‹ Gustave ou Un héros canadien [microforme]Chapitre 67 sur 70 · CN RE A PU ENS RD · texte numérisé non relu

CN RE A PU ENS RD

392 GUSTAVE M. Pepin ne peut en croire ses yeux. Est-ce un rève ? se demande-t-il, je suis pourtant bien réveillé, mes pieds et mes mains sont bien libres. Il voudrait parler, mais son guide lui fait signe de garder le silence. Malgré l’agilité et la force dont il est doué, c'est avec peine qu’il peut la suivre ; il lui semble qu’elle vole tant sa course est rapide.

—C'est vraiment extraordinaire, se dit-il, et je ne sais que penser; mais il fut arrêté court dans ses reflexions ; son guidé venait dé s'arrêter et il la voit monter sur un cheval équippé pour la course ; un autre cheval est tout prêt, elle lui fait signe de s'en émparer.

Il se hâte d’obéir.

—AÀ présent, monsieur, dit Emily, c’est à vous de me prendré sous votre protection ; je me confie à votre honneur et à votre loyauté. Vous dévez connaître ce pays, à vous de prendre la direction du fort le plus rapproché." Vite, partons, il y va de votre vie et de la mienne, le moindre retard peut nous être fatal.

M. Pepin, étonné de plus en plus, réfléchit, regarde autour de lui comme pour reconnaître quelques points saillants.

—Suivons'cette direction dit-il.

Tous déux lancent leurs chevaux au galop, mais M.

Pepin, craignant pour Emily, commence à ralentir la course.

—Piquons.. piquons plus fort, dit Emily, ne craignez pas pour moi, je suis BAprEUeE) et nos chevaux sont agiles et vigoureux.

Alors une course des plus rapides s'engage entre les coursiers. Ils dévorent l’espace ; les heures succèdent aux heures... les vallées aux’ montagnes, les unes et les autres sont passées, et cependant leurs montures ne moné int de fatigue. ‘

He n l'aurore paraît, MéPepin, ayant pu s'orienter,

et C

— Encore une demié:heure, et nous aurons atteint un fort situé au-delà de cette montagne.

—Que Dieu soit loué, dit Emily.’

—Me serait-il permis de vous demander, reprit M. Pepin, comment il se fait que vous soyez dans ce pays, et surtout parmi une tribu de Sauvages ? Serait-ce trop me hasarder de vous demander votre nom ?

—]Je me nomme Emily Williams, et elle lui raconte tout ce qui s'était passé depuis leur départ d'Angleterre, sa tendresse pour ses frères George et Arthur, les jours joyeux qu'ils avaient passés ensemble ; je n’oublierai jamais, ajouta-t-elle, un digne jeune ‘homme, du nom de Gustave Dumont ; il avait su, par ses belles qualités, acquérir mon estime et mon respect.

— Pardon, mademoiselle, vous me dites que vous avez connu Gustave Dumont ?

—Oui, monsieur.

— Et que George et Arthur Williams sont vos frères ?

— Oui, dit Emily d’une voix tremblante ; les avez-vous vôs, répondez vite, je vous én prie.

—Ciel!'quel bonheur ! s'écria M° Pepin. Oui, mademoiselle, je les ai vrs plusieurs fois à la ville du Lac Salé ; votre père aussi. : Quelle joie, ils vont éprouver en vous voyant ! eux qui vous pleurent comme morte, qui ne pouvaient penser ou parler de vous sans verser des larmes ; quant à ce jeune Dumont, si riche en qualités et en vertus, il a toujours. honoré votre mémoire.—Quel bonheur pour eux tous | Ah !°je remercie Dieu pour vous et pour moï-#je le remercie d’être tombé entre les mains de ces: sauvagés qui: vous retenaient prisonnière. Au moment même que:je pensais tout fini pour moi ici-bas, je suis sauvé par vous, et à mon tour, je puis vous servir En vous aidant à recouvrer votre liberté.’ “Oui, Dieu est grand

dans ses desseins. ;: ‘:

—Les | pensez-vous encore en cette ville, demande Emily. ERA

—Je ne lé crois pas, je sais que M. Dumont et son fils devaient partir de suite lorsque je l’ai quittée. Tant qu’à vos parents, ils étaient déjà dégoutés de cette nouvelle secte, je veux parler des Mormons ; ils attendaient une occasion:favorable pour voire prit propriété, et devaient quitter le pays aussitôt. 1: ::

—En ce cas, ils sont peut-être retournés en Angleterre, dit Emily.

—Cela se peut, mademoiselle, mais ne vous inquiétez pas, j'ai une bourse bien garnie; mon ,plus grand 'bonheur sera de vous rendre moi-même à vos bons: parents, si vous me lé permettez.

—Je ne pourrais refuser. votre offre généreuse, Dieu seul pourra vous récompenser,

— N'est-ce pas à moi de vous remercier, vous qui m'avez sauvé de la mort la plus cruelle ; qu’ai-je fait ou plutôt que puis-je faire enretour.de votreaction si noble ? Mais racontez-moi donc Ja suite de ce qui vous est arrivé. Vous me disiez que c'était un dimanche matin, je crois, lorsque je me suis permis de vous interrompre.

— Oui, dit Emily, je venais de/monter à cheval ét nous attendions le signal: du, départ; tout:à-coùp je mé sentis soulever en l’air et comme-emporté par le vent; je gardai cependant ma connaissance, et essaÿai.de maîtrisér -mon cheval, mais tout fut inutile. . Quelques seconds aprés, 1l se lancait dans la rivière Platte,et je m'évanouis; combien de temps ai-je.été en cet état, je né pourrais le dire; un temps assez long a dû s’écouler, car lorsque je recouvrai mes sens, j'étais couchée dans une tente; une jeune indienne était à côté de moi et me prodiguait les soins les plus tendres. J’essayai de parler, mais ma faiblesse était trop grande; une maladie grave s’en suivit,:je suis venu très près de mourir: plusieurs fois, mais Dieu ne:l’a pas voulu, je fus incapable de me lever pendant plus de deux ans ; cependant cette jeune indienne me donnait toujours les mêmes, soins, on aurait dit d'une mère veillant sur le berceau de son enfant. Mon ravisseur venait souvent me voir et s’enquérir de mon état, je pus alorsijuger de son dessein ; je remerciais Dieu de ma maladie-et lui demandais de me faire mourir -plutôt que d'accepter -un joug aussi odieux. | ta

: Trois mois se sont à peine écoulés, depuis que j'entrai

était le fils du grand chef de la tribu; que cette jeune indienne était sa fiancée avant mon arrivée, Surprise, je lui demandai pourquoi elle m'avait donné des soins si tendres, ajoutant que ma mort aurait fait disparaître sa rivale ; elle me répondit ; ma sœur ne comprend pas, je sais qu’elle n’aime pas Aigle-Bleu, aussitôt qu’elle sera en ‘santé, elle: pourra s'évader et rejoindre ceux de sa race. Elle n'avait pas fini de parler que je l’émbrassai à plusieurs reprises et je l'assurai que mon plus grand désir était de recouvrer la liberté et de rejoindre mes parents.

Elle me répondit qu’elle ferait tout en son pouvoir pour m'aider, Dès lors, nos courses à travers les bois et dans les prairies commencèrent; tantôt à cheval, quelques fois à pied, afin de reprendre mes forces et la santé perdues ; l'appétit revint, et avec lé’ courage et l’espérance de réussir. |

Nous avions beau épier une occasion favorable, il ne s'en présenta point. Dieu avait ses desseins ; il me fallait un guide pour me conduire là où je n'aurais plus à craindre de la part de ces Sauvages ; seule, qu’aurais-je fait?

Une fois hors de leur atteinte, où aurai-je dirigé mes pas ?.. Vous êtes fait prisonnier par celui-là même qui voulait me rendre sôn esclave ; et.

—Pardonnez-moi,si je me permets de vous interrompre, mademoiselle, dit M. Pepin avec émotion. C'est à vous que je dois la vie, én coupant cés liens qui me retenaient comme cloué à cet arbre; vous m'avez sauvé du sort le plus horrible, de la torture, de la mort la plus cruelle ; vous avez même songé à ma liberté en mettant à ma disposition ce magnifique coursier. Et moi qu'aije fait pour vous ? Rien ; je suis trop heureux de pouvoir vous être utile ; ne m’épargnez pas, tout ce que je possède est à vous ; rien ne sera épargné pour vous rendre à votre famille,

Une demie-heure après, ils entraient dans le fort, où ils furent reçus à bras ouverts par lé commandant. Il les fait asseoir à sa table, et demande comme une faveur de lui faire le récit de leurs aventures, —des larmes roülent de ses yeux en entendant la narration d'Emily.

Ce commandant était ch 'étien.

—Oui, leur dit-il, je vois dans votre délivrance la puissante protection de Dieu; vous pouvez compter sur moi, je vais hâter le départ ‘d'une de mes. compagnies pour le fort Leavenworth, elle, vous servira d’escorte à travers les prairies ; ainsi, dans deux ou trois: semaines vous serez rendus à St. Louis.

Si cela ne vous gêne pas, mademoiselle, ma fille:sera heureuse de vous avoir pour compagne pendant votre séjour. ici; mais qu’entends-jre ? La sentinelle vient de donner le signal d'alarme c'est peut-être une attaque, je cours voir ce qui en est.

Emily et M. Pepin avaient ressailli en entendant le coup de carabine tiré par Ja sentinelle. Ils savaient trop bien ce que ce signal voulait dire.

Aigle-Bleu et ses Sauvages! crie-t-on de toute part ; ils sortent et se dirigent vers une des meurtrières du fort ; les soldats sont déjà à leurs postes ; les six canons sont prêts à lancer la mitraille. Tous, officiers et scldats, n’attendent plus que l’ordre du commandant pour jeter le feu, le fer et le plomb sur au-delà d’un milliét de Sauvages, monté sur des chevaux et armés de fusils, de tomahawks (haches de guerre) d’arcs et de flèches, et tous poussant des cris et des hurlements féroces.

Emily a remarqué Aigle-bleu, par sa haute stature et ses regards farouches ; elle trerable de tous ses membres, elle craint l'issue du combat qui va s’éngager ; le grand nombre des ennemis lui fait prévoir la destruction du fort et de ses. défenseurs.

— Voici Aigle-bleu qui avance, dit M. Pepin, voyez, il a attaché un morceau blanc au bout Ge sa carabine, il veut parlementer, je suppose.

— Halte ! crie ia sentinelle, auprès de laquelle se trouvait le commandant.

Aigle-bleu avance toujours sans tenir compte de cet ordre,

La sentinelle le met en joue et: lâche la détente, mais le commandant, par un mouvément vif, relève le canon de sa carabine, et la baile va se perdre dans le vide.

Le jeune chef n’arrête pas et se dirige vers la porte du fort : Alors le commandant ordonne de la lui ouvrir.

GUSTAVE. 297 a L Aigle-bieu entre en jetant un regard tapide autour du 1r fort. ; le désappointement selit sur, sa figure, ïikne voit S + point ceile qu'il.cherche: Il se tourne: vers le. comman-

à | dat et lui dit:

es ; La Bianche-Colombe doit-être entrsb ici avec ur de mes prisonniers. | ka

ra — Oui, ils sont tous deux ici. i

re : — Alors: mon frère va me. les rendre, la Blanche-

le Colombe est ma, femine, et le français est mon prison-

e nier.

Tu mens, dit le commandant avec colère, & ei c'est ce le : que tu veux, va-t-en au plus, vite, car j'ai le droit de te nt retenir comme prisonnier, pour avair arrêté et voulu tor-

turer un de ma race. De plus, je t’avertis, qu’à la moin- À: dre a‘taque de votre part, je vous ferai tous pendre ts comme rebels, ns —Ho ! ho! dit Aigle-Bleu avec dérision, mon frère ne cl- sait donc pas que ma tribu est nombreuse ; que je puis, ur moi-même, lui infliger le châtiment dont il me menace. de | Ainsi que mon frère réfléchisse bien.

de — Va, et dis à ta tribu que je ne le crains pas, qu'elle et fera mieux de retourner d’où elle vient.

Aigle-Bleu sortit en se mordant les lèvres de dépit,

et Pendar* que ceci se passait, les Sauvages faisaient leurs es, préparatifs pour l’attaque. Une grande quantité de brannd ches séches était amoncelée au centre de leur camp du Au retour de leur chef, ils se mirent à lier ces branches

À) par fascines, que plusieurs chargèrent sur leurs épaules en il attendant le signal d'avancer.

il —Ils veulent mettre le feu au fort, dit le commandant : ® Attention, chacun à son poste, ajoute-t-ii d’une voix forte, Dut- H les voilà qui viennent.

Les Sauvages lancent leurs chevaux au galop. Arrivés et 1 à portée de fusil du fort, ils se disposent de mauière à former u cercle autour ; Aigle-Bleu vole partout pour

ais donner ses ordres ; chaque cavalier a une fascine qu'il on A poite devant lui. A. un signal donné, il descendent de |

cheval, jettent leurs fascines devant. eux, puis se glissent du ventre à terre. en les poussant dans la direction du fort,

Aigle-Bleu en: saisit une plus grosse que lès autres, et la dirige vers la porte. : Les autres. restés à cheval, courent

dans: toutes: les diréctions; en renouvelant: Jeurs hurle. ,

ments terribles ; des milliers de flèches viennent tomber dans l'enceinte: du: fort ; 3 les ‘soldats sont obligés de s’adosser aux murs pour les éviter, et attendent avec impatience l’ordre de faire feu.

— J'ai n compte à régler avec celui-là, ait M. Pepin en nommant Aigle-Bleu : je vous prie de me laisser faire.

—Agissez à votre guise, dit le commandant.

M. Pepin s'empare d’une corde et fait un nœud-voulant à chaque bout, puis, se dirigeant vers la porte, il demande au gardien de lui ouvrir.

—Qu'allez-vous faire seul en dehors de ce fort ? demande le commandant, ces Sauvages vont certainement vous tuer.

Ne craignez pas, je veux emmener ce chef comme prisonnier.

—Que Dieu vous soit en aide, lui dit Emily.

La porte s'ouvre assez grande pour le laisser passer, et, imitant en cela les Sauvages, il se baisse dans les hautes herbes et se traîne vers le jeune chef

Tous les regards le suivent avec anxiété; la distance qui les sépare diminue tc jours; la fascine arrive sur lui, il se jette de côté pour la laïsser passer. Aigle-Bleu ignore sa psésence, et abrité derrière sa fasciné, son tomahawk serré entre ses dents, il n'arrête pas,

—Halte, lui crié tout- à-Coup M. Pépin d'une voix de tonnerre.

‘Aigle-Bleu, surpris, arrête, se lève et saisit son tomahawk pour terrasser son aûversaire qu’il a reconnu ; mais, 2 est trop tard, le nœud-coulant est déjà passé sur ses épaulés’et ses bras sont serrés fortement contre son corps.

M. Pepin, debont, frémissant, le tire violemment et le jette par terre. Aïigle-Bleu est à peine tombé, que le second nœud:coulant à lié ses pieds, àvéc une force et une dextérité inouïes. Alors M. Pepin, saisit son pistolet, et l’ajustant en pleine poitrine, il lui dit :

—À ton tour, tu es mon prisonnier, pas de résistance

(GUSTAVE 399 la et surtout pas dé bruit, car c'en est finidetoi. Puis pasnt sant la corde autour de i$es épaules, il:le traîne vers la le. M porte du fort, : : er Au mêmé instant, des claméurs épouvantables se-font de 62 entendre s plusieurs Sruivages ont; vu- ce qui vient de.se m- passer ; is ‘piquent leurs chevaux’ pour portér secours à

leur chef; c'est à qui-d’entre-eux arrivera le premier ; in cependant notre Canadien semble ne pas: voir le danger re. qui le menace ; les flèches :sifflent autour:de sa tête, mais il ne êché pas:son prisonnier... deux cavaliers ne sont DU- plus qu’à quelques:päs, ét il avance toujours... il Déjà :e-tomaeawk est: levé sur sa tête, cette arme terriblé va lui fendre-le crâne ; alors seulement, il se de- retourhe,ajuste son agresseur et l'envoie rouler sur l'herbe; ent : le second cavalier arrive'et subit le même)sort ; les autres ; voyant tomber leurs camarades, arrêtent leurs chevaux et me hésitent d'avancer. M. Pepin profite de cette hésitation . 4 et entre dans. le fort au milieü des ‘* Hourrah/' et-des cris de joie des officiers et des ‘soldats, ‘qui sortaient en et, ‘ce moment pour lui porter Secoürs.

ites Voilà qui est bien fait, lui-dit le cüniraanidant:; > ces Sauvages voyant leur: chef prisonnier ‘vont : peut-être ce | renoncer à leur attaque:

il En effet, les fascines sont arrêtées dans ‘leurs mouveore ë ments, les cris et les hurlements cessent; les flèches sont k remises dahs leurs carquois, et tous se pra vers quel- : ques chefs:assemblés en:c'nseil.

de Aigle-Bleu, la honte et ia rage dans:le cœur, lance des regards de: bête fauve ‘sur ses ennemis ;: il menace de ha- vengeance le commandant et ses soldats; M: Pepin, surais, tont; est l'objet de ses injures. Il setourneet se retourne ses pour se débarrasser de ses liens ; peines inutiles, efforts ps. impuissants; la main qui les a attachés était trop hatkile. lé Une heure se passe, et les sauvages sont encore à délile bérer;.….enfin trois d’entre eux se détachent du groupe et et avancent vers le fort, Le commandant les laisse approet, cher assez près pour se faire entendre, et leur demande ‘ ce qu’ils veulent, | 5 ve —-Nous voulons avoir notre jeune chef, répondit l’un

d'eux,

mas

—Aigle-Bleu est mon :prisonnier, et jé le garderai ici tant que Blanche-Colombe et'le français ne seront pas rendus au fort Leavenworth. Sa tête répondra de leur vie et + leur sureté pendant leur voyage. Aïnsi, tenezvous pour avertis, si un malheur/leur arrivait et que vous en fussiez la cause, je vous poursuivrai partout; ces canons, que vous voyez sur ces’murs, vous chasseront et ne cesseront de tonner avant de vous avoir tous exterminés ; allez et décidez. comme bon vous semblera.

Les délégués retournent et iont connaître la décision du commandant. Les cris et les hurlements se font entendre de nouveau, les sauvages reprennent leurs places, les uns sur leurs chevaux, les autres en arrière des fascines.

Les uns et les autres diminuent toujours la distance qui les sépare du fort. Au dedans, officiers et scldats, anxieux, RE tour à ms et leurs! ennemis et leur commandant. : :|

Feu sur: cette tenhiille: crie ce dernier.

Les six canons tonnent en même temps, un bruit assourdissant fait trembler les murs, une fumée épaisse obscurcit le soleil, des cris perçants se font entendre... mais bientôt, un silence profond, lugubre, succède à ce tumulte. Peu à peu, la fumée, montant toujours, vient à disparaître, ét un sourire de ‘satisfaction erre sur toutes les lèvres à la vue de, ces sauvages se sauvant à travers la prairie, avec toute, la rapidité possible. : Iline restait plus que les fascines qui furent entrées dans le. fort quelques minutes après.

Jen’entrerai point dans plus de détails, jé crains même d'avoir été trop-long ; qu’il me suffise-de vous dire que les sauvages ne se montrèrent plus, et quelques jours plus tard, M.'Pepin:et Emily prenaient la route du fort Léavenworth; sous la protection d’une forte escorte.

\osboease sotèootre: Sésocosodb sonner ise soésunsoéésiossnssoosses LEXLLZLLLI)

On était au salon chez M. Williams, Gustave et Geurge étaient venus passer la soirée avec leurs épouses. Tout à coùp, la cloche sontie. Ii)

La porte s'ouvre, et un hénime bien mis ere le sourire sur les lèvres,

—M. Pepin,.s'écrient-ils tous ensemble.

Soyez le bienvenu, ajoute M. Williams en lui tendant la main.

—Je ne suis pas seul, dit M. Pepin d une voix iremblante, j'ai amené uné dame avec moi.

— Alors, faites-là entrer; je vais aller ouvrir la porte.

—Perdon, dit M. Pepin, permettez-moi de vous l’introduire moi-même,

La porte s'ouvre de nouveau, Emily, tremblante, franchit le seuil et, appuyée sur le bras de * Pepin, elle entre dans le salon.

Tous's’élancent à sa rencontre.

—Ma filie ! s’écrie M. Williams en la serrant dans ses bras.

—Grand Dieu ! Emily ! s’écrie Gustave.

—Notre chère sœur, ajoutent George et Arthur ; oui, c'est bien elle, notre belle et bonne sœur.

Emily ne peut nroférer une seule parole ; des larmes de bonheur inondent son visage. Elle se jette dans les bras de son père et de ses frères, qui ne cessent de lui prodiguer les plus tendres'caresses; tous ice de joie et lui font mille questions.

Gustave, Clara et Alice s'avancent à leur tour ; ces dernières l’embrassent en l’appelant du doux nom de sœur. M. Pepin est l’objet de nouvelles félicitations ; c'est à qui lui témoignerait sa reconnaissance.

—Reconnaissance à qui de droit, dit M. Pépin ; lorsque vous saurez ce qui s’est passé, vous verrez que ce n’est pas à moi qu’elle reviént, mais bien à votre aimable et charmante fille, à qui je dois tout, même la vie:

— Vous allez nous raconter tout, dit M. Williams, mais passons dans la salle à dîner, le souper nous attend ; là, nous pourrons vous entendre, tout en apaisant l'appétit.

—Emily et M. Pepin sont placés près de M. Williams, ses frères sont placés vis-à-vis," Gustave, Clara et Alice viennent ensuite.) )

—Que pensez-vous d’ Exnily ? dit Gustave à ces dernières.

—Elle est bien belle, dit Ciara:

—Tout en elle nous porte à l'aimer, ajoute Alice ; grande, jolie, distinguée dans toutes ses manières et d’une beauté qui ne peut s’oublier, elle inspire à la fois, l'estime et le respect.

—Je l'aime déjà comme une.sœur, reprit Clara.

—Ma chère Emily, dit M. Williams, veuille donc nous raconter tout ce qui t'est arrivé,

—M. Pepin voudra bien vous satisfaire, répondit Emily.

—Avec le plus grand plaisir, dit M. Pepin, vous me permettrez cependant de commencer. par ce qui m'est arrivé à moi-même. Vous sevez, qu'en quittant le Lac Salé, je devais me rendre à St, Francisco. Là, je fis de bonnes affaires, je parvins à ramasser plusieurs milliers de piastres ; je les plaçai dans une spéculation qui me réalisa de gros bénéfices. Me. voyant assez riche, je résolus de’revenir au Canada pour m'y établir,

Une caravane était prête à partir, j’en fis partie, ‘Un soir, que nous étions campés dans une des gorges des Montagnes Rocheuses, je m’éloignai du camp pour {donner la chasse à un ours gris ; tout à coup, je me vis entouré par une douzaine de sauvages qui se ruèrent sur moi et me garottèrent ; je n’eus pas même le temps de me défendre. Après m'avoir lié, ils me trainèrent nie heures de suite.

Le reste de son ‘récit, vous le'connaissez déjà, cher lecteur.

Ceci surpasse de beaucoup toutes ls épreuves que nous avons subies pendant notre voyage, dit Gustave.

—Que Dieu: est grand et miséricordieux ! dit M. Williams, que je suis heureux ! Chère Emily, tu me saurais comprendre la joié que.je ressens de te revoir, toi que-je croyais avoir été emportée et engloutie parle courant de cette rivière dans laquelle tu es! tombée ; toi, que je croyais perdue pour toujours. :: Ah{ je me sens; renaître, la vie va:être plus doucé pour moi à l’avenir, un horizon plus brillant s'ouvre devant moi. Oui, chère «enfant, tu m'es rendue, et cette fôis, j'éspère, pour ne plus me quitter ; ta présence consolera ma vieillesse et me fera mit ‘de longues années:encoré. .

ab. Gt pe En » =»

—Si je vous suis rendue, chère père, dit Emily d'une voix angelique,.c’est à Dieu et à la mère de notre divin Sauveur que je le dois; j'ai eu le bonheur de connaître un peu la sainte religion catholique, durant ma captivité, grâce à un livre de M. Gustave, non je puis dire à pré-

s LÀ sent de ce cher frère ; puis, tirant le livre, elle le montra

à ce dernier, en disant: Vous connaissez ce livre, sans A doute, vous l’avez échappé un jour dans la prairie ; je le e ramassai avec dessein de vous le remettre, hélas ! le Ienst demain, je me trouvai séparée de vous tous, Dieu le LC voulait.ainsi ; se tournant ensuite du côté de son père, le elle-ajoute : chère père, si vous connaissiez' les délices rs que jai éprouvés. chaque fois que je lisais les belles et 1e touchantes prières qui y sont enfermées, que j’apprenais je à connaîtres les sublimes doctrines de l'Eglise catholique

qui y sont dévoilées. Ah! si vous saviez combien fut Jh douce ma consolation, lorsque j’appris que, là haut, j'avais )n- une mère en qui,je pouvais épancher ma. douleur, faire la connaître mes peines, et en qui je pouvais 47oir toute

confiance. Cher père, lorsque je me erus perdue sans ressources ; il ne me restait que quelques heures pour choisir entre un joug odieux et la liberté qui me permettrait de vous rejoindre, je me jetai à genoux en m'’adressant À la mère des affligés, et je lui fis la promesse, que si je recouvrais la liberté, je me consacrerais au service de son divin Fils pour le reste de ma vie, que dans ces maisons où on aime-à honorer et à imiter la mère du Rédempteur, je passerais mes jours à aider et à soulager les infortunés. Ma prière fut exaucée. Que me reste-til à faire, cher père. A vous de répondre pour moi, mon cœur me dit que vous approuvez d'avance ma promesse, et que vous-même me seconderez dans ma résolution en donnant votre consentement.

Tous avaient admiré la chaleur et la conviction avec lesquelles elle avait pronôficé ces paroles ; son attitude respectueuse et suppliante envers son père les avait émus. Seul, M. Williams s'était levé subitement, un tremblement convulsif agitait tous ses membres, un combat cruel, terrible se livrait en lui. Emily, les mains serrées contre

son cœur, comme pour en errêter les palpitations, regardait fixement son père. Un silence, long et solennel, s'ensuivit. Combien de temps dura:t-il ? ni le père ni la fille n’auraït pu le dire.

Plusieurs minutes s’écoulèrent ainsi sans.apporter de changément de part et d’autre. : Enfin M. Williams, comme pris d’une résolution subite, tend ses bras vers Emily et lui dit:

iens dans mes bras, ma bien-aimée. Oui, chère fille, je t’approuve dans ‘ta résolutiou, dans ton désir de te consacrer à Dieu, dans ta promesse d’embrasser la religion catholique. Moi aussi, je veux faire partie conime membre de cette Eglise qui procure autant de bonheur. Toute autre n’est qu'illusion et vanité. Regarde-moi bien, fille chérie, ton père est et veut être comme toi, catholique. 0

Plusieurs années se sont passées depuis ces événements ; aucun nuage, même le plus léger, n’est vénu assombrir la paix ét le bonheur de toutes ces familles qui restèrent toujours uniés par la plus tendre amitié, Mais jé m'arrête, je craindrais, dans le cas contraire, d’avoir à enregistrer la perte de l’un ou de l’autre de ces êtres excellents que l’on rencontré si rarement sur la terre. Le bonheur n’est pas parfait ici-bas, le vrai ét durable bonheur existe et se trouve seulement avec Dieu dans la patrie céleste. Avec cette pensée, je vous laisse, cher lecteur et puissiez vous ÿ participér. 9

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