CHAPITRE XXXIV
jusqu'à en être presque suffoqué , tant il avait besoin de se réchauffer, âpres avoir formé comme un cercle autour de sa tète, s'élevait vers la voûte sombre et inégale de la caverne : elle s'échappait par quelques fentes ou crevasses pratiquées dans le rocher ; c'est par là aussi sans doute que l'air pénétrait dans ce lieu , quand la marée était haute, époque où l'entrée du côté de la mer était envahie par les eaux.
« Je vous ai aussi apporté de quoi déjeuner, » dit Glossin en lui présentant quelques viandes froides et un flacon d'eau-de-vie. Hatteraick saisit le flacon avec vivacité , le porta à sa bouche , et , après avoir bu un large coup, s'écria avec transport : « Cela a bon goût... cela est excellent... rien de meilleur pour réchauffer un homme ! > puis il entonna un couplet d'une chanson allemande :
A yalons de la bière et forée brandeyin;
Alloua , brisons Jusqu'aux fenêtres \
Car je suis un franc libertin :
Tu Tes toi-même , c'est certain ; En cela tout les deux nous sommes passés maîtres.
« Bien chanté , mon brave capitaine , » dit Glossin s'eflbrçant de prendre un ton jovial , et répondant par le couplet suivant :
Donnes-nous du gin x a pleins seaux ; De Tin Yersez-nous des riTiéres ; Après nous viderons nos Terres , Et nous ne serons point si sots.
Mous sommes trois Joyeux confrères ; Toi , prends la terre , et moi les flots»
Tandis que Jack aura les crocs patibulaires.
< C'est cela, mon brave camarade. Tous voilà remis, je crois. Maintenant, parlons de nos affaires. — Vos affaires, s'il vous plaît? répondit Hatteraick. Grêle et tonnerre! les miennes sont faites depuis que je me suis échappé de la prison. — Un peu de patience, mon bon ami... je vous démontrerai que vos intérêts sont les mêmes que les miens. »
Hatteraick répondit par une espèce de toux sèche, et Glossin, après un moment de silence, reprit la parole.
Comment avez- vous laissé échapper l'enfant? — Comment ? Malédiction et tonnerres ! je ne l'avais pas en garde. Le lieutenant Brown le donna à son cousin qui tenait à Middlebourg la maison VauBeest et Vaa Bruggen, et il lui fit je ne sais quel conte qu'il
l. Eau-de-Tie de geniéyre , qui rien* de Hollande, a. m.
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avait été pris dans un combat. .. Il le lui donna pour en foire un do mestique... Que je Taie laissé échapper !... Le maudit bâtard , il se serait fait pendre t que je m'en inquiéterais peu. — Bien, bien! Il a donc été élevé comme un domestique? — Non, non. Le vaurien gagna le cœur du vieillard , qui lui donna son nom , l'éleva dans son comptoir, et l'envoya aux Indes. Je crois qu'il voulait ensuite le foire passer en ce pays-ci ; mais son cousin lui a donné à entendre que le commerce de la contrebande serait perdu pour longtemps, si le jeune garçon revenait en Ecosse. — Croyez-vous qu'il connaisse maintenant son origine? — Comment diable ! répliqua Hatteraick , vous dirais-je ce qu'il connaît maintenant? mais il s'en est souvenu pendant bien long-temps. Il n'avait encore que dix ans quand il persuada à un autre enfant de Satan , un bâtard anglais comme lui, de s'emparer de la chaloupe de mon lougre
pour revenir dans son pays , comme il disait Malédiction ! avant
qu'on pût les rattraper, ils étaient hors du canal , à la hauteur de Deurloo... la chaloupe aurait pu chavirer. — Plût à Dieu qu'elle eût chaviré pendant qu'il y était ! s'écria involontairement Glossin. — J'étais si furieux contre lui , que je le fis sauter par dessus le
bord mais bah! le méchant petit- diable nageait comme un
canard ; je le laissai donc nager un bon mille pour lui apprendre à vivre... Mais, par saint Nicolas! prenez garde t vous, maintenant qu'il est plus haut qu'un baril de harengs ; car il n'était pas plus haut que cela , qu'il avait déjà la vivacité de l'éclair, et l'impétuosité du tonnerre. — Mais comment est-il revenu des Indes ? — Et
comment le saurais-je ? La maison de là-bas a sombré , ce qui
nous a donné une terrible secousse à Middlebourg. C'est pour cela qu'ils m'ont envoyé ici pour voir ce qu'on pourrait foire avec mes vieilles connaissances... car nous croyions que les anciennes histoires étaient oubliées, bien oubliées. Je n'étais pas revenu les mains vides de mes deux précédents voyages. Mais Brown , ce stupide chien , a été donner contre recueil , en se faisant tuer par le colonel. — N'étîez-vous donc pas avec eux? — Non, sapredié... Je ne crains rien... maïs l'expédition était trop avant dans les terres , et on aurait pu me donner la chasse. — C'est vrai. Mais pour revenir à cet enfant... — Oui, oui. Tonnerres et éclairs! c'est là votre affaire à vous. — Comment savez-vous qu'il est réellement dans ce pays ? — Parbleu , Gabriel l'a vu dans les montagnes. — Gabriel ! qui est ce Gabriel ? —Un petit Bohémien qui , il y a dix-huit ans environ , fut enlevé par la presse, et mis à bord du sloop de
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guerre dti fomhé capitaine Pritchârd. C'est lui qui s'échappât Vtat lions dftnfiet avis que t Eclair était à nos trousses , te jtmr où fût réglé le compte de Ketinedy ; il nous dit que c'était le jaugeur q&\ fious avait dénttteés. Les Bohémiens et te dofciàhïer ne Viraient pat en bonfce intelligence. Ce garçon alla aux fiides orientales sur të atone bàtftàeftt $rié vbttie jeune homme , et, sapreÀïé, H l'a bieâ reconnu, quoi^e l'aiiti-ehc se soft paè rappelé sa figure. Gabriel Se fâchait de lui, parce qu'étant déserteur et a^âhl serti contre l'ÀAgleteife, tl ferait chaud pour lui si t>à le reconnaissait . Il nous à ftft savoir positivement que nous pouvions être sûrs que le jeune homme était ici... quoique je m'en m'mqniète aussi peu que dtm hout de câble. — Ainsi donc, réellement et sérieusement partent , îl est actuellement en ce pays f Hatteraick » pàrlez-moi coHtttoe to ami parle à son ami , dit Glossin dtm air sérieux.— Oui, il y est. Tempête et tonnerres! pour qui me prenez-vous èontet — Pour un scélérat dâteftnhrë et altéré de sang, * pensa tout bal GtossBIl mais H ajouta t*ut haut : « Et qui est celui de vous qui à tiré sur le jWtoe Hazte#ood? — Mille tempêtes ! Croyez-vous qu* bous avons perdu 1'esptft?... Ce n'est pas un de nous... non! il fait déjà assez chaud dans ce pays , depuis que ce damné imbécile de Brown a attaqué la maison de Woodbourne, comme vous l'appelez. — Mais, reprît Glossin, on m'a dit que c'était Brovm qui avait W sut fiazleWood. — Non pas Brown; car la veille du Jour de l'événement, il était couché à six pieds *otas terre àDerndeugh. Mille tiiftblei 1 croyez-vous qu'il eût pu sortir de terre pour tirer *ar tà autre hèmmfe?»
Un raybn de lumière commença à briller au milieu des idées confuses de Glossin.
< Ne m'avefc-VOus t*s dit que le jeune honWne , comme vous rappelez, était oomra sous le nom de Brown? — Oui... le Vieux Van Beest Brown, dfe notre maison Vân Beest et Van Bruggen, lui fit prendre son nom , cela est vrai. — Alors , dit Glossin se frottant les mains , c'est lui, par le ciel > qui a commis le crime. — Et que nous importe ? » demanda Hatteraick.
Glossin se tut un instant; et son esprit fertile en expédients lui inspira sur-le-champ un nouveau projet-, il s'approcha alors du contrebandier avec un air de confiance, t Vous savez , mon cher Hatteraick, que notre principale affaire est de nous débarrasser de °e jeune homme? — Hem ! interrompit Hatteraick. — Non , conti- ** Gtessin... non 4ae jetai veuille le moindre mal , si... si... si
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nous pouvons faire autrement. Mais il est dans le cas d'être arrêté par la justice , d'abord comme portant le même nom que votre lieutenant , compromis dans l'affaire de Woodbourne, et ensuite pour avoir tiré sur le jeune Hazlewood , dans l'intention de le tuer ou de le blesser. — Oui, oui. Mais à quoi cela vous servira-t-il? il sera remis en liberté sitôt qu'il aura arboré son véritable pavillon. — Gela est très vrai, mon cher Dirk; la remarque est tort juste , mon ami Hatteraick. Mais il y a bien là de quoi le retenir en prison 9 jusqu'à ce qu'il ait fait venir ses preuves d'Angleterre ou d'ailleurs J'entends un peu les lois» capitaine Hatteraick, et je me charge, moi, Gilbert Glossin d'EUangowan, juge de paix de ce comté, de faire refuser toutes ses cautions, quand ce seraient les meilleures de tout ce pays, jusqu'à ce qu'il ait subi un second interrogatoire... Maintenant, où croyez-vous que je le ferai incarcérer ! — Mille tempêtes! qu'est-ce que cela me fait, à moi? — Un moment, mon ami, cela vous fait beaucoup. Savez-vous que vos marchandises, qui ont été saisies et transportées à Woodbourne, sont maintenant déposées dans la maison de la douane à Portanferry (petite ville de pêcheurs) ? Ainsi donc je ferai enfermer ce jeune homme... — Quand vous l'aurez pris. — Oui, oui, quand je l'aurai pris, et ce ne sera pas long... Je l'enfermerai dans la maison de travail, dans le Bride wel; vous savez que cette maison est attenante à celle de b douane. — Oui, oui , je connais cela parfaitement. — Je ferai en sorte que la garnison soit occupée ailleurs; vous aborderez pendant la nuit avec votre lougre, monté de tout son équipage; vous reprendrez vos marchandises, et vous emmènerez le jeune Brown avec vous à Flessingue. Cela n'est-il pas bien imaginé? — Oui, à Flessingue , dit le capitaine , ou. . . en Amérique ? — Oui , oui , mon ami. — Ou... à Jéricho? — Parbleu ! où il vous plaira. — Oui ; on bien...., on le fera sauter par dessus le bord? — Non, je ne vous conseille aucune violence. — Sans doute. Mais vous vous en rapportez à moi. Ouragan et tempête ! je vous connais d'ancienne date. Mais dites-moi ce que Dirk Hatteraick gagnera à cela? — Comment! n'y trouvez-vous pas votre compte, comme moi le mien? et ne vous ai-je pas ce matin remis en liberté? — Fous m'avez mis en liberté! diable et tonnerre! je m'y suis mis moimême. D'ailleurs, comme vous disiez hier, il y a bien long- temps de cela. Ha! ha! ha! — Allons, allons! pas de plaisanterie. J'aime comme les autres un joli conte... mais c'est votre affaire autant que la mienne. — Que dites-vous, mon affaire? n'est-ce pas