‹ Gustave ou Un héros canadien [microforme]Chapitre 63 sur 70 · MAC ET · texte numérisé non relu

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Le jour paraïssait et M. Dumont n'avait pas encore fermé l’œil ; toute la nuit, il n'avait cessé de prier et de s’affermir dans la résolution de partir au plus vite pour St. Louis. Armé de cette résolution, il se lève, prend

son déjeuner et sort pour surveiller ses travaux. Ses

hommes, s’apercevant qu’il est plus pâle qu’à l’ordinaire, lui demande tour à tour :

—Qu'avez-vous donc, monsieur ? vous paraissez malade. Et il rénond chaque fois :

—Et je le suis, malade de corps et d’esprit ; j’ai perdu mon fils, que je n’aurais pas dû laisser partir. Qui sait ? je ne le verrai peut-être plus.

Cette journée lui parait encore plus accablante que les autres ; voulant se distraire, il cherche dans le travail un moyen d’évader les pensées qui l’occupent, et, saisissant un marteau et une scie, il se met à travailler avec ardeur ; mais les pensées ne lui accordent aucune trève ; l’activité qu’il donnait à ses membres semble augmenter en quelque sorte celle de son esprit. Ce que Gustave avait écrit sur la première feuille de son livre le troublait ; les dernières lignes, surtout, lui adressaient comme un reproche.

—Mon fils, se dit-il, remercie Dieu de la conversion de sa mère, et espère que j'en ferai autant. Pourquoi ne

me convertirai-je pas, moi aussi? Ai-je trouvé la vérité ou quelque consolation dans les différentes sectes que j'ai embrassèes ? Non, bien le contraire, Dieu a puni ma volonté rebelle. J'ai quitté son Eglise parce que je n’en étais pas digne, en voulant m’exempter des devoirs et des bonnes œuvres qu’elle impose à sés enfants. Oui, je vais en finir avec cette conduite coupable ; je vais, et de suite, me rendre à St. Louis rejoindre mon épouse, que j'ai si lâchement abandonnée.

Sur le soir, il se rend au bureau du colonel, qui le faisait demander ; ce dernier le fait asseoir et lui dit en souriant :

—Monsieur, le quartier-maître a cent piastres à vous

donner ; cette somme vient de votre fils, qui n’a pas voulu prendre ses honoraïres en disant: Je ne suis pas en âge, cet afgent ne ‘n'appartient pas, et il a prié en même temps le commandant du fort Leavenworth de vous faire parvenir cette somme.

—Le cher enfant, s’écrie M. Dumont ému, quel respect et quelle obéissance il m’a toujours témoignés.

—Vous avez un bon fils, reprit le colonel, et vous devez en être fier.

-—Qui ne serait pas heureux d’avoir un tel enfant ? dit M. Dumont ; je profiterai de l’occasion présente pour vous dire que je ne puis rester ici plus longtemps ; vos ouvrages étant assez avancées, n’en souffriront pas, vos

xuvriers pourront les terminer sans moi ; vous devez vous être aperçu que je m'ennuie beaucoup depuis le départ de mon fils, et j'ai hâte de rejoindre ma famille.

— Monsieur, reprit le colonel, j’en ferais autant à votre place, et je consens volontiers à votre départ ; une com pagnie doit partir dans deux jours, vous pourrez la suivre si vous le désirez.

—M. Dumont, le cœur plus léger, se rendit chez le quartier-maître, régla de compte avec lui et commença ses préparatifs le soir même. Avant de se coucher il se ette à genoux et les mains levées vers le ciel, il s’écrie d'une voix suppliante : Pardonnez-moi, mon Dieu, di vous avoir méconnu et offensé pendant de si longues

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je viens de prendre, ayez soin de mon fils et conduisez-le

sain et sauf dans les bras de mon épouse, sa mère, et permettez que j'éprouve le même bonheur bientôt. Ainsi soit-il ; ”” et pour la première fois depuis de longue années, il fit le signe de la croix.

Deux jours plus tard, M. Dumont, le cœur joyeux et éprouvant une consolation et une paix intérieures, inconnues pour lui depuis longtemps, quittait le fort Laramée et suivait la route prise par Gustave trois semaines auparavant.

Laissons-le se diriger vers St. Louis, que Gustave venait justement de quitter pour se rendre à Montréal.

Nous avons laissé Gustave dans l’Eglise catholique de Cleveland ; la messe finie, il se dirige vers le port pour trouver le vapeur qui doit le conduire à Buffalo ; après une heure de marche, 1l le trouve et demande le prix du passage.

—Quatre piastres, répond le commis.

—A quelle heure partez vous P

—AÀ six heures, ce soir.

—Merci, monsieur, dit Gustave ; il retourne sur le quai et compte l’argent qui lui reste. Quatre piastres et soixante centins, se dit-il, j'ai encore sept cents milles à faire pour me rendre à Montréal. Que faire ?.. il me faut attendre toute la journée ici, et la faim commense à se faire sentir ; si je prends un repas à l'hôtel il ne me restera pas un

sou rendu à Buffalo. Pourtant il me faut bien manger, si je veux garder mes forces pour le voyage. Hélas ! mon Dieu, veuillez, donc me guider, et cette voix, qu’il avait entendu à St Louis lui répond : Pourquoi t’attristes-tu P Ne t’es-tu pas bien rendu jusqu'ici? Va, et mange, ne t’occupe pas du reste,

Ayant appris à être docile à cette voix, Gustave se rend à un hôtel et prend place à table à côté des autres, paie cinquante centins, et se dirige de nouveau vers le vapeur ; en arrivant, il est accosté par le capitaine, qui lui demande :

—Cherchez-vous de l’ouvrage, jeune homme ?

—Je suis prêt à me rendre utile, monsieur, si vous avez besoin de moi, répondit Gustave.

— Alors, allez déposer votre bagage, dit le capitaine, et revenez ici, je vous dirai ce qu’il y aura à faire.

Gustave s’empresse d’aller mettre sa valise en sûreté et revient de suite.

— Prenez ce livre, dit le capitaine, et vous y entrerez les marchandises qu’on doit mettre à bord. Allez-vous à Buffalo ?

—Qui, Monsieur.

— Très-bien, dit le capitaine en s’éloignant.

Gustave se mit à l’œuvre avec activité Qui aurait pensé à cela? se dit-il ; je n’ai même pas eu besoin de demander ce que je voulais. Enfin, tout est embarqué, la cloche sonne, et le vapeur se tourne du côté de Buffalo, où il arrive le lendemain matin.

Gustave, avant de débarquer, alla voir le capitaine pour le remercier.

—Ne me parlez pas de cela, dit le capitaine ; mais voudriez-vous accepter la place de commis sur ce vapeur ?

—Je vous prie de m’excuser si je ne puis accepter, répond Gustave.

Pourquoi pas ? reprit le capitaine, votre salaire sera de cent piastres par mois, et vous remplissez fort bien cette charge,

— Je ne saurais refuser si des circonstances impérieuses ne m'en empêchaient, dit Gustave ; permettez-moi,

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cependant, de vous offrir ma reconnaissance pour la

bonté et la confiance que vous me témoignez.

Il débarque et entre dans la ville sans trop savoir où diriger ses pas. Les chemins de fer l’auraient bien rendu directement à Montréal, mais l'argent manquait et il ne fallait pas y penser. Quelle route vais-je prendre ? se dit-il ; en allant à Lewiston, je me trouverai sur les bord: du lac Ontario, et là, je pourrai prendre un des vapeurs, soit pour Toronto, soit pour Ogdensburg. C’est la meilleure route, je crois. Oui, je vais essayer celle-là, Il se rend a la gare du chemin de fer, prend le train qui suivait cette dernière direction, et bientôt il vol: dans la direction des chutes du Niagara. Là, le train fit halte pour permettre aux voyageurs de visiter ces grandes merveilles de la nature. Gustave s’y rend avec les autres et prend un soin particulier de bien voir et examiner. On reprend la route, et quelques minutes après, il était à Lewiston. Le vapeur ‘ New-York,’ en destination d'Ogdensburg, était au quai et devait partir dans une heure. Je vais m’y rendre de suite, se dit Gustave ; il va pour traverser la foule, mais une main le frappe sur l’épaule, et il entend prononcer son nom.

Gustave se retourne vivement et reconnait son ami Edmond qu’il avait laissé dans le jardin de son grand père lors de son départ de Montréal.

—Ah ! c’est vous cher ami, s’écrie-t-il tout joyeux ; comment allez-vous ?

— Assez bien Gustave ; quel plaisir pour moi de vous voir, d’où venez-vous ? qu'avez-vous donc fait ? depuis longtemps je ne vous ai pas vu.

— Gustave lui raconta en quelques mots les voyages qu’il avait fait depuis son départ de Montréal, sans toutefois parler des changements de son père où de la séparation qui avait eu lieu.

—Allez-vous à Montréal ?

—Oui, j'ai obtenu la permission d’aller voir mes bons vieux parents et les amis que je n'ai pas vus depuis si longtemps ; je me rendais justement à bord de ce vapeur pour acheter mon billet de passage.

— J'en ai un qui va vous servir jusqu’à Ogdemsburg.

Je suis bien aise de vous le donner cher ami, car je ne savais qu’en faire.

—Mais vous en aurez besoin pour votre retour.

— Non, mon père qui voyage pour sa santé, a décidé de s’en retourner par un autre chemin, puis il ajouta en souriant : Si je le donne, c'est parceque je n’en ai plus besoin, bien généreux de ma part, n’est-ce pas?

-—Je ne vous en remercie pas moins, mais dites-moi, avez-vous entendu parler de mes vieux parents dernièrement ?

Je les ai vus la semaine dernière encore, ils me paraissaient assez bien. Vous ne sauriez douter de la peine que votre départ leur a causée ; je suis allé les voir souvent, et chaque fois, ils ont parlé de vous en exprimant le désir de vous revoir, je vous assure que vous allez leur faire un immense plaisir.

— Oui, quel bonheur pour moi de les revoir, dit Gustave ému, vous ne savez combien j'ai hâte d’être rendu auprès d’eux. Comment sont les amis, nos compagnons de collège ?

—Tous assez bien, et il commença à lui raconter tous les petits incidents qui s'étaient passés ; Adolphe a embrassé l’état ecclésiastique, Edouard étudie la médecine, Charles le droit et ainsi de suite... mais voici la cloche qui sonne, ajouta-t-il, il faut nous séparer, adieu !

Le vapeur part et est bientôt à perte de vue. Gustave lève les yeux au ciel et s’écrie: mon Dieu, voùs avez bien tout prévu, vous avez même permis qu’un ami se trouvât sur mon passage pour me donner des nouvelles de mes bons vieux parents, tout en contribuant à une partie de mon voyage. Merci de votre toute paternelle protection.

Le lendemain, sur les huit heures, il débarquait à Ogdensburg et montait à bord du ‘* Welland ” qui faisait le trajet entre cette ville et Montréal ; il se rend au bureau du commis et demande le coût du passage.

— Trois piastres, répond ce dernier.

Gustave les lui donne et se dit :

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