‹ Gustave ou Un héros canadien [microforme]Chapitre 62 sur 70 · CHAPITRE VINGT-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-NEUVIÈME

RÉSOLUTION PRISE PAR M. DUMONT.—SON DEPART DU FORT LARAMÉE POUR ST. LOUIS.—HEUREUX VOYAGE DE GUS- TAVE.—SON ARRIVEE A MONTREAL,.—JOIE DE SES VIEUX PARENTS.

À peine Gustave fut-il parti, que M. Dumont s’aperçut d’un grand vide autour de lui ; il ne voyait plus son fils et cherchait de tous côtés, croyant pouvoir rencontrer quelque part, sa figure douce et souriante ; continuellement distrait, il ne prêtait aucune attention à ce que faisaient les ouvriers confiés à ses soins, et on l’entendait souvent répéter : Gustave... mon fils... où es-tu ? qui me rendra mon Gustave ?

Plusieurs jours se passèrent ainsi sans apporter de changement à son état, au contraire, il changeait à vue d’œil et ses panpières étaient souvent inondées de larmes. Un soir qu'il était plus triste qu’à l'ordinaire , il ouvre la valise de Gustave avec la pensée que la vue de ses effets lui apportera un peu de consolation. La première chose qu’il aperçoit est son livre de controverses ; il l’ouvre et, sur la première feuille, reconnait l'écriture de son fils. Je vais lire ce qu’il a écrit, se dit-il, et s’approchant de la lumière, il lut ce qui suit ;

«Ce livre m'a été donné par le vénérable directeur du

collège de Montréal, afin que je puisse apprendre et connaître les maximes et les belles doctrines de notre sainte religion, l’'Eg'ise catholique et apostolique fondée par Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même. Voici ce que ce bon prêtre m’z dit en me le donnant : cher enfant, tu vas bientôt te trouver avec ton père qui essaiera de te détourner de 12 sainte religion dans laquelle tu as été élevé et qui t'a appris à aimer Dieu de tout ton cœur ; pour parvenir à son but, il emploiera tous les moyens possibles ; il voudra te faire abandonner les saintes pratiques de notre culte qu’il tournera en ridicule ; il détournera le sens des Stes Ecritures par l’interprétation erronée qu’il en donnera ; il te fournira pour lecture dés livres écrits par des hommes hostiles à tout ce qui tient au catholicisme. . Etudie bien ce livre, tu y puiseras les connaissances nécessaires pour refuter les accusations et les objections que font ordinairement les protestants contre notre sainte Eglise. I] m'a dit encore, sois bien obéissant à ton père et à ta rnâre, respecte les et ne leur cause jamais de peines par tes désobéissances ou ton humeur, Eh bien! i: faut que je suive les conseils de ce bon et vénérable prêtre et aussi ceux de mes bons vieux parents à Montréal qui n’ont fait les mêmes recommandations ; il faut me mettre à l’œuvre et bien étudier ce livre pour le savoir couramment, afin de pouvoir prendre la défense de notre sainte religion instituée par fésus- Christ, et hors de laquelle il n’y a pas de salut à espérer pour celui qui, ia connxissant, ne lui obéit pas. Ah! mon Dieu, quelle triste pensée ! papa ne la connait-il pas ? ne l’a-t-il pas abandonnée pour oéir à sa volonté ? permettez donc, je vous en prie, qu’il ne meure pas dans cet état. Veuillez l’éclairer et ‘ui tendre votre main toute puissante pour le retirer du péril qui le menace. Qui, mon Dieu, je vous promets de bien obéir à mon père et à ma mère, de ne jamais leur causer de peine : je vous promets surtout de toujours vous prier pour eux. Et vous. Sainte Vierge Marie, mère de Jésus-Christ mon Sauveur, veuillez intercéder auprès de votre divin Fils, afin que la grâce descende et pénètre dans le cœur de

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GUSTAVE 361 mon père, si bon d’ailleurs, pour le faire revenir dans les bras de la sainte Eglise qu’il a abandonnée, et faites que je remplisse ma promesse, Ainsi soit-il.

18 Septem Un peu plus bas était écrit, ÉTRPre 10 ‘ 20 Mai 1858.” Aujourd’hui, mon Dieu, vous avez ouvert mon cœur à l'espérance ; vous avez permis que ma inère reconnût son erreur et se décidât à se jeter dans le sein de votre sainte Eglise. Je vous remercie du grand bonheur que vous venez de me procurer. Ah ! permettez ue mon père en fasse autant bientôt.” .

Des larmes abondantes inondaient la figure de M. Dumont : Oui, se dit-il, ce cher enfant à bien rempli sa promesse, et cela malgré les mauvais traitements et les railleries que je lui ai fait subir. Des pensées diverses traversent et troublent son esprit, et ses mains nerveuses tournent plusieurs pages du livre; enfin il jette la vue de nouveau sur sa lecture et son attention est attirée par ce qui suit :

‘ Déclarations solennelles des pasteurs de l'Eglise catholique.” «c . EE , . . NN ,. A , . :

Maudit soit celui qui se livre à l’idolâtrie, et prie les images et les reliques ou les adore comme Dieu.

‘6 Maudit soit celui qui croit que la Vierge Marie est plus qu'une

simple créature, qui l’adore ou met sa confiance en elle en l’égalant gale

à Dieu, qui l’élève au-dessus de son fils, et croit sa puissance égale ou au-dessus de la sienne. :

: .. DEEE à Maudit soit celui qui croit que les prêtres catholiques peuvent pardonner les péchés, que le pécheur se répente ou non, et qu'il y

quit un pouvoir sur la terre qui puisse pardonner les péchés sans un

sincère repentir et un ferme propos d’y renoncer. + Maudit soit celui qui croit que les Saints au ciel sont des rédempteurs, qui les prie comme tels, ou qui leur rend et à quelque

créature que ce soit, l'honneur ou le culte qui n’est dû qu’à Dieu

‘6 Maudit soit celui qui adore le pain comme Dieu, et qui, croyant que le pain et le vin ne sont pas changés, les adore. et Vi Maudit soit celui qui croit que sans les mérites de Jésus-Christ il pourrait obtenir son salut par ses bonnes œuvres, ou qu'il pourrait y 8 pour ses péchés et éviter la peine éternelle qui leur dut dûe, |

Maudit soit celui qui méprise la parole de Dieu, ou la cache au

Arcuple pour l'empêcher de connaitre ses devoirs, et le maintenir dan A & N ]

l'erreur et l'ignorance, qui omet un des dix commandements ou em-

pêcke au peuple de les connaître tous, de crainte qn’il ñle Connaiss la vérité.

‘6 Maudit soit celui qui prêche le peuple dans une langue in62pmue qu'il ne comprend pas, ou emploie queique autre moyen po tenir dans l'ignorance.

‘* Maudit soit celui qui croit que le pape peut permettre, dan quelque circonstance que ce soit de mentir ou de $e parÿurer, qu'il est permis de soutenir, jusqu'au dernier moment, s0n imocen quand on est coupable.

‘€ Maudit soit celui qui s’encourage à pécher, ou à différer sa &n version jusqu'à la fin de la vie, en espérant un sincère répentir su son lit de mort.

‘4 Maudit soit celui qui place toute sa religion dans la pompe et les cérémonies, et qui n'enseigne pas au peuple à servir Dieu en esprit et en vérité.

‘ Maudit soit celui qui se livre à la cruauté et l’autorise, qui enseigne au peuple d’être sanguinaire et à renoncer à la douceur enseignée et pratiquée par Jésus-Christ.

‘6 Maudit soit celui qui enseigne qu’il est permis de faire le mal lans l'intérêt de 1 Eglise, ou qu'on puisse faire un mal dont il peut résulter un bien.

‘ Maudit soyons nous, si répondant Amen à toutes ces imprécations, nous employons quelques équivoques ou restrictions mentales et si nous n’y donnons pas notre assentiment dans le sens simple et naturel des mots. Amen.”

M. Dumont n'avait cessé d’essuyer les sueurs qui lui couvraient la figure pendant tout le temps de cette lecture, Grand Dieu se dit-il, ne viens-je pas de lire une formule complète des accusations que j'ai portées contre l'Eglise catholique et ses pasteurs ? Ces déclarations ne sont-elles pas une réfutation de mes avancés ? J'étais donc dans l'erreur et serait-il possible que je me sois laissé aller à la calomnie et au mensonge pour obtenir gain de cause ? et de fait, ne les ai-je pas employés dans les différentes discussions qui ont eu lieu depuis que mon fils est avec moi ? Ne suis-je pas un malheureux, d’avoir agi de la sorte? Dieu n’exigera-t-il 5as un compte sévère de tout ce que j'ai fait, et pourrai-je protester mon ignorance ? Non, certes, non, tout sera divulyué ; et se levant subitement, il se met à arpenter sa chambre de long en large, et cherche à dissiper ces pensées at lattristent et

r'efraient ; mais, loin de disparaître, #lles l'acçablent |

davantage ; enfin, r'en gouvant plus, :" "2 jeitt « . nmoux,

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