ACTE V, SCÈNE IV. l'il
LE MAlilSTHAT, contin\ianl.
Tous sont friands De tout lire. Le savoir nous envahit, nous cerne, Et vous voulez qu'on juge encore et qu'on gouverne !
PIERRK.
Oui...
Li: MAGISTRAT.
Mais...
IMEHRK.
Quand vous saurez que l'on a de bons yeux Pour vous voir gouverner, vous gouvernerez mieux.
GUTENBERG, qui écoute.
Bienl
LE SAVANT
Voyez ce marchand qui nous jette des pierres !
PIERRE
Vous en avez besoin pour boucher vos ornières.
GUTE^BERG, qui écoute de plus en plus.
Très-bien !
JEKSON, les regardant l'un après lautre.
Voyant le maître, il y va plus franc jeu. Et le maître commence à s'émouvoir un peu.
LE NOBLE
Chez nous, depuis Gé.^ar, on n'eut qu'un seul volume...
PIERRE
De bataille...
LE NOBLE
De gloire ! on n'y taille sa plume Qu'avec l'épée; aussi l'on écrit...
PIERRE
Peu.
LK
GUTENBKRG.
LE NOBLE
Mais..
PIERRE
NOBLE, se fâchant.
Mal.
Hé!
C'est
plus
fier !
Al
PIERRE
LE NOBLE
Li livre il faut gens
à cheval,
Guerriers hauts en couleurs. Chez vous on les ménage Trop ; mellez-en. Alors je comprendrai...
L'image !
GUTEWBERG, à i)arl
11 a réponse à tout, il a raison toujours.
LE SAVANT
Moi !
JENSON, àpaiL
Derniers bataillons, et je crois les plus lourds.
LE SAVANT
Ce que je vois de pire en ce qui nous arrive, Comme un désastre...
PIERRE
C'est...?
LE SAVANT
Qu'il faudra qu'on écrive Bientôt comme Ton parle.
PIERRE
Ah!
LE SAVANT
Le latin, le grec,
Acii: V, scÉNK IV. ir.i
Flots purs et doux, cet arl... vil va les mctlrc à sec. Dites : peut-on lui l'aire une assez ruilc ••uerreV Voyez-vous mon latin mis enlan^^^e... vul^^aire.
1»IERKK.
Oh!...
Lt SAVAM.
L'anglais, rallomand, l'espagnol, le français Dans les livres bientôt auront seuls libre accès, Même dans les sacrés... Ne dit-on pas qu'à Spire, Sur le sol vénéré de notre saint-empire, Des moines renégats méditent sans terreur...?
IMERHK.
Quoi'/
LE SAVAM.
D'imprimer la Bible en allemand.
PIERRE
Horreur !
La Bible !,.. Qui lira, saura ce (pi'il lit. Gronde! Gronde , l'oudre du ciel : voici la lin du monde.
LE SAVAM.
Certe !
1'1lri;e.
Et' qu'ils seront durs les temps où tout pourra Se comprendre !
LE SAVANT
Pourquoi '/
HERHE.
C'est qu'on vous comprendra I
LE SAVAM.
ParsaintJean! je soupçonne à la lin qu'il nous raille !
152 GUTEISBERG.
JENSON.
Non, de l'œil de chacun il retire une paille, Voilà tout!
LE MAGISTRAT
Faudra-t-il souffrir qu'un tel vaurien...?
ENSEMBLE
Oui!
LE NOBLE
Qu'un aventurier...?
ENSEMBLE
Nous outrage?
GUTENBERG, qui pou à peu s'est rapproclié.
Il fait bien !
LE MAGISTRAT, surpris.
Sire Jean Gutenberg ! . . .
Qui descend de son ombre,
A Pierre.
Pour finir ta leçon...
JENSON, joyeux.
Ah!
PIERRE, à Gutenberg qui lui tend la main.
Merci !
GUTENBERG, au savant, au magistrat, au noble.
Dans le nombre Des braillards soulevés contre mon art, je crois N Que les plus acharnés, c'est vous.
ENSEMBLE
Nous ?
Tous les trois.
Au noble.
Oui I vous, patricien, preux des antiques gloires ;