‹ Gustave ou Un héros canadien [microforme]Chapitre 66 sur 70 · STE SR ER ÉRER S · texte numérisé non relu

STE SR ER ÉRER S

plus riche, je désirerais que ma fille fut votre égale en vertus. “21:17 ©

Mais, monsieur, mademoiselle Clara, dit Gustave...

Ma fille sera trop heureuse de vous confier son bonheur, reprit M. Lewis en l’interrompant, si: c’est votre seule objection, tout va s'arranger ;et se tournant du côté de madame Lewis il ajouta: Madame, faites venir Clara.

Quelques minutes après, Clara entra dans le salon,

—Ma fille, dit M. Lewis en l’embrassant, ce méchant Gustave veut absolument savoir si tü veux l’accepter pour ton époux.

La rougeur quicouvrit subitement la figure de Clara et la joie qui brilla dans ses yeux prouvérent combien cette demande lui était agréable, et pour toute réponse, elle se jetta dans les bras de sa mère, à

— Allons, dit M. Lewis, je vois ce quien est, donnezvous la main ; et pour la première fois, ils sé permirent cet échange d'amitié, et leurs chastes regards se fixèrent l'un sur l'autre. .

Gustave. tenant Clara par la maïn, s’avance avec elle, et tous deux se jettent aux genoux de M. Dumont et de M. Lewis pour avoir leur bénédiction.

—Que Dieu vous bénisse, mes chers enfants, dit M. Dumont avec émotion ; tu vois, Gustave, Dieu n’abandonne jamais celui qui le sert avec fidélité ét amour.

—Relevez-vous, mes enfants, dit M. Lewis, et il ajouta en souriant : Voilà votre ouvrage Gustave, non content d’avoir mon estime, vous avez encore ma fille.

—Que je lui donne avec le plus grand plaisir, ajouta Madame Lewis. :

— Je ne me croyais pas prophète, dit M. Lewis en souriant ; vous souvenez-vous M. Dumout du soir que j'étais à souper avéc vous, il y a de cela quatre ans, je crois, votre fils, que dis-je, notre fils prit la défense des religieuses.

—Oui, je me le rappelle bien, se hâte de répondre Mad. Dumont; vois avez dit: Avant peu il sera des nôtres.

—ÆEt cette prophétie est accomplie, reprit M. Lewis en souriant.

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--Pour notre satisfaction: à tous, dit M: Duinont.

— Quelques jours plus tard, le prêtre bénissait à la fois l'union de, Gustave avec Clara, et celle de /Géorgé!: avec Alice ; ce dernier, depuis longtemps, avait reconnu que la sœur de son ami était, elle, aussi, douée des plus belles qualités de. l'esprit et. du cœur, et s'était empressé de demander et avait réussi à obtenir sa main.

—Le lendemain des noces, toute la famille, y compris M. et Madame Lewis, descendait à Montréal pour voir leurs bons vieux parents qui les reçurent avec une grande joie ; les jeunes,époux passèrent quelques semaines auprès d'eux, et dans-leur joie, ces bons :viéillards.£’écriaient : Mon Dieu, que vous nous rendez. heureux, sur la fin de nos jours. :Que séra-ce donc, lorsque nous :serons tous réunis dansk séjour de votre gloire ?

ne manquait plus rien à leur bonheur..; je me # trompé; les souvenirs d'Emily étaient toujours là avec:ses amertumes.et ses déchirèments et. rien ne pouyait én effacer la mémoire !,. Ah! qui nous dira, repétaierit les: trois amis, que désormais, j'appellerais volontiers les: trois. frères. Qui nous dira où.est notre Emily, ce qu'est. devenu notre chère Emily ? Eh bien ! cherchons là et puissions nous la retrouver. .et mettre ainsi.le comble au bonheur de tous.

Retournons, aimable lecteur, dans une des gorges des Montagnes Rocheuses, déjà témoins de tant de souvenirs.

La nuit est très sombre, une nuit sdns lune et sans étoiles, obscurcie encore: par de: gros nuages, noirs : et menagçants. : Autour d’un grand feu, une trentaine de sauvages, sont à délibérer sur le sort d’un prisonnier, un blanc, qu’ils ont garotté et lié au pied d’un arbre: A la clarté de ce feu, qui se reflète sur la figure du prisonnier, oh peut lire le calme et la résolution. . Les regards qu’il lance sur ses accusateurs sont ceux du mépris; ses bras qu’il remue, malgré les liens qui les retiennent, leur portent lé défi.

Les gestesiet les figutes hinistres de cessauvages; lui font prévoir le sort qui l'attend ; cependant, soit répugnance, soit mépris. il garde le silence : ; ses lèvres pourtant semblent murmurer une prière,

Les chefs et les vieillards ont parlé et demandé sa mort. Tis se tournent vers un jeune chef en lui disant :

Et toi, Aigle- pu parle selon ta Bigèie, donne nous. tes conseils. |

Le jeune chef se lève, avance quelques pas vers le prisonnier en lui lançant des regards de‘haine et de vengeance ; ses bras musculeux se rejettent en arrière, comme. mûs par un ressort électrique ; puis se tournant du côté du plus âgé des: chefs; il lui dit :

‘* Père, ta langue n’a jamais prétioriéé le mensonge, tu n’as jamais par!# en vain, tes bras se sont toujours levés pour écraser le visage-pâle, tu n’as jamais demandé ou accordé de grâce. Voilà pourquoi ton nom est respecté par tes ennemis qui te craignent, il te suffit de parler ou de té montrer pour les mettre en fuite. Tu:vois là, devant toi, un de tes plus grands ennemis. Pourquoi vient-il te troubler dans tes domaines ? Je le sais, il voudrait t'enlever tes terres, tes bois et ta liberté ; il voudrait te refouler jusqu’à la grande mer’ou' te mettre sous ses piedscomme l’esclave ; sa langue est fourchue et son cœur est de boue, ‘Va:t:il réussir dans ses desseins, non, il est en ton pouvoir, c’est à toi de le fouler à tes pieds, à toi de lui appliquer la torturé. : Ordonne donc qu’il soit percé de flèches, que des tisons de feu labourent SOn Corps, que cette torture soit lenté et: cruelle, pour rassassier ta vengeance. : Père, tu m'as dit : aussitôt que la Blanche-Colombe pourra cueillir des fleurs dans la prairie, qu’elle pourra courir commele chevreuil dans les bois, que la médecine aura fait couler le sang dans ses veines, je te la donnerai pour femme; je ‘là prendrai pour ma fille. Tu sais que ce temps:est arrivé, tu:l'as vue ét a été émerveillé de Ja couleur de ses joues, ébloui dela blancheur:de son visage, de l'agilité de ses membres et de la grâce deses mouvements. :Ordonne: donc qu’elle devienne ma'femme ; que demain, dès l’apparition du grand astre, elle me suive à mon ‘‘ wigwam ”» (tente) ; ordonne aussi que la première flèche soït lancée par élle sur ce visage pâle, afin qu’elle hérite de: ta ‘haine contre ceux de ta race, et qu'avec moi, elle bare digne de ta renommée et de ton nom.”

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Le vieux chef se lève ; sur sa figure on pouvait lire la joie et l’orgueil causés par la harangue de son fils. En le voyant se lever, les Sauvages témoignènt beaucoup de respect par leur attitude. Après avoir promené ses regards sur l’assémblée, et aussi sur le prisonnier, le vieux chef regarde son fils et lui dit :

‘Tes paroles sont belles comme les fleurs et tes conseils dotx comme le miel ; oui, il sera fait comme tu le demandes ; la Blanche-Coloômbe sera ta femme, elle sera ma fille ; puis se tournant du côté de son voisin il ajouta : Va, Ours-Blanc, apporte nous de l’eau de feu, et nous boirons pour fairé circuler la ‘ ié dans nos veines et nous enivrer d'avance des plaisirs de la fête de demain.”

Ours-Blanc se lève et se dirige vers lé camp pour exécuter l’ordre. qu’il venait de recevoir ; une ombre se glissait au même instant dans les hautes herbes en évitant tous les points découverts et entrait dans une tente, plus grande et plus belle que les autres. C'était une jeune Indienne.

Une autre jeune fille vint à sa rencontre en lui disant :

—Qu’avez-vous à m'apprendre, Indianola ?

---De bién tristes nouvelles. Le grand-chef'et son conseil viennent de décider que démain, à l’aube du jow, vous serez la femme de votre ravisseur, Aigle-Bleu, et que vous le suivrez à son % wigwam ” ; ils veulent aussi que vous soyez la première à torturer un visage pâle, qu’ils viennent de faire prisonnier. Qu'’allez-vous faire ? La Blanche-Colombe veut-ellé me rendre malheureuse ? Veut-elle... mais éllé n'eut pas le temps de finir, Blanche- Colombe était tombée évanouie dans ses bras.

Indianola s’empresse de la déposer sur une robe de bufflé et lui donne les soins voulus pour lui faire reprendre connaissance. ‘Aubout de quelques instants, Blanche- Colombe ouvre les yeux et s'écrie : ‘* Mon Dieu sauvezmoi, éloignezimoi du triste 8ôrt qui m'attend,” puis tourfant ses régards vers la jéune Indienne, elle ajouta : veuillez m'aider à m'évader, chère Indianola, ne voyezvous pas un moyen de réussir ?! AND 4

Oui, répondit cètte dérnière au comble de 14 joie, je

vais sortir et prendre le meilleur coursier de la tribu. Vous le trouverez au pied du grand chêne sous lequel nous nous sommes abritées si souvent. Comptez sur moi, si je ne suis pas revenue dans une demie heure, courez au rendez-vous, en vous glissant dans les herbes pour ne pas être aperçue. :

— Prenez deux coursiers, dit Blanche-Colombe, saisie d’une idée subite, Allez chère sœur,que Dieu bénisse votre action. Indianola sort à pas précipités, l'obscurité la favorisait dans son dessein, Blanche-Colombe, ou plutôt Emily, car c'était-elle, se lève, ajuste ses vêtements, et S’emparant d’un long poignard, elle le cache dans un des plis de sa robe, pur: se jetant à genoux, elle s’écrie :

Mon Dieu, vous voyez le danger qui me menace, ah ! je vous en conjure, ne permettez pas que je sois victime des desseins perfides de ces sauvages qui m’ont enlevé à la tendresse de mes bons parents ; et vous, Vierge Marie, que j’ai eu le bonheur de connaître pendant ces années de capti'ité, veuillez m'aider de votre favorable secours, Soyez mon refuge et mon asile dans les dangers que je vais rencontrer. Ah | conservez en moi cette vertu que vous aimez tant. Oui, je vous le promets, si je réussis à me rendre dans une de ces maisons qui vous sont consacrées, je veux y passer le reste de mes jours, et là, je chanterai vos louanges et. j’essaierai d’imiter vos grandes vertus. Ah! je vous supplie, ne rejetez pas mon humble prière et prenez pitié de mon abandon. Mon Dieu, je pars d'ici, soyez mon guide.et mon appui,;.je m’abandonne à votre bonté et à votre protection, et j'ai confiance que vous bénirez mon entreprise. , |

Fortifiée par. cette prière, Emily se lève et se dirige vers la porte, ou plutôt l'ouverture -de.la tente ; en/sortant, elle eut un moment de frayeur à la.vue de l’obscurité, mais ce ne fut que »our.un instant ;. craignant d’être vue, elle se baisse et se traine -plutôt qu'elle ne marche vers le feu que.nous avons déjà vu ; le spectacie qu'elle epsrcoit est propre à la glacer d’'épouvante”; tous ces chefs, qui tantôt décidaient -du, sort de leur prisonnie, sont étendus ivre-morts ; pas un d’entre-eux ne donne le

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moindre signe de vie, leurs figures sont horribles à voir. Emily peut compter les. battements. de son cœur, elle tremble de tous ses membres ;. cependant son courage ne la quitte point, elle avance toujours vers le prisonnier qui, les yeux fermés, ne prête aucune attention à ce qui se passe autour de lui. Elle voit que le temps le plus critique est arrivé, le moindre bruit peut la trhir... elle s'arrête pour prendre haleine et tirer son poignard ; au même instant, le prisonnier ouvre les yeux et 1egarde ses ennemis; Emily est en arrière de l'arbre auquel il est attaché, elle entend murmurer la prière suivante : mon Dieu, si vousle vou'ez, votre ange viendra à mon secours.

De crainte que la clarté du feu ne la trahisse, elle reste en arrière de l’arbre, avance: son bras, et cherche avec son poignard les mains. du prisonnier pour couper les liens qui les retiennent,

Ce dernier a refermé les yeux, mais il les ouvre aussitôt, quelque chose de froid lui a causé un frissonnement dans tous ses membres ; il aperçoit une lame d’acier, fine, brillante qui s’avance.….. s’avance lentement vers sa poitrine, son sang se glace dans ses veines et il fait un effort pour se dégager ; ah! se dit-il, une âme compatissante veut m'épargner la tofture et en finir de suite avec moi ; il ferme les yeux de nouveau avec la certitude que dans un instant tout sera fini ; mais.,: à. bonheur... le poignard æ coupé les liens et ses mains sonic libres ; le poignard tombe près. de: lui... 1l le ramasse promptement et une seconde après, ses pieds sont dégagés de leurs entraves.

-Suivez-moi et es ce poignard, souffle une voix mélodieuse.

Le prisonnier. (il est temps, de le nommer, c’est notre M. Pepin, connu à la ville du Lac Salé,) s’empresse d'obéir et se retourne pour suivre son sauveur.

À la faible clarté que lui donne le feu, il aperçoit une ombre aux formes gracieuses :qui lui fait signe de læ suivre. Une chevelure, d’un blond doré, tombant en larges. tresses..et. flottant: autour. d’une taille. svelte et élégante, une grâce et une légèreté dans ses mouvements, tout existe en lui sa surprise et.sa curiosité, :

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