‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 122 sur 215 · LA CAVERNE · texte numérisé non relu

LA CAVERNE

Pourquoi Q6 m'ai listM-Tona pai , et n* m'aidai- Tons pat à sortir de cet antre impur et touillé de sang? Shakspbau. Titus Andronicut.

Le lendemain matin les gardes se trouvèrent dans une alarme et ynç confusion extrêmes lorsqu'ils s'aperçurent que leur prisonnier s'était évadé. Mac-Guflbg parut devant Glossin, ht tète aussi trou- Idée par l'eau-de-vie que par la crainte. Il reçut une réprimande sévère pour avoir ainsi négligé son devoir. Le juge de paix ne suspendit sa colère que pour s'occuper des moyens de reprendre le fygitif ; et les officiers de police , heureux d'échapper & son ressentiment et à ses reproches , furent envoyés è la ppursuite du fugitif dans toutes les directions , excepté du côté où ils auraient pu le trouver. Glossin leur recommanda particulièrement de visiter avec soin Perncleugh , où souvent se réfugiaient pendant la nuit des vagabonds de toute espèce. Ayant ainsi dispersé ses gens , lui-même se rendit en hâte , par des sentiers détournés , à la pointe de Warroch , lieu de son rendez-vous avec Hatteraick. Il espérait apprendre de lui , plus en détail qu'il ne l'avait pu faire dans fcur conférence de la soirée précédente, les circonstances relatives au retour du fils d'Ellangowan dans sa patrie.

Imitant les manœuvres dp renard qui revient sur ses pas pour donner le change aux chiens , Glossin tâcha d'arriver à l'endroit convenu , de manière à laisser le moins de traces possible de sa marche. « Plût au ciel qu'il vint à neiger 1 » disait- il pu regardant derrièrp lui , « pour cacher les empreintes de mes pa$. Si un des officiers de police les découvrait , il les suivrait à la piste comme un chien de chasse, et il nous surprendrait... Il faut que je descende sur le bord de la mer et que je tâche de me glisser le long des rochers. »

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Il descendit donc, non sans peine, la côte escarpée, et s'avança entre le pied des rochers et la mer, qui alors en approchait fort près : tantôt il levait les yeux pour voir si on n'observait pas ses mouvements du haut des rochers placés au dessus de sa tète $ tantôt il les tournait avec inquiétude sur la mer pour s'assurer qu'il n'y avait ni vaisseau ni chaloupe d'où on pourrait l'apercevoir.

Mais ses craintes personnelles furent un instant suspendues quand il arriva à l'endroit où on avait retrouvé le corps de Kennedy. Le fragment de rocher qui avait roulé du haut du promontoire , soit avec, soit après le corps, rendait cet endroit bien remarquable. II était à la vérité incrusté de petits coquillages et recouvert de mousse et d'herbes marines; mais il se distinguait encore, par sa forme et par sa substance, des autres rochers qui l'environnaient. On croira aisément que Glossin n'avait jamais dirigé ses promenades vers cet endroit depuis la funeste catastrophe ; elle vint alors se retracer à son esprit avec toutes les circonstances horribles qui l'avaient accompagnée. Il se rappela avec quelle précaution , semblable à un criminel, il était sorti de la caverne et s'était mêlé au groupe épouvanté qui entourait le cadavre , tremblant que quelqu'un ne lui demandât d'où il venait ; il se rappelait aussi avec quel effroi intérieur il avait détourné les yeux de ce sanglant spectacle Les cris désespérés de son patron * Mon enfant ! mon enfant » retentissaient de nouveau à son oreille, c Bon Dieu ! s'écria-i-il , ce que j'ai gagné vaut-il les tourments que j'éprouve en ce moment, et lçs craintes mêlées d'inquiétude et d'horreur qui depuis ont empoisonné ma vie... Oh! infortuné Kennedy, que ne suis-je à ta place , et toi à la mienne plein de vie et de santé ! » Mais ces regrets étaient trop tardifs.

Comprimant donc ses sentiments, il se glissa vers la caverne : elle était si voisine de l'endroit où l'on avait retrouvé le cadavre , que les contrebandiers avaient pu entendre de leur retraite les diverses conjectures des assistants sur la mort de leur victime. Ken d'ailleurs n'était plus difficile à découvrir que l'entrée de cet asile; l'ouverture, aussi étroite que celle d'un terrier de renard, était pratiquée dans la côte , derrière une grosse roche noire , ou plutôt une pierre verticale, qui servait tout à la fois à la dérober aux regards des étrangers et à la foire reconnaître à ceux qui avaient coutume d'y chercher un refuge. L'espace entre cette Pierre et la côte #ait extrêmement étroit, et comme il était encombré de sable et d'autres débris que les maréçs y déposaient ,

les recherches les plus minutieuses n'auraient pu foire découvrir l'entrée de la caverne , à moins qu'on ne l'eût débarrassée de tout ce qui l'obstruait. Enfin, pour plus de sûreté encore, les contrebandiers qui fréquentaient cette retraite, après y être entrés, bouchaient l'ouverture avec de la mousse de mer desséchée et bien foulée, qui avait l'air d'avoir été apportée là par le flot. Dirk Hatteraick n'avait pas oublié cette précaution.

Tout hardi et résolu qu'il fût, Glossin sentit son cœur palpiter et ses genoux agités d'un tremblement convulsif quand il se prépara à entrer dans ce repaire secret d'iniquité , pour avoir une conférence avec un brigand qu'il regardait à juste titre comme l'un des hommes les plus déterminés et les plus redoutables qu'il y eût an monde. « Mais il n'a point d'intérêt à me faire du mal, » se dit-il en lui-même pour se rassurer ; néanmoins il examina ses pistolets de poche avant de dégager l'ouverture de la caverne , où il entra en se traînant sur les mains et sur les genoux. Le passage était d'abord bas et étroit, et on ne pouvait y pénétrer qu'en rampant; quelques pas plus loin il se changeait en une voûte très haute d'une largeur prodigieuse. Le sol, qui s'élevait graduellement, était couvert du sable le plus fin. Avant que Glossin se fût redressé, la voix rauque quoique à demi comprimée d'Hatteraick retentit dans les profondeurs de la caverne.

« Grêle et tonnerre ! est-ce vous ? — Vous êtes dans les ténèbres? — Diable , oui : où aurais-je donc pris de la lumière? — J'ai apporté ce qu'il faut , > dit Glossin en tirant de sa poche une boite à briquet ; et il alluma une petite lanterne.

c II faut que vous allumiez aussi un peu de feu, car le diable m'emporte si je ne suis pas tout gelé! — En effet , il fait très froid ici , » répondit Glossin en réunissant quelques douves à demi brisées et d'autres morceaux de bois qui étaient peut-être dans II caverne depuis qu'Hatteraick y était venu pour la dernière fois.

« Froid! pluie et grêle! c'est une perdition... je serais mort de froid , si je n'avais arpenté de long en large cette maudite voûte, et si je ne m'étais rappelé les joyeux moments que nous avons passés ici. >

La flamme commença à jeter une lueur éclatante à travers l'obscurité , et Hatteraick approcha sa figure bronzée et ses mains dures et nerveuses au dessus du feu avec autant d'avidité qu'on misérable affamé à qui l'on présente de la nourriture. La lumière éclairait ses traits sauvages et sombres, et la fumée qu'il supportait

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