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C'était peu : les héritiers de l’un de ses associés
lui intentèrent un procès pour lui disputer l'inven-
tion, la propriété, l'exploitation de l'œuvre ; ils le traînèrent devant les juges de Strasbourg pour le faire condamner à on ne sait quelle spoliation plus
authentique et plus juridique que la spoliation vo-
lontaire à laquelle il s’était condamné lui-même. Sa perplexité devant le tribunal fut extrème. Pour se justifier, il fallait entrer dans des détails tech-
niques de son art, qu'il ne voulait pas encore :
de
complétement divulguer, se réservant au moins à P lui-même le mystère de ses espérances. Les juges, | curieux, le pressaient de questions insidicuses, qui par les réponses auraient fait éclater le secret | de tous ses procédés. Il les éludait, préférant la % condamnation à la vulgarisation de son affighes
juges, pour parvenir à éventer la découverte qui
préoccupait l'imagination du peuple, citèrent ses
ouvriers les plus affidés et les sommèrent de por-
ter moignage de ce qu’ils savaient. Ces hommes, le SEE | MA is fidèles, et profondément attachés à Mer se refusèrent à rien révéler. La proriété de leur maître resta plus en sûreté dans leur cœur que dans ceux de ses avides associés. Rien ue transpira des derniers mystères de l'art. | dk. ruiné, condamné, peut-être expulsé, M seul et indigent à Mayence, sa patrie, ss. pour "commencer ses travaux et pour id struire sa vie: sa gloire. +,
ia a Ts jeune, et le bruit de son procès à à g avait popularisé sa renommée € en Allepen ie, il rentrait artisan dans une patrie d'où. il était sorti chevalier. L'humiliation , l'indigence et la gloire luttaient dans sa destinée et dans ege rd s de ses concitoyens. L'amour TR le
w reconr nut pour ce qu'il avait été et pour ce devait être un jour. - L
a dl
Voici ce que disent à cet égard les traditions locales, et ce qu’attestent deux monuments authentiques des archives de la cathédrale de Strasbourg, de l’année 1437 : l’un qui constate que dame Annette de la Porte de Fer, épouse de Gutenberg, fit un don à la cathédrale pour acquérir le droit d'inscrire son nom sur la liste des bienfaiteurs, et assurer ainsi des prières pour elle et ses descendants; l’autre qui fait mention de son décès.
Gutenberg, proscrit pour la seconde fois par les plébéiens vainqueurs de la noblesse, fut aimé d’une jeune fille, noble comme lui, de la ville de . Strasbourg ; elle se nommait Annette de la Porte de Fer, nom de sa maison, sans doute emprunté à la possession de quelque château féodal des rochers du Rhin. I l’aimait lui-même avec la passion ardente, sérieuse et chevaleresque de ces temps de fidélité. Ils s'étaient promus mutuellement et par écrit mariage. Annette de la Porte de Fer ne s’était pas crue déliée de sa foi donnée par la pauvreté et par les malheurs de son amant: elle lui gardait sa jeunesse, sa beauté et son cœur. Gutenberg, à son retour sur le territoire: de - Mayence, devait réclamer la foi de sa fiancée, et retirer le gage de sa propre foi qu’il lui avait ainsi
jurée; il ne le fit pas. Soit qu'il craignît d’entraîne
… Annette, fille noble et honorée, dans l’humiliation et dans Tindigence où il était tombé, soit que le sentiment d’avoir dérogé par ses travaux d’artisan à l'illustration féodale de sa race le rendit indigne désormais, à ses propres yeux, d'aspirer à un noble sang, Gutenberg ne revendiqua pas la foi promise et n’offrit pas de dégager la sienne; il attendait la réhabilitation et de meilleurs jours à faire partager à celle qu'il aimait. Son humilité et
. ses scrupules résistèrent aux plus tendres instances de sa fiancée, et ne purent être vaincus que par . une sommation juridique faite devant l’officialité
de Strasbourg, de tenir la promesse de mariage qu’il avait autrefois jurée.
Cette sommation d’Annette de la Porte de Fer à son amant existe encore aujourd'hui comme le seul monument authentique de son mar age. Gutenberg céda enfin à cette généreuse violence de
hr? l'amour ; il épousa dnmeite: Leurs enfants ne vé- * curent pas.
PA L'héritage et l'héritier des grands hommes, c’est leur invention et le genre humain.
4 Après la décision es juges du procès, en 1439, Ps “qui laissait Gutenberg maître de son secret, le condamnant seulement à payer une indemnité aux héritiers d'André Dritzehen , il abandonna les
4 cloîtres du monastère de nn hogiste et rentra 113 €
dans la ville de Strasbourg; il habita alors la maison de Thirrgarten, et y établit sa por imprimerie.
Il est peut-être curieux de remarquer que l’emplacement de cette maison est maintenant l’emplacement du Lycée, comme si ce lieu eût été désigné d'avance pour un grand dessein, et qu'après avoir fixé les sciences par la typographie, il eùt été destiné à les propager par l’enseignement.
Lorsque Gutenberg fut contraint de quitter Strasbourg, en 1446, il y laissa les traditions de son art dans les collaborateurs et les ouvriers initiés à sa découverte et à ses procédés; et nous trouvons Mentel ou Metelin, notaire publie, qui ne se fit naturaliser bourgeois de Strasbourg qu'en 1447, et d'Eckstein, chanoine de la cathédrale, qui, aidés des fonds fournis par le couvent des
Chartreux, et sans avoir travaillé eux-mêmes à cet
art si peu connu alors, s’établissent typographes
et procèdent avec la plus grande célérité à imprimer, à mettre au jour une Bible allemande. Plu-
«sieurs autres ouvrages paraissent successivement,
signés, de l'imprimerie de Mentel, qui fit une fortune rapide, tandis que le malheureux Gutenberg, chassé par la misère, rentrait fugitif à Mayence. :
La fortune qui avait accru l’influence de Mentel, et la rivalité qui subsistait entre les villes indépendantes de Mayence et de Strasbourg, favorisèrent
ses 2 ambitieux de substituer son nom à celui de Gutenberg. Il y réussit si complétement qu’en peu d'années Gutenberg fut oublié ou volontairement écarté, et Mentel proclamé, à Strasbourg, inventeur de l’art divin, et des fètes inslituées
en ‘son honneur.
De retour à Mayence, et relevé de l’humiliation
et de la ruine par la main d’une femme aimée, comme Mahomet par sa première épouse, Gutenberg se donna tout entier à son art, s’associa Faust et Scheffer, gendre de Faust, établit ses ateliers à Mayence, et publia, toujours sous le nom de ses associés, des Bibles et des Psautiers d’une admirable pureté de caractère.
- Scheffer avait longtemps fait le métier de calligraphe et le commerce des manuscrits à Paris. Ses voyages et la fréquentation des artistes de cette ville lui avaient fait connaître des procédés mécaniques pour l'emploi des métaux, qui, appliqués. par lui à l'imprimerie, à son retour à Mayence, lui fournirent les moyens nouveaux de fondre en plomb les lettres mobiles dans des matrices en cuivre avec plus de précision, et à donner ainsi une netteté parfaite aux caractères. Ce fut avec ce nouveau procédé que le Psauti er, le
Fe
sa date, fut imprimé en 1457. Bientôt après la Bible de Mayence, reconnue chef-d'œuvre: de l'ait,
fut exécutée sous la direction de Gutenberg, avec des caractères fondus par le procédé de Pierre …Scheffer.
La portée du nouvel art, qui débutait par la vulgarisation des livres sacrés sous les auspices seuls de l’Église, échappa pendant les premières années à la cour de Rome; elle vit des auxiliaires là où elle devait voir bientôt des agresseurs.
« Au nombre des bienfaits dont il convient sous votre pontificat de louer Dieu, dit une dédicace du temps de Paul If, souverain pontife, est cette invention qui permet aux plus pauvres de pouvoir acheter des bibliothèques à bas prix. N’est-il pas infiniment glorieux pour Votre Sainteté que des volumes qui coûtaient jadis cent pièces d'or n’en coûtent plus que quatre et mème moins, et que les fruits du génie, naguère la proie des vers sous la poussière : où ils étaient ensevelis, commencent, sous votre règne, à ressusciter et à se répandre à profusion sur la terre! » e
Bientôt la ville de Venise prèta ses presses aux controverses religieuses, et les œuvres de Jean Hus furent imprimées en langue slave dès 1490, à peine vingt ans après la mort de Gutenberg.
Mais déjà la France, en 1480, avait encouragé le imprimeurs allemands à se fixer à Paris. Louis XI surtout se signala par l'accueil éclairé qu'il fit à la typographie et les encouragements généreux qu’il accorda à cet art nouveau. É
Une accusation fut inteutée, à Paris, contre Faust, pour avoir vendu des Bibles imprimées, or-
de vignettes, comme manuscrits, à des prix exorbitants, et ilexiste une quittance signée de lui, à Paris, en 1468, d’un exemplaire d’un ouvrage de saint Thomas d'Aquin, vendu au prix énorme de quinze écus d'or. Le parlement de Paris, sous l'inspiration de Louis XI, déchargea Faust de toute accusation, attendu que ces livres étaient le produit d’une nouvelle invention inconnue encore à Paris.
Le roi se désista même de son droit d’aubaine, à l'occasion de la mort de Herman Statters, qui vendit, à Paris, les livres imprimés par Scheffer, les-
quels étaient, selon la loi de ce temps, la propriété
de la couronne, par le décès d’un étranger : « En considération, porte l'ordonnance, de l'utilité qui vient et peut venir à la chose publique de Part d'impression, tant pour l'augmentation de la science qu'autrement, ete, etc., nous sommes libéralement condescendus de faire restituer la somme de deux mille quatre cent vingt-huit écus et tr ois sols tournois aux héritiers, etc... »
Les œuvres de Cicéron furent le premier livre imprimé après les livres sacrés. On ne songea pas avant Léon X, c’est-à-dire un siècle après l’invention de Gutenberg, à réglementer et à enchaïiner l'imprimerie. L