UNIVERS'TV .8 JAN
p OXFORD
La nouvelle ou le roman de Waverley fit son chemin dans le public , d'abord lentement , comme il était naturel ; mais ensuite sa popularité s'accrut tellement que Fauteur fut engagé à tenter un second essai. H chercha un nom et un sujet; et l'on ne peut mieux faire connaître la manière dont ce roman fut composé , qu'en racontant simplement l'histoire sur laquelle Guy Mannering est fondé, mais avec laquelle, dans le cours de la composition , cet ouvrage cesse d'avoir la ressemblance même la plus éloignée. Cette histoire me fut d'abord racontée par un vieux serviteur de mon père, un excellent vieillard highlandais *, qui n'avait d'autre défout que celui de préférer la rosée des montagnes 8 à toutes les autres liqueurs moins fortes , si toutefois c'est là un défaut. Il croyait aussi fermement à cette histoire qu'à toutes les parties de sa foi.
Un homme grave et âgé , suivant le rapport du vieux John Mac- Kinlay, fut surpris par la nuit en traversant les solitudes sauvages du GaUoway. Ce ne fut pas sans difficulté qu'il parvint à gagner une maison de campagne où l'hospitalité qui caractérisait l'époque et le pays le fit admettre aussitôt. Le propriétaire de la maison , gentleman d'une fortune honnête , frappé 4e l'aspect vénérable de son hôte , lui fit des excuses pour la confusion qui accompagnait nécessairement sa réception, et qui ne pouvait échapper à ses yeux : la dame de la maison était , lui dit-il , confinée dans son appartement et sur le point de le rendre père pour la première fois , quoiqu'ils fussent mariés depuis dix ans. Le laird ajouta qtie , dans une telle conjoncture, il craignait que son hôte ne se trouvât un peu négligé en apparence.
c Non, monsieur, répondit l'étranger, mes besoins sont peu nombreux , j'y pourvois aisément , et je suis sûr que les circonstances présentes peuvent même me fournir l'occasion de vous prouver ma reconnaissance pour votre hospitalité. Je vous prie seulement de me faire connaître la minute précise de la naissance de l'enfant qui va faire son entrée dans ce monde frivole et changeant, et j'espère pouvoir vous révéler quelques particularités qui auront une influence importante sur son avenir. Je ne vous cacherai pas que
4L Ceit-à-dire de* montagnes d'Écoue. a. m.
a. Le whi$ky, eipéce d'«Mhde-Tie de grain, a. ■•
«ut ■àhwwuhg. *
6 GTJY MAHMERING.
je«nTersé dans l'art de comprendre et dTnterpréterles mouvement* de ces corps planétaires qui exercent Leur empire sur la destinée des mortels. C'est une science que je né pratique point , comme les hommes qui se nomment eux-mêmes astrologues , pour un salaire
(ssièjrement IVenfagf àëpi$erà[ ïé| g^o|es caractère,, ses. qualités,' seront tels 11113 ses 'êr. Mais dans son. horo^çç^ej, qui nrom.et es heureuses, jî r a ufle njajig^e i^fl^eflç.e lïei <jbj wepaçe de l'exposera uçe tenta-j au moment où ^ï serais ^'aiteind^ *& !tté|pogue, 6elOQle§ ceps.t^tifjns, «ra.h> destinée.. Sous £ljel)e fb^ne cette tenj^jiog ? de quelle influence naltrà-t-eilêï c'est ce que mou art ne Murait découtrtr.
- . rm Vdto art n» petit àm alôPf.notj^itro frueu* sewm soft!
le mal qui le menace ? dit le père^inquiet.
^ JfrrdeonewuoU Tendit l'é^jmgffe il te gwt. ^ioflueûce deseqmteUaiiaes^t ppissaoteugai* osjuiqyi « jfoit leieieuiest eppur* plus poissât, si au ûraoquftjeiUftiour* qvecfci et sincé» fité» Tous d^yexcôiis^r^ .eMeAfâftt au, ^nyicQ sp^ûial 0e aeq Créateur» aie? .«ilmt tfdjiut(to& que Samuel Eut eoipieré au ter* *if e gu Temple w *** parents* Vquô devez le regardée comme un âtpq séparé dd.restedes bonnes, Dans «oueûfenecdau* sa jeo» nasse,, vous djeye*, l'entourer dp fffigroaçfcjûf uses et vertueuses , et l'emptebeF £e,tout ngfre pou? air dô pemmeUra auewi crime, soit e& parole > soit, op wtioa, U dut qu'il aeit élevé daw les principes de i,a religion et de la>morale la plus strtetp. JNe le laissez point ça* trer dans le monde, de peur qu'il n'en partage les fiûliei,, et peut*
étales .^ees< Jtoua mat, p*éterve?-te wtoat que possttUe.de tout
Lorsque Jejmtf qù il aura aftetet^ liPgMpième année, sera *mlésâtes» «ur&lîo&lft firiffi jte st deaîipée; S'U y çpryit, il sera**»* reux, prospérera m h term. M JW# TO ¥W0 d^lôfttoo parmi Jes
étafM&JNu'iltt WTClTO jurement > l/astrologue s'ar-
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Pâ^e qu'il v*p4rft w§p* qu'il &jHpft e^ moi lorsque Vép^pw tfl&riftlo «t déflwiw «rrtWi ( <eifctr$» ftffltf.w%i* vws^uitfMe awée «oit réf »Hœ- Si yo» m l'mss&M m» te,iïfcir<** j'q*
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vmwM <wvms F& 4'uûe yUIô da pqsto 4aos 1« ow* <fe
F Angle terre) , et il prit congé de lui de la manière la plus affectueuse.
L'étranger mystérieux partit , mais ses paroles restèrent gravées dans l'esprit du père , en proie à la plus vive inquiétude. Il perdit son épouse lorsque son fils était encore en bas âge. Ce malheur, je pense, avait été prédit par l'astrologue; et la confiance que, comme la plupart des gens de cette époque, il accordait naturellement à l'astrologie , se trouva confirmée et mieux affermie que jamais. On eut cependant le plus grand soin de se conformer au plan d'éducation sévère et presque ascétique que le sage avait conseillé. Un précepteur de principes rigides fut choisi pour diriger l'éducation du jeune enfant ; il était entouré de domestiques du caractère lejplus éprouvé, et son père le surveillait lui-même avec la plus grande sollicitude.
Les années de l'enfance et celles de l'adolescence se passèrent aussi bien que le père pouvait le désirer. Un jeune Nazaréen n'aurait pas été élevé avec plus de rigueur. Tout ce qui était mal était soustrait à ses regards, il n'entendait que des maximes pures, il n'était témoin que d'actions dignes d'être imitées.
Mais lorsque l'enfant devint jeune homme, son père, toujours attentif, découvrit des causes d'alarmes. Des accès de tristesse , qui prirent graduellement un caractère plus sombre , commencèrent à affecter le moral du jeune homme. Des larmes qui paraissaient involontaires, un sommeil agité, des promenades à la clarté de là lune, et une mélancolie dont il ne pouvait donner la raison , semblaient menacer à la fois sa santé et ses facultés intellectuelles. L'astrologue , consulté par lettre, répondit que cet état d'esprit était le commencement de l'épreuve , et que le pauvre pupille allait avoir à soutenir une lutte de plus en plus terrible avec la maligne influence... Il n'y avait aucun espoir d'y remédier, à moins qu'il ne montrât une grande ardeur dans l'étude des saintes Écritures. « Il souffre , disait le sage dans sa lettre , par l'éveil de ces harpies, les passions , qui ont sommeillé chez lui comme chez les autres hommes , jusqu'à l'âge qu'il va atteindre. Il vaut mieux , mille ftjis mieux , qu'elles le tourmentent par des sollicitations sans charme , que par des tentations séduisantes qu'il se repentirait d'avoir assouvies par une faiblesse criminelle. >
Les dispositions du jeune homme étaient si excellentes , qu'il combattit par la raison et la religion les noirs accès de mélancolie qui obscurcissaient de temps en temps son esprit , et ce ne fut :
qu'au moment où il entra dans sa vingt-unième année qu'ils prirent un caractère tel , que le père fut véritablement alarmé sur leurs conséquences. Il semblait que la plus sombre et la plus hideuse maladie mentale eût pris la forme d'un désespoir religieux. Cependant le jeune homme était encore doux , poli , affectueux , et soumis à la volonté de son père; il résistait de tout son pouvoir aux ténébreuses pensées qui s'élevaient dans son àme , par l'émanation, à ee qu'il me semble, de l'esprit malin qui l'exhortait, comme la femme de Job , à maudire Dieu et à mourir.
Le temps arriva enfin où il devait entreprendre ce qu'on regardait alors comme un long et même dangereux voyage, pour se rendre auprès du vieux ami qui avait calculé son thème de nativité. La route qu'il suivait passait à travers quelques endroits intéressants, et ce voyage lui procura plus de plaisir qu'il ne le croyait possible. Aussi n'arriva-t-il à sa destination que la veille de l'anniversaire de sa naissance , à midi. Il semblait qu'il eût été tellement entraîné par le torrent d'un plaisir nouveau pour lui, qu'il oublia en quelque sorte ce que son père lui avait communiqué sur le but de son voyage; Il s'arrêta enfin devant un vieille maison de bonne apparence, mais solitaire , qu'on lui avait indiquée comme la demeure de l'ami de son père.
Le domestique qui vint prendre son cheval lui dit qu'il était attendu depuis deux jours. On le conduisit dans un cabinet où l'étranger, alors vénérable vieillard, le reçut d'un air grave et mécontent. « Jeune homme, lui dit- il, pourquoi avez-vous fait si lentement un voyage d'une aussi grande importance?
— Je pensais, répondit le jeune homme en rougissant et en baissant les yeux , qu'il n'y avait point de mal à voyager lentement, et à satisfaire ma curiosité , pourvu que j'atteignisse votre demeure aujourd'hui ; car tels étaient les ordres de mon père. »
— Vous méritez d'être blâmé pour votre lenteur, répliqua le sage, car l'ennemi du salut était attaché à vos pas. Mais enfin vous êtes arrivé , il ne faut pas désespérer, quoique le combat que vous avez à soutenir soit maintenant plus terrible parce qu'il a été retardé plus long-temps. Mais auparavant, acceptez la nourriture que réclame la nature pour satisfaire , mais non pour exciter et flatter l'appétit.
Le vieillard le fit passer dans un parloir d'été, où un frugal repas était préparé sur une table. Comme ils s'asseyaient, ils furent joints par une jeune fille d'environ dix-huit ans, si jolie , que sa vue dé -
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tourna 1* jeune homme aéè tétions iju'fl frisait ira 1 la sihgùlaHté ,
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fallait ou disait . E!tif fiàHttit peu; et seulement tut m Shjëtt Iêk plus sérieux. Elle jbtta dti'pi&fid àltf demande dé sOh p»e, tiiate'éé furent des hjÉnés qu'elle ohttiita^il s'ïccôttipapaflt'. Eflfih , éur tih «igné dtt aagdj «Hé ÇuMSta là èhàfrfbrè, M eu Sortant ëltëjfetft SU* le jeune étranger Un têtard ifletprlfflâble d'inquiétude et fl'itftftét. < Le vieillard conduisit alors te jeune hônime dans son cSdfflnefc , et s'entretint avec lui sur les peintfc les plus importants de la felîgîôfl , pour s'assurer par lur-memrqu'il poitvâit réhdri.talson de là foi qu'il professait; Durant cetoiâuen le Jeune homme, en dépit de hil-mèmé, sentait son esprit s'égaler; et ses pensées se porter sur 1k charmant* liston qui hit était apparue pendant le repas. S'aperce vatot de* dès moments d'oubli, l'astrologue détenait grave et secouait la tête j tooteNis * 11 fut en général éattrfait des réponses dû Jeune homme.
• Ali coucher du soleil on le conduisit an bain ; lorsqu'il en fut sorti , on le vêtit d'une robe à peo près semblable à celles que portent les arméniens; ses longs cheveux tombaient susses épaideg; il avait lé cou , les mains et les pieds nus. Ainsi Vèta , on le conduisit dans une chambre écartée, entièrement dépourvue d'ameublement, ï l'exception d'une lampe , d'une chaise* et d'une table sur laquelle était nas Bible. « 3e dois voua laisser seul en ce* lieux > M dit l'râttH toguè,pour passer l'instant le plue critique de votre vie. Si vous pouvez, ëù vous rappelait les grandes Vérités dftftt nous avorta parlé , repousser les attaques qui seront dirigées .cdtttre Vôtre courage et vos principes , vous n'avez rien à éraindre , mais l'épreuve téra dure et sévère. • Ses traits alors prirent une solennité pathétique ; des larmes roulèrent dans ses yeut , et d'une vtà* (jtte Témotion rendait tremblante, il lui Bit : • Cher enfant, à taridissanee je prétris cette fatale épreuve ? puisse lé ciel té ftire la grâce de la supporter avec fermeté. 1 »
Le jeune homme Ait laissé seul ; presque aussitôt , le Souvenir de tons ses péchés de commission et d'omission , rendu plu* terrible encore par la sévérité de son éducation, vint frapper sôii esprit': comme des finies armées de fouets de feu , ils semblaient f oulôir le réduire au désespoir. Tandis qu'il combattait ces terribles images
avec des pensées distraites^ rii«i* avec un cœur résolu, il S'aperçut qu'un autre que lui répondait à ses arguments par des tophteuies , et Cite te dispute ne M passait plfas senteineot date ritftéfr&wr de
IMTRODïïCTIOlf. 11
m âme. L'é&prit du mal était à ses côtés sbus lihe tbftne ttôrpdrëiib': diptyaht là pUtssatffee qu'il a sur le* esprits îilélàncdlicitiës; il lui iMritrtitW misérable situation 9 et le pouvait au âiifctdè 9 hbihtàl tt thôyëh le pliîs prompt de mettre fin I une Vie criminelle.' Parmi ses ftuték; le plaisir qu'il avait i>ris en prolongeant ion voyage saifc nécessité, etrâttehtiofa ipi'il avait accordée à la beauté d'une fctriinS, lorsque ses pensées auraient dû seulement se porter sur îefc discdùfk rëligiétii de son père ; furent mis devant ses yeux soitè lés couleur lés plus Sbftbi-es ; et il Ait traite comme un homme qûf, ayant péchfé contre là lumière , était aVeé justice abandonne comme une {irdffe âû pt-ince des ténèbres. '
A mesure que fififlUence fetidique avançait, les terreurs éàuséës parla présenôfe bdie^edudétnonftisaientuheplUsgralide împrésslBh eut- les sens de sa victime , et ses sophïsities devenaient plu* difficiles à détruire, dû ihôîns pour lé ihatheureui quTH ehlaéaierit'ffe toutes parts. II ne pouvait plus exprime*- l'assurante du pardon atrtjUel Q croyait , bu prononcer ce nom victorieux dans lequel II plaçait Sa éonfidhce. Mais sa foi ne l'abandonna paè , quBicJu'il ifet un moment sans pouvoir l'exprimer. « Dites ce que voiis voudrez , rSpottdit-il au tentateur ; je sais qu'il y a entre les deux couvertures de ce livre quelque chose qui m'assure le pardon dé ihes ftutëfc et le salut de ttion àmé. > Il parlait encore que rhorloge annonça la fin de l'heure fttâle ; il recouvra aussitôt la parole et ses facultés intellectuelles ; il se mit en prières et exprima dans les termes leè plus ardents sa confiance et sa foi dans Fauteur de l'Évangile. Le dëtfaôh se retira en poussant des hurlements de rage de se voir vaincu , et le vieillard , les lafmes aux y eut , entra dans la chambre , tëliéitant son hôte de la victoire qu'il venait de remporter en ce combat faarqué par la destinée. ' '
Quelque temps après , le jeune homme épousa cette jeuhe fille éi belle qui avait fait sur lui Une telle impression à la première vue , et ils jouirent du bonheur domestique lé plus parfait. — Ainsi se tertaine la légende de John Mac-Kirtlay.
L'autetir dé JV^veHef avait Ctin^U la possibilité de composer uhé histoire intéressante, peut-être théine édifiante, avec lés incidente de la vie d'un hofame mélancolique , et dont lés eflbrtà ters la vertu seraient toujours détruits par l'intervention de qiielqùe être malveillant, jusqif à ce qu'enfin il sortit victorieux de cette lutte terrible. En un mot, il avait tracé un plan semblable au conté imaginaire de Sintram et de ses compagnons, pair M. lé baron dé Là Motte
la GUY MÀNHERING.
Fouqué , quoique, s'il existait alors, l'auteur ne l'eût point encore taï
On peut suivre les traces de ce plan dans les trois ou quatre premiers chapitres de l'ouvrage ; mais de nouvelles considérations engagèrent l'auteur à renoncer à ce projet. Il pensa , après avoir mûr rement réfléchi , que l'astrologie , bien que son influence fût reçue et admirée par Bacon lui-même , n'avait pas assez d'empire sur l'esprit de la génération actuelle pour en faire le moyen principal d'un roman. Ensuite il vit que , pour traiter convenablement un tel sujet, il faudrait non seulement plus de talent qu'il ne croit en posséder , mais encore soulever des questions et des discussions d'une nature trop sérieuse pour son but et pour le caractère du récit qu'il entreprenait. Il changea donc son plan; mais l'impression était déjà commencée , les premières feuilles conservèrent des traces de la conception primitive , quoiqu'elles ne soient plus qu'un hors-d'œuvre aussi inutile que peu naturel. En expliquant et reconnaissant ce défaut , l'auteur espère se concilier l'indulgence de ses lecteurs.
Il n'est peut-être pas sans intérêt de remarquer ici que, tandis que les connaissances astrologiques sont tombées dans un mépris général , et ont été remplacées par des superstitions plus grossières et d'un caractère moins élevé, elles ont, même dans nos temps modernes , conservé encore quelques sectateurs.
Un des croyants les plus remarquables dans cette science oubliée et méprisée, était un vieux et célèbre professeur de tours de passepasse. On aurait pensé qu'un homme dont la profession consiste à tromper de mille manières les yeux du public, devait être moins accessible qu'un autre à la superstition. Peut-être l'usage habituel de ces calculs abstraits, par lesquels l'artiste , à son propre étonnement, fait tant de tours de cartes, porta ce gentleman à étudier la combinaison des étoiles et des planètes , dans l'espoir d'y découvrir les événements de l'avenir.
Il construisit le thème de sa nativité, et le calcula suivant les règles données par les meilleurs auteurs. Le résultat, quant au passé , s'accordait bien avec ce qui lui était arrivé jusqu'alors , mais dans l'importante partie de l'avenir il se présentait une singulière difficulté : il y avait deux années durant le cours desquelles il ne pouvait , par aucun moyen , savoir exactement si le sujet du thème était mort ou vivant. Inquiet£sur une circonstance si importante, il donna le thème à un astrologue son confrère , qui fut également arrêté de la même manière. A une époque il trouva que le sujet était sûrement en vie 5 à une autre , qu'il était mort [sans aucun doute ;
. introduction* %i
mais mi espace de deux ans s'étendait entre ees deux époques , durant lesquelles il ne pouvait avoir la certitude de son existence ou de sa mort.
L'astrologue nota cette circonstance extraordinaire dans son journal, et continua ses tours dans les différentes parties du royaume , jusqu'au terme de la période durant laquelle son sort lui était connu. Enfin , tandis qu'en présence d'un nombreux auditoire il opérait ses tours d'adresse , ses mains , dont l'agilité avait si souvent trompé l'observateur le plus subtil, perdirent tout-à-conp leur pouvoir ; elles laissèrent tomber les cartes : l'escamoteur n'était plus qu'un paralytique impuissant. Il languit deux ans dans cet état, et fut enfin enlevé par la mort. On dit que le journal de cet astrologue moderne va être incessamment livré au public.
Ce fait, s'il est exactement rapporté, est une des singulières coïncidences si bizarrement éloignées des calculs ordinaires, et dont l'irrégularité dérobe aux yeux des mortels la connaissance d'un avenir que le Créateur leur défend de sonder. Si chaque chose arrivait selon leiours ordinaire des événements, l'avenir serait soumis aux règles de l'arithmétique comme les chances dujeu. Mais des événements extraordinaires, des coups du sort merveilleux, défient les calculs de Fe«prit humain et jettent un voile impénétrable sur l'avenir.
A cette anecdote nous pouvons en ajouter une plus récente encore. L'auteur fut dernièrement honoré d'une lettre d'un gentleman profondément versé dans cet art mystérieux ; il lui offrit obligeamment de calculer la nativité de l'historien de Guy Mannering , qu'il pouvait supposer partisan de son art divin. Mais il était impossible à l'auteur de fournir une date pour l'établissement de son horoscope , r eût-il même désiré , puisque tous ceux qui pouvaient donner l'heure et la minute de sa naissance étaient depuis longtemps sortis de ce monde.
Ayant ainsi offert une esquisse rapide de son idée première , l'auteur , en suivant le plan de cette 'nouvelle édition , va parler des modèles qui lui ont fourni les ^principaux personnages dé Guy Mannering.
Quelques circonstances, dues à sa position locale, donnèrent à l'auteur , dans sa jeunesse , l'occasion de connaître cette classé d'hommes dégradés qu'on appelle Egyptiens, et d'en entendre beaucoup parler : c'est une race mêlée , tenant des anciens Egyptiens qui arrivèrent en Europe vers le commencement du quinzième siècle, et des vagabonds d'une origine européenne.
L'Eflrptieane itir laquelle lé eàfràetère dt Mtg Mçrrttfes est fende était bien ctinnfie Vers le fariltm to tifecte éefnie^ «oqr lé nom de Jeanne Gordon; elle habitait le village de Kirk YethWtn, dari* les monta Chariot} près la frontière A' Angleterre et d'Eebssfr. Dans un des premiers numéros àûBtaèktxtàotts tnagaztfve * (Vol. 1-, p. |4 ) * l'auteur donna dfe la manière stiivàâte Quelques détails sut cette femme remarquable :
« Mon père se rappelait de la vieille Jeanne Gordon de Yethobn, qui avait une grande autorité sur sa trjbih C'était ttait-k-fait taie Meg MerrUiei, et elle possédait à Un degré aussi élevé la même fidélité sauvage. Elle avait souvent reçu l'herfpitalité dans ube fefrbtè du tochside, près de Yetholm* et s'était soigneusement abstenue de commettre aucun vol sur la propriété dil fermier. Mais ses fils, au nombre de neuf, n'eufent pat, il parait, la tnême dé&ètte&e, et dérobèrent à leur bienfeiteur Hospitalier une truie qiii allait mettre bas. Jeanne fut mortifiée de cette conduite ingrate , et elle en eut tant de bonté qu'elle quitta le Loehside pefidabt plusieurs années.
« Ab bout d'un certain temps il arriva que le bon fermier du Loehside* par Suite es quelque gêne pécuniaire momentanée ; fat obligé d'aller à Neweâstie chercher de l'argent pouï payer son fermage. Il en obtint; mais à son retour, en traversant les monts Cbeviot, il fut surpris par la nuit et s'égara.
* Une lumière qu'il vit briller à traders la fenêtre d'ufie grange jàétebrée, reste d'une ancienne ferme , rengagea à se diriger vers qet abri. Il frappa à la porte, qui lui Ait ouverte par Jeanne Gordon : sa taille extraordinaire (car elle avait près de six pieds de haut *)* ses traits et ses vêtements remarquables, la lui firent reconnaître à l'instant, quoiqu'il ne l'eût pas Vue depuis quelques années. Rencontrer une telle femme dans un lieu aussi solitaire , et probablement à une petite distance de son clan , fut une surprise désagréable pour le pauvre fermier, qui portait sur lui une somme dont k perte l'aurait ruin^.
c Jeanne, qui le reconnut aussi, poussa un cri de joie. » Eh Dieu ! le fermier du Loebside ! Descendes de cheval ; allons , pied & terre : vous n'irez pas plus loin cette nuit, étant si près de la maison d'une amie. * l* fermier fut obligé de descendre de cheval et
à. Nom d'une bévue anglaise publiée chaque moi» à Edimbourg, ei dans un sens ultrà-torjr. a. eu a. Six pieds anglais font cinq pieds cinq pouees de frénee* *• M.
nrraoDDOTiow. n
d'accepter le soupfer et le lit 40e lui eftrait l'Egyptienne* S y avatt dans là grangfetine gronde quantité de provisions de touche, n'importe la manière dont On se les était procurées, et il s'y faisait des prëparâtift pour un repas abondant ; le fermier sentit son inquiétude redouble* en voyant qu'on attendait dix ou douze convives, {Probablement dti même geâre que son hôtesse.
« Jeanne ne le laissa pas long-temps dans le doute & ee sqeti elle loi rappela le vol de sa truie, et lui dit quelle peine et quel eHagrin elle eri avait eus. Gomme tant de philosophes, elle remarqua que le monde devenait pire tous les jours; et, comme bien d'autres parents , que ses enfants ne lui obéissaient pas et négligeaient les vieux règlements des Egyptiens , qui commandaient <fc respecter toujours tes propriétés de leurs bienfaiteurs. Elle finit par demander au fermier eonjblen il avait d'argent sur lut , et par l'engager ou plutôt lui commander de lui donner sa bourse à garder, car les garçons (c'est ainsi qu'elle appelait ses fils) allaient bientôt rentrer. Le pauvre fermier fit de nécessité vertu; H raconta son histoire à Jeanne et confia son or à sa garde ; die lui fit remettre quelques schellings dans sa poche, bbservant que si on le i oyait Vôyagersans argent , cela exciterait les soupçons.
« Cet arrangement feit, le fermier s'étendit sur tine espèce de ihâké-ddwn, comme l'appellent les Ecossais, c'est-à-dire des draps disposés sur de la paille ; mais , comme on le croira facilement , il ne dormit point.
* « Vers minuit , la bande rentra avec le butin fruit de son pillage ; les maraudeurs parlèrent de leurs exploits dahs uii langage qui fit trembler le fermier. Ils ne furent pas long-temps è découvrir qu'ils avaient un hôte, et demandèrent à Jeanne qui die avait reçu.
« — C'est le bon fefmier du Lochside , le brave homme , répendit Jeanne * il a été à Nëweastle chercher de l'argent pour payer son fermage^ l'honnête homme : aussi il est revenu la bourse vide et le emtir triste.
i — Cela peut être, Jeanne, répondit un des bandits, mais nous allons visiter un peu ses poches , et voir si ce conte est vrai ou ûon . •
v Jeanne eut beau crier avec force contre cette violatkm de l'hospitalité , elle ne put les foire renoncer à leur dessein: Le fermier les entendit bientôt s'approcher de son lit à pas de loup , et parler à voix basse ; Il comprit qu'ils fouillaient ses habits : lorsqu'ils trouvèrent l'argent que la prudence de Jeanne Gordon Im avait Sût gar-
le GUY MÀNNERING.
der , ib tinrent conseil pour savoir s'ils devaient le prendre ou non ; mais l'exiguïté de la somme et les remontrances sévères de Jeanne les déterminèrent à le laisser : ils soupèrent , et allèrent prendre du repos. Aussitôt que le jour parut, Jeanne fit lever son hôte, lui amena son cheval, qu'elle avait équipé derrière le hallan 1 . Je guida pendant quelques milles, jusqu'à ce qu'il fût sur la grande route de Lochside; elle lui rendit alors tout son argent, et, malgré toutes ses instances, refusa d'accepter même une seule guinée.
« J'ai entendu dire à des vieillards de Jedburgh, que tous les fils de Jeanne avaient été condamnés à mort dans cette ville le même jour. On dit que les opinions du jury étaient également divisées , lorsqu'un ami de la justice qui avait dormi pendant tous les débats se réveilla en sursaut et détermina la condamnation par ces mots emphatiques : « Pendez-le^ tous. > L'unanimité n'est pas obligatoire dans un jury écossais ; aussi la sentence de mort fut-elle prononcée. Jeanne était présente; eUe se contenta de dire : « Que le Seigneur secoure l'innocent dans un pareil jour ! > Sa propre mort fut accompagnée de circonstances d'une brutalité révoltante , que la pauvre Jeanne ne méritait sous aucun rapport. Elle avait , entre autres défauts ou qualités (le lecteur prononcera), celui d'être une zélée jacobite. Se trouvant par hasard à Carliste un jour de foire ou de marché , peu de temps après l'année 1746 , elle donna cours à sa partialité politique , au grand scandale de la populace de cette ville. Aussi zélés royalistes lorsqu'il n'y avait aucun danger, qu'ils avaient été prompts à se soumettre aux Highlandais en 1745, les habitants infligèrent à la pauvre femme l'horrible châtiment delà plonger dans l'Eden jusqu'à ce que mort s'ensuivît. Ce supplice fut long; Jeanne, femme vigoureuse, luttait avec ses meurtriers , et mettait souvent la tète hors de l'eau ; tant qu'elle put parler , elle criait dans ces intervalles : « Charles pour toujours ! Oui , Charles pour toujours ! » Etant encore enfant , et habitant des lieux qu'elle avait fréquentés , j'ai souvent entendu raconter ces histoires, et versé des larmes de compassion sur la pauvre Jeanne Gordon r
« Avant de quitter les Egyptiens des frontières, je dois raconter que mon grand-père , traversant à cheval la bruyère de Charterhouse , alors d'une étendue très considérable , tomba tout-à-coup au milieu d'une bande de ces gens qui prenaient leur repas dans un ravin entouré de buissons. Us saisirent aussitôt la bride de son
l. Mur mitoyen dans une chaumière écossaise, a. m.
cheval, en lui criant, car^il était bienlconnu de la plupart d'entre eux, qu'il était le bien-venu, et que, comme ils avaient souvent dtné à ses dépens , il devait ce jour-là s'arrêter à partager leur bonne chère. Mon aïeul fut un peu effrayé; car, de même que le bon fermier du Lochside , il avait sur lui plus d'argent qu'il ne se souciait d'en risquer en pareille société. Néanmoins , naturellement courageux et hardi , il prit la chose du bon côté , et s'assit au festin , qui consistait en gibier, volailles, cochons et autres mets qu'avait pu fournir un système large et peu scrupuleux de rapine. Le dîner fat très joyeux ; mais mon parent reçut de quelques uns des plus âgés de la bande le conseil de se retirer lorsque
La joie et la plaisanterie
Allaient prendre un peu plu de rie.
Montant à cheval, il prit congé à la française de ses convives , mais sans qu'ils eussent en aucune manière manqué aux lois de l'hospitalité. Je crois que Jeanne Gordon était à ce festin, c Malgré le malheur de la postérité de Jeanne, dont
Bien d'autres sans miséricorde Ont subi le sort de la corde ,
une petite-fille lui survécut. Je me rappelle l'avoir vue ; c'est-à-dire comme le docteur Johnson avait un vague souvenir de la reine Aune, qu'il se figurait une dame majestueuse, vêtue de noir, éclatante de diamants. En effet, ma mémoire conserve le souvenir solennel d'une femme d'une taille au dessus de la taille ordinaire, portant une longue robe rouge, qui commença à faire connaissance avec moi en me donnant une pomme , mais que je regardais, malgré cela , avec autant de crainte que le futur docteur, prédestiné à devenir haut dignitaire de l'Eglise et tory , pouvait regarder la reine. Je crois que cette femme est Madge Gordon, sur laquelle un article , où il est question de sa mère Jeanne Gordon , mais qui n'est pas du même auteur que celui précédemment cité, donne quelques détails intéressants.
« La défunte Madge Gordon était à cette époque reconnue pour reine des clans du Yetholm. Elle était, nous pensons, petite-fille de la célèbre Jeanne Gordon , et l'on disait qu'elle lui ressemblait beaucoup. L%s détails suivants sont extraits d'une lettre d'un ami , qui eut pendant de longues années des occasions répétées et favorables d'observer le caractère distinctif des tribus du Yetholm :
c Madge Gordon descendait des Faas par sa mère ; die fat mariée
Il GOT MAKWltf Mft.
à tin Seilagtiritaft une feaune remarquable d*inAftP«rt*mpû*Mrt . ètàtane haute stature ; elle ^¥a|t pr$a de six pieds. Son û^jc était aquilin, ses ypux perçant* même dans $g * feillpspe j fton égiiMp $hft7 t^lure tombait sur ses épaules eu Réchappant de doftipua un chapeau 4e pailie } l'égyptienne ; elle portait une f Fûbft eourte, d'Ane JO&de bizarre , et un long bâton presque aussi grand qu'elle. Je me souriens que ohaque semaine elle venait cfcet mon pire demander l'aumône, lorsque j'étais enfant , et la vue (feMtylge ne m'inspirait {las peu de crainte et de terreur. Lorsqu'elle parlait avec xihér mepee ( ear elle .se plaignait hautemapt ) , elle avait epi^tufee do frapper de son bâton Je plancher „ et de prendre une, attitude «K'fl était impossible de regarder sans trouble. Efle disai^ qu'elle pouvait amener des parties les plu* rçcul£e$ 4e ilfç 4p§ aHM& pour venger sa querelle , tandis qu'elle était assiçq tranquillement dan? sa chaumière ; et elle sp vantait souvent d'avoir été pendant un temps d'une plus grande importaqce encore, caf à ses noces il f avait cinquante ânes sellés , et une quantité innombrable cl'àhes saris selles. Si Jeanne Gordon a été le prototype du caractère de Meg Merrilies , je pense que Madge doit avoir posé devant l'auteur inconnu pour représenter sa personne *. •
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te foSB e,U8 «If P<W Xwm <fo 8W .11.4» . JMJn. %if U y ^ «b W pdèle Rlns fjngt.fo digne Ppwinie , sur lequel M M$é )î$ tfte »#Uoçe $u$ pejoman, çt dpqt, ppur qe^in^s w«pns parttcilr lièfl» âo RC dcfc ^xpriffrçr «P #W? m^ffi ttfs g&toip. , . Un précepteur qui ressemblait beaucoup à pptrç Simpson , (Jap-
ift&,<te8 .teWW gag* |a i^ijlft $p& JfiW^WWe #une fortune ç»j|si^rable. Ses jeunes, élèves, g^udir^ $ errèrent dans fe ffl6RÔ«> .W» 1« PF<fcPP&w copMnua de rester dafls la ftmille, çg qqjj'^it pqs rare autrefois çn fcçqsse, qù l'o^ djgjt fcujpprs prêt & Wfipr&r Ja noprçiture çt up ^| ft*.*P)i*. Rçu foi^é^U d'ancjep^ serviteurs. Les ancêtres çlu Jaird ayai^ ^té peu sag^s,
lui-même était incapable et malheureux. La mort lui enleva ses fils , dont le succès dans le cours de leur vie eût pu balancer sa mauvaise fortune et sa nullité. Ses dettes augmentèrent , ses fonds diminuèrent , si bien qu'enfin il fut ruiné. Le domaine fut Tendu ; et le vieillard allait quitter la maison de ses pères , pour aller il ne savait où , lorsque , semblable à un vieux meuble qui peut durer longtemps si on le laisse à sa place ordinaire , mais qui se brise en pièces si on essaie de le déranger, il tomba sur le seuil de la porte, frappé de paralysie.
L'instituteur s'éveilla comme d'un songe. Il vit son patron mort, et le seul enfant qui lui survivait, une fille déjà âgée , qui n'était alors ni belle ni gracieuse , si elle avait jamais été l'un ou l'autre , orpheline , sans asile et sans fortune. Il lui adressa à peu près les mêmes paroles que Dominie Sampson adresse à miss Bertram , et lui fit part de sa détermination de ne jamais la quitter. Réveillant donc des talents qui avaient long-temps sommeillé , il ouvrit une petite école , et soutint l'enfant de son patron pendant le reste de sa vie , la traitant avec cet humble respect et cette déférence attentive qu'il avait eus pour elle dans les jours de sa prospérité.
Telle est l'esquisse de la véritable histoire de Dominie Sampson , dans laquelle il n'y a. ni incident romanesque, ni passion sentimentale , mais qui peut-être , par la droiture et la simplicité du caractère qu'elle met en action , peut intéresser et émouvoir le lecteur au même degré que si elle lui montrait les malheurs d'un caractère plus élevé ou plus délicat.
Ces notices préliminaires concernant le roman de Guy Mannering et quelques uns des caractères qui y sont introduits , épargneront à l'auteur la peine d'écrire , et au lecteur celle de lire, dans le courant de l'ouvrage, une longue suite de notes détachées.
Abbotsford , janvier 1829.
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