CHAPITRE XXXV
et , s'avançant vers le colonel , il dit qu'il espérait que sa présence n'avait pas dérangé ces dames; celui-ci , d'un ton froid et sec, lui répondit qu'il ne savait pas ce qui lui procurait l'honneur de voir monsieur Glossin.
«Hem! hem! J'ai pris la liberté, colonel, de venir voir miss Bertram , pour lui parler d'affaires. — Si vous pouvez faire cette communication à M. Mac-Morlan , son homme de confiance, je crois que miss Bertram le trouvera plus agréable. — Je vous demande pardon , répliqua Glossin; vous êtes un homme instruit, et vous n'ignorez pas qu'il y a des circonstances où il est plus prudent de ne pas employer d'intermédiaire. — Alors , si monsieur Glossin veut prendre la peine d'exposer dans une lettre l'objet de sa visite, je puis lui promettre que miss Bertram la lira avec toute l'attention nécessaire. — Certainement! mais il y a des cas où une conférence de vive voix... Hem! je m'aperçois... je sais que le colonel Mannering est sous l'influence de préjugés qui peuvent lui faire considérer ma démarche comme déplacée ; mais je m'en rapporte à son équité naturelle : doit-il refuser de m'entendre , avant même de connaître le motif qui m'amène ici et sans savoir de quelle importance mes communications peuvent être pour la jeune dame qu'il honore de sa protection? — Assurément, monsieur, telle n'est point mon intention : je vais consulter miss Bertram , et j'informerai monsieur Glossin de sa réponse, s'il veut bien prendre la peine de l'attendre un moment. » Et il sortit.
Glossin était resté debout au milieu de l'appartement : le colonel n'avait pas fait le moindre geste pour l'inviter à s'asseoir, et luimême, à la vérité, s'était tenu debout pendant leur court entretien. Quand il fut Sorti , Glossin prit une chaise et s'assit d'un air qui tenait le milieu entre l'embarras et l'effronterie. Ses deux compagnons gardaient le silence ; blessé de cette affectation de mépris , il voulut les forcer à le rompre.
« Une belle journée , monsieur Sampson... >
La réponse inarticulée de Dominie pouvait passer pour une affirmation ou pour un murmure d'indignation.
« Vous ne venez jamais voir vos anciennes connaissances à Ellangowan? vous y trouveriez encore beaucoup des vieux tenanciers. Je porte trop de respect aux anciens propriétaires , pour chasser les vieux fermiers, même sous prétexte d'augmenter mon revenu. D'ailleurs ce ne sont pas là mes manières d'agir. Je n'aime pas.... J e crois, monsieur Sampson, que l'Écriture condamne ceux qui
&> GUY MÀNNEMKG.
oppriment le pauvre et recalent les limites de leurs champs... — Et qui dévorent la substance de l'orphelin , continua Sampson. Ànafhème , anathème sur eux ! > En parlant ainsi , il se leva , mit sous son bras Fin-folio qu'il lisait, fit volte-face, et quitta la salle en marchant comme un grenadier.
M. Glossin, sans se déconcerter, ou du moins voulant ne pas le paraître , se tourna vers le jeune Hazlewood qui semblait occupé de la lecture d'un journal : « Y a-t-il des nouvelles, monsieur? > Hazlewood leva les yeux , le regarda , lui passa le journal comme on le passe à un étranger dans un café , se leva , et fit un mouvement pour sortir. « Pardon, monsieur Hazlewood! mais je ne puis m'empécfaer de vous témoigner ma joie de vous voir *i bien remis après uA si infernal accident. • La réponse à ceci fat une inclination de tête aussi courte et aussi brève que possible : cependant elle suffit pour encourager l'ancien greffier. « Je vous assure , monsieur Hazlewood , que personne n'a pris plus d'intérêt que moi à cet événement , et par amour pour le pays , et à cause de ma vénération particulière pour votre famille, qui occupe un rang si éminent. M. Featherhead devient vieux ; le bruit s'étant répandu qu'il va cesser de siéger au parlement , vous feriez bien de prendre vos mesures d'avance. Je vous parle en ami , monsieur Hazlewood , en homme qui connaît cette affaire ; et si mes services vous étaient agréables... — Pardon, monsieur! mais je n'ai aucun projet pour lequel votre assistance puisse m'être nécessaire. — Très bien! Peutêtre avez-vous raison ; rien ne presse , et j'aime à voir cette réserve dans un jeune homme. Mais je vous parlais de votre blessure : je crois avoir découvert votre assassin. Oui, je le tiendrai bientôt; et si je ne le fais pas punir comme il le mérite... — Pardon, monsieur, encore une fois ! mais votre zèle va plus loin que je ne souhaiterais. J'ai mille raisons de croire que ma blessure a été le résultat d'un accident : certainement elle n'était pas préméditée. Croyez que je partagerais votre indignation contre l'homme coupable d'ingratitude et de trahison préméditée , si vous me présentiez un tel monstre. »
Encore une rebuffade! pensa Glossin : il faut le prendre d'un autre côté. « Très bien, monsieur, on ne saurait penser plus noblement. Je n'aurais pas plus de pitié pour un ingrat que pour un coq de broyère ; et , à propos de cela ( Glossin avait appris de son ancien patron Part des brusques transitions ) , je tous ai vu souvent le fusil sur l'épaule, et j'espère que vous serez sous peu capable de