‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 2 sur 215 · LE VOYAGEUR · texte numérisé non relu

LE VOYAGEUR

Il ne pat nier , en jetant autour de lai les yeux sur cette contrée affreuse, et en ne Yoyant que des champs noircis , des arbres dépouillés , des collines Toilées par des brouillards , des plaines couTertes par des inondations, que la mélancolie prit de l'empire sur lui pendant un temps, et qu'il désira alors être sain et sauf chei lui*

Voyages de William Marybll.

C'était au commencement du mois de novembre de Tannée

17 Un jeune Anglais , récemment sorti de l'université d'Oxford,

faisait usage de sa liberté pour visiter quelques parties du nord de l'Angleterre ; la curiosité lui fit étendre ses courses sur la frontière voisine de cette contrée qu'on peut appeler la sœur de la mèrepatrie. Le jour où commence notre histoire, il avait visité les ruines d'un monastère dans le comté de Dumfries, et passé une grande partie de la journée à les dessiner sous divers points de vue. Aussi, lorsqu'il monta à cheval pour reprendre sa route , le rapide et sombre crépuscule de cette saison avait déjà paru. La route qu'il devait suivre traversait une vaste plaine couverte de bruyères noires : elles s'étendaient à plusieurs milles sur les côtés et devant lui. De petites éminences, semblables à des lies, s'élevaient à la surface de la plaine , portant çà et là des champs de blé qui était encore vert même dans cette saison , et de temps en temps une hutte , ou une ferme ombragée par un ou deux saules et entourée d'épais buissons de sureau. Ces habitations isolées communiquaient l'une à l'autre par des sentiers sinueux pratiqués à travers la bruyère et impraticables pour tous autres que pour les naturels eux-mêmes. La grande route cependant était assez bien entretenue et assez sûre; ainsi la crainte d'être surpris par la nuit ne faisait redouter aucun danger.

Cependant il est désagréable de voyager seul dans l'obscurité, au wy ■Aimianra, a

milieu d'qnç contrée qu'on ne connaît pas-, et il est peu de cas ; ordinairement, où l'imagination agisse sur elle-m&ne plus que dans une situation semblable à celle où se trouvait Mannering.

A mesure que le jour baissait, les bruyères paraissaient de plus en plus noires; aussi notre voyageur questionnait-il avec plus de soin chaque passant qu'il rencontrait, sur la distance du village de Kippletringan 9 où il se proposait de passer la nuit. A ses questions il n'obtenait pour réponse qu'une autre question sur l'endroit d'où il venait. Tant que la lumière du jour fut assez grande pour montrer en sa personne l'habillement et l'extérieur d'un gentleman , ces demandes importunes étaient ordinairement faites sous la fyym d'une «upposition j eomme i % Vous avez été à la vieille abbaye de Holyeross ', monsieur? il y a beaucoup de gentlemen anglais qui vont la visiter; > ou < Votre Honneur vient du château de Pouderloupat? » Mais lorsqu'on ne distingua plus que le son de M vpU » la réponse était ordinairement ; < D'où venez-vous à une telle heurt de la nuit? • ou c Vous n'êtes donc pas de ce pays , l'ami ? » tes réponses positives , lorsqu'il en obtenait une » ne s'accordaient pas entre elles et n'étaient nullement exactes dans l'ip<r Hpnnatioa qu'elles donnaient. Kippletringan était d'abord éloigné d'un bout de chemin y ensuite ce bout de chemin était plus exactement fixé à environ trois milles, puis les trois mille* 99 réduisaient à un mille et quelque chose, qui s'étendaient bientôt à quatre milles ou environ. Enfin une femme , qui fit taire un enfant qu'elle portait dans ses bras , assura Guy Mannering que , pour arriver à Kippletringan, il y avait encore une longue route h faire, çt que le chemin n'était pas bon pour les voyageurs à pied. Le pauvre cheval que montait Mannering , étant probablement d'avit que le chemin n'était pas meilleur pour lui que pour la femme qui venait de répondre à son maître , commença à ralentir sa marche f répondant par un gémissement à chaque coup d'éperon , et bronchant à chaque pierre qu'il trouvait sur la route j et il n'y en avait pas peu.

Mannering commençait ( à s'impatienter. Parfois , en apercevant dans le lointain une ou deux lumières tremblotantes , il concevait l'espérance trompeuse d'arriver au terme de son voyage § mil lorsqu'il en approchait il était désappointé en reconnaissant que les lumières venaient de quelques unes de ces fermes qui ornent çà et là la surface de ces plaines marécageuses. Enfin , pour compléter

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ion embarras, il parvint à un endroit où la route se partageait en deux branches. S'il y avait eu assez de clarté pour consulter les restes de l'inscription d'un poteau élevé en cet endroit , fl n'en eût tiré qu'un médiocre secours, car» suivant la bonne coutume d'feosae, les inscriptions sont aussitôt effacées que placées. Notre voyageur fut donc forcé, comme un chevalier errant de l'ancien temps, de s'en rapporter à la sagacité de son cheval, qui sans hésitation choisit la branche gauche de la route; il semblait marcher plus vite qu'auparavant, ce qui fit espérer à Mannering qu'il sentait quelque endroit où il lui serait possible de passer la nuit. Cet espoir cependant ne fut pas promptement aocompli , et Mannering, dont l'impatience triplait la longueur du chemin, commença à croire que Kippletringan s'éloignait ™fl'>t* pwt devant lui à mesure qu'il avançait.

La nuit était alors très obscure 9 quoique de temps en temps le* étoiles montrassent une lumière tremblante et incertaine ; le silence qui l'environnait n'était interrompu que par le cri lugubre du bluter ovi taureau des fondrières, grande espèce de butor, et par les sifflements du vent qui passait sur la prairie solitaire; à ce bruit vinrent bientôt se joindre les mugissements lointains de l'Océan, dont le voyageur semblait approcher, ce qui n'était pas une circonstance propre à le tranquilliser» Plusieurs routes de cette contrée eôtoientles bords de la mer et sont exposées à être couverte* par les marées , qui s'élèvent à une grande hauteur et qui arateent avec une extrême rapidité; quelques autres sont coupées par des criques et de petites baies qu'on ne peut traverser sans danger qu'à certaines époques de l'année. Aucune de ces circonstances n'était rassurante pour un voyageur qui ne connaissait point la localité, monté sur un cheval fatigué , et pendant une nuit obscures Manne* ring résolut donc de s'arrêter définitivement, pour y passer la nuit , à la première habitation que le hasard lui forait rencontrer, quelque pauvre qu'elle fot , s'il ne pouvait se procurer un guide pour arriver à ce malencontreux Kippletringan.

Une misérable cabane lui fournit le moyen d'exécuter son projet* mais ce ne fut pas sans difficulté qu'il parvint à trouver la porte, et pendant quelque temps il frappa sans obtenir d'autre réponse qu'un duo entre une femme et un chien de basse-cour, celui-ci aboyant comme s'il eftt voulu vomir sea poumons? cefle^Ià hurlant en chœur pour le feire taire. Par degrés la voix humaine prit le dessus , mais les cris aigus du chien s'étant changé* à l'instant en

tin hurlement plaintif, il est probable que ce ne fut pas seulement là force des poumons de son adversaire qui décida la victoire. * c Malédiction sur ta gueule ! tels forent les premiers mots articulés; ne me laisseras-tu pas savoir ce qu'on veut, avec tes hurlements? — Suis-je loin de Kippletringan, bonne femme? — De Kippletringan ! ! ! « répéta la bonne femme d'un ton de surprise , et que nous ne pouvons bien rendre que par trois points d'admiration. c ' Eh, l'homme ! vous auriez dû prendre par l'est pour aller à Kippletringan ; maintenant il fout retourner sur vos pas jusqu'au whaap f , et suivre le whaap jusqu'à ce que vous soyez à Ballenloan, et alors... — Cela est impossible, bonne femme-, mon cheval est presque mort de fatigue. Ne pourriez-vous pas me donner à loger pour une nuit? — En vérité , je ne le puis ; je suis seule : car James est allé à la foire de Drumshourloch avec les moutons de l'année , et pour ma vie je n'oserais ouvrir la porte à des coureurs de nuit de votre espèce. — Mais que dois-je donc foire, bonne femme? car je ne puis pas dormir sur la route toute la nuit. — En vérité , je n'en sais rien , à moins que vous ne vouliez descendre à la Place , et demander un logement pour cette nuit ; je vous assure qu'on vous y recevra , que vous soyez un gentilhomme ou un roturier. — Oui, simple assez en effet pour errer à une telle heure de la nuit, » pensa Mannering, qui ignorait le sens de la phrase, c Mais comment irai-je à la Place, ainsi que vous l'appelez ? — Vous prendrez à l'ouest au bout du loan *, et vous ferez attention à la mare. — Oh ! si vous me parlez encore d'est et d'ouest , je suis perdu. Est-ce qu'il n'y aurait personne pour me conduire à cette Place ? je le paierais généreusement. »

< Ce mot payer opéra comme un talisman. « Jack, paresseux ! cria la voix de l'intérieur , avez-vous là pris racine , quand un jeune gentleman cherche le chemin de la Place ? Debout ! allons, coquin ! et montrez-lui le chemin par le bas du loaning s . — Il vous montrera le chemin , monsieur, et je vous jure que vous serez bien reçu, car jamais on n'a refusé la porte à personne $ et vous arriverez dans un moment opportun , je pense , car le domestique du Iaird , pour ne pas dire son valet-de-chambre , mais celui qui l'aide comme... , vient de passer à cheval pour aller chercher la sage- femme , et il

4. Le H ope, souvent prononcé Waap , est le creux on la partie abritée d'une colline. Hoff, howff, hoafet haven sont des modifications da même mot. 2. Lieu où Ton trait les Taches, a. m.

3» Môme signification que loan. a. m.

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