui partit une demie heure après.
La descente du Fort Leavenworth à St. Louis se fait très rapidement, vu le grand courant de la rivière Mis-
souri. Gustave, joyeux, se disait en lui-même : plus d’obstacles pour mon retour à St. Louis, c’est dans cette ville où sont maman et ma sœur que je n’ai pas vues depuis si longtemps; oui, dans quelques heures je vais les voir ; quelle surprise et quelle joie pour elles! Quel bonheur pour moi, je n'ôse y penser ! Il ne comptait plus les journées ou les heures, mais les minutes et les secondes. Enfin le vapeur s'engage dans la rivière Mississipi. Encore une heure, se dit-il, et je verrai St. Louis. Cette ville paraît et approche de plus en pius, son sang s’agite et son cœur bât avec force ; le vapeur tourne pour accoster, il court demander au capitaine, quelques heures de congé et après l’avoir obtenu, il se dirige vers la demeure de M. Lewis.
Au bout de quelques minutes, il aperçoit le parterre au milieu duquel s'élève cette maison où doit se trouver celles qu’il aime tant. En arrivant, il jette la vue dans les allées pour voir si sa mère ou sa sœur n’y serait pas; mais ni l’une ni l’autr" ne s’y trouve. Une pensée subite l’attriste. Ah! se dit-il, dans ma joie je n’ai pas pensé que ma mère et ma sœur sont peut être rendues dans l’Etat du Vermont où demeure mon grand père maternel. Qui sait? elles sont peut être parties depuis longtemps. Je peux toujours aller voir mon bienfaiteur, ce monsieur qui m'a témoigné tant d'intérêt; lui qui a été si bon pour moi sera content de me donner tous les renseignements qui peuvent m'intéresser ; j'ai honte cependant de me présenter devant lui, que va-t-il dire de mon père et de sa conduite déloÿale, il va peut être me repousser, il en a le droit ; maïs enfin je n’ai pas a rougir de mes démarches, ce n’est pas ma faute et ma mère doit lui avoir tout expliqué, il ne peut pas penser mal, de moi ; je vais entrer; il avance. et: met la main sur la porte, mais tout à coup il entend comme une voix qui lui dit: est-ce ainsi que tu remplis ta promesse, où est ton père ?.… il recule. Que veut dire cette voix ? se ditil, après tout, ce n’est qu’ üne pensée qui m'a frappé, je ne dois pas m'y arrêter, je peux toujours voir ma mère, et comme je dois retourner à mon père bientôt, je pourrai le
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ramener. Il avance de nouveau pour entrer, maïs cette même voix l'arrête éncore et lui dit : as-tu rempli ta promesse, où est ton père? Voilà qui est étrangé, se ditil, c’est plus qu’une pensée ; que dois-je faire? Mais que va dire ma mère si elle ne voit pas mon père avec moi ; que va-t-elle penser ? Quelle peine elle va éprouver si je ne lui dis pas où il est ; je ne le puis cependant, car j'ai promis de n’en dire mot ; oui, je comprends à présent, il vaut mieux que je ne la voie pas pour le moment ; je n’augmenterai pas son chagrin, je vais retourner de suite au Fort Laramée et je tâcherai de faire revenir papa au plus vite. Fortifiez moi ô mon Dieu dans ma résolution et veuillez bénir mes efforts pour réunir mes bons parents. Déjà il se prépare a retourner sur ses pas, lorsque la porte de la maison s’ouvre. Ce bruïit attire son attention, il jette la vue de ce côté. Il voit sa mère sortir et se diriger vers un carré de fleurs ; ses yeux se remplissent de larmes en l’apercevant ; chère mère, se dit-il, que vous êtes pâle ! que de peines vous avez subies ! oui, je
vais au moins vous dire que je vis encore, que je revien-
drai bientôt ; prenant alors une résolution, ferme, il avance bien décidé cette fois d'entrer, mais arrivé à la barrière, cette voix impitoyable l’arrête de nouveau et lui dit avec force ; où est ton père? Tu ne veux donc pas remplir ta promesse ?
Il hésite. recule. trois fois il ayance ét trois fois il est arrêté par cette voix qui lui dit en augmentant de force: Arrête, je te défends de la voir et de lui parler avant que tu ne lui ramènes ton père, Îl.se trouble et pleure à chaudes larmes ; les passants s'arrêtent étonnés de le voir agir d’une manière aussi étrange,
Sa mère, occupée à arroser des fleurs, ne l’a pas encore aperçu et s'approche toujours ; bientôt elle va se rendre à la porte où il se trouve. Gustave ne la quitte point des veux, son cœur bât avec force... enfin, n'en pouvant plus, il ouvre la bouche pour l'appeler, mais sa langue ne péut:proférer aucun son. Mon Dieu, se dit-il, en levant la vue au ciel, je vais obéir à cette. voix qui m’arrête, je ne parlerai pas à ma mère avant de revenir avec mon
père, Oui,je vais de suite aller le chercher et le ramener dans les bras de son épouse. Veuillez me fortifier et me bénir. Puis jetant un dernier regard vers sa mère comme pour lui dire au revoir, il retourne sur ses pas ét se dirige vers le vapeur qu’il vient de quitter. Le ‘‘ Lucy’? se dit-il, va retourner bientôt, sinon avec les dix piastres que m'a données le commandant, je prendrai passage sur le premier vapeur qui montera, et si je ne suis pas rétardé au Fort Leavenworth, dans deux semaines je serai avec mon père. Il arrive au quai ; ses yeux tombent sur un grand placard où on lisait :
‘4 Grande Excursion à Montréal ” Billets de passage aller et retour $20.00.
Le reste donnait les détails sur cette excursion.
Une force invisible retient sa vue sur ce placard qu’il lit et relit plusieurs ! ‘5. Tout-à-coup cétté même voix se fait entendre de nouveau et lui dit : N'est-ce pas à Montréal où tu dois aller ? dans quelques jours tu auras dix-huit ans, et vas-tu manquer à ta promesse ? Mais qu'est que cela vent dire ? je ne puis me comprendre, je me propose de faire une chose, et toujours cette voix incompréhensible m'en empêche... Non, il ne faut point me laisser troûbler ainsi ; d'ailleurs je n’ai pas assez d’argent pour me rendre à Montréal ; Aussitôt cette même voix lui dit: Qu'importe ton argent ? tu n’en auras pas besoin, tes vieux parents t’attendent et tu dois y aller, car tu leur a promis ; exécute ta promesse, Mais, né dois-je point réunir mon père à ma mère et à ma sœur ? ét cette voix répond : Va à Montréal, te dis-je, tu les réuniras plus tard et même plus vite que tu ne le penses.
Gustave, troublé, ne savait que faire; dans sa perplexité, il marchait d’un côté, tantôt de l’autre, mais il revenait toujours et comme malgré lui à la même place, et ce placard était sans cesse là devant ses yeux. Ne sachant que décider, il à recours à la prière et demande
à Dieu de l'éclaircir ; et cette même voix lui répond: Tu til dois aller voir tes parents à Montréal. pou
Tout en priant, il se dirige, sans trop le savoir, vers
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GUSTAVE 355 un bateau qui devait partir pour Cincinnati dans quelques minutes. Instinctivement il s'embarque.. A:peine a:t-il mis le pied à bord qu’une ‘pensée le saisit et le fait reculer, Que vais-je faire, je n’y pense pas. Mais je n’ai pas de quoi payer mon passage ; d’ailleurs, que ferai-je rendu à Cincinnati, seul dans cette grande ville, sans secours, sans amis ? Non, je vais suivre ma première résolution, je vais retourner au ‘‘ Lucy ” pour me rendre au fort Leavenworth. Gustave retourne sur ses pas, mais aussitôt la voix mystérieuse l’arrête en disant: ‘C'est sur ce vapeur que tu dois embarquér.’” Pensif, il s’assied sur le rivage ; le visage caché dans ses mains, il n'ose bouger; son père, sa mère et sa sœur apparaissent tour à tour devant son esprit troublé ; le temps s'écoule sans qu’il s’en aperçoive, Le capitaine et le commis de ce vapeur passent et repassent devant lui en le regardant d’un air étonné, mais il ne les voit pas. La cloche sonne son dernier coup, les cables se détachent et les matelots commencent. à tirer la plateforme. ‘‘ Vite, embarque, lui dit cette voix, le vapeur va partir.” Ilse lève subitement, saute sur la plateforme, et d'un bond il est à bord. Prenez soin de moi durant ce voyage, ô mon Dieu ! se dit-il ; et, se rendant au bureau du commis, il lui demande le coût du passage,
—Dix piastres, répond le commis. Mais avez-vous de la peine? vous vous êtes conduit d’une manière un peu étrange tout à l'heure,
Gustave, ému, baisse la vue et ne sait que répondre.
—-Craignez-vous né pas avoir assez d’argent pour votre passage ? reprit le commis. |
—Pardon, Monsieur, dit Gustave en rougissant, j'en ai assez pour me rendre à Cincinnati, mais.
Ah ! vous allez-donc plus loin,
—Je.… je... Oui, répondit Gustave en hésitant.
Auriez-vous objection à me dire où vous allez ?
—Non, Monsieur, je veux me rendre à Montréal.
Certes ! dit le eommis, c’est un long voyage. que vous entreprenez. Sije vousai fait ces questions, c'était pour.calmer vos inquiétndes, Si:vous voulez vous rendre
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utile ici, vous n’aurez rien à payer. Il s'agira de faire l'entrée des noms des passagers, de la quantité et qualité des marchandises à bord, dans ce régistre.
—Avec'grand plaisir, répondit Gustave, veuillez me montrer de suite ce que j'ai à faire.
— Attendez après le dîner, dit le commis en souriant ; venez avec moi, je vais vous donner une cabine pour y déposer vos effets.
Gustave entre dans sa cabine et se jette à genoux pour remercier Dieu: Oui, mon Dieu, dit-il, je vois à présent que c’est vous qui m'avez conduit sur ce vapeur ; vous voulez que j'aille voir, à Montréal, ces bons vieillards qui m'ont élevé en m’apprenant à vous aimer et vous servir. Ayez soin, je vous en conjure, de mon père, de ma mère et de ma sœur, et euvoyez-moi votre saint ange pour me servir de guide et de protecteur durant ce voyage.
L'homme ne sait jamais ce qui l’attend le lendemain, se dit Gustave un peu plus tard: Il propose, espère ou décide quelques fois,mais des évènements imprévus déconcertent ses projets. : La fortune semble lui sourire, ses rèves d’ambition sont sur le point de se réaliser, ses affaires prospèrent au-delà de ses désirs, mais tout-à-coup, viennent les revers. L'homme doit donc se confier à cette divine providence et accepter tout, comme venant de la main de Dieu. Ce matin, j’entrais dans cette ville, le cœur léger et joyeux, pensant bien embrasser ma mère et ma sœur, et voilà, que je vais m’en éloigner autant sinon plus que j'en étais au Fort Laramée ; je nai pu-même leur parler.
La promptitude et l'habilité avec lesquelles Giüstave avait remplila charge que lui avait confié le commis plurent tellement au capitaine, qu’il le it venir près de lui et lui dit:
—Si vous voulez rester avec moi, jeune homme, je vous donnerai la place: de second. commis pour le présent, vous aurez un salaire de soixante piastres par mois.
—Je vous remercie beaucoup, répondit Gustave, mais je ne puis accepter, je me rends à Montréal pour voir mes parents.
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Vous faites bien, reprit le capitaine, allez, et si vous voulez revenir, cette place sera toujours à votre disposition.
—Merci monsieur.
—kRendu à Cincinnati, il débarque pour se rentre à la gare du chemin de fer de Cleveland, ville située sur les bords du Lac Érié. Mais il lui faut huit dollars et il ne les a pas.
Que faire se dit-il ? Je vais marcher , et prenant sa valise, il joint l’action à la volonté.
Ure heure, deux heures se passent et il marche encore ; Depuis longtemps il a franchi les limites de la ville et il marche toujours ; son attention est attirée par le bruit d’une voiture entraînée par deux beaux chevaux qui passe à côté de lui. Cette voiture est occupée par un homme bien mis qui arrête ses chevaux et lui demande où il va ?
—AÀ Montréal, répond Gustave en souriant.
—Et voulez-vous vous rendre là à pied, reprit le monsieur? montez avec moi, je vais à Dayton à soixante millés d’ici; cette ville se trouve sur votre chemin, et ce sera autant de fait.
Gustave, joyeux, s’empresse d'accepter cette offre généreuse, et la voiture emportée rapidement par les chevaux, arrivait à cette ville vers les six heures du soir. : Pendant le trajet ce monsieur, surpris de voir Gustave entreprendre un si long voyage, l’avait questionné, et les réponses lui plurent à un tel poim. qu'il décida d'aider ce jeune homme seul et éloigné de ses parents et qui faisait preuve de tant de supériorité dans son éducation et ses manières.
Notre voyageur fait entrer la voiture dans: une belle allée bordée de grands arbres et: conduisant à un magnifique parterre au centre duquel s'élevait une villa élégante. Gustave demanda à descendre de voiture en remerciant son bienfaiteur, HT
—Venez prendre:le thé avec nous, dit le monsieur: C'est trop de bonté, dit Gustave, je crains même d'a.
Non, reprit le monsieur en l’intérrompani, j'’insiste pour que vous veniez prendre le souper avec nous ; après cela, je verrai ce qu’il y aura à faire.
Quelques minutes après, on était à table, et üh peu plus tard à la g:re ur chémin dé fer.
“Prenez ce ‘‘ ticket,” lui ditle généreux gentilhomme en lui présentant un billet, il est bon jusqu’à Ciléveland, où vous devez prendre le vapeur, qui vous débarquéra à Buffalo.
—Mais, Monsieur, dit Gustave, vous:êtes trop bon.
Prenez, prenez, vous êtes jeune encore; et à votre âge, on a besoin de protection; tout ce que je vous demande comme reconnaissence, écoutez bien, si plus tard vous rencontrez quelqu'un dans la/même position que celle où vous êtes actuellement, et si vous avez la facilité de l'aider, vous ferez la même chose à son égard. Adieu, jeune homme, bon voyage ; ‘et, lui serrant la main, il le quitta aussitôt.
Que ces Américains sont des cœurs généreux, se dit Gustave en le voyant s’éloigher ; qu'ils sont bons et hospitaliers. Moi, étranger, depuis que je suis parti du fort Laramée, j'ai parcouru au-delà de deux mille milles de distance, et on m'a témoigné partout la même générosité et la même hospitalité. Quels modèles de charité ! et, au miliéu de ces pensées, il prenait place dans le train de Cleveland, où il arriva le lendemain matin,
Aussitôt il se dirige vers le port; chemin faisant, ie son d’une clüche sé fait entendre, Ah! se ditil, elle doit appeler les fidèles à :la messe du matin, car les protestants ne vont pas à l’Eglise de si bonne heure ; je vais m'y rendre. Il hâte le pas, arrive à une charmante petite Eglise, et entre juste au moment où le prêtre arrivait au pied de l'autel; il s'agénouille et prie avec ferveur. Quel bonheur pour moi, 6 mon Dieu, dit-il, de pouvoir jouir d’un bonheur dont j'ai été privé si longtemps, de vous offrir mon cœur au pied de vos saints autels et de vous dire combien jé vous suis reconnaissant pour tous les bienfaits dont vous m'avez comblé. Oui, Jésus mon Sauveur, qu'il est doux et consolant
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