SCÈNE Vil
GUTENBERG, JENSON.
JENSON.
Nous cependant, qu'ils n'intimident pas, Nous pouvons faire halte entre les deux combats, Et causer quelque temps.
Je ne saurais vous dire Combien vous me touchez. Surpris, ému, j'admire Tous ces élans pour moi, ces sentiments si nets, Ce zèle confiant...
JENSON.
C'est que je vous connais.
Moi?
JENSON.
Par votre œuvre...
Mais...
JENSON.
Je l'ai si bien suivie Qu'il me semble au travers voir toute votre vie.
Oui, c'en était le rêve, et, c'en était l'effort, L'espoir! mais quand on crée, on a toujours grand lorl De croire qu'une idée éclora triomphante : Il faut qu'on la pardonne à celui (|ui reniante; Même quand on l'accepte, il semble (|u'un l'absout.
Qu'est-ce que naître? Rien : vivre, grandir est tout. DeStrasl)Ourg, où j'étais, la trahison m'écarte : "Pour ceux qui m'ont trompé, ce fut le trait du Parthe ! Désespéré, je pars, comme eux-mêmes ont fui. Venise république est, me dis-je, un appui. Une liberté! Non. L'art que j'y viens répandre Étonne, on le suspecte; et pas un ne veut vendre. Si ce n'est ce marchand, mes volumes. Je crois Qu'ils sont trop imparfaits, que mes types de bois Ne peuvent suffire, et, sans qu'un seul espoir luise, Pour le métal qu'il faut, je cherche, je m'épuise : Et j'en suis — quel aveu me serait plus amer ! — A regretter les juifs, dont l'or coûtait si cher. Démence d'une idée !
JENSON.
11 faudra que j'essaie :
Je m'entends aux métaux, comme expert en monnaie A Tours, puis à Paris...
Où vous fût révélé Mon secret... *
JENSON.
Par les gens qui vous l'avaient volé, Et qui, sans le vouloir, furent leurs propres traîtres. On vit par un seul mot, ou plutôt par deux lettres, Que votre art en leurs mains ne seraient plus qu'un vol.
Achevez...
JENSON.
Notre roi, dans son hôtel Saint-Pol, Quand il est de loisir, aime fort un beau livre : Conter, lire ou chasser est ce qui le délivre